‹ Le mémorial de familleChapitre 24 sur 24 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

€NE RENCONTRE CHEZ RICHARD. — EMBARRAS JD'uH ONCUS QUI n'est plus de son propre avis. — LES ENFANTS NOUS QUITTENT. — LES DEUX HIRONDELLES.

Cependant la tristesse de 11. naymond allait grandissant et son oncle s'en occupait malgré lui. Son incpiiétude s'ex* prima d'abord par nn silence mécontent, entrecoupé de brusques réprimandes ; mais quand il vit que Ton supportait son humeur ayec une sorte d'indifférence accablée, il devint plus soucieux.

Après tout, il aimait le fils de sa soeur et le voulait heureux. S'il eût trouvé en lui quelque résistance , nul doute que sa volonté ne se fût fortifiée dans l'animation de la lutte ; mais il se sentit ébranlé par cette mélancolique résignation. Peu à peu les raisons de madame Roubert lui revenaient comme s*il les eût trouvées lui-même ; il plaidait la cause \ son propre tribunal, non pour changer d'avis (M. Formon affirmait que cela ne lui était jamais arrivé), mais par passe-temps et curiosité. La conclusion du débat restait toujours la même : — Je ne veux pas I — Mais on

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atait entendu la partie adverse... ou n'était plus si sûr d'à* voir raison ; on se conteûtaii de s'obstiner.

Les choses en étaient là quand M. Formon eut besoin de notre ancien voisin Richard, devenu entrepreneur de transport. 11 s'agissait d'un marché à conclure; comme il passait en cabriolet devant la maison de l'ancien charretier, il fit arrêter et descendit.

Richard était un peu plus loin, aux écuries; tandis qu'on courait le chercher, on fit entrer le négociant dans le petit bureau de Colette, mariée depuis deux ans et associée à son père.

Il ne s'y trouvait personne pour l'instant, et M. Formon s'approcha de la fenêtre ouverte ; elle donnait sur un jardin planté de vieux arbres ; presque au-dessous s'étalait une vigne disposée en tonnelle ; plusieurs voix s'y faisaient entendre, ms»s le feuillage ne permettait ni de voir ni d'êlre vu.

M. Form<»K reconnut pourtant Colette à l'accent : elle parlait de la grand'mère de son mari, dont la fille venait de mourir, et qui, seule désormais, eût voulu vivre près d'elle. Elle s'eifrayait un peu de la gêne et de la dépense.

— Pensez, chère demoiselle, que de soins 1 disait-elle; la bonne femme ne voit plus guère et ne marche qu'avec un bras pour béquille I Faudra la veiller comme un emiànt.

— Eh bien I vous lui rendrez ce qu'elle a foit pour le père de votre mari, Colette, répliqua rinterloeuirice inconnue.

--Certainement» je ne demanderais pas mieux, reprit ceile-ci ; mais la vieille Germone n'a guère été bonne pour

nous, allez ! Quand Baptiste a voulu m*épouser, Dieu sait tout ce qu'elle a répété de méchanceté sur mon compte. J'étais, soi-disant, une dépensière, une glorieuse, une sans-cœur.

— Vous lui prouverez le contraire en la recevant.

— Mais ça va nous coûter gros, savez-vous?

— Ne pouvez- vous supporter cette dépense?

— Je ne dis pas.

— Alors ne regrettez point ce que vous ferez, Colette; s«»ngez que la bonne femme est vieille et souffrante, tandis que vous êtes jeune et en santé I Votre part est trop bonne et la sienne, trop mauvaise pour que vous ne soyez pas généreuse; garder de la rancune, c'est entretenir une blessure envenimée. Oh! si jamais quelqu'un cherche à me nuire, je ne demande qu'une chose au Ciel : c'est d'avoir l'occasion de lui rendre le bien pour le mal.

— Jésus I qui est-ce qui pourrait vous faire de la peine, à vous ? s'écria Colçtte d'une voie émue ; mais comme ça... vous m'engagez k laisser venir la grand'mère ?

— Et èi être aussi bonne pour elle que vous l'êtes pour tout le monde, reprit son interlocutrice. La pauvre femme ne vous gênera pas longtemps , et vous vous souviendrez avec joie, toute votre vie, que vous avez fait votre devoir.

