‹ Le médecin sans médecine, ou le charlatanisme dévoiléChapitre 1 sur 9 · AVIS AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVIS AU LECTEUR

Parmi les auteurs mercenaires qui ont écrit jusqu’à ce jour sur la médecine, il ne s’en trouve qu’un très-petit nombre dont les ouvrages aient rendu les noms immortels : n’ayant pu prétendre, pour la plupart, d’après leurs faibles moyens, qu’à une gloire éphémère et le plus souvent nulle, ils n’ont visé qu’à l’argent, mobile beaucoup plus puissant que le désir de consacrer sa plume au bien de l’humanité. Foible comme tous les mortels^ je n’ai pu éviter les fdels de Plutus^ séduit par l’appât de l'or je résolus de me faire auteur, et je cherchai, avant d’avoir aucune idée de mon ouvrage, un litre qui, sans le mener à l’immortalité, le fit écouler promptement du magasin de mon libraire. H n’était point facile d’at-

teindre ce but, car il fallait, en dépit du bon sens, trouver un texte assez piquant pour exciter la curiosité de mes lecteurs. Je me mis aussitôt l’esprit à la torture, et je m’engageai dans un labyrinthe dont je n’aurais pu sortir, si la fortune ne fût venue à mon secours; cette déesse inconstante et aveugle m’inspira un moment, et les mots Médecin sans Médecine s’offrirent tout à coup à ma pensée. Le titre me charma au point que je me jtréparais à le tracer sur le papier, lorsque la raison m’arrêta, et me dit à l’oreille : Comprends-tu bien ce que tu vas écrire? Es-tu conséquent avec toimême ? Et crois-tu que l’on puisse un jour mettre à profit ton insignifiant verbiage? Car en médcine, ce genre d’écrire devientfort commun. Jenepus m’empêcher de me rendre à un avertissement aussi sage; mais entraîné par l’espoir d’un bénéfice presque certain,

dédommagemont, pour bien des gens, de la mauvaise renommée, je fermai l’oreille aux discours de cette compagne chérie de la vérité, et je me décidai à prendre la plume. L’arnour-pro pre , si naturel à tant d’auteurs, fascinant mon imagination , j’envisageai mon titre sous tous ses points de vue, et je finis par n’y trouver rien que d’utile et d’agréable. Cependant malgré mon aveuglement j’y reconnus encore quelque chose d’absurde; car la raison ne s’était yioint entièrement éloignée de moi, mais je me rassurai aussitôt en m’écriant : Est-il donc plus absurde de faire le Médecin sans Médecine^ (pie la Médecine sans Médecin ?

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Toi qui fus le flambeau de la Médecine , puisse ton ombre épouvanter et mettre en fuite les nombreux ennemis de la vérité.

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