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SUGGESTIONS EN VUE DU PERFECTIONNEMENT DE LA LUTTE ANTITUBERCULEUSE

Après avoir fait une description de tout l’armement antituberculeux dont nous disposons à l’heure actuelle, et avoir montré les difficultés que présente la lutte contre la tuberculose, nous allons aborder les suggestions personnelles que nous émettons en vue du perfectionnement de cette lutte. Ainsi sera, nous semble-t-1l, facilitée la lourde tâche qui 1incombe au médecin praticien.

1° Le point de vue diagnostique.

Nous avons vu les difficultés que crée le diagnostic de la tuberculose dans la pratique courante. Il faut ajouter à celles qui résultent de la catence de la tuberculose pulmonaire au début, celles qui résultent de l'insuffisance de l’enseignement concernant cette affection.

a) À qui la faute ? A l’organisation précaire des études médicales sur ce sujet.

Une chaire et une clinique de phtisiologie quelles que soient leur renommée et la bonne volonté de

nos maîtres, n’auront pas d'effet sensible tant que les services hospitaliers de tuberculeux ne seront que d’un accès facultatif, et non pas obligatoire pour les étudiants. Certes les élèves des hôpitaux ont toute la possibilité s’ils le désirent de se familiariser avec le diagnostic et le traitement de la tuberculose pulmonaire, maïs il n’en est pas ainsi de la multitude d'étudiants, futurs médecins, qui ne portent aucun titre dans les hôpitaux.

Pourquoi un stage de phtisiologie ne serait-1! pas obligatoire, comme ceux de dermatologie, de maladies infectieuses, d’obstétrique ? I faut obliger tous les postulants au doctorat en médecine à faire un Stage de deux mois environ dans un service hospitalier où une clinique de tuberculose, ceci non pas tant pour qu'ils apprennent à manipuler ces appareils de collapsothérapie, mais avant tout pour qu'ils se familiarisent avec le diagnostic de la tuberculose, l’interprétation des clichés, la discussion d’une indication thérapeutique judicieuse. Un examen clinique doit marquer le terme de ce stage.

Cette insuffisance de connaissance en phtisiologie est de conséquence grave : elle peut entraîner un retard dans la mise en œuvre d’un traitement qui comblera au mieux les intérêts du malade.

b) Pour ce qui touche au spécialiste, nous voudrions émettre une opinion qui semblera peut-être révolutionnaire puisque la mesure que nous proposons, n’est même pas appliquée aux autres spécialités. Que ce que nous proposons pour la phtisiologie, soit fait pour les autres spécialistes, nous ne

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pourrions que nous en féliciter. Personne ne devrait avoir le droit de s’orner du titre de spécialiste, sans la sanction de la Faculté de même qu'aucun ne peut prendre sans elle le titre de docteur.

On doit obliger le médecin qui veut être Spécialiste en phtisiologie, à être porteur d’un certificat délivré par un phtisiologue chef de service hospitalier, d'aptitude dans la spécialité. Nous envisageons même que ce certificat soit contre-signé par le Professeur de clinique phtisiologique après épreuve clinique subie par le postulant. Pourquoi tnême ne pas créer un Diplôme de phtisiologie, comme il y en a un d'hygiène, où de médecine coloniale ?

De là sorte lé médecin praticien pourra en toute quiétude confier un de ses malades tuberculeux à un phtisiologue attitré en vue d’investigations plus complètes ou en vue du traitement.

c) On devrait par ailleurs faciliter les recherches de certains phtisiologues. La création d’un Institut de la Tuberculose, comme il en existe pour le cancer, nous semble toute indiqué. Il y a encore beaucoup à faire dans le domaine thérapeutique de la tuberculose. Il ne faut pas se décourager dans la voie de la recherche d’une thérapeutique spécifique.

Les difficultés qui surgissent du fait de l’absence d'examen radiologique, seront envisagées plus loin.

2° Le point de vue thérapeutique.

Le médecin praticien étant donc considéré comme suffisamment armé par son savoir sur la tubercu-

lose, il lui reste à demander en toute tranquillité la consultation d’un phtisiologue pour la discussion de l’indication thérapeutique.

Mais nous avons vu que d’autres difficultés subsistent. En particulier lorsque le malade revient du sanatorium, il faut encore l’insuffler, suivre l’évolution par la comparaison des clichés, et éventuellement décider de l'opportunité d’une autre thérapeutique.

Le médecin n’a chez lui ni appareil radiologique, ni laboratoire, ni appareil à insufflation. S1 le dispensaire n’est pas à trop grande distance, le malade peut encore s’y diriger, c’est un pis-aller.

En cas contraire le problème reste à résoudre. Aussi devant la difficulté matérielle que représente la création de nouveaux dispensaires, pourquoi ne mettrait-on pas en jeu une nouvelle formule : celle de dispensaires ambulants ?

L'équipe ambulante pourrait dépendre du dispensaire le plus rapproché. Ce serait une équipe spécialisée, qui visiterait en un jour fixe de la semaine plusieurs médecins de la contrée. Le médecin convoquera pour ce jour-là ses malades tuberculeux. Une telle équipe devrait être constituée :

— d’un médecin spécialisé, à la rigueur même d’un étudiant en médecine spécialisé faisant fonction d’interne.

— d’une infirmière visiteuse.

Les malades sont ainsi examinés en présence de

leur médecin, les insufflations sont faites sur place, les crachats sont recueillis pour examen.

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S1 les pouvoirs publics retardent la formation de tels dispensaires, plusieurs médecins d’une région donnée peuvent coopérer pour leur création, en prenant à leur charge les dépenses entraînées par l’achat des instruments, les salaires de l’interne et de l'infirmière visiteuse.

