‹ Le mémorial de familleChapitre 23 sur 24 · CHAPITRE xa · texte numérisé non relu

CHAPITRE xa

LB ItETBO d'un HÉGOCUNT. — UN GBHDRB RBrnsI

L'obserration Taite par madame Roabert nous ouvrit les yeux; nous sentîmes que les assidiùtés de H. Raymond pouYaient faire naître des idées auxquelles il eftt été imprudent de s'arrSter.

L'oncle Formon, qtû était riche et tenait en grande es* time les gros capitaux, voulait pour son neveu an opuleat mariage; il avait calculé que, lorsqu'il lui Jaieserait la maison de commerce, • l'apport dotal devait saFGre pour le fonds d'exploitation. ■ Or la dot de Claire ressemblait singnliërement à celle de la Marianne de Molière : elle se composait surtout d'habitudes laborieuses, d'hnmear facile, de goûts »mples, de sobriété; et H. Formon n'eût pas manqoé de trouver, comme Harpagon, « que ce compte-là n'avait rien de réel, et que c'était une raillerie de vouloir constituer k la future une dot de toutes les dépenses qu'elle ne ferait point. >

Nous communiquâmes nos scrupules k Léon, qui les par* tagea et promit que son ami interrompnùt ses visites.

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II eut d^abord recours pouricela à mille subterfuges. Un jour c'était quelque promenade lointaine faite ayec H. Raymond; d'autres fois un travail sur lequel il voulait le coitsulter; le plus souvent de simples caprices par lesquels il rompait l'habitude des entrevues journalières.

M. Raymond s'y soumit d'abord; il aimait Léon et se laissait aller volontiers à son impulsion ; mais bientôt il parut perdre patience; loin de se désaccoutumer peu h. peu de ses visites du soir, comme mon fils Tavait espéré, il lui déclara, avec une vivacité qui ne lui était point ordinaire, qu'elles étaient devenues pour lui un besoin, et qu'il voulait les reprendre.

Léon répondit d'abord sur le ton enjoué, en se plaignant de ce que sa compagnie ne put lui suffire ; mais il insista.

— Seul, je vous ai moins complètement qu'au milieu de votre famille, dit-il; c'est votre place et votre vrai cadi^e; tout y est dans une telle harmonie que le charme de l'ensemble ajoute au charme de chaque détail. Le plus bel arbre isolé n'est qu'un arbre; réuni à ses pareils, c'est une part de forêt. Pourquoi m'empècher de prendre place dans votre cercle intime, de respirer ce bon air de dévouement et de tendresse? Vous ai-je donc dérobé quelque doux rayon pour que vous me disiez ainsi de me retirer de votre soleil?

Et comme Léon embarrassé ne répondait rien :

V— Songez, mon ami, ajouta-t-il d*une voix plus émue, que j'ai été élevé en orphelin, loin de toutes les jouissances du foyer. J'ai passé des mains de la nourrice à celles des

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maîtres^ et du collège aa comptoir. Chaenaf m'a servi par devoir, personne ne m'a aimé pour moi-même. Xasqu'idje n'ai trouvé dans le monde qfa'une chambre garnie et qm lable dli6te; c'est diez wss que, pour la' première foi», j^a» vu et compris ce qu'était une TamiMe. Si vou^m'aimes, Imi»sez-moi jouir de ma. déoouverte et ne. m'enviez pas là pefite place d'où je regarde votre bfmheur.

— Diet sait que je ne demanderais pas mieux, dit Lémife qm', tout en sentant la nécessité d'en venir h une eitplrea^ tion, hésitait smr la tournure à lui donner; vous ne émtez point, j'espère de ma bonne volonté; votre présence parmi nous m'est toujours une joie ; mais... d'autres peuvent s'éti étonner,

M. Raymond' Finterromprt.

— Aurais-je été importun? s'écria-f-îl ; mes visites paraissent^elles trop Hhéqucntes à votremère. . . à votre sœur?. . . Oh! répondez, je vous en conjure, Léon, répondez franchement!

— ÎVanchenrcnt, ma famille est toujours heureuse que vous soyez là.

— Qui donc alors peut s^étonnert

— Ceux qui regardent sans voir, jugent sans connaftre et condamnent sans merS, c'est-à-dire tout le monde f Longtemps j'ai balancé à vous le dire, et je ne le fais encore qu'avec peine.

— Mais que peot-on blâmer dans mon intimité?