Ici l'arrivée de Richard empêcha M. Formon d'en entendre davantage ; mais il avait été surpris et intéressé. Il écoula avec distraction les explications de l'entrepreneur» qui s'excusait de l'avoir fait attendre, et l'interrompit au

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moment où il allait parler de lear marché. 11 lui demanda avec qui causait Colette.

— Sous la tonnelle? dit Richard.

—Oui!

— Eh bien! il me semble... que c'est mam'selle Claire.

— Qu'est-ce que c'est que mam'selle Claire?

— Monsieur ne sait pas? Mais c'est la fille de M. Rcmi.

— Ahl fort bien... dit le négociant qui s'éloigna brusquement de la fenêtre... Voyons, je suis venu pour causer du marché. . . Avez-vous fait vos calculs ?

Richard répondit affirmativement, et se mit à tout expliquer avec la lenteur verbeuse ordinaire aux gens qui se rendent difficilement compte. M. Formon s'efforçait d'écouter; mais, malgré lui, son œil se tournait toujours vers la croisée; son oreille se partageait entre les explications de Richard et les voix qui continuaient à se faire entendre sous la tonnelle; enfin celle de Colette répéta un adieu plus distinct, et des pas firent craquer le sable de Vallée.

Le négociant ne put contenir sa curiosité ; il s'approcha de la fenêtre et vit Claire qui traversait le jardin.

Il l'avait à peine aperçue de loin, longtemps auparavant, sans y prendre garde; elle lui apparut alors dans toute la splendeur de ses dix-huit ans et couronnée d'une douceur attendrie. Le charme opéra d'abord ; il sentit son cœur s'ouvrir devant ce rayon de jeunesse; mais ce ne fut qu'un premier mouvement aussitôt réprimé. Réagissant contre l'espèce d'attirement auquel il avait cédé, il sembla s'en indigner et y chercher un nouveau motif de soupçon.

S5S LB MfiUOHUL SE IIHILLX.

C'était ]à éfidemment le pi^ auquel «o avait pris soa neveu et qui devait le retenir. Ou ne nontrait tant de patience que parce qu'on était Eir de ce qu'wi pouvait. Ne suffisait-il pas de le rencontrer, de le voir, d'échanger quelqaes mots, pour raviver sans cesse le sentiment qu'on avait fait naître? Noos pnivioDS attendre sans crainte tant que Claire présutte exuçait sa Ëiscinaliim !

Pendant qu'il se veigeait a'nsi par des sappositions injuiieuses de sa bienveillance d'un moment, Colette âait venue rejoindre son père, qui l'aiteadait pour oMnpléter lot explications.

— La demoiselle est partie? demand^-t-il.

— Elle vient de prendre congé, répliqua Colette qui avait les yeux bainîd^; c'est demain qu'elle doit s'en aller.

— Où cela? interronopit M. Formon.

— Chez madame Hubert. C'est bb grand crève-ccein' pour la Ëunille; mais la demoiselle est un peu malade... on espère qu'une ^)seiiee de quelques mois lui faa du bien.

C'était une réponse si immédiate et si péremploire aux soupçons du négociant qu'il en demeura un moment étourdi. Colette profita de son silence pour commencer ua éloge de Claire auquel Richard entremêlait de loin en loin quelques exclamations de reconnaissance pour Harcelle ou pour moi. M. Formbn fut obligé d'interrompre brasquement cette apologie, et demafida le pnitA de marché écrit par Colette. Il le parcourut rapidemoit, signa et partit.

Mais la rencontre de Claire, ce qu'elle avtât dit et l'annonce de son départ lui revenaient sans cesse k l'esprit.

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Sans s'ayooer qu'il s'était trompé il commençait à nous ju* ger moins sévèrement ; il répétait bien encore : — Je ne teux pasi — mais avec une sorte de dépit emporté.

La journée entière se passa ainsi. 11 trouva vingt prétextes p^ur entrer dans le bureau où travaillait son neveu, tantôt caressant, tantôt grondeur. On eût dit qull voulait amener une explication, sût par querelle^ soit par épanchement ; mais, engourdi dans sa tristesse, Raymond ne semblait point comprendre, et M. Formon, qui ne voulait point &ire le premier pas, ressortait furieux.