Ainsi : le médecin peut continuer à suivre son malade, il ne le perd ni moralement, ni matériellement. Le malade règle son médecin et considère l’équipe volante comme étant constituée de collaborateurs de son médecin. Le dispensaire se charge du diagnostic et du traitement; le malade ne se dérangera plus qu’une ou deux fois par mois pour la prise d’un cliché ou pour un examen sous écran.

3° Le point de vue social.

Nous avons vu les difficultés qui surgissent devant tout médecin praticien de par l’insuffisance de la législation antituberculeuse.

Nous suggérerons donc quelques modifications, quelques innovations à y introduire. Le malade en profitera et le médecin verra sa lourde tâche facilitée.

a) Il est indispensable de rendre obligatoire la déclaration de la tuberculose. Rien de plus facile, puisque la liste des maladies auxquelles sont applicables les dispositions de la loi du 15 février 1902 est dressée par décret du Président de la République, rendu sur le rapport adressé au Ministre de l'Intérieur par l’Académie de Médecine et le Co-

mité consultatif d'Hygiène publique de France. Cette liste « pourra être révisée dans la même forme », dit l’article 4 de la loi. Puisque l'Académie et le Comité ont depuis longtemps donné leur avis favorable à l'inscription de la tuberculose sur la liste des maladies à déclaration obligatoire, il ne manque que le décret. La chose est encore plus facile puisque déjà, dans les trois départements d’Alsacé- Lorraine, la tuberculose est à déclaration obligätoire. Ce qui est possible dans quelques départements est sans conteste possible dans le reste du territoire, voire même dans les colonies.

Obliger à déclarer la tuberculose, c’est obliger les malades à se soigner, c’est faciliter la prophylaxie de la maladie.

b) Nous arrivons ainsi à exprimer le désir d’une loi d'ensemble visant la prophylaxie de la tuberculose.

Cette loi établirait les droits et les devoirs du malade comme du médecin.

Cette loi serait renforcée de l'institution de la vaccination obligatoire des enfants par le B. C. G.

Il faut cependant auparavant que tous les phtisiologues de marque se soient mis d'accord sur son efficacité et sur Son innocuité.

Toujours en vue de la prophylaxie, une circulaire ministérielle, voire un arrêté, seraient indispensables pour demander aux responsables des communes une révision des mesures de prophylaxie d’une maladie devenue à déclaration obligatoire.

€) I n’y à encore aucun texte de loi sur les placements familiaux des enfants, écoles de plein air, colonies de vacances. Que le pays soit doté de dispensaires, sanatoriums, hôpitaux, nous ne pouvons que nous en féliciter, mais nous connaissons les difficultés auxquelles on se heurte lorsqu'on veut empêcher le mal de s'étendre, en particulier chez les enfants appartenant à deux catégories : ceux qui sont en contact, ceux qui ont été en contact, toutes les deux constituées d'enfants sains en apparence.

Les préventoriums prennent de l'extension. Il faudrait donner le même développement aux placements familiaux. Tels l'Œuvre Grancher, le Placement familial des Tout-petits, le centre de placement d'Orthez de l’Assistance Publique de Paris).

Un texte devrait assimiler les frais de séjour dans ces placements à ceux des préventoriums au point de vue du remboursement par les Assurances sociales. | |

Enfin les écoles de plein air, les colonies de vacances, les « Auberges de la Jeunesse » sont autant d'institutions indispensables pour créer l’atmosphère dans laquelle l’enfant échappera à la contamination, pourra se développer normalement.

d) Toujours dans le même ordre d’idées, nous arrivons au problème des taudis (20). Quoique non exclusivement responsables de la tuberculose, 1l est admis néanmoins à l'heure actuelle que les agglomérations riches en taudis accusent un pourcentage de tuberculose plus élevé que les autres.

Un texte de loi devrait interdire l’habitation

de tels taudis. Ceux-ci seront désignés tels par une liste dressée par le Comité supérieur d'Hygiène publique. L'état ou les collectivités devraient se charger de loger les habitants de ces taudis. Ils prendraient en outre à leur charge le supplément que comporte le nouveau loyer.

e) Un tuberculeux devrait arrêter immédiatement son travail, et une loi doit assurer non seulement son traitement, mais aussi la subsistance de sa famille. Ainsi aucun malade ne pourra refuser de se laisser traiter, aucun ne pourra continuer à travailler malgré sa maladie. Il est inconcevable qu’aucune loi n’oblige, à l'heure actuelle, le fonctionnaire tuberculeux par exemple à cesser son travail. Dailleurs une telle mesure ne sera possible que si les fonctionnaires sont soumis à un examen, à un contrôle systématique à intervalles déterminés. On s’effraye à la pensée que n1 fonctionnaire des P. T. T. ni instituteur, en contact avec des enfants, ne cessent leur travail, dès qu’ils sont capables de devenir des facteurs de contamination.

f) Une loi devrait libérer temporairement le tuberculeux de ses charges publiques, dettes, termes de loyer.

g) À son retour des établissements hospitaliers, le tuberculeux devrait retrouver son foyer, son logis. Une loi devrait assurer sa convalescence, et lorsqu'il devient apte au travail et qu’il ne trouve pas d’embauche, son allocation de chômage devra être supérieure au chiffre habituel, car la misère physique

et morale est le facteur essentiel de nouvelles pous- sées, de nouveaux foyers.

h) Enfin une œuvre devrait se charger de trouver une occupation peu fatigante mais normalement rémunérée, aux tuberculeux convalescents et guéris.

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