‹ Le mémorial de familleChapitre 4 sur 24 · ^^, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

^^, CHAPITRE I

es .*4

f r-^$w l'entrée en ménage

lilarié de la veille, je venais d'ouvrir les yeux dans mon

kdSoSbàu logement. Les rayons du soleil matinal glissaient

entre les rideaux de mousseline; un parfum de réséda

pénétrait jusqu'à TalcAve, et j*entendais, dans la pièce vol-

-^|^>^e voix aimée qui fredonnait mon air favori.

Autour de moi, sur les meubles, étaient dispersés mille objets dont la vue me rappelait quel changement venait de ,^ se faire, dans ma vie. Là, c'était le bouquet d'oranger que Harcelle portait la veille ;-ici, la corbeille à ouvrage qui ne quittait pas autrefois sa chapibre de jeune fille; plus loin, la petite bibliothèque qu'ornaient ses prix de pension et quelques volunies plus récemment offerts par moi-même. Tout ce qvtt m'entourait semblait ainsi m'avertir que je

s LE MÉMORIAL DE FAMILLE.

n'étais plus seul. Jusqu'alors i*ayais c6toyé) en volon* taire indépendant , les flancs de Tarmée humaine , allant an pas de ma fantaisie et mesurant à mes seules forces U longueur de Tétape ou celle du repos ; maintenant j'étais enûré dans les rangs; j'avais une compagne de route sur laquelle il fallait régler ma marche, à qui je devais rendre en protection tout ce qu'elle me donnerait en tendresse f Quelques jours auparavant, j'aurais pu tomber sans laisser de vide ; désormais ma destinée se trouvait liée à d'autres destinées ; j'avais pris racine dans la vie, et il fal« lait grandir et se fortifier pour abriter les nids bientôt for^ mes à mon ombrage.

Douce responsabilité, qui m'exaltait sans m'inquiéter I Que pouvions-nous craindre, Marcelle etmoi?Ne partionsnous pas comme ces Théories athéniennes qui faisaient voile vers le temple de Delphes, la poupe couronnée de fleurs, an broit des chants et de la lyre? N'entendiom^nous pas retentir en noms le cbœnr mystérieux des fées de la jeunesse)

La FORCE (Hsait :

« Qu'importe la t&che? Ne sente^vons pas que tout vous sera facile? C'est à ceux qui faiblissent de soupeser le fardeau ; Atlas sourit en portant le monde. »

Lai roi i^tail r

c Ayez confiance, et tes montagnes qui votis font otetaeles se déplaceront comme des nuées, et le flot s'a&ermira sous vos pas, et l'arc-en-del se jettera comme un pont sur les vallées. >

XI mIK^RUL D8 PAXfLLK. 8

€ Vefizl dewBA vow eH le r«pai af rè» la Mgae, l'aboadanfH' apite la prifattsii' ; allez plus Ma, dhliea, Hh hai! la diaerr eond^ & la terre praniael »

Enfin une voix pli» haenumte 8'élcnraft & cmi feor el uiurunirail :

< AimeK-¥Oiig Vim l'antro ; il n'y a» pamt gar kr tenre 4e pl^ s(kr talîamaa : c'est la Stome', (worMaî» ^i daiC yaaa livrer loai lai trésors de lai cvéaniaii. v

Ghera encoafagimeBis , ehanaanlesi asanraneai', eonment ma pas Touréamt^rt On, I» voiig eroiSi voîIlaiilM amies: cksiOB piamières campagB«i, TDTia<|Qî, «emme Foreheslre militaire Aœtiiié k enflamnier te eoorage da soldat. noaseondxÛBezUabataiUe terrestre, enmésdefotreméladia. Que puis-je cratadre dans cet avenrir q«e jj^ dbis traurerser, le bras de Marcelte sor te mieft t Ne eommençoiRHioi» pas tous deux le Toya^, et le soteff ne Tient-il pas disse lever? En avant, à travers les prés <pii ieurissent, le long des hai^ qui gazouillent, sous les foiétsqui verdoient I Que les horizo»^ succèdent aux hmzonsi £e jour est si beau et la nuit est si loin I

