‹ Le médecin sans médecine, ou le charlatanisme dévoiléChapitre 2 sur 9 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Le but de cet ouvrage est de combattre et de renverser tous les genres de charlatanisme^ et de prouver qiC en médecine il ne peut exister qu’une seule manière de traiter les maladies; c’est-à-dire , que le médecin doit se servir au besoin, et surtout à propos, des diverses méthodes usitées de nos jours , ainsi que de tous les médicamens connus : ce qui exige de très-longues études. Comme depuis Hjppocrate la médecine purgative ou évacuante a généralement , pamii le vulgaire, obtenu la préférence, et qu’elle trouve encore aujourd'hui des partisans, je me suis attaché à faire connaître les dangers auxquels elle

expose J en in appuyant cV observations authentiques ^ et capables dejfrayer ceux qui se laissent séduire par les raisonnemens absurdes des empiriques et des charlatans. Dans la première partie de cet ouvrage , je donne un léger aperçu des difjérentes doctrines mises en pratique jusqiéà ce jour., et comment elles ont pu donner naissance à V empirisme et au charlatanisme, et pourquoi ces d end ers doivent être anéantis. Dans la seconde partie, je donne connaissance des dangers auxquels exposent les traitemens empiriques, et particulièrement r usage inconsidéré des émétiques et des purgatijs. Enfin, dans mes conclusions, je fais connaitre les qualités qui constituent le vrai médecin, et la marche que ce dernier doit suivre auprès des malades .

J'ai clioisi pour cet ouvrage le titre de Médecin sans médecine ^ parce f|ue le public, encore imbu des mauvais principes de la doctrine des biimoristes, pense que l’on ne peut guérir qu’cà l’aide de l’climinination des bumeurs viciées déterminées par des purgatifs, picparalions médicamenteuses vulgairement appelées médecines.Homme lesaccidens f|ul résultent de la médecine purgative sont très-fréquer.s et souvent funestes, je m’appliquerai, dans le cours de cet opuscule , :'i signaler les dangers auxquels s’expose un malade en s’abandonnant à une doctrine médicale

exclusive, surlout à celle qui n pour hase l'emploi des e'mélicjues et des purgatifs.

Avant que la niedecine eht nccpiis le degré de certitude (|u’elle possède aujourd hui, c’est-à-dire, avant qu’elle fût éclairée par une saiue physiologie, elle n’était qu’un art coiqectural dépeiulantd’uu aveugle empirisme. Pour se convaincre de ce que j’avance, il suÜit de jeter un coup d’œil sur les doctrines médicales les plus suivies jusqu’à ce jour.

llyppocrate, le premier et le plus révéré des médecins de rantl((uité, puiscpi’il fut surnommé le père de la médecine , se hornait dans le traitement des maladies à l’o!)servatlon des symptèiTies , et s’attachait à distinguer les affections mortelles de celles qui ne l’étaient pas, plutôt fju’à les guérir; la cause de l'emharras où il se trouvait pour ohlenir la cure des maladies, provenait des notions très-imparfaites rjue,

cîe son temps, l’on avait de l’anatomie et de la physiologie. Ce praticien ccdèhre a cependant rendu de très-grands services à rinnnanitè , par l’importance de ses ohservalions sur les signes et les svinptôines des maladies, h une (’poiiue où l’on ne pouvait faire ([u’une médecine observatrice, qui , pour être exacte, devait être éclairce par l'anatomie pathologique.

Après llvppocratp, on adojita une médecine systématique , c’est-à-dire basée sur une théorie plus on moins exclns ve; cependant ce fidèle ohser\atenr n’était pas exempt de théorie , comme l'observe trèsbien ni. le docteur Oronssais , dans son Examen des doctrines médicales ^ lorsqu’il dit : i: Ilyppocrate avait une théorie, pui'- (ju’il Ci'oyalt à la crudité et à la cociion; pui'(ju’il regardait la fièvre comme un travail edahorateur d’une matièie morbifique; puisqu’il recommandait de respec-

ter ce travail. En effet , la thérapeutique de ce médecin est facile à saisir dans ses écrits ; il fait consister l’art de guérir dans l’art d’évacuer ce qui doit l’être, et parles voies convenables, c’est-à-dire celles que la nature indique. Or, cette théorie le conduisait à évacuer la matière en turgesce/îce dans le commencement, avant que la chaleur fut développée; il fallait le faire ])ar les voies que la nature indiquait. De là les vomitifs, les purgatifs, et les saignées dans le début des fièvres. C’est à lui que nous devons ce fameux axiome : Vomilus çomitu curatur, en \ertudu({uel on immole depuis des siècles tant de victimes dans les maladies abdominales. Ensuite, sa théorie lui commandait de confier a la nature le travail de la coction, si les premièj-es évacuationsn’avaient pasarrêtéla maladie, c’est-à-dire éliminé la matière inorljifique. De là rabstineuce de tout moyen pertur-

bateur, lorsque l’etat fébrile avait acquis toute son iiitensitc : un se boriiait à l'eau d’orge, à l’hydromel, aux lotions et aux moyens de propreté, comme l’atteste le T'ictus ratio in acutis. Enfin , sa théorie voulait que l’on revint aux purgatifs et même aux vomitifs quand, à la suite de l’état fébrile , la matière cuite voulait se frayer une voie par le canal digestif, et que l’on favorisât les sueurs, les urines et les dépôts qu’il appelait critiques, c’est-àdire judicaleurs.

