‹ Le médecin sans médecine, ou le charlatanisme dévoiléChapitre 8 sur 9 · ABUS · texte numérisé non relu

ABUS

Vente dun ouvrage de médecine au son du tambour.

Nous avons reçu la lettre suivante , à laquelle le défaut d’espace nous a empêché jusqu’ici de donner de la publicité.

O Monsieur,

Souvent votre estimable journal fait connaître des abus, je ne sais quel nom donner à ce qui vient de se passer à Champeaux, et sans doute dans beaucoup d’autres communes j l’on a public, au son de

la caisse, un prospectus, laJi1>îdccins sana le médecin^ ou Manueldc snjité^ perle docteur Audin Rouidcre (1). Je n’ai pas l’honneur rie connaître ccinéc'ecin, mais que! nom donnera celle manière d’agir. Maigre de [)areilles choses, ne jteidous pas courage, les \M ais médecins seront toujours de noire

(l) Le niên;e auteur vicnttl’einboucher de nouveau la Lronipette des charlatans , en publiant un ouvrage ayant pour litre : L'Oracle de la Sanie , ou l' Aride se bleu porter. Ce chef-d’œuvre est , d’après cet Escnlape moderne, le complément de la Médecine sans Médecin. En lait de publication , M. RI... do R..., toujours licureuv dans le choix de ses productions, vient do mettre au jour la Physiologie de la Liberté. On ns peut douter <lii succès d’une pareille entreprise; un aussi bon physiologiste ne peut nmtnjucr de nous expliquer, delà manière la plus satisfaisa ii le , le mécanisme des fonctions de cette déesse adorée des mortels. Sans d\)Ute ([ue cet ouvrags contiendra par la suite une formule ayant pour litre : Toni-nccloro-^ liber! as.

côlé; un jour per.t-ûii e ruiiloriLc fera son devoir, en empochant tout dçhordemcnt

du charlatanisme.

Agréez, etc. A. Fantin , D. M.

Champeaux, ce 25 août 1829.

Nota, L’auteur de la Médecine sans le médecin ignore-t-il que Tissot a dit plus d’une fois que son livre avait tué plus de monde que la peste elle-même.

Il est un genre de charlatanisme contre lequel l’autorité ne saurait prendre des mesures trop sévères à cause des escroqueries auxquelles il donne souvent lieu : c’est le magnétisme et le somnambulisme. Les malheureux malades, que la crédulité seule rend dupes des charlatans, perdent, en accordant leur confiance à de pareils moyens, non seulement un temps précieux pour se guérir, mais

épuisent encore jusiju’u leurs dernières

une

ressources , dans l’espoir d’oliteinr guérison qu’ils attendent just[u’au niornent oii dénués de tout , la moi t vient les fi-.-ij;j)or an milieu de la misère la plus afl'i euse. L’obscn alioi> suivante est une preuve incontestable de ce qui' ]’a\ ance.

M. llerp. 5 âgé de 5G ans, atteint d’une phtisie pulmonaire au dernier degré, ayant appris par voies indirectes qu’ane femme, demeurant me de la Ptiix, n. G , avait le recret de guérir toutes les maladies et surtout les poitrinaires, fui la consulter dans le mois de juillet 1818. Après la consullation , cette femme lui promit une guérison prompte et radicale paj- le .secours do magnétisme et du somnainbulisme , et lui demanda francs [lour

préparer ce qui était nécessaire à ses opérations. M. Herp., étonné d’un prix aussi élevé, allait se retirer, lorsque séduit par des promesses de santé, il donna seule-

ment mille francs, prouieUant 1rs SOO autres sur la fin du Iraileuicnt. Sorti de clipz celte somnambule, i\I. Herp. , reOéchit aussilùt à la sottise qu’il venait de faire ( car il n’avait d’autre garantie que la parole d'une avanturicre ) , et avisa aux. moyens de recouvrer son argent. Je fus chargé de cette affaire, dont je ne me mêlais que parce que ces mille francs étaient la seule ressource de ce mallieureux. Je me transportai h cet effet cliez cette intrigante que je menaçai de la justice; et elle rendit, par crainte, cinq cents francs sur mille , prétendant que les cinr[ cents autres avant clé employés en frais indispensables pour ses operations , ils étaient perdus pour elle.

