‹ Le Melaena Du Nouveau-NéChapitre 13 sur 25 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Il nous reste à parler du traitement à instituer chez un nouveau-né présentant du melaena.

S'il s’agit de melaena spruria, il suffira de retirer l'enfant du sein de la mère ou de la nourrice et de lui donner à téter un sein dont les mamelons soient exempts de gerçures ou de crevasses.

Dans les cas de melaena vera il faudra tout d’abord

- rechercher l'existence de la syphilis.Si on la retrouve

on devra instituer un traitement mercuriel intensif, soit au moyen de la liqueur de van Swieten dont on pourra donner XX gouttes par jour, soit au moyen de frictions à l'onguent napolitain. Il faut autant que possible éviter de faire des piqûres car elles peuvent devenir une source d hémorragies.

À côté de ce traitement causal il faudra également lutter contre l’hémorragie. | Tout d’abord l’alimentation devra être très réduite. Le premier jour on pourra meltre l'enfant à la diète ‘hydrique. On lui fera prendre à la cuillère de l’eau bouillie. Dès ie lendemain on pourra reprendre lali-

mentalion. Il ne faut pas laisser téter l'enfant, afin

de lui éviter tout effort. On lui donnera à la cuillère 10 à 20 grammes de lait deux fois par jour. Une plus grande quanlité exposerait l’enfant à des vomissements, car l'intolérance gastrique, déjà grande chez le nouveau-né malade, est considérablement accrue lorsque l’enfant présente des hémorragies.

Parmi les moyens employés pour lutter contre l’hémorragie,nous en citerons tout d’abord quelquesuns qui n’ont plus qu’une valeur historique.

Telles sont les émissions sanguines par le cordon ou l'application de sangsues à l’anus (Billard, Barrier), les compresses froides (Rilliet et Barthez), la vessie de glace sur le ventre, les boissons légèrement acidulées avec du sirop de coings ou de l’eau de Rabel,

La thérapeutique actuelle possède des moyens plus actifs dans la lutte contre l'affection qui nous occupe.

Cette thérapeutique doit s'attacher à remplir un triple but :

1° Combattre l'hypothermie ;

2° Maintenir les forces ;

3° Arrêter l’hémorragie.

L’hypothermie sera combattue par des frictions alcooliques, des bains à 38 degrés, simples ou sinapisés.

À l'hôpital, on mettra l'enfant en couveuse. En clientèle, lorsqu'on n’aura pas de couveuse à portée, on pourra arriver au même résultat en enveloppant

dm Ye À DÉTRTE <

l’enfan! avec de l’ouate et en l’entourant de boules d’eau chaude. ÿ

On maintiendra les forces au moyen de l’alimentalion, comme nous avons dit plus haut.

Certains auteurs préconisent la diète, soit absolue (Manget), soit hydrique. Ce dernier mode est indiqué par un élève du professeur Pinard, le D: Vicq.

Cet auteur, à la fin de sa thèse, émet les conclusions suivantes au sujet de l'alimentation :

On devra,en présence d’un nouveau-né présentant du melaena : supprimer l'alimentation ; donner toutes les heures ou toutes les deux heures une à deux cuillères à bouche d’eau bouillie pour calmer la soif.

Mais un enfant qui présente du melaena est considérablement affaibli par les hémorragies et il ne semble pas que la diète à laquelle on propose de le soumettre soit faite pour tonifier cet organisme déjà débilité.

Nous croyons donc qu’il est préférable d'alimenter l'enfant en prenant les précautions que nous avons indiquées au début du chapitre.

Nous arrivons enfin à la lutte contre l’hémorragie.

Oui a proposé de produire une vaso-consiriction gastro-intestinale. On arriverait à ce résultat en administrant de la glace divisée en petits fragments dans du lait.

On conseillait de faire boire à l'enfant, par cuil-

‘lères à café de l’eau ou du lait glacé, additionné de

“quelques gouttes d’eau-de-vie.

Ribemont a vanté le perchlorure de fer à la dose

TE

de III à V gouttes dans de l’eau. La valeur hémostatique de ce corps donne actuellement lieu à de sérieux doutes.