Enfin, vers le soir, il le lit appeler dans son cabinet.

Il se promenait à grands pas, les mains passées dans ses bretelles, comme c'était son habitude dans les grandes occasions. Baymond arriva pâle, silencieux éL soumis.

M. Formon lui jela un regard de côté, fit un geste d'impatience et reprit sa promenade.

— Vous avez h me parler, mon oncle? dit le jeune homme.

— Oui, reprit le négociant en continuant à marcher; voil^ trop longtemps que nous nous endormons sur nos affaires de Buenos-Àyres... Il faut prendre un parti.

— Léon s'occupe d'examiner tous les comptes et toute la lîorrespondance.

— Je «ais ; je satô, mais, quel que soit le résultat de son travail, il est clair que nous n'en sortirons jamais par des écritures. Voilà trop longtemps que la maison Formon n'est plus représentée là-bas que par des drôles qui nous grugent. Cela vous intéresse comme moi, il me semble, puisque vous devez continuer mes affaires. C'est la plus belle

-XA&ai

[ilumc de notre aile, savez-vous? 11 ne faut pas nous la laisser arracher comme des oisons.

— Sans douie, dit Raymond froidement, si vous con- Eaisscï un moyen de l'cmpêchcr.

— Oui, monsieur, j'en connais, reprit le négociant, u» moyen simple et cerlatn... dont je vous ai déjà parlé autrefois : c'est que vous vous embarquiez pour Buenos-Âyres.

Raymond Iressaillît.

— Moil s'ccria-t-il , partir... maintcnanll

— £t pourquoi donc pasî reprit M. Formon en élevant la voix; n'esl-ce pas le moment? Le Neptune doit mettre h la voile dans un mois; lequel de nous deux vous semble devoir faire le voyage? Voyons, pensez-vous que ce soit k l'oncle de courir la bouline el au neveu de garder le logis?

— Je ne dis pas cela... balbutia Raymond.

— Alors que diles-vous? Parlez, que je sache enfin si je guis seul ou non! I.a chose n'ètait-elle pas autrefois con- Tcnue?

—Eu effet.

— Alors vous revenez sur vos engagements? Peu voua importe qu'on me trompe, qu'on me ruine, et je ne dois point compter sur vous.

— Pardonnez-moi.... monsieur.... interrompit le jeune homme dont la voix tremblait et qui était devenu trÈs-|>âle; je partirai... quand il vous plaira.

Celle subite soumission parut déconcerter M. Formon; il regarda son neveu, toussa d'un air embarrassé et recommença tk arpenter le bureau en grommelant.

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— Vous partirez... vous partîrezl... C'est facile k dire... II faudrait poar cela connaître Ta&aire, et je gage que vous D*en savez pas le premier mot.

— Je Tétudierai avec Léon, monsieur.

— Ahl oui... Léon... Au fait, c'est votre intime... Eh bien I voyons, faites-le venir.

Raymond alla appeler mon fils, qui vint avec tous les documents relatifs à Buenos-Ayres.

11 avait soigneusement examiné Taflaire et en rendit compte avec une netteté dont le négociant parut émerveillé. Il put répondre à toutes les questions, indiqua le côté faible des spéculations précédentes et le moyen de les rendre plus fructueuses. Son travail, court et substantiel, était si concluant, qu'après en avoir pris connaissance M. Formon ne put retenir une exclamation admirative.

— Très-bien ! s'écria-t-il ; voilà ce que j'appelle comprendre les affaires I — Vous êtes né pour le commerce, mon cher. — Av«z-vous bien suivi ses explications, monsieur mon neveu?

— Mais, je crois... il me semble... balbutia Raymond, arraché à sa rêverie distraite.

H. Formon haussa les épaules.

— Et moi, il me semble que vous n'en savez pas le premier mot, dit-il. Gage que vous n'avez rien saisi dans la question de change qui est le point principal... une idée charmante... et lucrative... une véritable idée de négociant... Ce n'est pas à vous qu'elle serait venue!... Vous n'avez pas de négoce dans les veines, monsieur ! Vous ne

S6S LS HàHOBllL DE FA.UILLK.

