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CHAPITRE XXII

De la Femme adultère.

Dans l'histoire de la Femme adultère, nous admirerons comment les ennemis du Sauveur se prévalent de sa clémence et de sa miséricorde pour le perdre; ils connaissent si bien sa vie, sa doctrine, ses actions et ses paroles, qu'ils le croient incapable de prononcer une sentence de condamnation , et c'est sur ce point qu'ils se proposent de l'attaquer , comme autrefois les ennemis de Daniel, ne trouvant rien de répréhensible dans sa conduite, lui firent un crime de ses prières continuelles. Le Sauveur, qui est la bonté même, ne cesse de recommander cette vertu dans l'Évangile.

Juoi de plus touchant que ces paroles : « Ce que k vous avez fait aux plus petits d'entre mes frères, ;( c'est à moi que vous l'avez fait! » (Matth., xxv, iO.) Il avait dit autrefois par la bouche dïsaïe (xxvm, 12) : «C'est ici mon repos, soulagez vos « frères fatigués ; c'est ici le lieu de mes délices. » LTn jour que les Samaritains lui refusèrent l'entrée le leur ville, les disciples, indignés, lui dirent : « Seigneur, voulez-vous que nous disions que le « feu descende du ciel et les consume ? » Mais il leur répondit avec sa douceur accoutumée : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ; le « Fils de l'homme n'est pas venu perdre les âmes, « mais les sauver. » (Luc, ix, 54-56.) Le prophète [saïe avait vu tout cela en esprit, longtemps auparavant; car, comme signes distinctifs du Messie, il dit a qu'il ne criera pas , qu'il ne fera acception « de personne : sa voix ne sera pas entendue au « dehors. Il ne foulera pas aux pieds le roseau « brisé , il n'éteindra pas la mèche qui fume ente core. » (xlii, 2, 3.) Ce qui s'est vérifié à la lettre, lorsque, s'adressant à la femme adultère : « Fem- « me, )> lui dit-il , « où sont ceux qui vous accu- « saient? Personne ne vous a condamnée? Elle « répondit : Personne, Seigneur. Et Jésus lui dit : « Ni moi, je ne vous condamnerai pas : allez, et « ne péchez plus. » (Jean. , vin, 10, 11.) Car n'estce pas là exactement ce que voulait marquer le Prophète? N'est-ce pas par allusion à l'immense

miséricorde dont le Sauveur devait faire preuve lors de sa première venue , qu'il emploie ces expressions : « Une foulera pas aux pieds, le roseau brisé, « il n'éteindra pas la mèche qui fume encore? » Tels doivent être vos sentiments , vos œuvres , vos paroles, si vous voulez ressembler à Notre-Seigneur. En effet , non content de nous exhorter à être miséricordieux , l'Apôtre exige que « nous nous re- « vêtions d'entrailles de miséricorde. » (Coloss., m, 12.) Or, je vous le demande, quelle ne serait pas la beauté du monde, si tous les hommes étaient revêtus de cette manière î

Le but que nous nous sommes proposé en insistant plus particulièrement sur certaines actions du Sauveur, a été de laisser apercevoir quelque chose du vaste océan de la bonté et de la miséricorde divines. Cela nous a paru d'autant plus nécessaire, qu'ici-bas , ainsi que plusieurs fois nous avons eu l'occasion de le dire , Dieu ne peut être connu que par ses œuvres , et comme on connaît les causes par leurs effets ; mais de ce que Dieu est bon et miséricordieux, il ne faut pas qu'à l'exemple des méchants, nous nous croyions en droit de persévérer dans le mal , en abusant de sa miséricorde , et en faisant de sa bonté l'instrument de notre malice. Kmettre une telle opinion serait un blasphème; il faut, au contraire, et c'est justice, que nous l'aimions, comme nous l'avons déjà dit, à cause de sa bonté, et que nous espérions en lui à cause de sa

miséricorde. Malheureusement, un très -grand nombre de personnes , et de personnes qui ne manquent pas de vertu , sont dans Terreur sur ce point ; car, à la moindre épreuve , on les voit perdre courage et défaillir comme si elles n'avaient jamais rien lu ou entendu lire , au sujet de cette bonté et de cette miséricorde ; comme si les Psaumes et toute la sainte Écriture ne cessaient pas de nous exhorter à nous confier en Dieu dans la tribulation, et à le prier avec la certitude que tôt ou tard nous serons exaucés.

Ayons donc toujours présente à notre esprit la miséricorde de Dieu , mais de façon à ne pas oublier sa justice , et habituons-nous à contempler sa j ustice , sans toutefois perdre de vue sa miséricorde ; que notre confiance soit toujours accompagnée de crainte, et que notre crainte ne soit jamais dépourvue de confiance. « Ce sont là, dit saint Bernard , les deux pieds de Dieu ; il faut que nous les baisions , que nous les adorions en même temps, et non pas l'un indépendamment de l'autre , parce que la confiance sans la crainte dégénère en présomption , et la crainte sans confiance en désespoir. » Le Prophète le savait bien , et voilà pourquoi il s'écriait : « Je chanterai , Sei- « gneur, devant vous, la miséricorde et la justice. » (Ps. c, 1.) Non pas la miséricorde toute seule, non pas la justice toute seule, mais «. la miséri- « corde et la justice, » montrant par là qu'il faut

se tenir également éloigné d'une confiance téméraire et d'une crainte qui ne laisserait aucun espoir dans l'âme.

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