» Ainsi, quoiqu’IIvppocrate ne se livre point à la discussion, au moins dans ceux de ses ouvrages qu’on nous propose pour modèles , il n'en avait pas moins une théorie, puisque nous la trouvons dans ses actions quand il raconte, et dans ses préceptes lorsqu’il juge à propos de nous eu donner. II vppoci ale n'est pointl'lnventeur de sa théorie, il l’a\ait reçue de ses pré-

tlecessf'urs ; fîlf’ (Hait colle (le ses coiifempoiains. S’il ne la développe pas , c est rpi’il la jnge Inen connue de ses auditeurs et de ses lecteurs; mais partout il la rappelle, il ne la révoque point en doute, et ipioique ses oliservations déposent bien souvent contre sa théorie, il ne laisse pas de lui rester toujours fidèle, u

En suivant les progrès de la médecine depuis lTv[)procr<iie jusqidà nos jours, on voit qu’ede n’en (it de rapides (ju’avec le secours tle ranatoinie, de la pbvsiologie et de l’anatomie [lathob'g'cpie. jVussi, tant c[uc les médecins n’i'urnit (pje des notions inexactes de ces trois in'anclies esseniiclles de l’ait de guérir, et parlienlièrement des I issus du corps luunniii, ils se perdirent dans des raiSOîiiK'inens confus et tout-a -fait contraires aux lois de rixonom e vivante , et, comme le dit pidicicuseinent I.Hi’ons- «ais : U Lrs doclrines médicales générale-

ment adoptées de nos jours dans 1rs e'colrs de l’Eiu ope, sont un méhnige de Toutes celles qui ont régné depuis le bei conu de la luédeciiiej mais un mélange telleineut confus t]u’i! est extrèinement dilllcile d’en découvrir tous les elcnicns et d’assigner lu part que chacun d’eux peut avoir dans la théorie et dans la piatique de noire art. »

L»=s théories médicales les plus reinarquahies se trouvant trop hien commentées par Broussais dans son Examen des doctrines médicales^ pour que je m'étende longuement sur ce sujet, je n’en donnerai qu’un simple aperçu , conseillant aux personnes douces d'un esprit juste et exempt de préjiîgcs, de lire avec soin cet auteur, dont le nom est si justement célèbre.

Parmi les auteurs anciens, depuis llvppocrate )us(ju’aux npsologistes, un certain nombre s’adonna d’une manière spéciale à la médecine d’observation , tandis que la

majeure partie s'attacha plutôt à expliquer les plie'nomènes des maladies qu’à les décrire, mais cette description était sans ordre et sans classification.

C’est dans ce temps que l'on vit naître la médecine humorale dont Hyppocrate avait jeté les fondemens. Cette médecine, qui fut ensuite prônée et étendue par Galien , est encore de nos jours exercée par quelques praticiens et vantée par le vulgaire ignorant , malgré les dangers auxquels elle expose. Aussi n’est-il rien de plus ridicule aux yeux des hommes instruits, (jue de voir attribuer les principaux troubles de l’économie à la corruption du sang, àla pituite, à labile, à l’aft; abile,etc., d’où résulte un traitement de rigueur si justement critiqué par Molière , lequel consiste à saigner, à faire vomir et à purger. Comme celte manière d’envisager les maladies n’avaitrien de certain, et <jue les

effets qu’on en obtenait ne répondaient presque jamais à l’attente des patriciens , on changea de système avec les progrès de l’anatomie , et l’on vit naître les mécaniciens, les sülidlstes, les vitalistes et les slimulateui’s. Je me bornerai à citer de nouveau M. Broussais, qui donne, en peu de mots, une Juste idée de toutes les théories de ces temps d’ignorance , théoi les trop souventencore mises en pratique dans le temps où nous ■\ivons.

i; L’inlluence d’Hyppocrate , qui s’était un peu alfdüjlie pendant les siècles de barbai ie, reprit une nouvelle énergie à l’époque de la renaissance des lettres en Eiirop»’-. Comme il s était élevé d’autres doctrines résultant des progrès de l’anatomie, de la découverte de lu circulation , de l’étude de la sensibilité et de l’irritabilité , ces doctrines sont venues inseiu'ïiblemcnt modifier riivjqiocrall'ine en se, combinant

avec lui. Ainsi la connals.saiice de la force impulsive du cœur, cl les observations ruicroscopirjues faites sur les tissus capillaires et sur les sjlobules qui Iraversenl , ont engendré la lliéorie mécanicjue <|ui soumet tous les pbcnomèaes vitaux à la pression, à la trituration , aime proportion nécessaire entre les canaux et les molécules qui les parcouraient . D’autre port les décompositions et les recompositions des chimistes firent entrer dans cette lliéorie celle de la cori'uplion , de l’inflammation , de la dissolution et de répaississeinenî des humeurs. On les vo\ ait, échauffces par i'excès de la pression et du mouvement, s (ullammer, se raré!i''r et distendre leurs vaisseaux, se condenser par l’évaporation, .'■e corroinpi'e (‘l se dissoudre rusuite , tnrulls que, jiar leur stagnation dans les tuyaux capillaires, où les laissait engagées le peu d’enei’g'C des solides , elles se coagulaient

ou se refroidissaient jusqu’à ce qu’une nouvelle impulsion vint les récliauflVr, les dissoudre, fondre l’engorgement par la suppuration , ou disperser et éliminer la matière qui le formait. D’autres fois l’impuissance de l’action des solides laissait les matériaux nutrijifs dans un état imparfait qui les conduisait encore à la corruption, à laquelle ajoutait nécessairement la rétrocession des matières âcres de la transpiration , des urines, etc. ; ce qui devait à la fin produire une acrimonie désespérante dans les sucsqui afireuvalent les organes les plus nobles , chargés des fonctions les plus importante» au maintien de la vie.