Tout en causant ainsi avec ma joie, je m'étais levé, et }'avais refoint Marcelle, déjài occupée & prendre possession de son royaume domestique*

Il fallut tout visiter avec dïe, admirer sa précoce éruJîtion de ménagère, applaudir k ses prévoyances. Elle me montra d'abord la petite salle à manger où le repas de^ vait nous réunir entre les heures de travail. liarcelle avait

4 LB hAhobul DI FAHILLB.

voulu, eu bveur de cette heureuse destination, lui donner ua air d'opulence et de fête. Sur les étagères brillaient les oorcetaines, l'argenterie, les cristaux. Ici des fruits h dem. cachés dans la mousse; là, des fleurs fralchemeot épanouies, partout la grAce dans l'abondance I

Plus loin était le salon, dont les rideaux fermés ne taissaieut pénétrer qu'une molle lueur. Des statuettes ornaient les consoles; des cadres dorés cachaient la tapisserie ; sur tous les meubles s'éparpillaient, avec un caprice élégant, les albums, lescoOres de laque, les iroires ciselés, riens précieux qui furent longtemps les trésors de la jeune fille. Vers le fond, une portière aux larges plis indiquiùt l'entrée du retrait réservé k la chitelaine. On voulait d'abord m'en interdire la vue, et il fallut en venir aux prières; enfin la portière fiit soulevée et nous entr&mes.

Le cabinet était éclairé par une petite fenêtre que masquait un store imitant les vitraux gothiques, et & travers lequel la lumière jaillissait en teintes richement colorées. Une bergère recouverte de siamoise occupait le fond, avec la table k ouvrage, pris de laquelle j'avais vu si longtemps broder Harcelle quand je passais sous les croisées de sa UiGle. Vis-à-vis se dressait la jardinière de tdie vernie où elle- *^iênie cultivait quelques plantes préférées : plus haut était suspendue la cage à filigranes argentés, prison mélodieuse de l'oiseau qu'elle avait autrefois élevé ; enfin, devant la fenêtre avait été placé le bureau consacré, depuis sa sortie d<i pension à ses correspondances intimes.

Elle me le montra avec une sorte de gravité attendrie.

Là, tout lui rappelait un souvenir. Cette écritoire d'agathe lui restait seule de sa sœur atnée, morte k Tàge où elle commençait k la connaître assez pour Taimer ; ce coupepapier de nacre lui avait été envoyé par sa tante avant qu'elle l'eût adoptée pour fille ; ce cachet avait appartenu à son père I Elle entr'ouvrit Tun après l'autre les tiroirs pour "ne montrer, en souriant, les richesses qu'elle y renrermait. Ici, c'étaient les lettres de sa meilleure amie de pension» aujourd'hui mariée, partie, perdue pour elle ; là, des papiers de famille; plus bas ses certificats d'actes religieux accomplis, de prix obtenus, d'examens subis ; — humbles papiers de noblesse de la jeune fille I — enfin, au coiri le plus caché, quelques bouquets flétris et la correspondance échangée entre nous pendant une absence, avec l'agrément et sous l'adresse de la tante Roubert.

Ainsi se trouvaient réunies toutes les réminiscences touchantes ou gracieuses I C'étaient les poétiques archives de Marcelle, le lieu d'asile où elle voulait se retirer aux heu* res de solitude. A mon retour du travail j'étais sûr de la retrouver là, souriante et comme parfumée des souffles du passé.

