‹ Le mémorial de familleChapitre 5 sur 24 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

Xi SOllTtTDl A DSVX

Lalame ftoDbert l'ivait pas fiai )m leçoM à sa vièoe ; elle ieg reoMi^vela les jeara 'SWTa&lB pour d'aitrai fan calculs 011 d'autres uégUgenoes. IbroeHc, aocoutomée à profiter d'une {iréTOf imoe dont elle n'aivail pomtle sovti et t ]Ouir d'un bon ordre iquWie n'était pas tenue d'entretenir , se Irouva on peu surprise de <ce 'qu'il fallait «pp^ter d'jppK* cation 4 la conduite du plus humble fo^Br. Embarqué* Jusqu'alors dans la Tie en shnple passagère , elle ne sayail ni orieater les Toiles ni trouver sa roule sur tes flols. la tante ne manquait pas d'acoomrir k chaque fausse msnoBufie pour montrer ce qu'M fallait faire ; mais, à la longue, cet empressement lui-ttème meéerint une fatigue : j'aurais préiféré 4es conséquences de la faute aux conftranétés qu'il Mlait oaUr pour ta réparer, et je irouTais o^e science du ménage trop chèrement achetée par l'ennui de Va leçon. Sans avoir pour madame Roub^t moins de Tespect ni de déTouement, je redoutais sa venue, fX son dépait était mur moi une «sorte de délivrance.

Mon père s'en aperçut et m*aveitit.

16 LB UÉHOIIAL DE FIHILLI.

— Vous avex raison, loi dis-je, mais ce réalisme toujours eu haleine me tourmente, m'oppresse; je le sens sur les frontières de mon idéal comme un yoisin grossier qui médite quelque usurpation. Vous l'aTouerai-je enfin? tant d« soins donnés k l'utile ma le font prendre en sourde hiûnc.

— El t'empêclie même de rendre justice k celle qui eu veut que venir k votre aide, interrompit mon père ; c'est une iniquité ordinaire dans la vie. Amoureux de ce qui plait, on dédaigne ce qui sert. Nous préférons le poète qui chunic les moissons au laboureur qoi les a semées. Les rangs ïont bits à chacun, dans notre reconnaissance, non d'après l'importance, mais d'après le charme du bienfait. L'homme uUle est une médecine noire qui sanve et qu'on repousse toujours. Tu t'irrites aujourd'hui des minutieux enseignements donnés k Marcelle, et, quand ils lui auront prontù, quand tu trouveras autour de toi l'ordre, le confort, l'abondance, tu en jouiras, comme de la cU'^ du jour, sans songer k qui lu les dois. Combien d'êtres consument ains leur vie pour nous préparer seulement une atmosphère plus respirable, et ne sont payés de leurs peines que par notre indifférence I — Ahl d'autres peuvent parler de l'injustice de la foute pour les rois de l'art et les favorisés de la gloire; moi, je vous garderai mes sympathies et ma pitié, humbles soldais de la nécessité, que tout le monde oublie et dont nul ne pourrait se passer I

Je comprenais les raisons de mon père , je les approuvais; mais la sensation était la plus forte. J'étais encore trop jeune pour avoir reconnu que la sunréme sagesse était

L^ MBMOEIÀL DE FAMILLE. 47

de sabordonner le rêve aa possible. L'expérience devait m'apprendre ce que le génie avait révélé à un grand penseur : c'est que c le monde réel ayant des bornes et le monde imaginaire étant infini, le seul moyen de trouver le reposétaitde rétrécir Tun puisqu'onne pouvait élargir l'autre. »

Cet apprentissage de l'existence pratique me dérobait d'ailleurs Marcelle , et , dans ces premiers enchantements de l'intimité domestique, je m'indignais de tout ce qui nous arrachait l'un à l'autre. Depuis notre mariage j'avais négligé mes vieux amis , j'oubliais mes protecteurs, je supportais impatiemment les obligations de famille. Toujours aspirant vers cette solitude à deux dont les joies me semblaient inépuisables» j'aurais voulu élever une muraille de la Chine entre le monde et notre foyer, vivre enfin prisonnier dans le cercle de nos pensées et de nos émotions, sans rieu entendre des bruits du dehors.

Par malheur, le travail de ma profession me retenait toute la semaine loin de Marcelle; le dimanche seul eût pu m'appartenir, sans les visites des connaissances ou des parents et les réclamations de la tante Roubert qui rappelait toujours quelque devoir oublié. Bien des fois nous avions songé à fuir, dès le matin , pour jouir de nous-mêmes un jour entier ; mais les pluies d'avril nous avaient toujours retenus au logis. Enfin, un dimanche, le soleil se leva dégagé de nuées. Les bouvreuils chantaient sur les touffes de lilas de la petite cour, et, quand j'ouvris la fenêtre, une brise chargée de la senteur amère qu'exhale la sève en travail sembla m'annoncer le printemps.