Delà devait découler la nécessité des rafraîchissons^ des délayans ^ des incrassans^ des épaississons, des anti-putrides, des fondons, des dépuratifs-^ tous moyens que l’on adressait, directement aux humeurs , sans se soucier de l’impression qu’ils pou-

vairnt faire en passant sur les solides. Neanmoins, comme on se souvenait du strictum et du laxum de The'iuison, et que les solidistes et les vitalistes prospéraient en même temps que les mécaniciens et les Immoristes, puisque Boërliaave avait fondu ensemble tous les systèmes de la médecine; d’autres médicamens avaient ordre de s’arrêter sur la fibre, soit pour la tendre, soit pour la relâcher, soit enfin pour émousser une sensibilité exagérée, e

La confusion des principes qui découlaient de semblables ibéorles , suite de la multiplication des entités pathologiques , empêchant de saisir les Indications curatives des maladies , surtout pour les maladies cbronic|ues. M. llroussals dit avec raison : a Voilà , n’en doutons point , ce qui fit naître l’idée des nosologies, comme moyen subsidiaire de la mémoire et du jugement. »

Lorsqu’on jette un coup d’œil sur les nosologies qui ont paru depuis Sauvage jusqu’à la N osoçrraphie philosophique de Pinel , on voit que la plupart des auteurs , en adoptant un système arbitraire d’où ils font résulter toutes les causes des maladies, mettent de côte les lois physiologiques qui seules entretiennent la vie des hommes : aussi voit-on toujours ces auteurs s’éloigner de la raison.

11 serait trop long de passer en revue les ditférenles doctrines médicales en vocue jusqu’à ce jour, M. Broussais a très-bien rempli cetie tâche; je dirai seulement que les nosologies ont été faites pour faciliter 1 étude de la niédecine et en simplifier le raisonnement, et qu’ii ne faut pas se laisser imposer par les dogmes séduisans sur lesquels certains nosologistes ont fondé l’art •le guérir; dogmes d’autant plus pernicieux qu’ils prescrlveut souvent des règles dont

on ne peut jamais s’écarter, et qui, dci ivant de faux principes, doivent toujours induire en erreur.

Comme on voit partout se répéter, eu termes difFéreus, les systèmes des lunnoristes, des solidistes, des vitalistes, etc. , je ne citerai que celui de Brown, comme un des plus captieux et même des plus dangereux dans la suite de ses raisonnemens. Ce médecin distingue trois états de l’organisme vivant: la santé, l’oj)portuuité, ou prédisposition aux maladies , et enfin , la maladie. Il admet (jue la vie n’est entretenue que par l’aetion des stiniulans, et donne le nom d’exeiîahilité à la faculté de sentir l’impression d’un stimulus, ou à cette propriété par Ia(|ueile les stimulus externes ou internes produisent un changement dans les (onctions ordinaires tle l’économie. Les stiniulans externes sont tous les corps environnansj le; internes sont l’exercice même

lies l'oMCtioiis, rinüucnce l'ierveuso, los passions cl l’action musculaire , auxquels il Joint les iluulcs circulans et !a chaleur animale. Les stimulans sont ensuite divisés en gcnéi’aux et en locaux, selon cju’ils produisent coustauiment une excitation dans tout l’organisme, et qu’ils ne déterminent cette excitation qu^après avoir produit un changement local. Brown pose ensuite en principe que les stimulans entretiennent la vie et la santé; mais lorsqu’ils sont trop augmentés ils donnent naissance à des mrladies sthéniques , et quand ils sont trop diminués, ils occasionnent des maladies asthéniques. De là la division des maladies en sthéniques et asthéniques.

Lessnaladiessthéniques ou phlogistiques se déclarent chez ceux qui ont une constitution dans laquelle domine une vigueur ex cessive, et dépendent d’un excès de force ou d’excitation.

Les maladies asthéniques ou antiphlogistiques, au contraire, sont produites par la faiblesse.

L’opportunité, que cet auteur appelle encore diathcse , est un état intermédiaire entre la santé et la maladie : c’est une prédisposition.

D’après ces principes, il admet deux, sortes de puissances nuisibles à la vie, et llappelle phlogistiques ou excitantes celles qui donnent naissance à une prédisposition ou à une maladie sthénique 5 et antiphlogistiques ou débilitantes celles qui prédisposent ou déterminent les maladies asthéniques. D’où il résulte que la foiblesse et l’énergie excessives des stimulus sont pour rhomme deux causes de destruction.

Un pareil système , dont la simplicité paraissait démontrée, trouva tout d’abord des partisans, à une époque où la médecine , privée du flambeau physiologique ,

clait un véritable chaos. La doctrine de Brown fut promptement en vogue en Europe, et les humoristes, les vitalistes, etc. tombèrent dans l’oubli. Rien alors ne parut plus aise que de reconnaître les troubles de l’economle au moyen des symptômes sthéniques et asthéniques •, le traitement^ en fut en même temps très facile , puisque dansle premier cas l’on n’avait qu’à affaiblir par l’usage des débilitans, et dans le second , à relever les forces en admiiiistrant les toniques et les excilans.