— Pardon, reprît Léon en souriant; vous n'avez pas onblié, je pense; cet enfer dies anciens o& le chien Cerbère

LB «ÉMORlâL »B fAHIlLB. %M

laissait entrer tout le monde, mais ne pennettait & per* «rane «le sortir.

•^. Après? '

— Eh bien, eher ami, les gens sages prétendent qm «'est le symbole de toute maison où il y a une fille à pourvoir : chaque homme mariable qui s'y présente est supposé acquis à Tenfer conjugal ; s*il y reste, on le regarde comme we victime; s'il en i%sscrrt, comme un Hercule vainqueur ^i s'est joué de Cerbère.

--JSt il n'y a pas d'aulne tmlSPt dit 11. Baymond qui rougit.

— Aucun autre! acheva Léon en lui prenant la main; mais il vous suffira, mon ami. Nous pouvons braver les préjugés quand notre repos et notre honneur ont seuls à en souffrir, mais non quand il s'agit de Ihonneur et du repos des autres. Pardonnez-moi, pardonnez-nous; ceci ne se fait point par notre volonté : dites-moi que vous en êtes sûr et que tous ne gardez point de rancune.

— Je vous aime et vous remercie, dit Raymond en répondant avec effusion à Tétreinte de Léon. Vos paroles m'ont troublé plus que vous ne pouvez croire... je ne puis, je ne veux pas y répondre maintenant... Je vous demande deux jours... alors... nous en reparlerons... et... vous saurez touti

A ces mots, il embrassa mon fils et le quitta brusquement.

Le temps demandé s'écoula. Léon, qui m'avait raconté leur entretien, eut soin» à mon expresse recommandation^

Sit LB HiHOnUL DB PIHILLB.

d'évîler tout ce qui eûl po rappeler k M. Raymond sa promesse. EnSn, le iroisiëme jour, celui-ci anÏTa càez nous vers le soir, mais sans entrer au salon; if fit demander mon bis et monta avec lui dans sa chambre haute.

Il était pâle et semblait très-agité. Léon aEFecla de ne point s'en apercevoir; il Ini demanda s'il venait te chercher pour une promenade.

— Oui... habillez-TOOs... sntonst répliqoa-t-il avec une précipitation distraite.

Alais, après avoir Tait denx ou trois tours dans la chambre, il se jeta sur on fauteuil en s'écriant:

— C'est inutile... je pois TOUS parler id... raime mieux tout vous dire... et pour cela je n'ai besoin qne d'un senl mot... — Léon... j'aime votre soeur!

Mon fils se retourna avec une exclamation.

— Ne me Faites pas d'olyection 1 se h&ta d'ajouter le neveu de M. Formou; je les connais tontes... it n'en est qu'une dont je veuille tenir compte, celle qui viendrait de la volonté de votre sœur ou de votre famille. Parlez-moi aVec sincérité, Léon, me seront-ils favorables? N'w-je point )i redouter d'autres projets? Savez-vous enfin quelque chose qui puisse me faire craindre ou espérer?

— Rien, et eus seuls sont en mesure de vous répondre; mais il me semble que vous oubliez quelqu'un dont l'adhi» sion n'est pas moins importante.

— Mon oncle?

— Oui.

— Je viens de lui lont. avouer I...

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Il s'arrêta, Léon le regardait.

*— Et qu'a-t-il répondu? demanda-t-il.

— Ce qu'il devait répondre, reprit Raymond avec une eialtation amère, ce que j'attendais. Connatt-il votre sœurf peut-il comprendre ce qu'il y a en elle de naïve séduction? A ses yeux le mariage n'a jamais été qu'une affaire.

— Et il trouve celle-ci mauvaise 1 interrompis-je en franchissant lo seuil sur lequel j'étais arrêté depuis quelques minutes sans que les deux jeunes gens y eussent pris garde.

M. Raymond recula de trois pas et devint très-pâle; mais je le rassurai en lui tendant la main; il comprit dès les premiers mots que je ne le rendais pas responsable des dédains de H. Formon, et, encouragé par mes témoignages d'affection, il me déclara que l'opposition de son oncle ne pouvait être un obstacle pour lui.

— Que je puisse être agréé de vous et de mademoiselle Claire, ajouta-t-il, je n'en demande point davantage; nulle volonté ne peut enchaîner ma préférence, et ce que je possède suffit pour mettre la femme que j'aurai choisie à l'abri de la pauvreté.