48 Ll HimH&L Bl ràMILLI.

— Vils, TÏtel criai-je «a ctarsM'à Matottte; loo chi^ l>(?^iii de paille, ton onbicUe, et putnfi l

— Pour quel p>p f

— Pour ccluii^lftmierkl LshoûosM déàreflt, tai primevères boub «ppfJkat, tes n^u At stMHe maaM attendent ! N'entcads-tu çbb eostme loatee le Twx de la campagne nous crieait : * Vem, iMez:! > Les nàtenn mus chercheront en vsînis^Hid'kiii ; la cage Rnointeite, les cafiti& envoies !

Marcelle, à qui «sfltte Jute ffauBtit ailaat ^'i ffiMotne, ballit des maJBS, et tuit lat bientôt prêt : qoelqaes liniti dans sa petite corbciUe mMe , an Ttlsme de notre «ileor chéri BOUS mon bm I Je regarde 'Cncote lecâd, qni est^e lacouleiirdesmyvEOtis;nnSMi]BI»eHas lanaiactHiiM deuï écoliers ea Tacanco, et tuws allau (tailir I

Tout Sl coup le bruil de lasMOiette retealit ; nous pon»* Eons nn cri ; la pente 'rient deB'onviir: c'est ntoa^iëpel

Nous ruËtonE uiDHbikB de déupfiointraBcat ; Marcelle ne court point l'enbrasscr, et j'oabUe de Im tendre b main. Du premier regacl il a tout ni et tout devin».

— Vous sortiez? demaiide-t-il douoenent

— Vous voiU, novE demeorons, dit MaroeUe ^i E'eSor- ^it de Eourire.

Mais il refuse : U éUùt monté «n passant pooi bk ismta^ '1er UD livre qu'il m'indique; je Im rappelle qu'B l'ad^taL

— Sans doute, a-l-il réptmdu gaiement , mais je Tondrais le relire. Ma jonraée est libre; je la passerai à étndier te (lOËte, âi sonder tous testepUsdeara inepiration.àrfaei-

Li Mine RI AL mi fkmxLiM. f»

fib»:leiMeiQÉ8 é&iOB cbanae. t foqi'td jt ne dns^on* lettléfde lUnMr, i» feu mMnitanaBt le otuMllre. *

II M pn 1b volume «I neiis « sMiarité une heoreuie prtwwméB Qelte Mi je Iwai «mé ta «niii4it liaioelie lai a tenda son front. Le voilà «partît

Kon M M«5 «riéloiiB plus me mimle; le danger «u* fuel noitf vencM 4'édiapper a redoublé notre enpraM^ ment. Nom traversens les nnspiesque en eenaat, et nm» leiieoB arrêtons ifa'apnèB cirair iraidn de ¥M soaaetle da coamiiB ée foetroi

Eifin ia campagne était devant mms, ^e était à nonst Contmittles da a^nde, obligaitions da ménsgeinous avion» ia«t laissé m >logisf Sdhaippés à œfiletdes devoirs vulgaires, 1MRSIS nous eÉfayions à tire d'aile dans la «oHtude.

Ce fat d'abord un «niifement siienciens. Nous cdu^îona les iborpés de chêaes<et 4e châtaigniers dont les booi^eons^ commençaient i entr'oavrir lears enveloppes roogissantes. Le briHl de nos pas s'était élehit «dans les gazons ; on fi*entendait qae cette Tumear de vie ^t brait dans la easarpagne à son réveil. Noos étioDS donc mattres de nos aoti(ms, de nos paroles, de nos pensées ! Plus de lémoins ni d'intermf^Kms. Nous poavkms om» raconter r«n à Tautre/cbaannexe ans sensalsens, tescommenler, tes poorsoivre.

La natare entière «st un immense foyer dont tons Its rayons aboutissent k Tàme humaine ; quel que soit eeliii qœ notre œil saisit, en le suivaiH on est inlailiariement ramené à soî-mème ; ce fw noas regardons au dehors noua eondait h regarder au dedans.

SO LE l^BMORIAL DE FAMILLE.

Ce fat d'abord un échange de confidences révélant nos plus intimes pensées. Nous cherchions ensemble rorigine de nos opinions et de nos sentiments ; nous confessions tout haut le roman que chacun de nous avait fait jusqu'à* lors pour lui seul et tout bas.