Cette méthode, dont la plupart des principes étaient basés sur l’ontologie, se trouvant contraire aux lois vilales(tousles tissus animaux étant susceptibles d’inflammation) , donna lieu à des accidens funestes, parce que la foiblesse qui caractérise les maladies asthéniques, est généralenraent produite par les causes excitantes auxf|uelles Brown atti ibue les maladies stbc-

iii(jnes. On fut dès lors emljarrnssé sur le mode de traitement; et, heureusement pour l’Iiumanité, les progrès de l’anatomie et de la phvsiologie renversèrent les fondemens de celte doctrine, tl’autant plus incendiaire (]ue la peur de la foihlesse engageait les médecins à se hâter de transporteries maladies sthéniques dans la classe des maladies asthéniques, et les traitaient par les excitans.

Malgré les dangers auxquels expose la doctrine de Brown, on ne peut s'empêcher d’admirer cet auteur, surtout quand on se reporte au temps où il a écrit. En lisant son ouvrage ‘on regrette qu’il lEait point existé à l’cpoque où l’anatomie générale et la physiologie furent en vigueur ; un esprit aussi lumineux eût, par leur secours, évité les fautes que l’on rencontre dans ses écrits, qui fourmillent de vérités importantes, mais incorrectes. La plus sail-

lante cl’enlre-elles , qu’il admet comme principe de sou système , est que la vie ne s’entretient que par excitation , et que vivre n’est autre chose qu’être excité.

D’après le défaut de certitude en médecine il se rencontra des médecins qui, se vovant chaque jour induits en erreur par les théories et les systèmes de leurs contemporains qui se perdaient en raisonneuiens superiius , devinrent empiriques et adoptèrent des méthodes qui consistaient à administrer des niédicainens énergiques, sans que l’on pût prévoir si leur résultat serait avantageux ou défavorable.

Les théories et les systèmes n’olfrant pas moins de dangers que les méthodes empiriques, l'empiiisme obtint la préférence. Ce n’ttait point l'organe malade fpie l’on cherebait h connnUrc; mais seulement l’enqiloi ou l’indication de quel-

ques substances dénommées médicinales , parce que l’on croyait reconnaître en elles des vertus propres à neutraliser l’action ou cause efllciente des maladies. Tout en médecine reposait sur l’observation et l’expérience; il suffisait d’avoir les cheveux blancs pour être bon médeciu. En effet, il fallait avoir vieilli dans la pratique pour, malgré ses mauvais succès , acquérir un certain à-plomb et se croire expérimenté; aussi la médecine empirique contribua-telle beaucoup à retarder les progrès de la médecine physiologique.

La médecine empirique, malgré les succès qu’on lui attribuait, ne put obtenir aucun degré de certitude; et on observe que la plupart du temps les médecins se trouvaient forcés de masquer leur embarras par des formules et des recettes. Dèsloi’s , le charlatanisme vint exploiter le domaine médical, et l’on vit paraître une

quantité innombrable de remèdes secrets et de médicamens recueillis dans les quatre parties du inonde.

Le cbarlatanisme s’étant revêtu des foi'ines médicales , on ne parlait plus que de spécifiques, non-seulement propres à guérir toutes les maladies, mais encore à conserver la santé et prolonger la vie des hommes, que l’on supposait renfermées dans le fond d’une bouteille; il n’était pas même nécessaire d’être malade pour en faire usage : de là naquirent les élixirs de santé et de longue-\le.

La crédulité publique, seul objet sur lequel pussent spéculer ceux qui, n’étant guidés que par le vil appât du gain, s’adonnaient au débit de pareilles compositions , accrédita ce modus curandi ^ ou mode de traiter les maladies. Alors, pour

exlraordinaire et surtout inconnu (1), chacun , dans la ferme persuasion d’acheter un spécitujue, se laissait aiscnicnt tromper : mais comme la hourse des gens n’était pas seulement compromis-, que leur santé et môme leur existence l’étaient aussi (2) , il devenait nécessaire de s’élever contre de tels ahus (3).

(1) De là sans doule les noms fameiis de Rob Anli-Siphililique, de Mixture Brésilienne et Sans Pareille ; des pastilles de Kalabre ; des sirops de

MascagnietGénérateur; d’élixir de propriété, etc.

(2) Témoin l’élixir anti-glaireux du docteur G***, que la société médicale, dans le mois de juillet dernier, a signalé d’une manière toute particulière.

(3) Comme le dit très-bien le rédacteur du Journal AaalLùque, on ne saurait stigmatiser dune trop sévère réprobation, ces remèdes secrets inia- ,,inés par unedronté cliailataïusme et la plus honteuse cupidité ; remèdes dont les tribunaux ont

souvent et inutilement justice, mais dont les p larmaciens véritablement amis de leur art et l’humanité devraient refuser de» dépôts.

AÜligés cIps maux noii)l>rcux qui sout résultés, et qui sont encore, mais plus rarement , la suite de semblable pratiques, des hommes, amis de rimmanité, se récrièrent contre la ridicule confiance accordée à une méthode plutôt pharmaceutique que médicale. C’est, sans doute, ce qui a fait dire à Bordeu , en parlant de l’empirisme : «11 esi une médecine populaire et née pour ainsi dire avec les hommes : ils l’ont touiours portée partout, et partout cultivée avec un soin égal; la nécessité la- leur a dictée, comme elle leur apprit à se préparer divers alimens et divers esboissons; ils ont dûsonger à se soulager ou à se guérir, comme à se couvrir, à se loger, à se garantir de tous les accidens possibles. Telle est la médecine empirique, fondée sur des c.vpériences journalières. Les pères l’apprirent h leurs enfans; les diverses générations la firent passer des

unes iTux autres, et notre gcmValion la prépare à celles qui lui succéderont.

