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CHAPITRE XXI

De la Madeleine.

La bonté et la miséricorde du Sauveur ne se manifestent pas avec moins d'éclat dans la conversion de Madeleine : en effet , comment une pécheresse semblable eut-elle éprouvé une si grande ferveur, une sivive contrition, s'il ne l'eut éveillée, éclairée et prévenue de sa grâce? « De quoi faut-il plus nous étonner, mes frères? s'écrie saint Grégoire; est-ce de ce que Marie va à Jésus , ou bien de ce que Jésus reçoit Marie? De ce qu'il la reçoit, dis-je , ou de ce qu'il l'attire ? La vérité est qu'il l'attire et qu'il la

reçoit en même temps : il l'attire intérieurement par sa miséricorde , et il la reçoit extérieurement avec une douceur qui n'appartient qu'à lui seul. » ce Le Sauveur, » dit l'Évangéliste , « étant à « table dans la maison d'un Pharisien, Made- « leine vint, et se tenant par derrière à ses pieds, « elle commença à les arroser de ses larmes; et, « les essuyant avec ses cheveux , elle les baisait « et les oignait de parfums. » (Luc, vu, 36-38.) Quelle admirable invention ! Quelle satisfaction et quelle pénitence eût-on pu imaginer , qui convînt mieux à la vie criminelle qu'avait menée cette Femme? Qui ne serait ému jusqu'aux larmes, qui ne se sentirait pénétré de repentir, en voyant un tel repentir ? « Quand je pense à la douleur de Marie, dit saint Grégoire, je suis bien plus tenté de pleurer que de parler. » Quel est, en effet, le cœur assez dur pour n'être point touché des larmes de cette Pécheresse ? Dès l'instant qu'elle a compris le désordre de sa vie passée, elle ne garde plus de mesure ; elle entre dans la salle du festin, elle y entre sans être appelée ; et, lorsque tout le monde est dans la joie, elle verse des larmes. Jugez par là de quel amour son cœur est embrasé ! Elle aperçoit son âme toute couverte de souillures, et, sans s'inquiéter de ceux qui sont là présents, elle court se laver à la fontaine de miséricorde; car la confusion qu'elle éprouve ne lui permet pas de remarquer ce qui se passe autour d'elle : elle se prosterne

mx pieds du Sauveur, elle les arrose de ses larges, elle les essuie avec ses cheveux , elle les oint le parfums. Jusqu'ici elle avait fait usage de ces parfums pour satisfaire sa chair; mais, à partir de :et instant, elle emploie avec un zèle louable , à la gloire de Dieu, ce qui lui servait naguères pour multiplier ses infamies. Ses yeux, qu'elle avait laissés s'égarer sur toute espèce d'objets terrestres, û\e les punit en répandant une grande abondance tle larmes ; sa bouche , qui tant de fois avait tenu le langage de l'orgueil , elle la sanctifie en baisant humblement les pieds du Rédempteur, et elle essuie ces mêmes pieds avec ses cheveux qui faisaient jadis le plus bel ornement de son visage. Elle sacrifie, elle offre en holocauste tous ses plaisirs ; elle fait tourner au profit de la vertu tout ce qui avait contribué à fomenter ses vices , et, dans ses mains, les instruments du péché se changent en instruments de pénitence.

Admirez ce repentir et cette douleur, en même temps que la grâce et la miséricorde de Dieu, qui le premier les a excités. Quelle tête, en effet, quel cœur, quels yeux eussent été capables de fournir assez de larmes pour laver les pieds de Jésus- Christ? Qui eût jamais imaginé d'essuyer les pieds de Jésus-Christ avec ses cheveux, si le Seigneur lui-même ne l'eût éclairé de ses lumières et embrasé de son amour ? Certes , c'est bien là, à ne point s'y tromper, l'œuvre de sa bonté et de sa mi-

séricorde infinies. Tout cela n'empêcha pas le Pharisien orgueilleux de condamner Madeleine ; mais tandis qu'elle ne songeait pas à se défendre, le Sauveur lui accorda le pardon de ses péchés ; ce qui nous prouve combien les jugements de Dieu diffèrent de ceux des hommes , et combien c'est une excellente méthode, lorsqu'on nous accuse, de ne point répondre , en laissant à Dieu le soin de veiller à notre défense.

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