— Mais non à l'abri des regrets, répliquai-je. Pourra-ielle oublier qu'elle vous a rendu ingrat, et que le lien qui vous a unis n'a pu se former que des liens brisés de la famille? Pour elle vous aurez rompu avec celui qui vous a tenu lieu de père ; vous aurez préféré votre penchant \ votre devoir I Dangereux début et triste présage 1 Est-il bien sûr que celle pour qui vous aurez ainsi renoncé à vos habi-

M6 11 HÉMORUL BB fAMILLI.

tades» à vos affections, à vos fioavenirs, poisse vois dédooH mager suffisamment de tMit de sacrifices? Ne les regretterez-?oas jamais f Chaque fois que vous rencontrerez le bienraiteur abandonné pour une étrangère, et qu'il vous Cuidra détourner la tète, ne sentirez-^ous pas votre cosur se serrer? Croye^moi, M. Raymond, bien peu de gens sont assez sûrs d'eux-mêmes pour de pareilles épreuves, bien moins encore ont droit de les tenter. Dans notre constitution sociale, tout repose sur la famille, tout y revient Renier celle que Dieu nous a donnée pour en commencer une autre, c'est mettre le feu à la maiscm héréditaire avec ridée de bâtir sur ses cendres ; rarement le succès justifie de pareilles audaces, et l'extrême nécessité peut seule les excuser. Pour ma part, je n'en serai point complice; ma fille n'entrera jamais dans la famille qui la repousse; elle a besoin de sympathie, d'encouragement, de tendresse, et je ne veux pas que son mariage soit une déclaration de guerre, mais un traité d'alliance.

Tout ce que put dire M. Raymond ne changea rien à cette résolution ; je l'assurai de mon estime et de mon amitié ; mais je renouvelai l'avertissement déjk donné par Léon : quelque douce que nous fût son intimité , nous devions la rompre et nous contenter de vœux réciproques faits de loin pour notre bonheur.

Quand il me vit inébranlable , il cessa d'insister et se retira tristement. Nous ne le revîmes plus que rarement, par hasard et chez des tiers.

Cette espèce de rupture nous fut un sérieux chagrin : on

LB hAvORUL BK FAMILLB. S4T

0'étftH lecootumé Tua à Tautre ; Theure de la réanion était pour tous im délassement ; elle servait à clore doucement la journée par un concert de Tolootés et de sentiments. Quand M. Raymond ne vmt plus , il y manqua quelque chose ; tout sembla s'arrêter et le silence se fit.

Mais ce changement parut principalement douloureux k Claire; elle perdit subitement sa gaieté, devint rêveuse, languissante et sans désirs : nous tâchions en vain de la réintéresser aux choses ; à tous nos efforts elle répondait par un vague sourire et un remerciement distrait.

La tante Roubert s'irritait et se désolait de cette torpeur.

— Je n'aime pas les chagrins qui dorment, disait-elle souvent, c'est comme les incendies qui couvent : on ne voit point de flammes, et un beau jour tout tombe en charbons.

Plusieurs fois elle avait interrogé Claire ; mais, soit embarras d'un aveu, soit ignorance de son propre cœur, celleci répondait qu'elle n'avait rien, qu*elle était heureuse.

— C'est alors son bonheur qui la rend pâle et la fait maigrir, disait madame Roubert avec impatience ; que Dieu me protège , je voudrais trouver quelque affliction qui la réveillât I

Elle crut enfin tenir ce qu'elle cherchait.

Un soir que Claire était seule à la fenêtre, le eoude ap* puyé à la balustrade, l'aiguille immobile sur son feston et les yeux errants vers le carrefour, elle la vit tout à coup très* saillir, baisser le front en rougissant et reprendre sa broderie avec un empressement embarrassé.

Elle se pencha contre la vitre et aperçut H. Raymond

SIS LE HÉHOBIIL Dl PlUILLE.

qui passait en cdtoyant l'antre cAté de la rue pour mieux voir h. noE Tenétres. Madame Roubert hocha ta tète et glissa une de ses aiguilles k tricot soos son bonnet, ce qui était te préliminaire obligé d'une halte dans son travail.

— Ah I ah 1 dit-elle en continuant de regarder à travers le carreau, c'est le neuvea de l'oncle aux icu»! Il est donc encore ici t

— Est-ce qu'il doit partir? demanda vivement Claire qui se redressa.

— Dame ! je suppose ; est-ce qu'on ne parle pas pour lui d'un voyage dans les colonies?

— Pour M. Raymond î

— Oui, son oncle veut l'envoyer à un de ses correspondants... qui a une fîlle...

Elle s'arrêta ; Claire la regardait avec des yeux lixes et grands ouverts...