« Mère ou matrice de toutes les autres médecines, si l’on peut ainsi parler, ou de tous 1rs systèmes sous Icfjuel cet art a clé cultivé, la médecine empirique a souffert Lien des révolutions : les sectes qui lui devnic'nt leur origine l’ont dédaignée; elle a passé pour un tissu de faLics ou d'erreurs dans certains pays; dans d'autres elle a été reléguée chez des gens sans aveu. Le nom d’empirique est devenu luie sorte d’injure ou d’imputation odieuse, n

Malgré les o’ustaclcs qu’éprouvait le charlatanisme, le nombre des médicamens s’accrut de telle sorte (ju’en fut obi gé d’en supprimei' une très-grande (juautîté, parce c[uo la vie d’un homme n'aurait pu sulliro pour les classer dans la mémoire. Liifin il n’est point jusqu’aux amulettes et à la superstition dont on ne fît usage

•Hùre les iiialatlies. L’observation suivante, extraite de ÏExamen des doctrines médicales de -1/. Broussais , donne la connaissance la plus exacte de la pratique des médecins de ce temps, et prouve surtout le danger de l’ontologie. C’est le malade lui-même qui raconte ses mésaventures.

MÉMOIRE A COx^SüLTER,

Sur l’état de santé aussi extraordinaire que le régime que l'on a fait tenir à M. R. , ha-

bitant de Klarseille.

«Agé de cinquante-sept ans, taille de cinq pieds dix ponces, fortement constitué avant ralfaissemenî produit par les di- V ers régimes et la diversité des remèdes qui m’ont été ordonnés, j'ai un caractère gai, mais irascible suivant les contrariétés, et cependant prompt à reprendre mou sang-fi oid.

» l'neiiileiTuptiou de service, sans pouvoir re'ussir à être remisen aclivité, m’ayant déterminé à prendre ma retraite , l’exercice de la ciiasse m’occasionna une suppression de transpiration ; jusrpie-là je n’avais éprouvé d’autre maladie qu’à dix-huit ans , époque où j’eus une fièvre (|uarte qui lut guérie en un mois.

Celte suppression de transpiration m'occasionna un malaise générai, vi je fus atteint d’une forte courhature qui fat sui- 1 ie d’une douleur sur 1a hanche gauche , qui, en quinze jours, descendit jusqu’au petit orteil 5 alors je consultai un ami, médecin, qui débuta par un vomitif, et le lendemain par un puigatlf, auquel succédèrent des bouillons de veau , deux par jour pendant deux mois; ils n’eurent d’autre effet f[ue de me calmer un peu. Alors il m’ordonna les bains d’eaux thermales d’Aix , que je pris sans autre effet

qu’une \ive douleur. C’était en mai; il m’y lit retourner en septembre, et j’en pris deux par jour avec deux bouillons, l’un dans le bain , le second dans le Ht : le tout sans effet sensible. Alors on me re'duisit à deux bains par jour, mais en buvant l’eau, et le premier jour j’en pris vingt-six gobelets dans deux heures, dans le premier desquels on avait fait dissoudre deux onces de sel d’Epsom, ce qui fit ce'der en partie la douleur ; mais il y avait une telle irritation que je rendais, en évacuant, le sang parle fondement. Je n’avais plus de douleurs que lorsque je devais évacuer. Mon estomac s’enfla jusqu’en l’abdomen , plus du côté droit <jue du côté gauche, et souvent avec des coliques vers le nombril.

Je n’étais soulagé qu’en rendant des vents par en bas, souvent abondamment, etsouvent par le haut , pour rendre plus libre ma respiration.

»> Ce médecin étant mort , pris un autre qui débuta par un vomitif, et deux jours api’èspar un purgatif : le tout sans fruit.

» Plus, un troisième qui m’ordonna le malin une infusion de rhubarbe , et d’en tenir un morceau dans ma bouche le long du jour. Peu après il me fit prendre des piiulesapérltives, sans doute laxatives, puisqu’elles me relâchaient trop.

1) Le mal se soutenait, et je me trouvais plutôt pis que mieux j je changeai de docteur, et celui-ci ne m’ordonna qu’une tisane de patience et de l’infusion de feuilles d’oranger.

» Toujours même état; je me passai de conseils quelque temps; mais enfin je finis encore par adopter un médecin hollandais en réputation, et que j’ai jugé depuis n’etre qu’un aventurier. 11 me réduisit seulement à des pilules de rhubarbe et d alcali végétal ; je les pris en vain pendant deux mois,

deux tous les matins à jeun , ensuite au se[ d’absinthe, et de là au quinquina, à la gentiane, à l’aunee en poudre dans du vin, puis au jus de citron mêle' de sel végétal et à la rhubarbe en poudre; ensuite h une infusion d’absinthe, de cliaiuœdrix, et au quinquina dans du vin blanc. Le tout fut eu pure perte; j’étais devenu jaune comme un coing, rendant des vents par haut et par bas , vomissant après mon repas , rendant du sang par le fondement à deux et trois fois par jour, ce qui le conduisit à me faire prendre des pilules d’assa-fœtida, disant que ma maladie était spasmodique; enfin au quinquina, dont j’ai pris plusieurs livres avec divers sels, au moins autant d’assa-fœlida et une demi-livre de gentiane. Plus, en infusion et en poudre, vingt livres d’éthiops minéral dans un quaii; de verre d’eau avec un demi-gros de rbubarUe en poudre. Ce Hollandais m’a teau

trois ans : eniln, je le renvoyai, restant toujours en même clat.

