FIN
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P«STF/i€lî.
Au moment où l’Académie Française
vient de réintégrer MM. Etienne et Arnault , je ne puis m’empéclier de tlire un mot sur cette nolîle institution, dont beaucoup de personnes ignorent le véritable but. On dit bien dans le monde c[u’il faut être savant pour entrer dans le sanctuaire des sciences et de la littérature-, mais on attache beaucoup plus d’importance au nom d’académicien, qu’à la dignité de ce titre et au mérite qu’il faut pour l’obtenir. En libraire disait dernièrement que le
litre d’académicien apposé sur un manuscrit, en augmentait beaucoup la valeur : il ignorait sans doute celte maxime de Phèdre ; Miilii liomines iioniiiie , non re. IMais revenons à l’Académie, et examinons dans quelle intention elle a été créée.
Le temps que l’iiomme passe sur la terre étant trop court pour qu’il puisse posséder toutes les connaissances humaines, on résolut de choisir ceux qui excelleraient dans une science ou un art quelconrpies pour en former un corps scientifique universel ; ce corps fut nommé Académie (i^. Pour y être
M T." Acadi-rnie française fiil crée en lüôj par Louis X’UI, à la prière du cardinal de llichelieu; l’acadé.'iiîe de peinture et de sculpture fut établie par le même roi. Sous le règne de Lonis XIY,
admis, il sullisait d’clre savant, et le litre d’acadëmicicu devenait pour l’homme de mérite, le plus beau litre de noblesse : les places académiques étaient alors inamovibles parce que le savoir et l’érudition ne rétrogadent jamais. Mais bientôt l’intrigue et la
INI. Colbert installa, en 1GG5, l’académie des inscriptions; en IGGG, l’académie des sciences, et en 1G71, ItAcadémie d’architecture.
De nos jours ces diverses académies sont fondues dans une seule que l’on appelle Institut. Cet Institut que l’on peut définir une réunion d’hommes choisis parmi les plus savans, pour instruire et éclairer les autres hommes, se dnise en quatre sections ; savoir :
10 L’académie française.
2° L’académie des inscriptions et belles-lettres.
50 L’académie des sciences.
40 L’académie des beaux-aits.
S. M. Charles X est le proteeieur de celle noble inslitution.
cabale suppléèrent ù riiislruction et au talent, et l’on fit des académiciens par ordonnance (i). On alla même plus loin , puisque l’on vil expulser du sein de l’académie des hommes de lettres distingués, tels que MM. Etienne et Ariiault. Une pareille injustice jeta
(l) En 1G94, une place étant vacante à l’Académie française, Louis XIV désirant s’amuser du la sotte vanité de M. de Noyon , força les sufl’rages de cette société en faveur de cet évêque. Comme personne n’osait s’opposer aux ordres de Sa Majesté, on procéda solennellement à la réception du Prélat; mais cette réception fut, pour ce dernier, une mistiûcation telle que Louis XIV s’en fâcha sérieusement. Si l’on avait haflbué de la sorte tous les académiciens incapables, MM. Etienne et Arnault n’auraient point été renvoyés de ce corps respectable , et l’on ne verrait pas le fauteuil académique occupé par des hommes qui font faite leurs ouvrages, et quêtent des éloges dans les joumaux.
une si grande dëfaveai' sur les membres de rinstitut, qu’ils s’empressèrent de rappeler ces deux savans, et procédèrent à leur réception. Cette réception étonna extraordinairement, attendu que d’après l’inamovibilité du talent, ces illustres personnages devaient reprendre leur place comme s’ils ne l’avaient jamais (piiltée. C’est sans doute ce qui a donné lieu à l’insertion suivante, dans le Constitutionnel du 27 décembre 1829.
«Voici un grandetsolennel argument en laveur de ceux cjui proclament la toute puissance de l’opinion. Quel autre influence a rappelé au sein de l’Académie française deux proscrits littéraires? Intrigues, recommandations ministérielles, captation de suliVajies. omairemens de coterie, tout ce
corLr^e obligtHles cJecuons ordinaires, avait disparu dans cette occasion. La justice a été spontanée, entière, unanime-, tous les partis, car il y a aussi des partis, et de plusieurs sortes, dans l’Académie, se sont réunis une lois pour ouvrir de nouveau les portes de l’Institut à deux hommes de lettres appartenant à l’opposition politique, et qui ne se sont faits, pour multiplier leurs prôneurs , ni romantiques , ni même doctrinaires, parce t[u’il leur su.tlit d’être gens d’esprit et de talent. Cet acte honorable est mieux qu’un événement académique; c’est un hommage rendu à l’inclépendancelittéraire, à l’inamovibilité du talent; c’est presque ir.i événement politic[ue.
« Mais poui-quoi une séance publicjuc, pourc(uoi une réception nouvelle;, des
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discours de récipiendaires, des réponses convenues , ])Our(p.ioi enfin ces formes ordinaires, et pour ainsi dire, sacrauienl elles de toutes les réceptions ? L’Académie devait-elle interpréter ses lois, comme certains avocats du roi interprètent la charte ? Nous le demandons à un corps qui n’a pas le droit d’ignorer la valeur des mots : le rajqoel de MM. Arnault et Klienue était-il une élection réelle, et réintégration est-il synonyme d’admission ? Il est de la dignité de l’Académie de professer la doctiine que l’on ne saurait être destitué du fauteuil, comme un commis aux l)arrièrcs est dépouillé de son emploi : le démon de l’étiquette , ou l’on ne sait quel amour orgueilleux du bruit et de l’éclat devait-il la mettre en contradici.ion avec celte doctrine dont
son existence meme dépend, puisque sans elle, l’Académie, destilnable k volonté, ne serait plus qu’une commission ministérielle préposée k la garde d’un dictionnaire ?
« Cette question, que notre franchise adresse k l’Académie, chacun autour de nous se l’adressait mutuellement au moment où la docte assemblée prenait séance. On s’était certainement promis beaucoup de plaisir d’une solennité où des voix éloquentes et chères au pays devaient se faire entendre j et toutefois on en eût volontiers lait le sacrifice dans l’intérêt d’une convenance et d'un droit. »
Je pense comme le rédacteur de cet article ; et , je le répète , les places académiques ne pouvant cesser d’étre ina-
niovihles, MM. Kîicnne et. Arnault devalent reprendre chacun la leur sans (ju’il fût procédé à aucune réception. On doiteependant rendre homniageàceux qui viennent de rappeler auprès d’eux dessavans qui n’avaient pas l^esoin de rentrer à l’Académie pour être admirés de leurs concitoyens et conserver l’estime publicjue. Espérons t|ue désormais les portes de l’institut seront fermées à l’intrigue , à la caliale et au charlatanisme, et (|u’on ne verra plus l’ignorance et la bassesse prendre la place du mérite et du talent (i).
Il On duil à la jiislice royale l.i i eiutéyialioii du etlèlire Anloiiic Dubois à la l.iciiilé île inédeeine de Paris.