— Qui a une fille f répéla-t-elle,

— Pourquoi pas? Est-ce que ça t'étonneî dit madame I Roubert en riant.

I — Une fille... à marier? ajouta Claire.

1 — Tout juste, ma chère...

— Et alors... M. Raymond va.., pour l'épouser? I — Il paraît que c'est convenu.

Claire ne répondit rien ; mais sa respiration devint plus

pressée, le mouvement de son aiguille s'accéléra, ses lèvres

I tremblaient, etellelutlaquelquesinstants. Enfin, vaincue,

\ elleselcvatoulàcoup, sortit presque en courant, età peine

eut-elle refermé la porte que nous entendîmes on sanglot.

Harcelle voulait courir à elle ; je la retins.

— Laissons-lui le secret de sa douleur, fis-je observer^ afin qu'elle s'efforce de la combattre devant nous : un cha* grin avoué s'entretient d'abord par Tépanchement » puis embarrasse quand la consolation commence à venir.

— Ah I ma tante, pourquoi lui avoir appris si brusquement cette nouvelle ¥ s'écria la mère qui avait des larmes dans les yeux.

— Pourquoi? répéta madame Roubert; eh! vraiment pour savoir au juste ce que je devais croire : la petite hypocrite ne m'eût jamais avoué que ce M. Raymond lui tenait au cœur, tandis que maintenant il me semble que c'est clair.

— Et qu'av6E-vous gagné à n'en point douter? répliquai-je avec un peu d'aigreur ; quelle nécessité de sonder les blessures qu'on ne peut guérir ?

— Qu'en savez -vous? interrompit-elle brusquement; M. Raymond et votre fille ne sont-ils pas d'accord ?

— Sans doute...

— C'est r oncle aux écuê qui vous gène, n'est-ce pas t Eh bien! qui vous dit qu'il soit inflexible? que, s'il résiste maintenant, il ne cédera pas plus tard? Faut-il donc que ces enfants renoncent au bonheur parce qu'il n'est pas en« Gore mûr ou à portée de la main ? Seigneur ! ces hommes 1 ça n'a ni confiance en Dieu, ni estime des gens, ni patience. Allez, Harcelle, allez consoler cette chère fille, et, sans rien promettre, dites-lui qu'il reste toujours un petit coin bleu dans le ciel le plus chargé.

S50 Ll HiHOBlJbl JtS ««MtLI.

Je ne pouvais approuver ecs lueurs d'eapéranee qne l'on faisait nrillcr aux yoiudeClure pour la oonuler; j'avais toujours cru qu'il niait arien aborder de Eue use doulear et en recevoir le choc tout ettier. Je ne comprenais rioa à ces précauliuns do femmes qui emmiellaient h vase de fiel et uc faisaient boire le désespoir que goutle à ^utta. Mais madame Etouhert lofidéclara ^e j'élaia un bralalquidécapi- (ail les gens pour leur éviter de-s souffrances de détail, et cpie mon stoïcisme était bon tout au plus pour les nerfs d'acier des pliilosophes barbus de l'antiquité; que les femmes et tes enfants demandaient plus de m^agemenls, et qu'elle me priait de ne me mêler de rien.

Elle nous quitta presque aussitôt, en laissant entendre qu'elle avait un projet doot noue denons ONiBattre lo résultat dès le lendmaia.

Elle nous revint en eOet, mais désappointée cette Ibis et cnrtout Turieuse.

Elle avait vu ALFormon, de qui elle n'avait rien obtcDU.

Je Dc pus cacher mon mécontentement d'une démarche dans laquelle mon nom et celui de Claire s'étaient trouvés compromis -, jen étais à la fois inité et humilié ; mata madame Roubcrt coupa court à mes plaintes.

— Je vous conseille de me tomber dessns, vons aussi ( s'écria- t-cl le ; c'est brave de me frapper ainsi & teire ! Ne Toyci'vous pas que je suis hors des gonds, et que je voudrais battre quelqu'un?

— Alais comment aves-vous pu espérer de réussii? iftterrompis-je.

LS HiMORUX DS PÀlfILLB. SM

~ Cômmenl ? reprit-elle ; parbleu I par les bonnes rai« mm9y par le cœur I Si Vonele aux icns n'était pas un o^» gueiileiix et un entêté, je ranrais convaincu ; je ne suif même pas encore bien certaine qu'il ne Tait point été; seulement il le cache pour n*avmr pas l'air de céder.

— Mais, enfin, qu'avez^vous pu lui dire?