» 11 me pi it un jour entre la hanche et la dernière fausse-côte une douleur insupportable qui me força d’appeller un nou~ <eau médecin, qui commença d’ahord par une potion calmante qui me lit rendre par îiaut et par has, et la douleur cessa. 11 improuva tout ce tjue j’avais fait, et m’ordonna le petit lait, dans lequel je faisais infuser la saponaire et du trèlle d’eau j je pris ce remède pendant trois mois, au bout desquels je rendis une expectoration blanche et visqueuse.

» A la suite de ma jaunisse, je ressentis une suffocation en agissant qui inquiéta ma famille, et me réduisit au choix, d’un nouveau médecin professeim, qui me trouva toujours avec mes vents , ma jaunisse et mon ventre gonÜé , surtout entre le creux de l’estomac et l’abdomen. Celui-ci débuta,

après une ample information, par me faire prendre du sirop de Fernel jusqu’à consommation d’une pinte par jour; j’en usai sans éprouver d’effet.

)i Je ne le revis plus, et l’on me conseilla, dans mon abandon , de faire usage des pilules de Clcrembourg ; ce que je fis, et je m’en trouvai un peu mieux. J’cn demandai douze boîtes, dont la dose était deneuf parjprise; elles me firentévacuerdes matières bilieuses et gluantes qui me sonlagèrent, sans être curatives : enfin, leur usage ne me Ct plus rien, et je les abandonnai.

n II me prit un jour du côté droit la même douleur que j’avais eue du côté gauche, et une envie extrême d’uriner et d’évacuer, sans pouvoir y satisfaire qu’à l’aide de quatre ou cinq lavemens émolliens qui, loin de m’apporter aucun soulagementme gonlièreut domine un ballon. Je recourus

à une potion d’huile d’amandes douces , d’eaux de lis et de fleurs d’orange; ce t]ui me fît rendre beaucoup de vents et de sang parle fondement; ensuite j’uriiiai , et la douleur disparut; mais j’aperçus dans mes urines des gi a\ iers rouges, dont l’ensemble offrait un poiils*d’un demi-grain.

n J’en étais là lorsqu’un nouveau médecin m’aliorda , qualifia mes maux d’o/istrucliom ^ et me prescrivit l’usage d’un opiat qu’il décorait du litre de soiweram. Je me décidai à en faire usage; il ne produisit d’autre effet que celui déjà obtenu par les pilules de Clérembourg , c’est-àdire l’tb acuation. Enfin , rua m’a fait prendre les eaux minérales chaudes, les autres, les martiaux, un autre, les eaux minérales froides, ua autre encore, les amers, etc.

ri Le hasard me iit encore l encoutrer un vieux médecin qui, après tous les détails

necessaires sur raa situation, m’ofTrit de m’administrer des pastilles fondantes cui atives, qui n'claient que de l’alcali concret, divers sels, du sucre et de la farine de riz, et qu’il vend cent francs la boite. J"en pris trois; elles me soulagèrent, et je continuais , lorsqu’il me proposa d’un opiat, auquel il voulait que j’ajoutasse un vessicato re sur la poitiinc. Je me soumis à son ordunuance, et je me maintins dans ce i égime, étant un peu soulagé : la suffocation avant sensiblcmrnt diminué. Ce médecin, piès de partir, me lit une proxis ou de pilu es et d’oj.iat ; mais, sans doute, il avait ebangé ses compositions, puisque l’^^ffet dex ut nul, et j'eu fus pour 1,100 francs.

.1 Je consultai deux nouveaux médecins, et, après un examen rigoureux, ils m’ordonnèrent le jus de cresson de fontaine, de chèvre-feuille et de pissenlit, un bon demi-verre de ce jus tous les malins à jeun,

et par-dessus un verre de petit lait. Je tins ce régime un mois sans m’apercevoir d'aucun changement, et je l’aurais continué sans l’idée que me donna un compatriote

de consulter M , de Paris, auquel

j’adressai une consultation très-diffuse, à laquelle il répondit laconiquement eu m’adressant sapoudre anti-glaireuseà prendre en tisane de carotte; ce qui, en quatre jours d’usage, me fit venir les jamhes et les pieds gonflés. Je suspendis ce remède, je lui en fis part, et il me prescrivit l’usage d’un opiat composé de conserve d’aunée, demi-once; e:s.trait de genièvre , un gros ; poudre anti-glaireuse , un gros; savon médicinal, un gros; vingt- quatre cloportes pulvérisés , et d’y ajouter du sirop des cinq racines, au cas que la conserve et l’extrait ne suffisent pas pour former l’opiat. La dose était d’un gros et un tiers matin et soir, et par-dessus je prenais un ^

verre de dccoctlou de cdiardon Roland , demi-once. Dès la première prise de cet opiat, l'enllure de mes jamljcs augmenta; à la deuxième, elle monta à moitié cuisse; à la troisième, jiisrpa'au haut, gagna lescrotum et le prépuce : on eût dit que j’avais un hydrocèle. Je cessai cet opiat; j’écrivis à l’auteur qui ne ine répondit pas ; je récidivai, il me répondit en Gascon.

» Comme il ne pouvait me sortir de mon état douloureux , je fis appeler un nouveau docteur, et , après une longue conférence, il me prescrivit de me coucher les jamhcs en l’air, et m’assura que l’endure diminuerait par le moyen tles urines; qu’il fallait peu à peu retrancher ma boisson, ne manger que du pain recuit, des viandes rôties, et faire usage de pilules composées de fiel de cochon. Le tout me parut si ridicule, que je m’en défis et en appelai un autre.