Je ne doi^ pas omettre de signaler dans cet oiivj agf un autre genre de cbarlata.nisme très-souvent funeste à l’espèce liiimainc; c’est l’exploitation des maladies

Ycucriemies piir les Pinpîrifji.es etlrs cliai’lalans (i). RiennVst plu • plaisant (|ue JVntendre ces de rniers se rcci ier sans cesse conire I usage des [n éparalions inercurielles, employées avec tant de succès que, d( puis noinlire d’années, l’înfeclion sipli v- Iltiquo devient de plus eu plus rare. Ne doit-ou pas comparer ces délracteuis à ceux de la vaccine , dont l’efiicacitc est généralement démonirée? Si l’on s’eu rapporte à ces vils guérisseurs , eux seuls possèdent le secret de guérir radicalement le mal de Vénus, sans fatiguer l’esloinac , et sans nuire aux fonctions de la vie. Les méthodes qu’ils eiuploient sont, à ce

(l) Il Ti’est pour ainsi dire point d’apothicaires, d’berboristes , de snge-teniines et de garde-malades qui ne se mêlent de traiter ces maladies. Ouand la police médicale s'opposera-t-elJe à uii laueil abus?

affirment , toutes végétales , et le rob aiilî-sipliylilique lui-même ne contient pas de mercure. Cependant, pour peu que l’on s’arrête sur l’intention des inventeurs de ces luctliodes, on découvre (lu’ils ont tous été guidés par l’intérêt, et non par l’envie d’être utiles à leurs senibla!)les; et que s’ils annoncent publiquement la guérison de la sipliylis, sans faire prendre de mercure , c’est parce que les médicameus qu’ils vendent étant inconnus, ils les font payer plus cher aux malades. Aussi lorsqu’un jeune homme sans ei;périence tombe entre leurs mains, loin de le rassurer sur les craintes qu’il manifeste , ils exagèrent les dangers qu'il court ainsique la durée du traitement, afin de le rançonner à leur aise. M. P***^ commis voyageur, fut , en 1 8 1 9 , consulter le propriétaire du rob anti-sipb;, litiqiie de l’infecteur, pour un léger écoulement blen-

îionhagiqne. Crkii-ci , trompé par des iipparences de foi lune , commença {)ar déclamer contre rem[)loi des mercui iaux, exa; cra les accidens qiiî pouvaient résulter d'un pareil écoulement, jmis termina sa consultation par ordonner six de s< s liouteilles à raison de vingt francs Mais le malade n'ayant jias 120 francs dans sa poche n’acheta qu’une seule liouteille qui ne lui procura aucun soulagement.

II est donc dangereux de se confier à des charlatans lorsqu’on est atteint de sipln lis , pai ce (|ue non seulement on perd un temps précieux pour sa guérison, mais encore on se persuade être parfaitement guéri , quand la maladie , loin d’être disparue , n’est , comme dit le vulgaire , que hlancliie, et revient plus tard avec des symptômes alarmans. Afin d’eviler un paleil accident, il faut se confier à un médecin instruit pour être traité du moindre

vice ve'ne'rien; autictnent lorsque les aiiti-sipbvüliques oui cle mal aclmiuislres et qu’ils ii’a^issent plus sur l’économie, la malailie tlevienl plus Intense et produit les plus grands ravages. Alors des pustules ;q)par.:issent surplusieurs parties du corps; des douleurs ostéocopes se fout sentir pendant la nuit et troublent le sommeil; des ulcères se montrent sur le cuir chevelu, à la gorge et an voile du palais; ces derniers constituent l’ozène en attaquant les fosses nabaie^ et la voûte palatine , dont la carie des osdétermine Inseusiblementla destruction de la plus grande partie de la mâchoire siqjérieurc. Dans cet état, la figure devient hideuse et dégoûtante, à cause de la perte des os propres du nez et de l’écoulement habituel d’un pus fétide et ichoreux ; la voix devient rauque et l’articulation des sons ne s’elfectue plus qu’imparfaitement. Les cavités nasale et buccale

finissent par n»en former ci u une seule; les os da craiie se perforent, et la mort 1eruiine cet horrible tableau.

COiNCLUSlO^S.

