ORDRE V. — PUSTULES
Nous allons décrire dans le même paragraphe la variole, ou petite vérole, la vaccine et la varicelle, quoique beaucoup d'auteurs placent cette dernière maladie aux vésicules. En somme, la nature réunit souvent ce qu'une analyse excessive tend a séparer. Et, comme on doit le voir, des traitements analogues conviennent à des maladies dont les noms diifèrent terriblement.
SI. La Vauiole, ou petite vérole, est une éruption qui débute par (les lassitudes, des maux de têle, une irritation du ventre et de l'estomac, du rhume de cerveau, du larmoiement, et une fièvre légère. Le 3" ou 4" jour, il y a de la disposition à la sueur. Des petits boutons rouges, isolés, distincts, semblables à des piqûres de puce, envahissent successivement la face, les mains, la poitrine et puis tout le corps. La lièvre s'apaise un peu. Bientôt la peau tout entière rougit et se tuméfie, les pustules se durcissent, s'aplatissent au sommet, et ont à leur centre une dépression ombiiiquée où apparaît un petit disque de substances d'abord jaunâtre, puis d'un blanc argentin ; la douleur est vive ainsi que la chaleur. Du 6^ jusqu'au 12" jour, la fièvre reparaît avec un peu de salivation. Ensuite la dessiccation a lieu jusqu'au 15"= ou 20'' jour, eu commençant par la face et laissant des petites taches brunes, rougeâtres, ou même des petites cicatrices que tout le monde connaît.
La petite vérole est une de ces crises nécessaires que la nature provoque généralement dans l'enfance , dans le but de ramener à l'état aigu cet affreux cortège de maladies chroniques que nos pères nous ont léguées, et pourvoir au saint de l'espèce qui dégénérerait et périrait bientôt, si à chaquigénération les miasmes anciens n'étaient détournés des organes internes et ramenés à la peau par un effort désespéré.
La variole ne présente aucun danger pour les enfants qui auront pris convenablement la série de nos médicaments préservatifs , surtout si pendant leur usage il s'est manifesté à la peau des dartres, des ulcères, des furoncles, des pustules, ou des éruptions vésiculeuses.
Dans ce cas-là il arrivera souvent que le vaccin ne prendra pas. Néanmoins, pendant plusieurs années encore, il conviendra de recourir à la vaccine, à l'âge de 8 à lO mois pour les enfants, ou plus tôt s'il se manifeste dans le pays une épidémie de petite vérole.
Le vaccin doit être pris sur un sujet bien sain, et qui aura été soumis s'il se peut à un traitement préservatif prolonge avant d'être vacciné. Souvent, hélas! le virus syphilitique cl scrofuleux est transmis, confondu avec lui, et verse dans le sang un miasme plus tenace et plus dangereux que celui qu'on
veut pn^'cnlr. 11 est îi désirer qujc la pratique de renouveler le vaccin sur la vache soit généralisée dans tous les cas.
22. Vaccine.— La vaccine est une éruption remarquée d'abord sur le pis de la vache, et que l'on communique à l'homme pour le préserver homœopalhiquemcnt de la petite vérole.
La vaccination doit être opérée de préférence chez les jeunes enfants, six mois environ après leur naissance, et jamais avant que l'enfant ait atteint six semaines. La vaccine s'inocule par une piqûre faite au-dessous du muscle qui forme le gras de l'épaule. On la répète une ou deux fois, à deux travers de doigt de distance de la première , dans la direction de l'avant-bras.
La bonne qualité du virus-vaccin et la réussite de l'opération se reconnaissent aux signes suivants.
Au bout de quinze jours, et quelquefois plus, la plaie faite par la piqûre se durcit et rougit; c'est un bouton qui fait l| des progrès pendant cinq à six jours. Au bout de ce temps, il se fait remarquer par sa forme large, arrondie, conique ; il i est entouré d'une large auréole à sa base et couronné par une I dépression légère qui présente une coloration d'un blanc mat. ■ Quand le bouton s'est alTaissé et desséché, il laisse une em- I preinte ineffaçable sur la peau. La fausse vaccine , au con- ' traire, ne laisse jamais d'empreinte et se caractérise très-raj rement par le bouton aplati qui se fait toujours remarquer j quand la vaccine est vraie. La vaccine constitue une affection i extrêmement simple qui irrite les enfants, qui leur cause toujours un peu de fièvre pendant le cours de l'éruption ; mais 1 cet état ne réclame d'autres soins que l'usage de boissons , abondantes. Il faut prendre la précaution de garantir de tout I frottement les parties où l'éruption suit ses périodes, pour no ipas fournir un élément de plus à Tirritation et à la douleur.
Si le vaccin se développe mal , il faut recourir immédiateiment au vaccin dynamisé; un globule, de G en 6 heures, rendra immédiatement à la nature la force de réaction qui lui ■manquait. On fera bien aussi de donner après la dessiccation des pustules, quelques doses de Merc, b", lO" et 30°, à un imois d'intervalle.