•a Celui-ci m’avoua que j’avais toujours

élé mal traité , et prétendit que ma transpiration arrêtée s’était changée en rhumatisme, que tous mes remèdes avaient changé mon système animal , et que je devais commencer par rester six joui s couché, prendre de quatre en quatre lieures deux pilules diaphorétiques, et par-dessus l^eaucoupdetisanedesaponaire. Auliout de six jours, il me fit prendi’e une infusion de rose de Provins, dusené et diverses autres racines. Mes endures diminuèrent dessept liuilièmes; il ne s’agissait plus que de la suHocalion au moindre mouvement, des vents par haut, de l’endure du ventre depuis le creux de l’estomac jusqu’au nombril, etc. Il m'ordonna la terre foliée de tartre , des pilules de ciguë, de soufre et d assa-fœtida , de celles d aloès ipie je pris de confiance, mais sans aucun fruit. Il m’ordonna ensuite une tisane de racine de hardane, et me renvova à la belle saison

j:oiir niVxcitei’ la transpiration , clanl depuis ma inaîatlie sec couiine de l’amadou. J’ajouterai que dans tout le cours de nu s maux je n’ai jamais gardé le lit , ni n’ai eu de dégoût, mangeant plus par raison que par appétit. J’ajoute aussi qu’éprouvant des douleurs de reins , on m’ordonna la tisane de garance sauvage et la pariétaire, après 1 usage de laquelle je rendis des graviers qui me soulagèrent.

» Enfin, ma situation actuelle est toujours le gonflement, l’oppression et les flatuosités-, en même temps que lorsque je monte j’éprouve une pulsation générale , un battement au-dessus de l’ondrilic , près du téton gauche, au centre des côtes, dai s la tête j une crampe dans les mollets et dans les cuisses depuis qu’elles ont été enflces; rua vue se trouble • je vois jaune en regardant le soleil i j’eprouve une faiblesse dans toutes les jointures, et suis oblige'* de cher-

clier mon à-plomb pour éviter une cliûle. Une fois assis , on me croirait en santé , à part ma couleur livide. IMa tête est toujours pesante, ma vue obstruée du côté gauche, la digestion lente et les déjections difficiles. Si je fais un effort sur l’orilice du fondement qui agît en sens contraire, j’urine avec difficulté, et j’épuise ma patience pour cette fonction , mais sans douleur : alors je réussis à uriner abondamment , la nuit plus que le jour, et il se trouve au fond du vase un sédiment .rouge. Les digestions sont lentes et plus accélérées lorsque les flatuosités prennent leurs cours par basj l’expectoi’ation est visqueuse. Lorsque les narines se désemplissent j’ai moins de vents, et l’expectoration est plus louable. En me levant je n’ai point d’enflures aux jambes , mais elle renaît le

soir sans douleurs. »

On voit par cette observation, comme le

remarque 31. Broussais, ce qu’est devenue une légère inflammation rlmmatismale entre les mains des empiriques et des ontologistesj inflammation qui eût facilement cédé à une application de sangsues, cl qui a conduit le malade à un élat de dépérissement qui a failli lui coû.ler la vie. Cette observation prouve eu même temps le danger des émétiques et des purgatifs administrés à contre-temps.

L’art de guérir en était à ce point lorsque Cabanis, doué d’un génie supérieur et d’un esprit vraiment pbilosoplilque, pressentit les immenses innovations de la médecine. Il s’exprime ainsi :

«Oui , j’ose le prédire , avec le véritable esprit d’observatiou, l’espi’lt philosophique qui doit y p)réslder va renaître dans la médecine 3 la science va prendre une face nouvelle. On l éunira ses fragineus épars, pour en former un système simple et fé-

( iO )

cond comme les lois de la nature. Après avoir parcouru tous les faits, après les avoir revus, vérifiés, comparés, ou les enchaînera , on les rapportera tous à uu petit nombre de points fixes ou peu variables. On perfectionnera l'ait de les étudier, de les lier entre eux par leurs analogies ou par leurs différences ; d’en tirer des règles générales qui ne seront que leur énoncé même, mais plus précis*, on simplifiera surtout l’art, plus important et plus difficile, de faire l’application de ces règles à la pratique. Alors chaque médecin ne sera pas ybrce de créer ses méthodes et ses Instruinens, d’oublier ce cpi’on apprend dans les écoles, pour chercher dans ses propres sensations ce qu’il demanderait vainement à celles d’autrui , je veux dire des tableaux, non-seulement bien circonstanciés et d’une vérité scrupuleuse, mais formant un tout dont les diverses parties

( il )

soient coordoiuices. Alors il ne sera [ilus nécessaire (jiie le talent se mette sans cesse à la place de l’art : Vart ■) au contraire, dirigera toujours le talent, le fera naîtte quelquefois, semblera même en tenir lieu. ?,*on que je croie possible de suppléer, par la précision des procédés à la finesse du tact et aux combinaisons d’un génie beureux; mais le tact ne sera plus égaré par des images vagues et incoliérenj-bs , ni le génie encbaîné par des règles frivoles et trompeuses; ils ne rencontreront plus ni l’un ni l’autre aucun obstacle à leur entier développement. Alors des esprits médiocres feront peut-être avec facilité ^ ce que des esprits éminens ne font aujoiirb’bui ^\\x avecpeine\ et la pratique, dépouillée de tout ce fatras étranger qui l’olTusque , se réduisant à des indications simples y distinctes, mélhodicjues , acquerra toute la certitude que comporte la nature mobile

des objets sur lesquels elle s’exerce. » Cette prédiction ne tarda point à s’accomplir. Bichat (i), par sa persévérance dans ses reclierclies anatomiques, jeta les fondemens de la médecine raisonnée, lorsqu’il composa son Traité d' anatomie générale qui est un monumentlmmortel,et nous devons aux illustres travaux du docteur Broussais , le degré de certitude que Blmmanlté 'Attendait de la médecine dogmatique.