Kn médecine on parvient à la fortune de trois manitres dilTcrenles. La piemière est le cbarlalisiue , la seconde la réputation, et la ti oisième le inén'te. Que l'on juge mainlciiaiit à eomhirn de dangers .sont exposes les malheureux humains dans le choix de ceux auxc[uels ils nccordent leur confiance lorsqu’ils sont malades.

Le charlatanisme est l’appauage de ces hommes cupides qui spéculent sans cesse sur la crédulité publique et vendent des drogues auxquelles, dans des discours vides de sens, ils attribuent des vertus spécifiques pour toutes les maladies. Son pouvoir a plus d’influence sur l’opinion jiuhlique cju’on ne pense, il est basé non-seulement

sur la Cl éclulilc, mais encore sur l’idée que chacun se forme de la médecine. (1) Celle science, dont les connaissances sont si pénibles à acquérir, semble cire du domaine de chaque- iudi^idu; on dirait qu’il n’est point nécessaire de l’éludier pour la connaître, et <[ue tous les hommes sont doués d’un instinct particulier au moven duquel ils peuvent se procui er ce qui coinientau rélahlissement et à la conservation de leur santé. On sait combien le vulgaire accorde

(l) Tout récemment, lorsque les journaux de médecin» retentissaient d’une opération d’anévrisme produit par la lésion de l’artère Liachialc tju’une sage-femme avait ouverte en même temps que la veine du même nom, on me demandait secrètement mon avis sur une saignée qu’une autre matrone devait pratiquei', et sur le traitement tjii elle venait d’oi donne]' à une femme menacée lie douleurs inllammatoires : il ne faut pas désespérer de voir avant peu des savelkvs devenir miclecins.

do confiance aux leinèclos des coiunièro.s et dos J)ounos f’oinmos, il est inrino dos nicdociiis (jui roclioi ( honl la hionvoillanco (lo cos doriiièros; onllri il osl peu do poosonuos. au lit (.les inalados (pi’ollos a isilont, (jiii iie so ci'OA eut on droil de raisoniiorsur lou'’ maladio ; elles vont rnênu’ iu><jii à prO' criî’o la souvoraitio oi'doiman 05 l'.an sf rai I tonie do croiro qo(! d’c! ro savan! dans i’ai I de giiei ir est une di, ia'. eue pour la jirati(ji.o ii.c<ll(a!e. ('ollo iiîeo est lolloniont oniatinco clans l’c^piit du peuple, (ju’il n’e t point do pliarinaciens, d’Iioi'boi ist s, do sage-fi’u:uios et de garde-inaladr s (1),

(1) (.'ombieii ne voil-on pas de* maladies sé-rieuses fl soiivoiU incin ailles , résaker du l’impùrilic CL dus laïuus gcossiùrcs (jue commeL cIkkjuc jour ceUc clique pernicieuse, qui croil faire pallie ind ispensalile do la incdccine V Un ne liniiait point SI l’on voulait rapporter les noinbreus acci- «■lens rlont elle est la cause. Je donne mes soins

qui lie fassent ce tju’oiî ;ijj[.el!eclansle niontlp la nu Jecîuo, et qui ne soient regardes

en ce rnonietu à un jeune hoiiinie altcint it’iine alleciien i i iiéi ifiiiii', <|ni, jiar le mauvais Iraileijii’iii que lui la >.m sni\re un pliurmacien , était sur le [miiit ilc voit se tlc’Veloppei' un carcinuine ou cancer île la verge. La police médicale ne devrait-elle )ias s'opposer sérieusement à de jiareils aliu-i. en dclendaiit, sous des peines sévères, de traite! les maladies, à moins d’être possesseur d’un diplôme délivré par les facultés de méilccine, parce qu’il n’est rien de plus important pour la siici. lé que tout ce qui a rapporta la conservation des citoyens. IVc devrait-elle pas encore cmpcflier que l’on accordât, à des gens lout-âfa’.t étrangers a la médecine, des permissions pour la vente de remèdes particuliers. Eiilin, il déviait être expressémeiit dclcndu de vendre aucun composé médicinal sans 1 oïdonnance d’un médecin, de même que de prendre cette qualité sans qu’elle soit appuyée d’un diplôme de doclewr en médecine ou eu cliiiiirgie, car en agissant autrement on coiiipiomel la santé et la vie des iiommes, et l’on prive ceux qui ont acheté, par de longues et pénibles études, le droit d’e.terccr