Cette idée me fit sourdrb dans le cœur un flot de joie.

c Ah I pcorquoî, me dis-je, tous les hommes si*ont-ils pas ainsi un refuge consacré aux souvenirs doux et saints, un sanctuaire où se conservent à jamais les témoignages des afiections de la famille et des enthousiasmes de la jeunesse? Nos aïeux avaient une cellule creusée dans le granit et fer-

â 1,1 viHORiiL w rmiLLi.

r.iée d'une 4tràle|>Hte itete, oààlB conacrnùeat fw^r-

^eii Icâ vaÎDf iilNsd»leHriidsiiie;M pMmnsHUiaB accorder, par SMDUwiaHBak, m Min abMar an titm d« cœur,ktoat-oe-qwMUir^pelleaai iii*lM«q>«tsieMet les- géuéreusu egpéooicei 9 U iknpsA «tacbé des narsàllee l'arbre gèaialagiqiM dsa bmâlea* vms il a luné place pour celui d«s4aBe«. Owicfaont legemeâe nos jagtmtJtis, de nus s jupathies, de Dw réqxi^aDcas, de nra «spoinj iijous le traavoroiifl touiauB ^aiu i^el^uei bits d'aali«foi». Le présent a pour laeiBA le ^i'jé. Qui n'a mcontré par basant qoeltpi'uB de ces vtMigt» des preiaèccs an- BôeB, et qti Dei'«st6<inli émn de leur jeM»nli«?C'QGtknqu'on revtttlHfomUded^faftqaarimcakuleiBiMixia diglaace parcoanw, et qa'tDB'eSnieMiiqu'oaB'i^ylaadU. Trop heureux celai qui, retrouvant le jeime pwliait, ae uouve ptuiurariginal tn»p fiètri par l'&gel «

La vois de miHk père nonsfit quitter le retrait de Harcelle ; il Tenait risiter notre Beaneia logii et «jouter son conlenlemeat k notre bonheur. — Taèrs sutiqne, daat le courage n'avait jaaiaîi été qu'an leoipan pour tes bibles, et rinllesibililé qa'une obslinalion de dévouement, il étiit indulgent à 'tons, parce qu'il aa ae pardaanait rien à Inimênie, et savait voiler son austérité de sourires. Avec lui lasagessen'avaitnimoFgacni'DcAre; eUeseliusEaitjus- (|u'ii vons pour que vous poatiex l'cstendre ; elle waoi g«dait Je la main ; elle pMMÛt tvotrv pai et awrcfarit 4 VM c6té$. Citait imt mère qui jattrall, jamaii on ^ge qui GondamH.

LB «iHORlAL oi riiriLLi. T

BevireiK d'une unioD éésirée, il ifvndt point Toiilo portait fMwflre place à notre foyer.

«» Ces premières benres de la jeimefifia «ml k fooB, nV Talt41 'dil 'en n'embrassant-, jonisse^n mm traoUe ; im tieilhffd ferait^railiremisoleHpleûideyotrejoie.lIieiixfaiit lie regreiler «bsoit que d'élre gêné tm seifl instant de ma présence. A votre kge et au mien, on a d*aiffears l)esotn de solitude, vons pour causer de tos espérances, moi pour rappder messoayenirs. Pins tard, quand mes forces ilédiî* ront, je viendrai m'appuyer à vos dem: bras et fermer les yeax sons Tombre de vo^ prospérité.

Et tontes mes prières avaient été inutites ; il avait Min se somnettre k cette séparation.

Cependant Hareetle, qui s'était élancée à sa rencontre, te ramenait triompbante à travers notre appartement, dont ellerecommençait avec lui Texamen. Mon pèreéootftaît tout, répondait à tout, souriait de tout, il se laissait promener an milieu de nos enchantements et de nos rêves ; il s'arrêtait avec nous devant chaque luM'izon ; il nous montrait au loin une espérance inaperçue ou une joie oubliée. Réunis au retrait, nous avions laisséainsi couler les heures sans y prendre garde, quand la tante de Marcelle arriva.