VOUS tirerez jamais des maios de ces gauchos de Baenos- Àyies ! — Ce r'est pas vous qu'il faudiait euvo^ei Ut-bai, c'est M. Léon.

Mon fils s'inclina pour remercier.

— D'autant que vous partez malgré vous, repritU. Formon... que vous vous regardez comme une victime.

—36 n'ai rion dit qui puisse le bire croire, objecta Raymond.

— Mais je le vois, r^rit le négociant... Ne sais-je pas bien ce qui vous retient icif

— Monsieur...

— Votre obéissance u'fist que de la résignation.

— Je vonsjure...

— Vous TOUS eoumeuez i un malheur dont vous me leor dez responsable.

— Mais songez...

— Je songe, monsieur, qu'il ne me plaît pas de jouer ce rûle de tyran de mélodrame; que votre tristesse me fatigue; que vos soupirs m'ennuient; que je ne veux |^ug voir votre face blême se dresser devant moi comme un spectre; que, puisque vous ne pouvez être beureux qu'en suivant vos folles idées, il faut les suivre, et que je m'en lave les mains.

— Quoi! mon oncle, s'énia Eaymoad qui avait pcar d'avoir mal compris, vous pourriez consentir... ?

— À ce que tu restesl Oui, je le voudrais; mais où Iro^ ver quelqu'un pour cet mfernal voyage î

Léon fit un monvemeot.

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— Qu*est-ce que c'est? demanda M. Foimon, qui ayait V(&1 sur lui.

— Pardoa, dit-il en bésitaat; buûs si c'étiût là 1» :::sa. obstacle...

—Eh bien?

— Je m'oQrirais.

— Vous iriez à Buenos-Ayres?

— Pour Raymond et pour vous.

—Malgré le danger?

— Oui.

— Et à quelles conditi<Mis?

— A celles qu'il tous plaira de faire.

Raymond lui saisit la main et s'écria que c'était impos* sible.

— Taisez-vous! ioterrompit Itf. Formon, vous ne savez ce que vous dites. Ceci est une proposition raisonnable, et qui, par conséquent, ne vous regarde pas.

— Rappelea&-vous, mon onde...

— le me rappelle que M. Léon voit clair où vous n'y voyez goutte, et qu'il fera notre fortune et la sienne ïk où vous ne sauriez trouver que la fièvre jaune... Venez» mon cher^ nous allons discuter la chose dans tous ses dé-tails.

— Mais, de grâce, permettez, interrompit Raymond...

— Eh! oui, je te le permets I s'écria le négociant qui eortraînait mon fils ; va dire à mademoiselle Bemi de ne point partir!

S6t LE HËMOBIAL DE FAUILLE.

Deux licurcs après, Léon accourut nous faire part de tout ce qui s'était passé. Son engagement avec M. Formon était subordonne k noire approbation ; mus il assurait le mariage de sa sœur et pouvait le conduire à la fortune. Malgré la douleur de celle double séparation, nous dames coDsenlir el remercier Dieu, puisque le. poids du sacrifice ne retombait que sur nous

C'est aujourd hui qu'a eu lieu le mariage de Claire et de Baymond. Nous ne pouvions désirer une union mieux as- Eorlie; Marcelle el moi nous sommes pleins de confiance, cl pourlanl, au moment de la séparation, il s'est fait un dcchircment ; tous deux nous avons senti qu'on nous arracliait une pari de nous-mêmesl — Sublime loi qui enlëre les enfants !l la famille déclinante pour recommencer ailleurs une jeune famille, et qui va les dispersant k d'autres foyers, afin de tresser sur la société entière un réseau d'alliances; — mais triste épreuve pour ceux qui les avaient élevés dans l'angoisse et qu'égayait leur tlorissante jeunesse.

A quoi bon s'appesantir sur ces penséest Ne nous occupons que de leur joie!

Au moment oh ils allaient nous quitter, la tante Roubert est venue remcltre & Claire un registre de ménage^ comme elle l'avait fait autrefois pour Marcelle. J'y ai joint un mémorial scmbUible à celui que j'achève ici. A la première page j'avais écrit ces mois tombés du ciel :

AlUEZ-VOUS LES tlHS LES AUTRES.

Pais, an-dessous, quelques conseils de la terre, humbles avertissements dictés par Texpérience.