( 5:iO )

pour la plupart comme supéi icurs aux mcclecins les plus consouiiMcs : aussi ces savans guérisseurs SC proiionceut- ils d’ui.e manière assurée sur le mérite île ceu''; dont ils doivent exécuter les oriloiinances, je veux dire les médecins. Se peut-i! donc que l’otlcur d' s drogues et des malades donne plus de savoir on médecine que l’étude ! ! ! Des critiques sévèi’cs pourront m’ohjecter ijue beaucoup de médecins sont des cliai latans, et que cliacun de nous ici basa son petit grain de cbarlataiiisme,à cela je répondrai ijue c'est un défaut commun ;i tous les étals, et qu’il n’est mallieurcusemeul pas donné au corps entier des praticiens de faire sur ce chapitre une exception générale; aus>i je ne m’arrêterai pas plus longuement sur ce sujet.

l'art de giicrir, des avantages et des prérogalives <{ui y sont attachés.

( 2Sl )

La reputalioa ii’esl pas toujours une preuve du savoir 5 aussi voit-on des médecins élevés par le hasard aux premières places, et jouissant d’un très-grand renom dans la société, commclire les erreurs les plus grossières, parce ({ue, ignorant les principes fondamentaux de l’art de guérir, ils n’ont qu’une routine appuyée sur la pratique et l’observation. Je ne parlerai point des moyens subsidiaires et cachés (l) mis en usage pour obtenir des places et acquérir de la réputation, tels que l’intrigue, la bassesse et l’argent, ils sont trop bien connus pour en faire mention dans cet ouvrage. Je fei’ai seulement remarquer que cette manière de parvenir en médecine est plus dangf’reuse que le cbarlata-

1^ Je ne dois cependant pas oublier M. R***, que la conduite pieuse et contemplative a élevé au faite des honneurs en médecine.

iiisme mémo, car elle al)use los gens de lionne loi, tandis que ce doriiirr se montrant à découvert, no peut avoir pour dupes que d(>s hommes loul-à-fail ignol’ans.

Le merilo medical avant pour hase toutes les connais ances (jui sont du domaine do la méilocine, poreo dilllcilemeni; parce <pio celui (|ui étudié colle scienco avec soin, c’esl-à-diia' qui -s oûl se lendro compte de tout ce (pio hi nature a mis à la portée de ses sons, se délie toujours tic luimême, par la raison (jue plus il appiTud , jdus il ép' ouve le besoin de s’instruire. Je ne soLitioiidi ai pas pour ceîa ipi'il ii y a jias de pral ici eus (l’un mérite reconnu et consé- (picmnicnl dignes d’une haut(! répulalionj ]’cn pourrais citer un grand nombre , mais l’opinion publi([ue lésa trop hicn jugés pour rappeler ici leurs noms. Je me permetterai cependant de dire que lorsque

la renommée s’allie au méi ite, ce dernier cesse par fois d’êire exempt de Idâme : soit par néi^ligeiice dans l’observation , soit par trop de conbance en soi-même, l’on voit fiécjuemment des bommes célébrés commeltre en tnéilecine des erreurs (ju ils ne pardonneraienr point à leurs confrères, sur les(ji,el> ils s’arrogent une siipcliorilé sou vent Irop ( xagérée. L’observat'on suivante vient à l’appui de ce qi.e j’a vance.

iMomieur A... B... , âgé de trente-six à tn iitf -liuit an*- , atteint depuis plusieurs années d’une innamuialion clironicjue de 1 estomac, avait cté pendant ce tenps obligé de suirre un régime sévère pour éviter les r;tats aigus qui se manifestaient à lantoindre impriuhmcc ; il avait toujours été conHe ;i mes soins depuis l’origine de sa maladie jns(ju’en 1823, où il tomba sér’ieuseraent malade, et fut obligé de garder