On a tour à tour conseillé et proscrit le tanin, le ratanhia, l’ergotine, le nitrate d'argent, l’alun. Tous ces vaso-constricteurs sont aujourd’hui délaissés au | profit d’agents thérapeutiques plus actifs.

C'est ainsi que Vicq conseille d’administrer l’adrénaline., On peut faire prendre dans de l’eau I ou II gouttes par jour de la solution au 1/1000.

Bien avant ces auteurs, le principe de cette méthode avait été utilisé. Emmet Holt (Arch. f. Pediatrie, avril 1902) rapporte un cas de melaena où il obtint - a guérison, en administrant non pas de l’adrénaline, mais de l'extrait capsulaire. |

Lequeux reprit ce mode de traitement et obtint plusieurs bons résultats.

Il employait l'extrait surrénal Carrion dont il faisait des injections dans la fesse à la dose de 1: centimètre cube par jour. Lorsqu'on emploie ce médica- : ment, il faut avoir soin de l’injecter profondément, car la vaso-constriction produite pourrait, si on avait pratiqué une injection hypodermique, amener la formation de plaques de sphacèle au niveau de la peau.

On a objecté à cette médication que la vaso-constriction qu'elle produisait était suivie d’une vasodilatation dangereuse.

À cela, les défenseurs de la méthode répondent qu'on peut répéter les injections et injecter 1 centimètre cube pendant plusieurs jours de suite afin de

ne maintenir la vaso-constriction et retarder le plus possible l'apparition de la vaso-dilatation.

Actuellement on tend à délaisser les médicaments vaso-constricteurs au profit des agents coagulants.

On peut utiliser le chlorure de calcium en potion à 1/90 dont on pourra donner quatre à cinq cuillères à café par jour.

Enfin il est un médicament fort prôné par un grand nombre de thérapeutes ; c’est la gélatine.

Son emploi remonte à une vingtaine d’années environ. :

Gultmann est le premier qui l’ait utilisée. Se trouvanten présence d’un cas de melaena, il fit dissoudre trois feuilles de gélatine dans un quari de litre d’eau chaude et administra celte solution moitié en lavement, moitié par la voie stomacale. Il obtint la guérison par ce traitement.

Après lui, Commandeur emploie le sérum gélatiné en lavements à la dose de 5 à 8 centimètres cubes et rapporle 2 cas traités par ce procédé et terminés par la guérison. |

Tessier rapporte 1 cas où il obtint la guérison en administrant du sérum gélatiné par la bouche, à raison de 4 grammes de gélatine par jour.

Actuellement on utilise le sérum gélatiné à r ou 20/0 en injections qu'on peut faire au nombre de deux et même trois dans la journée, à la dose de 10 centimètres cubes chaque fois.

On a fait à la gélatine un reproche très sérieux : elle est un excellent milieu de culture pour le bacille,

Ori

du tétanos, le bacille de Nicolaïer. C’est ‘pourquoi, lorsqu'on fera usage de sérum gélatiné, on aura soin de stériliser préalablement à l’autoclave à la température de 115 à 120 degrés, et ne pas craindre de prolonger le séjour dans l’autoclave.

Enfin, il faudra essayer de relever l’état général. Ce résultat pourra être obtenu par des inhalations d'oxygène, des injections d’éther ou d’huile camphrée.

Pour contre-balancer les effets de l’anémie on fera usage des injections de sérum physiologique à la . dose de 20 centimètres cubes renouvelées deux et même trois fois dans la journée.

Mais, nous le répétons, les piqûres failes à la peau dans le but d'introduire des médicaments constituent un danger considérable, car elles peuvent ne pas se refermer et devenir la source d'hémorragies intarissables contre lesquelles les pansements compressifs resteront impuissants, ainsi que toutes les médications hémostatiques. |

Bref, le traitement du melœna du nouveau-né peut se résumer ainsi: alimentation très restreinte, gélatine, sérum. C’est ainsi qu’il est institué à la clinique Tarnier où il donne d’excellents résultats.

Mais il ne faut pas s’illusionner sur les effets de la thérapeutique. Il arrive souvent qu’elle reste impuissante et dans les cas malheureux (ils sont nombreux) elle ne fait que retarder, sans pouvoir l'empêcher, l'issue fatale. |

M iQ a

Page 1