‹ Le médecin du peuple [electronic resource]Chapitre 12 sur 121 · SEPTIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME SÉANCE

Csaimcu du Malade et description des

Nous avons dit, mes amis, que le nouvel art était rigoureux, exact, positif. Tout ce qui s'y rapporte doit donc se faire avec poids, mesure et méthode. Il faut donc, avant de traiter un malade, rédiger avec soin son histoire par écrit, pour que l'examen de ses symptômes puisse être fait consciencieusement et que le choix du médicament puisse être fait la plume à la main, seul moyen de bien arrêter ses idées et de conserver un souvenir fidèle de ce qu'on a fait. Quel art, quelle profession sérieuse, pourraient se passer du secours de l'écriture î Que diriez-vous d'un banquier, d'un teneur de livres, d'un négociant, d'un géomètre, d'un astronome, qui prétendraient classer et retenir ses opérations avec le seul souvenir de la mémoire? Le poète lui-même perdrait son inspiration, si, à mesure qu'il enfante de nouveaux vers, il était obhgc de les graver dans sa tête et n'en soulageait sa mémoire eu les écrivant aussitôt qu'ils sortent de son cerveau. Les problèmes physiologiques et pathologiques qui regardent la santé humaine sont-ils donc moins compliqués ou moins importants que les opérations du commerçant, les calculs de î'algébi'iste, ou les mouvements des corps célestes? Tant s'en faut; c'est au contraire dans le corps de l'homme, ce petit monde en raccourci , que semblent s'être donné rendezvous toutes les diflicultés, tantes les questions les plus abstraites, et si par hasard une iutolligeuce exceptionnelle pouvait les résoudre de lèle, à première vue, certainement à une dedxième visite, elle ne pourrait avoir conservé bien présents

et bien nets les motils complexes de la détermination précédente.

îs'e tentez donc pas l'impossible, rédigez toujours les observations par écrit, et si vous rencontrez quelqu'un de ces médecins sans façons qui traitent leurs malades à la course et sans prendre la moindre note, dites hardiment que ce ne àont pas des disciples de Hahnemann, lui qui écrivait avec les plus minutieux détails les histoires de tous ses malades et qui en a rempli plus de soixante in-folios pendant sa vie.

Le médecin n'a nul besoin de suppositions imaginaires sur la nature des maladies; il a besoin de savoir exactement quelles sont les douleurs ressenties, les parties affectées, l'époque où le mal a commencé ; en un mot, des faits, des faits et toujours des faits, que le malade seul peut lui fournir. Le rôle .L. ii.odecin doit être entièrement passif, et se borner à celui d'auditeur bénévole. C'est une des gloires de Hahnemann, d'avoir compris le premier que le médecin doit écouler et non guider le malade, de même que, dans un autre ordre d'idées, Jacotot aussi entend que le maître écoute l'élève et vérifie son travail, au lieu de lui dicter des explications. • Le malade doit déclarer son âge, son tempérament, sa profession, ses habitudes, la nature des souffrances dont il est affecté, en se servant dans son récit de comparaisons bien claires et bien intelligibles, qu'il empruntera à sa profession et aux objets qui lui sont familiers.

Par exemple, on sent comme un poids, comme un clou, comme une cheville, comme des coups d'épingle, comme un arrachement, comme une secousse, comme un bandeau, comme un battement, comme un rongement, comme un engourdissement, comme une âpreté, comme une raideur, comme une grilTe, comme une boule, comme un tampon, comme un picotement, un élaîiccment, une douleur sécante, de tiraillement, dclérébration, de tressaillement, de contusion, de contraction, de déchirement, de bouillonnement, de pincement, crampoïdc, mordicante, brisante, d'ébranlement, de fourmillement, voluptueuse, chalouiilaute, démangeante, pruriante, chaude, brûlante, cuisante, pétillante.

Il faut noter les cii'constances accessoires qui accompagnent chaque symptôme en particulier.

r Celles qui dépendent des actions de l'individu, l'aggra-

valion ou l'amélioration produite quand on est au lit, en se levant, étant assis, quand on c.hanlo, quand on parle, quand on mange, quand on respire, etc., etc. ; i° les circonstances de lieux : dans la chambre, à l'air libre, sur les montagnes, sur l'eau, etc., etc.; 3° les circonstances de temps: le matin , dans la journée, le soir, la nuit, au printemps, en hiver, etc., etc. L'expérimentateur qui rédige son observation doit lui-même, lorsqu'il se manifeste un nouveau symptôme, se mettre dans les conditions qui peuvent le modifier. 11 doit aller, venir, se mettre à la croisée, chanter, prendre les positions propres à mieux caractériser la douleur, et noter les améliorations ou aggravations qui peuvent résulter de ces actes. Quand l'exposition du malade est terminée, les personnes qui l'assistent peuvent prenui c la parole et raconter comment il a été atteint par la maladie , et ce qu'elles ont remarqué en lui. Le praticien voit, écoule, observe; il met tout en écrit, et dans les mêmes termes dont le malade et les assistants se sont servis. 11 les laisse achever sans les interrompre, il a soin de les exhorter à parler avec lenteur afin de pouvoir suivre en écrivant.