Ifi lit. Cpt lioiumo, (l’une constitution ro- Inisle, avait ejjroiivc , api ès une gaslro-entdrîte aiguë dont je l’avais guciri, des chagrins domeslifjues et une perte d’argent, suivie d'une captivité assez longue. Il est bon d’observer (pi’élant graveur de son état, il travaillait journelloinent le corps courbé et appuve sur une planche de cuivre , ce qui contribua surlout à rappeler ou entretenir l’irritation d ■ r'v4oin:ic, (jue j’avais coiubnltue à plusieurs reprises par les saignées locales et générales, les dérivatifs vc’sicans, le kina , le sulfate de kinine, les caïmans et les boissons cnioliientes et rafraîchissantes j enlin tous ces remèdes avaient été administrés selon les indications que demandait l’état présent de la maladie ; nous en ctions-lii lorsque le malade, désolé dene jioini recouvrer sa santé, me proposa de m’adjoindre (luelqn’iui pour le soigner, et il demanda un des praticiens célèhrcs de la capitale.

Lf iiiülade n’élaiî aliîe que depuis quelques jours; il cpi’ouvaii; une faiblesse extrême , et des douleurs sourdes et insupporSables à la rêgiou épigastrique , ces douleurs, disait-il , lui causaient une sensation semblable au mouvement d’une araignée au milieu de sa iode; mouvement qui agirait comme par ii radiation du centre à la circonférence. Ces souffi'ances , qui le tourmentaient, se fiiisaient particulièrement sentir au pilore et s’étendaient ensuite au reste de l’estomac; je reconnus qu’il existait un engorgement snuirreux du pilore , sur le point de se désorganiser. ."Malgré cet état , niabitude extérieure du corps n’annonçait point de dépérissement, et était loin de faire présumer une affection organique profonde. IMais voulant consulter avant de rien entreprendre, j’at- Icndisla consultation qui eut lieu le lendemain. .Te redoutais cependant celle

consultation pour le malade, parce (jii’on sait généralement qu’il n’est point facile de trouver deux médecins du même avis.

On dirait que ces messieurs, se crovant pour la plupart, siipcrieurs à leurs conrrèies,soit par leurs talent, soit par le rang qu’ils occupent dans le monde, veulent [irimer à le! jnix (jue ce soit. Celle envie de primer est tellement incontestable , que lorsque des médecins, bafl’oués sur leur savoir, sont trop ignorans pour se défendre avec la plume; s’ils sont en crédit. Ils ont recours à rauloritc. \ oyez, poui’ preuve convaincante, l’article Biographie des Médecins J tome ii, pag. 592 Je la Police déooilèe ^ où il est dit au commencement :

U iMolière avait mis b's médecins de son n temps sur la scène, sans (ju’ils s’eu plai- 11 gnissenl à la police de Louis XIV. iNos 11 aïeux avaient l’esprit mieux fait que

nous. Ils riaient avec 1rs autres des ridl- )i cules qu'on leur prêtait, et rcpoiulaieiit J) aux sarcasmes et aux êpigrammes de a Tlialie, par des lalens , des vertus et de n 1 humanité.

» Les Pur;^on , les Diafoirus et les Miyi rohülau de noti e e'pO(|ue sont plus cha- » toirileux; ils veulent bien (pic la terre a couv]-') leurs bévues, et ils ne periueta tent pas qu’on en jase. Pour réprimer a les audacieux, ils invoiiuaient dernièrea ment la police de M. Dclavau.

Le jour de la consultalion , le praticien opérateur (joe l’on avait choisi, ayant à peine écouté (piehpies détails sur les antécedens de la maladie, examina légèrement le malade , et ordonna pour base de son traileinenl un vessicatoit e in quarto sur la rég'on épigasli i(jue et abdominale, recoinmandanl parliciilicrement d’arracher tout i’épidenne <pii serait soulevcj ensuite,

( 2ri8 )

coimiie inspiré par le génie de la inédi cine, il alllrma dans nn langage eniphallfjue (jne dans un mois le malade serait radicalcnicnl guéri. ]\e partageant point l’opinion de ce savant , faut sons le rapport de la gravité de la maladie que sous cel'.ii du traitement trop actif qu’il venait d’ordonner, i’allais me permettre quelques réllexions, lorsqu’on m’imposa silence en me disc.nl que si Ton avait appelé un médecin en consvdlation , c’était ])Our suivre exactement ses prescri[>lions. J’applujuai donc, après le iléjiart du cliirurgien-consultant, le vess'caloirc in qucnio, en me disant comme Püafe : «Je m’en lave les mains, n