— Àh I c'est une longue histoire. EKabord je l'ai troftri le neatdans ses correspondances d'ÂmMqiieet de mauraise humeur, parce que. dit^il, on le trompe; ceux qui sont lit*htB gardent Tor et ne lui envoient que le papier des roiH ieaux; c'a été son expression. Moi j'ai abondé dans son sens afin de le bien disposer ; mais alors il m'a parlé d'envoyer son neveu à Bucnos-Ayrcs pour défendre ses intérêts. Ce n'était plus mon affaire ; et les objections ont commencé. r oncle aux éeus est fin sous sa grosse écorce ; il m'a vt venir ; il s'est impatienté et il m'a dit : — Je comprends : vous voulez que mon neveu reste ici potir épouser la fille de votre nièce! Moi, ça m'a mise à l'aise, et j'ai répondu r— Vous l'avez dit. — Alors il m'a déclaré que la chose ne se ferait jamais de son consentement, qu'il romprait plulAt avec son neveu, qu'il le déshériterait I .. . enfin to€2écs les sottises d'un homme qui a tort. Je l'ai laissé aller; si bien que la honte l'a pourtant pris, et quil a voulu réparer un peu les choses en parlant de son estime pour la famille. C'est là que je rattenidais, —Ah I vous nous trouvez d honnêtes gens, ai-je répliqfré» el vous ne voulez pas de notait alKance... Pourquoi ça?voyonsf — Il n'osaft rénuwlrf t •— Paoroe que^ voo» n'avez pas assez d'argent I II' a barboté*. •

S58 LB UÉMOKUL Bl FAUILLK.

il s'est contredit; moi j'u pris alors le haut boni, j'ai parlé comme au s»tnon. < Il savait bien, Ini ai-je dit, que vous ne consentiriez jamais à na mariage Tait contre sa volonté: mais pensait-il que cet abns d'antorité le n-ndriût pins cher fc son neveu? Ëtait-il sage à lui de devenir on obstacle quand il n'eût dû être qu'un secours? Pourquoi voulait-il faire payer ses bienfaits passés d'un prix qui les rendait douloureux ? Regardait-il le penchant de son neveu comme une fantaisie passagère : il (allait attendre. Croyait-il son chois malheureux : il fallait l'examina. — ^Toul cela embarrassait mon homme, qui a du bon senf; il devenait rouge, puis blême ; il s'agitait, il essayait de se mettre en colère pour avoir une contenance; mais j'en revenais toujours k mon refrain : — Donnez une raison I donnez 1 — Si bien qu'il a (ini par se lever en disant : — Au diable I je n'en ai qu'une, madame, c'est que je ne veui pas ! Ceci m'a poussée & bout ; je me suis fâchée à mon tour. — Fort bien ! fort bien ! lui ai-je crié ; vous avez trouvé le mot : oui, la vraie raison, c'est que vous ne voulez pas être juste, c'est que vous ne voulez pas être bon, c'est que vous ne voulez pas être digne qu'on vous aime ! Ah 1 il n'y a plus k en revenir ! Mais écoutez bien ceci : un jour vous deviendrez vieux et infirme, et, comme vous avez vécu tout seul, il làudra bien chercher secours an dehors. Allez alors trouver la riche héritière que vous aurez fait époocer k votre neveu par ambition et par avarice; demandez-loi de vous soigner, de vous tenir compagnie, de se sacrifier pour vous; et, comme elle ne vous devra rien, et que Dieu est juste,

die VOUS répondra à son lour : — Je ne veux pas 1 je ne veux pas ! — Là dessus j'ai salué et je suis partie comme un orage , en laissant le vieil endurci pétrifié dans sa volonté et dans ses écus.

La tante Aoubert se trompait» comme je Vai su depuis : H. Formon avait été ébranlé par ses arguments, ému de SCS prédictions. C'était, ainsi qu'elle Tavait dit, un homme capable de comprendre, mais gâté par une longue habitude d'autorité sans contrôle. Maître absolu de sa maison , il fallait que tout lui fût soumis, même la logique ; il ne permettait aux gens de penser et de vouloir qu'après lui ; la simple initiative lui semblait une révolte. Au fond, le tort de son neveu dans ce projet de mariage était d'en avoir eu l'idée ; qu'il y eût lui-même songé le premier, et tous les empêchements se fussent évanouis I

Sans se l'avouer clairement il en avait conscience ; quelque chose murmurait en lui , mais il se roidissait en se réfugiant dans cette obstination qui joue l'emportement et ne fait du bruit que pour se raffermir.

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