A chaque nouvelle circonstance que le malade ou les assistants rapportent, on commence une nouvelle ligne, afin que tous les symptômes soient écrits séparément. Quand le malade a achevé de sa propre impulsion tout ce qu'il avait à dire, ainsi que les assistants, le médecin prend des informations plus précises sur le compte de chaque symptôme, et procède de la manière suivante après avoir relu tous ceux qu'on lui a signalés.

A quelle époque tel accident a-t-il eu lieu? Etait-ce avant l'usage des médicaments que le malade a pris jusqu'à présent, ou pendant qu'il les prenait, ou seulement quelques jours après qu'il en a cessé l'emploi? Quelle douleur, quelle sensation s'est manifestée en telle partie du corps? Quelle place occupait-elle au juste? La douleur se faisait-elle sentir par accès seulement, ou bien était-elle continuelle et sans relâche ? Combien de temps durait-elle ? A quelle époque du jour et de la nuit, et dans quelle situation du corps, était-elle plus violente, ou cessait-elle tout à fait? Quel était le caractère exact de tel accident, de telle circonstance? Le médecin a soin de s'en tenir à des termes généraux, afin que le malade soit obligé de s'expliquer d'une manière catégorique sur ces divers points. f • - .

Si les causes de la maladie ont quelque chose d'humiliant, et que les malades ou ceux qui les entourent hésitent à les déclarer spontanément, on doit chercher à les découvrir par des questions faites avec ménagement ou par des informations prises en secret. Dans le nombre de ces causes se rangent les tentatives de suicide, l'onanisme, l'abus des plaisirs de l'amour, les débauches contre nature, les excès de table ou de boisson, l'abus des aliments nuisibles, l'infection vénérienne ou psorique, un amour malheureux, la jalousie, les contrariétés domestiques, le dépit, le chagrin causé par des malheurs de famille, les mauvais traitements, l'impossibilité de se venger, une frayeur superstitieuse, la faim, une difformité aux parties génitales, une hernie, un prolapsus.

Dans les maladies chroniques des femmes il faut surtout avoir égard à la grossesse, à la stérilité, à la propension à l'acte vénérien, aux couches, aux avortements, à l'allaitement et à l'état du flux menstruel.

Pour ce qui concerne ce dernier, on n'oubliera jamais de demander s'il revient à des époques trop rapprochées ou trop éloignées, combien de temps il dure, si le sang coule sans interruption ou seulement par intervalles, quelle est la quantité de l'écoulement, si le sang est foncé en couleur, si la leucorrhée se manifeste avant qu'il paraisse ou après qu'il a cessé de couler ; mais on cherchera surtout à savoir quel est l'état du physique et du moral, quelles sensations et douleurs se manifestent avant, pendant et après les règles ; si la femme est atteinte de flueurs r.anches, de quelle nature elles sont, quelle en estl'abondance, quelles sensationsles accompagnent, enfin dans quelles circonstances et à quelles occasions elles ont paru.

Parmi les causes de maladies, il ne faut pas oublier celles qui sont causées par l'abus des médicaments. Sous le nom de remèdes, en effet, les médecins vulgaires administrent, depuis des siècles, les plus effroyables poisons aux malades. Quelques-uns, pour pallier celte pratique coupable, insinuent qu'ils ne recourent pas aux minéraux, mais seulement aux végétaux, comme si l'on ne savait pas que le règne végétal contient des poisons plus subtils et plus rapides que le règiic, minéral, de môme que le règne animal siu'passe encore celui-ci, par le venin des serpents.

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Quoi qu'il en soit le malade fera bien de recueillir les ordonnances dont il a fait un fréquent usage, et de prendre surtout une note exacte des suljstances suivantes.

Opium,— Lauriercerise— Acide hydrocyanique,— Ciguë,— Digitale,— Quinquina,— Valériane,— Colchique,— Rhubarbe; — Salsepareille.

Mercure,— Iode,— Hydriodate de potasse,— Soufre,— Fer, — Arsenic, — Magnésie,— Préparations de plomb.

Voyez plus loin, aux empoisonnements, les antidotes de ces différents poisons. — Quant aux robs et remèdes secrets de tous genres, nous n'en dirons rien , sinon qu'ils cumulent tous les dangers des autres poisons avec celui plus terrible encore d'avoir affaire à un ennemi inconnu qui, après avoir été avalé, ne nous laisse aucun moyen de constater son identité.

Maintenant, mes amis, voici, pour votre usage, un petit traité d'anatomie que j'ai rédigé de la manière la plus intelligible qu'il m'est possible. Parcourez-le avec soin. Il vous servira pour décrire exactement vos maladies, et j'y ai joint quelques idées de physiologie ou science de la vie, pour que vous puissiez apprécier quelle est celle de vos fonctions qui est altérée, quand vous éprouvez quelque douleur.

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