Si, par quelque accident, on ne peut vacciner un enfant lau moment de l'invasion de la petite vérole, on devra lui donmer P'accine, 5<= dynamisation, une dose tous les jours peu-
(laiu liiiit jours, cL puis la 6% la 7% la 8% la 9% la ic^ dynamisation, de 3 en 3 jours.
Après cela on recourra à la série de médicanicnls préservatifs que nous avons indiquée, en insislant sur Pcd., qu'on répétera à la 5», la 7° et la lo dynaniisalion.
Si, malgré ces soins, la variole se développait, on donnerait Aconilum, 5«, de 3 eH 3 heures, si la lièvre se développait ; le 2° jour, p'accine, 3«, de 6 en c heures, BelL, si les yeux et la gorge s'ennaminent ; Hyosc, s'il y a des taches brunâtres sur le corps. Merc, dès que la salivation se manifeste ; ^rse?^., si les pustules deviennent noirâtres; Elapsou CrotaL, si ces moyens ne suflisent pas et qu'il se manifeste du délire, diarrhée, vomissements, toux fréquente, et que les pustules se confondent par leur base , et forment une vaste croûte noirâtre qui se détache 5 ou 6 jours après son apparition, forme de la variole qu'on appelle conlluente.
2S. La varicelle n'est que la même maladie plus rapide et plus bénigne. Il n'y a pas de fièvre secondaire, et au lieu de pustules, il ne se forme que de simples véhicules pleines de sérosité, et sur lesquelles la vésicule omblliquée est moins prononcée.
Du reste, quoi qu'il en soit, que ces deux affections procèdent du même miasme ou soient identiques dans leur origine, elles cèdent au même traitement et exigent les mêmes précautions. A quoi bon alors se perdre en discussions oiseuses sur leur essence et leur point de départ?
24. EcTHYMA. — Pustules larges, arrondies, à base dure et enflammée, auxquelles succède une croûte qui laisse une empreinte rouge persistante ou même une cicatrice. Elles débutent en général par des douleurs lancinâmes, puis de grosses élevures conoïdes, rouges, dures, douloureuses, de la grosseur d'une lentille jusqu'à celle d'un petit pois. Lorsque la suppuration se prononce, elles offrent un point noir, et puis une croûte qui se détache du lO" au 14» jour. Il reste des taches livides, et à leur centre une petite cicatrice.
ïr.ArrEMENT. /ac. C, Phos., Pcd., Bnf., Mcrc, Stilph., Jrsen., Elaps, â la 5° diluliou si l'ecthyma est aigu, et à la 10° s'il est chronique.
Il va sans dire que s'il y a do la lièvre au début de la maladie, nous supposons qu'elle aura été conibailiic \m'\' Aconit.
*Î5. l.MPiiTioo. — Emption chroni(Hic de piistiilos plus ou moins rapprocliées-, dont le soniniel ne tarde pus à siippuroi' en formant de larges croûtes, épaisses, rugueuses et jaunâtres. Ces pustules sont réunies en groupes ovales on cii'culaires (Impétigo figukata), on éparses sur le corps (I.mpeï1(;o sparsa). Dans ce dernier cas elles ont une durée plus longue, et si elles se manifestent au cuir chevelu, elles sont traversées chacune par un cheveu et accompagnées de prurit. Elles crèvent au bout de quelques jours et forment des petites croûtes séparées, qui sont une des formes de la teigne si fréquente chez les enfants , et si dangereuse si on la répercute par des applications topiques.
TnAiTEME.NT. Pcd., dc la 5« à la 30« dynam., en s'arrètant
celle des dynamisalions intermédiaires qui convient à la chronicité de la maladie. On continuera ensuite à employer la même dynam. de Rhs., SU., DjUc. , Merc, Sulph., à de longs intervalles.
26. Acné. — Pustules isolées, pointues, acuminées, développpécsle plus souvent aux épaules et au sternum, suivies après leur desquammation de taches violacées, d'indurations, ou de petites cicatrices presque toujours entremêlées de petites tubérosilés. La couperose et la mcnlagre ne sont que deux formes de l'acné, localisées l'une à la face, l'autre au menton.
ÏRAiTEMENT. Calc, SU., SiUpli., Dulc., BcU., Ilipp., Arsen., Elap^, de la 5° atténuation si l'acné est récente, aigué, produite par des excès sexuels ou l'abus de boissons spiritueuses, et des dilutions plus élevées si la maladie est plus ancienne.
ORDRE VI. — P.\PULES.
28. Tubercules, petites tumeurs charnues , dures, indolentes , insensibles, qui constituent la 2° et principale phase de la lèpre. Celte horrible maladie, très-répandue encoi'e aux Indes, au Brésil, en Afrique et en Norwége, compte encore quelques victimes dans un coin de la Provence. Il serait facile d'en débarrasser complètement notre pays cl le reste du monde.