Le moment de la séparation est venu. Marcelle a longtemps retenu sa fille dans ses bras, puis Ta poussée douc^ ment dans ceux de Raymond, en lui disant :

— Faites qu'elle ne nous regrette jamais I

Âmères et saintes paroles que j*ai répétées des lèvres et du cœur!

Léon nous a quittés hier. Nous l'avons suivi jusqu'au port; nous avons vu la barque qui l'emportait disparaître, puis nous sommes revenus à petits pas sans parler, employant toute notre volonté k soutenir un courage près de défaillir.

Nous sommes rentrés ainsi : nous avons traversé les pièces silencieuses de notre logement. Arrivés à la dernière, Marcelle s'est laissée tomber sur un fauteuil, le visage caché dans ses deux mains, et elle a éclaté en sanglots. Je me suis mis à genoux sur le petit tabouret placé près d'elle; j'ai appuyé ma tête sur la sienne et je lui ai dit :

— Pourquoi ce désespoir?

Elle s'est redressée en regardant autour d'elle.

— Vois! s'est-elle écriée , rien! plus rien! Tout est vide autour de nous.

Des larmes me sont venues dans les yeux ; j'ai pris ses mains jointes, et, les serrant contre ma poitrine :

--Oh ! non, ai-je répondu, tout n'est pas vide, puisqu'il nous reste le souvenir de vingt ans de bonheur, d'afleclion et de sacrifices! C'est aujourd'hui, Marcelle, que nous re«

£66 LK MÉMORIAL DE FAHELLl.

ccTons la récompense du passé! Pour ceux qui ont mal vécu et ne se sont point aimés, que reste-t-il à cette heure oii la Eolittule se fut & lenr foyer, où le rayon de soleil que jetait la tendresse des enfants s'éTanouit, où leurs vois joyeuses s'éluignent comme des chants d'oiseanx? que restet-il, sinon la rancune, la décadence et l'enoni? Comment ces c<Burs se rapprocheraient-ils dans la morosité des déclins, quand ils se sont tenus écartés pendant la gaieté des aurores! Qu'oat-ils de commun, ces associés de hasard, en dehors de leurs appétits? Aucun rayon da passé n'embellit le présent ; ils se Toieot tels qu'ils sont, vieux, tristes, affaiblis et isolés; mais nons, Marcelle, nous avons toutes les richesses du cœur ; estime, amour, reconnaissance! Nous ne pouvons regarder en arrière sans trwivcr quelque réminiscence de bonheur ou d'attendissement. Nous nous voyons jeunes de toutes nos espérances d'autrefois, gais de toutes les joies goûtées ensemble, forts de la cimscience do devoir accompli. Qu'importent les traces du temps sur ton visage! chacune d'elle est un chiffre qui me dit combien je te dois d'heureuses années ; ces rides qui sillonnent ta tempe me parlent de tes journées laborieuses ; ces cheveux gris qui parsèment ta chevelure me rappellent tes soins de chaîne instant; cette taille qui se penche me foit penser aux veilles prolongées pris des chevets ou des berceaux ! Sainte héroïne du foyer, laiwe-flwi baiser ces nobles cicatrices du travail et du dévoH^neol! Eve bénie, qui ne m'a jam'^" offert le fruit défendu, ne te crois pas chassée du pai» terrestre tant que Dieu nous laisse ensemble. Relève t

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front, regarde-moi; la vie n'est point finie pour nous tant que nous pourrons nous souvenir et nous aimer.

A ces mots je Tai relevée doucement ; elle m*a souri dans ses larmes en appuyant la tête sur mon épaule, et nous nous sommes approchés de la fenêtre ouverte.

La brise du soir commençait à s'élever, mais aucun nuage ne voilait encore le ciel d'automne, et nos regards sont restés là perdus dans Tabtme azuré. Tout à coup deux hirondelles Tout traversé, volant de front vers Torient. Je les ai montrées à Marcelle.

— Regarde, lui ai-jedit; elles aussi ont vu déserter leur nid et s'éparpiller leur couvée; mais elles n'ont point pour cela désespéré de Dieu ni de la terre, et elles s'élancent ensemble à tire d'ailes vers un nouveau printemps l

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