Exempt de préjugés et ami des liomines, je nepuism’empcclier de rendre liommage

(l) Bichai presseritam les rapides progrès que la médecine devait faire, a dit, dans un de ses cours ; « L’art de guérir acquerra un tel degré de certitude, que, d’après la simplicité de ses principes, on ne comptera, avec le temps, que douze pLarmaciens dans Paris, un pour chaque arrondissement.

aux savans qui , maigre les perscculioiis d’uue caste religieuse , lieureuseiiient bannie de notre territoire, fouillèrent les premiers dans les entrailles de l’iiomme mort pour consci'vei’ la santé de l’iiomme vivant.

Quant à la nosograpbie pbilosopbique de Pinel, sans me permettre de la juger, je dirai seulement que, malgré les défauts qu’on peut lui reprocher, on doit la regarder comme un chef-d’œuvre de nosologie, qui est loin d’avoir nul à l’avancement de la médecine physiologique.

lUalgré les vérités les plus évidentes et les succès incontestaljles de la médecine physiologique, elle éprouva à son origine le sort de toutes les doctrines qui l’avalent précédée , et l’on vit s’élever contre elle des ennemis puissans. La lutte qu’elle eut a soutenir fut des plus fortes , ]>arce qu’elle avait à combattre des hommes imbus de

préjugés, ou qui ue voulaient point convenir de l’erreur et de l’iacei lltude où ils étaient toujours demeurés. Mais la médecine pl'.ysiologique prouvant de plus en plus son excellence , celte lutte fut de peu de durée, et l’on doit féliciter IM. Broussais de ne s’ôtre point découragé et d’avoir poursuivi ses rudes et pénibles travaux.

La médecine physiologique, au premier coup d’œil, paraît des plus simples j ce qui a fait dire aux ci iliques etsurtout aux charlatans : itll n’est plus besoin de métlecins, tout est présentement la suite de l’irritation ; avez-vous du malaise, de la douleur, etc., etc ? des sangsues! des sangsues ! « Ces censeurs peu redoutables

ne s’apei'cevaient pas que l’art de guérir leur démontrait au contraire qu’il n’était plus besoin de médecines , c’est-à-dire de inédicamens incendiaires.... Mais laissons de côté ces f.ii blés attaques des ennemisde

la inedeclne physlolugique (i), pour nous occuper de prouver sa supériorité sur les doctrines qui l’out précédées.

En e:camînant les divers systèmes ou théories médicales, nous avons vu que leurs auteurs, connaissant à peine l’anaiomie, et ignorant surtout les lois fondamentales de la physiologie , ont laissé la médecine dans le doute et dans l'incertitude. Cette gloire était donc réservée à ceux qui aplaniraient les difllcullés de l'art de guérir en l'éclairant du llamheau phvsiolo^iaue. Bichat et ÎVI. le docteur Brous-

sais ont , comme je l’ai déjà dit, rempli

(l) J’entends par médecine pliysiologique^ nonseulement celle qui repose sur la lliéorie de l'inflammation, mais surtout celte médecine raisonnée qui met à même le médecin de profiler de toutes les méliiodes , et d’administrer sans danger tons les inédicamens connus.

cnlte tâche; je ne dois pas ouhlier rillnstrc j)roresseiir Clianssier, dont les savans dcplorcnt la perte rc'cente.

On doit donc , pour être bon médecin, connaître toutes les parties qui composent le corps humain, les fonctions qui entretiennent la vie et les différences <jui existent entre l’état de santé et l’état de maladie. Il faut y joindre aussi l’anatomie générale ou l’étude des tissus, et l’anatomie pathologique (}ui nousfait distinguer, après la mort, les parties malades d’avec celles qui ne le sont pas. L’impéritie est tellement funeste à l’humanité , que je ne puis m’empêcher de citer deux empoisonnemens , suite de l’ignorance la plus sordide.

Elisabeth Pevne, ayant pris, d’après l’avis de G** O** , empirique, un lavement préparé avec une once de tabac , épi ouva aussitôt de violentes convulsions, et pont un quart d’heure après.

31. E***, hci’Loriste , consullc par im jomic boninie pour iiii état de malaise continuel, lui ordonna six onces de décoction de digitale , dans l’intention d’en obtenir un efi'et purgatif; l’ingestion du mcdicanient fut suivie bientôt de vomissement, de douleurs d’entrailles; il y eut quelques selles ; dans l’après-midi, sommeil lëtliargi([Lie ; vers minuit, rc'veil, vomissement, douleurs d’entrailles plusvives; le lendemain , convulsions violentes , pupille dilatée, insensible, pouls lent, irrégulier; coma, et mort vingt-deuxlieures après que le décoctum avait été pris.

A l’autopsie, les méninges étaient injectées, et la membrane muqueuse gastrique rouge dans quelques points.

On doit d’autant plus s’effrayer des funestes effets du cbarlatanisme , que ceux qui s’y adonnent sendjlent se jouer des poursuites judiciaires exercées contre eux.

L’article suivant, extrait du lom. 1''", n** 72 du Journal de la lancette française^ donne la preuve de ce que j’avance et la critique vcritable du savoir des cliarlatans.

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