Nos rêves d'avenir étaient multiples et mobiles comme les mille impressions de notre ftme. Tantôt c'étaient des réussites inespérées , la fortune , le pouvoir ou le renom frappant à notre porte et entrant par aventure ; tantôt uni^ modeste destinée coulant dans quelque retraite inconnue» comme ces sources limpides qui sourdent sous la feuillée au fond des bois I — Puis au plan des joies à goûter succédait celui des devoirs à accomplir, et , dans la plénitude de notre bonheur, tout nous semblait facile : aucune tâche n'était au-dessus de nos forces, aucun joug ne nous effi" ayait ; nous nous faisions un code stoîque dont nous acclamions tous les articles avec le courage du bonheur.

Ces confessions réciproques ne s'achevèrent que pour être reprises ; il resta longtemps quelque chose à se dire, quelque coin de Tintelligence ou du cœur à dévoiler. Eufin, vers le milieu du jour, quand la fatigue de la marche corn mençaà se faire sentir, l'entretien se ralentit, puis s'arrêta.

Le premier, je remarquai le silence de Marcelle, et je le lui reprochai doucement ; mais elle s'efforça en vain d'en sortir, et moi-même je ne trouvais plus que des redites. Nous n'avions rien à nous apprendre désormais sur nous-mêmes ; le livre était connu jusqu'au dernier feuillet. Une sorte d'engourdissement avait succédé à l'exaltation tendre et

joyeuse des premières heures. Chaque tentative pour renouer l'entretien aboutissait presque aussitôt à une nouvelle pause ; souvent même, soit changement de disposition d'esprit, soit que la parole servit mal nos intentions, nous sentîmes que nous ne nous rencontrions plus aussi complètement. Des nuances différentes se laissaient apercevoir ; les notes harmoniques épuisées, on commençait à entendre les discordances I Insensiblement, la distraction et l'embarras se glissaient entre nos cœurs.

Nous quittâmes, sans y prendre garde, la clairière où nous nous étions assis, et nos pieds reprirent d'eux-mêmes le chemin de la ville.

Cette fuite vers la solitude, commencée dans Tenivrement, se terminait dans la langueur ; en revoyant la maisonnette d'octroi, j'éprouvai presque le même soulagement que lorsque, quelques heures auparavant, je l'avais vue disparaître.

Nous trouvâmes au logis mon père qui nous attendait. Il remarqua sans doute l'expression nouvelle de nos visages, mais sans rien dire.

— Eh I vous voilà pourtant 1 s'écria-t-il en nous tendant les bras ; Dieu soit loué 1 je commençais à m'ennuyer de ma solitude.

Je lui montrai le volume de poésie ouvert près lui.

— N'aviez -vous donc pas votre compagnon préféré? demandai-je.

— Sans doute, reprit-il en souriant ; mais je vais te surprendre, mon pauvre ami, k force de feuilleter le livre, de

1S LI MtMeRlAL DE FAIIILLE.

amàx 1m beanc eadroilB, »n' s'y hidirtne, on les sait par •etBDT. Qaehpie channante q«e nit mf iniSTidtolfté humaine, elle a ses bornes ; oa fÎBftf par en faire le toor, et aiots le cburme s'amoindrit : lés répéthionsse remarquent; on est cboquè des fantes de détail. Pbiir la première Ibis . j'ai irouré dans mon eberpone des vers mal (tùts t Et voyez le danger de l'aftws, même en lecture ; jnsqo'icîfavais tonjours quitté son Tohime-& regret, ce son" j'en sois arec 6Dnlagcmenl 1 Rappelez-vous bien ceci, enfants : llippédt du cœur et de llnlettigencedoit être ménagé comme ceFai de l'eslomac; en tout, restez' an peu sur votïe faim si vouFne voulez pas connaître le déboire de la satîété.

Que l'enseignement Rit intentionel ou donné par basard, il était si i&ectque Uareellie et moi noua échangeâmes un regard forlif, bien vite détourné par embarras dte nonsêtre ainï^i rencontrés et compris, mais ni elle ni moi D'oubIi&mes la leçon. Depuis nous nous sommes efforcés de nous réserver l'un à l'antre avec [rius de discrétion, et de ne dérober aux deiFoîrs m ans amitiés' là part de notre TÎe qai leur appartient. Les heures d'intimité, moins mnltipliées,en sont devennes plus donc». En nous revoyant, nons avons à échanger l'épargne de sensations et de pensées économisecs pendant k)ut le temps de notre séparation. L'instant où, libres de toat ce qni est dû an dehors, nons nous retrouvons ensemble et tête ^ tête, an lieu d'élre la continuation d'un état hahîtnel, est devenu l'incident heureux de notre vie domestique, et ccmme larécompeose de notre journée.

Page 1