Qui n'a connu la tante Roubert dansnotre petite ville natale ? Son nom seul prononcé mettait en gaieté. Yeuve de bonne heure et chargée d'intérêts compromis, elle avait tout sauvé à force d'activité, d'ordre, d'économie. C'était d'elle surtout qu'on eût pu dire que m fttrî tuprit lui avait iU émmk m hm um. Solidement assise sur la réa-

8 LS MiMOBIlL Dl FAIIILLB.

lité, elle avail conduit sa destinée par les ronttt battues, éviuint prudeument les cailloux qu'y sème lecaprice. Toujours trottaot, rangeant, grondant, elle trouvait le temps de faire prospërersesafiiùres et de rétablir celles du TOisîn, ce qui l'avait bit surnommer plaisamment la /imffM de ménage de ta Providtnee. Vulgaire en apparence, elle avait le génie des choses positives, et l'événement finissait toujours par lui donner raison. Son esprit était la prose de la vie, mais une prose si nette et si ferme, qu'on t'eût troDvée profoncle sans sa simplicité.

La (ante Ronbert arrivait, selon son habitude, un parapluie à la main ; son bras était cbargë d'un immense cabas de crinoline. Elle entra comme une ondée de grêle dans le petit cabinet ob nous nous étions arrêtés.

— Vous voilA pourtant! s'écria-t-elle; je vous dierche dans toutes les pièces. Savez-vons, ma cbère, que les malles lie linge viennent d'arriver?

— Fort bien, je vais m'en occuper, dit Harcelle, qui, une main dans la main démon père, l'aulredans la mienne, ne se pressa point de partir.

— Vous en occuperl répéta la tante ftoubert; ce sera bien inutile, vous ne trouverez place nnlle part. Je viens de parcourir votre appartement, ma pauvre fille; ce n'est pas un logement, c'est une décoration de théâtre I

Marcelle se récria:

— Que dites-Toos là, ma tanteT Hemy etsoapère viennent de le visiter, et sont ravis 1

— Ne me parie pas des hommes quand il s'agit de mé-

LE MiMOaiAL DE FAMILLE. 9

naget reprit péremptoirement madame Roubert; k leurs yeux, rien ne manque, poorva qu'il y ait des mouchettes eC un tire-bottes ; mais moi, chère amie, je sais ce que c'est qu'une maison. Tout à l'heure, en entrant dans le vestibule, j'ai cherché une patère pour suspendre mon manteau ; je n'ai trouvé que des giroflées I Tuas des fleurs pour fonds d'ameublement I

Harcelle voulut protester en énumérant notre mobilier ; mais sa tante l'interrompit :

— II ne s*agit point de ce que tu as, mais de ce qui te manque, dit-elle ; j'ai bien vu dans ton salon de petits marmouzets de bronze...

— Des marmouzets I m'écriais-je, les statuettes de Schil- 1er et de Bousseau I

— C'est possible, reprit tranquillement la tante Roubert ; ça peut servir, à la rigueur, de porte-allumettes ; mais en nas, dans la cheminée de votre bureau, cher ami, il n'y a ni pincettes ni chenets. J'ai aussi trouvé, en ouvrant lebuFfet, un petit service de vermeil, et pas de cuiller à potage, ce qui fait supposer que vous vous nourrirez déconfitures. Enfin les étagères de la salle à manger sont garnies de fort belles porcelaines dorées; malheureusement la cuisine n*a ni poële à frire ni rôtissoire 1... Mon Dieu I j'entre là dans des détails bien grossiers, n'est-ce pas? ajouta-t-elle en voyant le mouvement que nous n'avions pu réprimer ; mais il faudra toujours y venir quand vous voudrez une omelette ou un rAti ; autant donc prendre ses précautions.

—Vous avez raison répliquai-je avec un peu d'humeur^

lO LK HiHOKUL DI riMILLI.

car j'avais reniirqaé b cvDfnïM'de MneeUe ; inans il est toujours lenips de réiparer ik<panils «atdisqoand le beBoi» les fait sentir.

— C'est-à-diie q« toub «tundiei l'heure 4ê cncher pour commander ItsinMelu, reprit tBwla»e Boabeit ; fa la l«niie heure, checsvBboitsI «ms, Aibs obcbs, le moment est venu pour votre linge de ménage, qui Mtead Iti dau le vestibule ; ma nièoe ne -OMupte ponrt le ramasser, je suppose, ims sa cage ni dans sa jardinière ; peat-^lle me montrer la place qu'elle Uu a réeervée?