La lèi)re commence par des écailles ou squammes , puis
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des taches do couleur foncée sur l'avant-bras, le cou, la poitrine, la face. Les glandes do l'aine et de l'aisselle s'engorgent. Plus tard des tubercules apparaissent aux lobes de l'oveille, aux sourcils, et à diverses parties du visage qu'ils défigurent d'une manière horrible. Ils envahissent de là le reste lu corps en détruisant successivement la sensibilité de toutes !es parties qu'ils atteignent , tellement que l'on peut couper Bt tordre la peau en tous sens, que l'on ne sent pas les brûlures si l'on est atteint par un corps enflammé, et que l'on perd sans s'en apercevoir les souliers que l'on porte aux pieds. Les poils et les cheveux tombent sur toute la surface du corps. La peau est atteinte par des rhagades profondes et ulcérées , les gencives sont fongueuses , le larynx est tuméfié , les yeux hagards , les sens s'émoussent , et la mort arrive assez souvent par asphyxie.
29. L'éléphantiase des Arabes est une maladie semblable en apparence, mais complètement distincte en réalité, ainsi que le traitement homœopathique le démontre, la première maladie ayant été pendant longtemps presque incurable pendant que celle-ci a cédé dès le principe à nos médicaments. L'éléphantiase est une maladie des vaisseaux lymphatiques que les Brésiliens nomment érysipèle blanc , et qui ont en effet tous les caractères d'une violente inflammation, mais accompagnée d'une tuméfaction blanche ou légèrement rosée du membre inférieur, partant de l'aine, se répétant à des intervalles de plus en plus rapprochés, et laissant chaque fois une tuméfaction indolente plus considérable , jusqu'à ce que la jambe, monstrueusement grossie, efface la saillie du pied par son volume, et prenne, par les replis multipliés de la peau , l'aspect d'une jambe d'éléphant. La sensibilité est détruite comme dans la lèpre. Après les jambes, les parties que cette affection attaque de préférence sont les bras et le scrotum, où elles développent d'énormes tumeurs qui ont atteint le poids de 50 kilos.
TnAiTEMENT. Quand cette maladie est prise à temps elle se guérit très-facilement en employant Aconiinm, dans les cas aigus, et en le faisant suivre de Lyc, spécifique presque infaillible de celte affection, et au besoin de Sulph. et Bell.
Les Brésiliens emploient aussi, avec le |)his grand succès, trois médicaments, très-utiles dans cette affection, nommés :
iCervus Brasilicus , Aristolochia cymbifera ol Mimosa humilis. Cette maladie tend à disparaître rapideiuent du Brésil sous l'énergique influence de l'iiomœopatliie.
Quant à la lèpre tuberculeuse elle cède, à son début, h S. Oler., Ilipp., PJis. et SU. Mais quand les tubercules sont développés, elle a longtemps résisté à tous les moyens, jusqu'au jour où l'un des proiésseurs de l'école homœopatliijque du Brésil eut l'idée de soumettre les malades à l'aciion I révulsive de la méthode hydrothérapique de Priesnitz. Sous rinfluence des affusions d'eau froide, la sensibilité de la peau se réveilla, et donna à la force vitale abattue, ce qui lui manquait pour réagir contre les médicaments bomœopalhiques. Depuis ce temps les guérisons se sont multipliées, cl M. lldefonso Gomès, inventeur de cette méthode, multiplie aujourd'hui les guérisons dans l'intérieur du Brésil, où il s'est rendu, pour être plus près des nombreux malades qui s'y rencontrent.
I SO. Lichen. — Papules rougeàtres, disposées en groupes, i ou éparses sur la peau, causant un prurit violent, et se terminant par une desquammation furfuracée, ou par des exil coriaiions très-rebelles.
Tr.AiïEMEKT. — Si le lichen est aigu, Jconilum à doses I répétées fera cesser la lièvre et l'inflammation ; — on recourra lensuite à Puis., Dig., Rhs., Cale, Buf., Lyc.
SI. Le Prurigo se compose de papules plus larges et imoins saillantes; il exige du reste le même traitement. |i 32. Sycose. — Pian, Frambœsia {Bobas en portugais). Ilahnemann a donné le nom de sycose aux miasmes qui produisent les excroissances syphilitiques, choux-fleurs, con- 'dylomes, crêtes de coq, etc., etc.
! Les verrues sont elles-mêmes un reste éloigné de la même affection.
Les maladies qu'on nomme Pian, Frambœsia et Bobas .sont évidemment de même nature. Elles consistent en excroissances fongueuses, arrondies, se développant souvent autour d'une papule, qu'on nomme pustule mère.
Le spécirupie de toutes ces affections est d'abord Jac. C; une dose tous les jours au début, puis des dynamisations plus élevées et à de plus longs intervalles, à mesure que la maladie est plus ancienne.
L'Europe possède maintenant le Thuia, presque aussi eflicace que le Jacaranda. On pourra le prendre de même, H, si la maladie est rebelle, faire une teinture des feuilles dans l'alcool et en mettre quelques gouttes dans de -l'eau tiède, pour faire des lotions externes, qui hâteront beaucoup la guérison. Après ces deux agents énergiques on pourra recourir au besoin à Lijc, Dulc, Ped., Merc. et Cale. — Pour le Thuia, voyez les caractères que nous avons indiqués (2« entretien), pour ne pas le confondre avec le Thuia orientalis.