Imrscjue le vcssicatoire commença ;i ]u’odnire son effet, le malade s’aperçut que ses douleurs augmentaient , et vers le soir éprouvant des angoisses insupportables, il m’envova ebereber et me pria de passer

l<i nuit près délai, me dlsaoL (|iie ma prè- ‘ sence i’cncourngerait à supporter ses douleurs, Comme i! était père de lamilie et mon ami , je n’osai refuser de res'er, et je fus témoin de scs o'ucües souffrances ju'^qu’au matin, où, rcj)iignant d'arraclier Tépidenne soulevé par le vessicaloii e , je fis avee des ciseau'^ une!|uantité suffisante d’ouvertures pour faciliter l’écoulement de la sérosité. Quelques jours après , désespéi’é de souffrir toujours, il appela un nouveau médecin, et je cessai de le voir. Je ne puis indiquer le traitement qu’il suivit alors, mais je sais qu’au liout d’un mois descendu dans la tomoe, il fut guéri de tous ses maux (1).

1 On dirait que le hasard ait voulu me convaincre que ,M. D*** n’est pas heureux dans ses pronostics, et qu’il ne possède point cette in-

J'iii appris dans la suitf*, <|u'a I’ouymMui c du cadavre ou avait trouvé l’orifice pilo-

faiUü/ilô accordée depuis si lonj’-lemps au v papes.

D.ms l'amiéc 1820, M. 1 m’.ivaiit itiani-

feslé le ilésirde coiisuller M . le prolesseui IJ*’*’, pour mu; (unieur ai Liculaire du bras el de l’avaiillu as, nous nous reiidinics auprès de ce cbiru; gien. Ce dernier, aprèsavoir legardé nonclialainnient le bias du nialaile, el avoir imposé silence à mes réllexions, prit (oui à coup le ton el l’assurance des sibylles de la Crècc, el nous annonça, d’un air grave, (|ue dans l'espace de irois mois le malade sérail lolalenienL guéri. Comme je n’élais pas du meme avis, allendu que celle lumeiir rcsislail depuis jilusicurs années .à lous les traileirens imaginables, j'.illais prendre la parole |iour faire i|ueb|ues objeclions, lorsque INI. D*** m'imjiosa silence de nouveau, en s’écriant qu’il croyait parler fiançais, et répela qu’au bout de trois mois la tumeur serait enliclement disjiariie, cl les mouvemens du bias rétablis. Un suit il avec la plus stricte e.vaclilude le IrailemeiU qu’il ordonna , et depuis celle époque le malade est toujours dans le même état, pour ne pas dire plus mal.

l'icjue ainsi que d’autres parties de l'estomac entièrement désorganisés.

L’on pourrait me reprot lier d’être caustique et méclinnt, et de vouloir rabattre le méi'ite de mes confrères, afin de me donner une réputation aux dépens de la leur; je ne ferais en cela que suivre un svsfème que la plupart de ceux qui exercent l’art de guérir ont adopté de nos jours pour faire plus promptement fortune; maisle but que je me suis proposé est seulement de mettre le v ulgaire en garde contre les fausses réputations par lesquelles il se laisse journellement séduire, en lui rappelant que riiomnie de mérite est nsodcste , qu’il ne rlierclie à empiétee sur personne, et qu’il ignore la calomnie par la raison fju’il n’est point intéressé; c’est pourquoi s'il parvient à s’élever dans le mondf* , c’est que ses connaissances lui donnent une telle supériorité , qu’il est

foi cc d’ohc-'r uon-feuirnif'iil ii i’opinion publique , mais eucoro à colle des vrais savans. Aussi, le aoII. on toujours agir avec priulence , et siuicul ne point blâmer la concluile de scs conficres, ])arec qu’il >ait ([UC personne n’est infaillible, et que cbacun de nous^ici-bas a besoin d’indulger.ee. On le voit toujours l élldcbii’ , même (juel([uefois embarrass(; , mais il trouve de suite le moven de se tirer d’em- Ijarras, et s’il rencontre trop d’obstacles dans sa manière d’opérer, il ne se fie pas arbitrairement à ses connai.ssance3, et il a recours aux conseils (niommes instruits avec lesquels il discute sans amour-pro- ])re. Toutes ces qualités sont suivant moi les seules([ui établisscul la célébrité, parce ({u’( lies sont ordinairement accompagnées du méi'lte et du talent. On ne peut en dire autant des hommes à réputation et des charlatansj 1rs jiremiers, pour qu'on ne doute