Marcelle était dcrveane trës-4««ge, et ronlait avec embarras le petit ruban noir de son tablier.

— Eh bÎGD ! quoi? tu s'y as pas songé, reprit la vieille tanlG ; il ne faut pas te déconcerter pour celai Nous chercherons oii le metue «près déjeuner; car tu sais ipie nous déjeunons cnfemfole?

Pour cela Marcelle Del'avait point oiAIié, et elle Tonhit montrer sur-!e-(^anp4a t^le servie par elle.

S. sa vue mon père se pat retenir nn geste d'émerveillement.

Au milieu se dreSBWl une corbeille de fruits mêlés de flenrset de feuillages, mIoh de laquelle toient dispersées toutes DOS friandises favorites; dnœun pouvait reconnaître le mets prépué fa son intMlisn. Materne Roubert qnl avait promené antour do la table un regard rapide, s'éoria tout fa coup:

— Et tepaia, Biafillet

ItaTcellfl poussa me ratelamstion coaitmiéa.

LI MÉMORIAL DI FAMILLl. M

— Il M'y en a p», iRfiriC tnnqiiHlNiiail b t^^ iabtiJK eM dwreher.

£t, kaissaiit isToâ, eUe:qo«la :

— Comme elle passedevant mapaitei<eUe dira^ttiiéiiie temps à Baptiste d'apporter, pour le père Remy, ia grande ganache, et vmis Ja gacdeceE. Tes cbaises gotkiqneB sont irès*agréaUes à xegaider; «^ quand <m est yieuK et malade, >oe qpa'on demande suftont à mt siège, c'est 4es'ytreo- Mr lieii assis.

£a attendant le Tetour ide la serrante, madame Roubert recommença avecltanoelle la visite de notre logis. Elle indiqua ce qui aimt étéoniiUè, lelera l'inoommodité de quelques arrangements, réclama certaines amèlioraliens, le tout gaiementet avec simplicité. Ses ayeitissements n'étaient jamdâs des critiques; elle montrait Terreur sans s'étouDer qu'on l'eût eoœmise, et sans se prévaloir de l'avoir reconnue.

L'examen achei/é, elle {uîtsamàee à part pour csmpter.

Marcelle alla diencher la p^te cassette de kois de rose quiM savait deooffire-^fort, et voulut dresser le bordereau des dépenses &Hes depuis huit jours ; mais tous ses calculs ne pureat ëtablûr une balance satisfakumte. Elle eut beau recommencer ses additions, compter pièce à pièce l'argent qui lui restait, le déficit demeura invariable. Stupéfaite d'an par^l résultat et de l'importanoedu total dépensé, elle regardait dé^ la serrure de sa cassette, et se demandai teomment la somme qu'elle renfermait avait pu dispamtire» quand b tante Roubert l'arrêta court

a LE UÉHOBUL DE FAHILLS.

— Prends garde, dit-elle sérieusemenl ; voilà qne, Taule de te rendre compte, tasoupçonnesdéjàlATantcesoirlnen viendrais à accuser. C'est lamaret^e ordinaire. Le désordre enfante la défiance, et on aime mieux douter de la probité des autres que de sa propre mémoire. Aucune serrure n'empêcliera cela, mon enfant, parce qn'aucune ne pourra le mettre i. l'abri des mécomptes. Pour la femme qni dirige nne maison, la seule sauvegarde est un livre de ménage qui l'avertit jour par jour, et qui rend témoignage à la fin du mois. Aussi t'ai-je apporta un de ceux qne Ion oncle avait jadis l'habitude de préparer pour moi.

Elle le tira de son cabas et le remit k Harcelle.