point (le leui’ Sîivoir, alleclenl un ton Iranchant dans If-iir mode de Iraitemcnl ; il en est de même des seconds, qui de plus vantent leur mérite, qu’ils n’ont point. Les gens du inonde, ainsi f|ue le vulgaire, se laissent trop souvent oldouir par le nom et surtout parl’éclatde la forîunejd’ajn cs cela on ne peut calculer ii combien de dangers l’espèce bumaine est exposée. J’ai entendu dans des salons des petites-maltresses se demander si leur médecin avait cabriolet. iUais abandonnons la critique , et voyons <]uellcs sont les principales qualités qui constituent le vrai médecin.

Bicbat, comme je l’ui déjà dit, fut le premier qui, par son traité des tissus, comnienca à ébranler les mauvais Condemens de la médecine; et nous devons a M-. riroi..s=ais , qui a mai ebé 5ur ses traces, il’avoir entièrement renversé ces bases

(laii^erruSPs , p1 fait connaîlrp ro ou’on rnleüd [>ar savoir ou tact médical^ qui rsl crinlen ogrr l'orgauc inaladr, afin d’v j;orter remèdr , rauafouup fl la plivsiologio tdaul les priucI^)alos Ijraïudirs de l’art de gutii ir qui puissent guider le mcdpcin au lit des malades; d’oii il résulté (pie celui qui possède les counai'^sances nécessaires j)Our esei’cer la médecine, ne pcul suivi'C une marche fixe danssa mimièi ede traiter les maladies; il cheiche loiqours à sai'-ir les occasions favorables pour les coml>attre, j)arce (ju’il sait (pie le traitemenl doit varier; t'’ selon les causes, le genre, le siège et les peu iodes des maladies; 2" selon l'âge, le sexe, le tempéi'aineuf , les lorces et les habitudes des su)els; 3" selon les saisons, les cliinals et les [lays (pi’hahilent les malades, etc. C’est poureptoi , après avoir oliservé attent ivement lessymjilomes (}ui caractérisent les maladies, rien n est

plus variable que la concliiite du mcdrciii dans If iir traitement. Si c'est une inÜammalioii ti ès-ai"Lië ant son .sicce dans un

ou plusieius organes essentiels à la vie, on le voit agir avec la plus grande activité, et ne ménageant point les eli’usions sanguines, parce que .son expéi ience lui dit que le inoludre retard pouri nit causer des acciilnis rur.e.nes : dans toute autre circonstance il l ègle l’aclivlté de son traitement sur la nature et L’intensité des symptômes morijlfiiju' s , sur le tempéiament , l’àge , le srs.e, et la conslilulion des ru- Jels. Si ce sont, au contraire, des lualad'es astî.énifjues ou de l’a Irlesse, loin de tlrei- du sang, il réveillera raclion de ces rncim s propi iélé> par des médicamens tonlque.s et e.xcitans.

I/aitentioii (jue le médecin doit apporter dans l’obiei vallon des allections morl/ldr s ne i-c Jionie point à ce que je viens

clr (lire, il est cncure oblige, dans d’jiulrcs circonslancPS, de varier la manière de les traiter , tel , par exemple, (jue les fièvres eriiptives, où, laissai'.t j areoiirirà l’éruptioii les périodes prescrites j)ar la nature, il faut cpi’il remédie auxaecidens qui peuvent les compli(|iier. Enfin i! lui est impossible d’adoplei' un mode de Irailenient iiivai ial)le, parce que les an'ections mor- ])ifiques présentant , quoique les mêmes, un si grand nombre de nuances et de v ariétés, rexpérienoe lui apprend cbaque jour , qu i! faut saigner , purger, applique)’ des sangsues, des vessieatoires, et se servir au besoin, et surtout à propos, de tous les médicaniens connus.