C'était un petit re^stre relié en parobemin, dont la couverture, semblable à celle des portefeuilles, formaitintérieurement trois poches destinées aux reçus, aux notes et aux mémoires. Le registre lui-même était divisé en plusieurs parties distinguées par des. signets et correspondant aux différents ordres de recettes on de dépenses, de sorte que l'on pouvait apprécier d'un coup d'œil, non-senlement les cbitfres généraux, mais leur provenanceet leur relation avec chaque chiffre particulier. Le tout formait un budget domestique aussi clair qnecomplet, dans lequel un compte était ouvert à chaque branche de service du petit gouvernement régi par la ménagère.

M. Roubert, qui avait été, de son vivant nne sorte de Franklin inconnu, uniquement occupé de soumettre au bon sens les alTaires et les consciences, avait écrit devant cba* qne chapitre une maxime empruntée ou inédite qae l'on

LB MiMORUL DE FAMILLS. 1S

avait sans cesse sous les yeux comme ayerUssemeni. Ba tête du livre, on lisait ces mots tracés à l'encre rouge :

c L'ÉCONOmB EST Lk SOURCB DB L'INDÉPENDANCB BT M « LA LIBl^Liri >

Plus loin au compte des frais de table :

t L'hohub sagb a toujours trois cuisinibrs qui assai-

€ SONNENT LES PLUS SIMPLES METS : LA SOBRliTt, l'eXER- € aCE) ET LE CONTENTEMENT DE LUI-MÊME. •

Au chapitre de la bienfaisance :

« Donne comme si tu recevais. >

Enfin k la page destinée à constater les épargnes de chaque mois, il avait copié cette pensée d'un philosophe chinois :

c Avec le temps et la patience, la feuille de mu-

c RIER devient satin. »

Tout en nous laissant parcourir le registre pour lire les conseils pratiques qu'il renfermait, la tante Roubert expliquait à Marcelle ce qu'elle devait en faire, et l'initiait, en quelques mots, k la comptabilité du ménage.

Pendant qu'elle parlait, mon père me prit par le bras et m'attira doucement dans l'embrasure d'une fenêtre.

- - Grâce à madame Roubert, tout va se régler dans ta maison, me dit-il ; l'arithmétique elle-même tiendra la plume et ^c fera l'historiographe fidèle de votre vie positive; mais qui tiendra le livre de votre vie idéale? En parcourant les colonnes de ce registre, tu sauras quelles ont été vos pertes et vos gains ; tu pourras accroître ou diminuer tes dépenses, modifier tes habitudes ; tu verras clair enfin

Ift L* HiHOBllL IkE tAMU-LM.

dans tes ifitMls ; maie «anwint «eri»fr4u flur duia loa û[iic?Ou trouf BKtE-ta le JcutbaI deBfttoiôai q«e tu auras Inversées, des<a9cilUtio&B de U raisoB,^ee£rifieB de joie 00 de douleurs qui t'auront ébranlé au dedaac?Qael thème uuras-tu pour tes fiflexions? Où eeront les pièces ^iGaUves de ton «fiéf ience ? Si 4œ Aotes joarnaU^es sont indispensables (KHir se readEe uncMapta a^act de l'emploi de son argent, penses-lu qu'elles le^ueat moins pour ap< précier l'emploi deses Tacullés? L'ordre le semble-t-il jdus difScile h mamteuir dans une caisse que dans une conscience? Combien d'erreuss, combien de vices mgme s'enracinent chez nous k notre insu et iaute d'y regarder 1 II en est de l'àme commedu corps : on prend une altitude par négligence, on y persévère par inattention, et ^ la longue vient la diiibrmîtél Préviens ce malheur; ouvre une fenêtre sur vos âmes, étudie-les dans tous leurs mouvements, et raconte ce qne Lu auras vu. Taudis que Marcelle chi&era le grand livre de la iamitUe, toi lu écnras son histoiremoraie ; sa plume tracera la chronique des faits, la tienne celle des sentinents I

Je serrai la miûii de mon père en lui {iromeUant de suivre son conseil, et ce fut j^our tenir ma prooiesEe ^ej'écrivis ce Mémoriai.

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