t^ue l’on pass'’ mainte tant ;i l'examen des spéclfit|ucs leronnus jus [u’ii ce jour , on verra que l’ignorance où i on était en médecine, ainsi <pie le charlatanisme aecreditèrent leur usage, |iaree qu’avu’c ces

médlcaiiiens rien n’elail plus facile que (J'eKcrrer l'art de guérir. Ou uVutendait alors parler que des vertus spc'ciliques du (juiuquina, et surtout ties potions toniques et stimulantes, aiiisi que des élixirs qui étaient spécialement ordonnés pour les maux ou crampes d’estomac, qui sont lies intlammations clironi'ques. Ces iullammations de l’estomac, maladies le plus L’énéralement répandues, ayant toujours été inconnues jusqu’alors, on ne chercliait qu’à engourdir ou à guérir révul- ^ivcmeut les douleurs et les mauvaises digf,•^tions , au moyen de formules énergifjues, très-compliquées par le nombre des drogues qui entraient dans leur composition; en un mot, on agissait en médecine comme en matière de religion , on couvrait ses paroles et ses actions d’un voile mystérieux. Aussi faisait-on prendre

coiniiie on

nn raccUcaincnt à un nialaùe , jette, si je puis m’exprimer ainsi , une leltrc à la poste, persuadé qu’il devait arriver à sa destination.

Si l’on rctk'cliit ensuite que l’estomac étant le premier organe qui reçoit les substances propres à la nutrition du corps, doit être le plus fréquemment aûecté parce que recevant les alimens tels qu’ils sont préparés, il est plus directement disposé à cire malade que les autres j que par suite le duodénum et les intestins que l’on peut regarder comme la continuation de l’estomac par rapport aux voies digestives sont couvent affectés en meme temps, par’ai’aison que les membranes nnupicuses se propagent de la lioucbe à l’anus par continuité d’organes : si i’ou réfléchit encore que l’estomac, tant par les fonctions qu'il remplit, que par scs rapports a nriomiqu'^s, étant en quelque sorte l’organe

Joué Je la plus grande action sympathique avec les autres organes essentiels à la rie, doit être le plus souvent lésé 3 et que lorsqu’il est déi exigé dans ses fonctions, ou atteint de maladie, les oiganes qvxi ont avec lui des rapports sympathiques peuvent à leur tour être troubles, on com- > prendra facilement combien il faut être réservé sur l’iulroJuclion des substances médicamenteuses dans les voies digestives, parce que si les aliinens auxquels l’estcmac est habitué deviennent iiritans, à plus forte l'aison des médicamens (jui n’en diffèrent que par le mode d’action qu’on leur attribue, !e deviendront davantage.

Que penser présentement de toutes les vertus attribuées aux médicamens tant simples que composés? Que penser des vertus spéciliques du (piimiuiiia, du camphre , etc. , etc., pour le traitement des fièvres dites essentielles 3 que penser

Hcs potions tOniijuf’s ot in ilantfs , ainsi ijue clos t'iixirs nonuncs slonincliifjucs <|ui jouent un si gi'fmJ rôle dans la ilicrapeuticpie ; que penser des vomi et toni-juirgalifs , sinon que toutes ces prétendues substances curatives n’agis'^enl <ju’en irritant, et que si la curation arrive, c’est ])!utôt rcvulsivement (ju’en neutralisant le principe morbifique ; c’est-à-dire qu’en excitant artificieliemeut une irritation plus forte c[ue celle que l’on combat, cette dernière doit disparaître eu même temps (]uc l’irritation artificielle cesse , comme on en voit quelfjuefois des exenqiles j-ar les e'mcti(}ues et les purgatifs; mais pour le malbeur de l’immaniic , les symptômes d’irritation augmentent plus souvent qu’ils ne diminuent, par la raison que l’inllamrnatiou déterminée artificiellement se joint la plupart du lem])s à la première , et peut donner lieu à des accidens moi-

IpIs. Ce qui me conduit à terminer cet ouvrage, en disant, que les médecines étant des remèdes incendiaires qui produisent très-souvent des accidens rimeslcs , celui qui propose de faire la Médecine sa?is Médecines, c’est-à-dire sans purgations, est plus ami de scs semLdaLles que

celui qui conseille de faire la Médecine sans Médecin.

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