‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 154 sur 170 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des principaux obstacles à l'amour divin.

De l'amour propre.

Jusqu'ici nous avons parlé des moyens qui aident à acquérir la charité parfaite : mais ce n'est pas assez d'employer ces moyens, il y a encore des obstacles à détruire, et le premier, le principal, celui duquel tous les autres procèdent , consiste dans l'amour-propre, c'est-à-dire dans l'amour sensuel et désordonné que nous avons pour notre corps. La mortification de l'amour-propre est absolument nécessaire, et nos progrès dans l'amour de Dieu seront d'autant plus rapides que nous aurons remporté plus de victoires sur cette passion. C'est ce que nous avons vu au commencement de ce livre, où nous avons établi que la charité ne devient parfaite qu'autant qu'elle s'est assujetti la concupiscence, laquelle n'est autre chose que l'amour- propre, ou, comme l'appelle saint Augustin, « le poison de la charité. » Il suit d<' là que si nous voulons nous avancer dans l'amour de Dieu, nous n'avons rien de mieux à faire que de

déclarer à l'amour-propre une guerre à outrance. Les raisons qui nous y obligent ne manquent pas, et, comme il s'agit ici d'une chose très-importante, nous nous appliquerons à les bien saisir. « Celui qui aime véritablement, a dit un Philosophe, ne peut aimer parfaitement qu'un seul objet» : aimer deux objets à la fois, c'est plus que ne comporte la capacité si restreinte du cœur humain, et il est aussi impossible à celui-ci de renfermer deux affections, surtout lorsqu'elles sont contraires, qu'il est impossible à une terre de faire germer en même temps deux différentes semences. Eh bien ! je vous le demande, qu'y a-t-il de plus opposé l'un à l'autre que l'amour-propre et l'amour de Dieu? L'amour-propre veut tout pour soi , rapporte tout à soi, et se regarde comme la fin dernière de tout ce qui existe : l'amour de Dieu, au contraire, rapporte tout à Dieu, et ne fait pas difficulté de se renoncer et de se crucifier pour lui. Or, avec un but si différent, et, par conséquent, avec des tendances et des œuvres si différentes , comment ces deux amours pourraient-ils se rencontrer dans le même cœur? Comment accorder l'amour de Dieu et l'amour du monde, l'amour de la terre et l'amour du ciel , l'amour de la chair et l'amour de l'esprit? Comment faire aller de pair la vérité et la vanité, le temps et l'éternité, la grandeur et la bassesse, la douceur et l'amertume , la tranquillité et l'agitation, l'esprit et la chair? Ah! saint

Jean Climaque avait bien raison de dire « qu'il y a autant d'absurdité à vouloir confondre dans une même affection les choses d'en haut et les choses d'en bas, qu'à vouloir fixer d'un même regard le ciel et la terre. »

Quelques philosophes anciens ayant eu connaissance de cette vérité, l'expliquaient comme il suit : Ils divisaient le monde en deux parties , et , supposant dans l'une les choses éternelles et dans l'autre les cboses temporelles, ils plaçaient l'homme au milieu, à l'horizon de l'éternité et du temps : en quoi ils raisonnaient fortjuste; car, si par son corps corruptible l'homme tient du temps, il est certain que , par son âme immortelle, il tient aussi de l'éternité. Cette supposition faite, ils disaient que comme celui qui de l'horizon considère un hémisphère ne peut voir ce qui se passe dans l'hémisphère opposé ; ainsi celui qui considère l'éternité ne peut voir ce qui se passe dans le temps. Voilà pourquoi, ajouterons-nous, les personnes qui ont de la piété sont si occupées de Dieu et si oublieuses du monde, tandis que celles qui n'en ont pas sont si portées vers le monde et si oublieuses de

Dieu.

«Lorsque notre àme, ainsi placée entre deux extrêmes, entre l'éternité et le temps, entre les créatores et le Créateur, se tourne vers le Créateur, dit saint Augustin , elle en est aussitôt tout éclairée et fortifiée; mais si par malheur elle vient

à se tourner vers les créatures, non-seulement elle perd l'éclat et la beauté, qui la distinguaient auparavant, mais elle contracte toute espèce de défauts. » Le même Saint disait que 1 âme est comme un objet placé entre deux parfums différents , et qui prend 1 odeur de celui dont il est le plus rapproché, c'est à-dire que l'àme ressemble à Dieu ou à la créature en proportion des rapports qu'elle a avec l'un ou avec l'autre : vérité que confirme ces paroles de l'Apôtre : « Olui qui « s'unit à une prostituée devient un même corps « avec elle; mais celui qui s'unit au Seigneur est « un seul esprit avec lui. » (I Cor., vi, 16, 17.)

Mais ce n'est pas seulement la diversité de fin et la diversité de moyens qui font que l'amourpropre est opposé à l'amour de Dieu ; outre qu'on peut le considérer comme la cause générale de tous les péchés, et le plus grand empêchement qui existe pour la vertu (deux obstacles s'il en fût à l'amour de Dieu), il est encore opposé à celui-ci, en ce sens qu'il ne s occupe que des intérêts et des appétits du corps. Or qu'arrive-t-il, c'est que, comme les poissons, les oiseaux et les autres animaux de la terre passent leur temps à chercher ce qui est nécessaire à leur subsistance, incapables qu'ils sont de s'élever plus haut, ainsi les esclaves de l'amour-propre, oubliant qu'il existe une autre \i»', n'apprécient que celle-ci, et ne s'occupent que des intérêts de celle-ci, au point que lorsqu'il

s'agit de lire, de prier, de méditer, de se confesser, de communier, de pratiquer, en un mot, les différents exercices que la charité demande, ils n'en ont ni le temps ni le loisir.

L'amour-propre est encore opposé à l'amour de Dieu précisément à cause du trouble et des soucis que causent les affaires où il se laisse entraîner. Les affaires , et je dirai même les plaisirs de ce monde, ne sont jamais exempts de quelque inquiétude; or, il n'en faut pas davantage pour que l'âme, agitée, tourmentée intérieurement, perde la paix du cœur, qui est le lit immaculé et semé de fleurs où repose le véritable Salomon. C'est ainsi que les mauvaises plantes étouffent les bonnes, et les empêchent de croître , comme cela ressort de la parabole du Semeur, où il est dit que la semence qui tomba parmi les épines, ayant crû en même temps, fut étouffée par elles, c'est-à-dire, selon l'explication du Sauveur lui-même, par les soucis et les sollicitudes que l'amour-propre attire après soi. (Luc, vm.)

Ce n'est pas tout, ceux qui s'aiment eux-mêmes ou Ire mesure sont aussi grands partisans des récréations et des plaisirs, et s'ils n'approuvent pas de vive voix Épicure, qui faisait consister le bonheur dans la volupté, ils l'approuvent du moins par leurs œuvres, qui tendent au même Lut. Voilà pourquoi on les voit sans cesse occupés à se procurer quelque satisfaction Douvelle : ce son! tantôt

t. ir. — 16

des concerts, tantôt des parties de chasse; tantôt des spectacles, des festins, des conversations amusantes, et je ne sais quoi encore. La solitude leur fait peur; ils ne savent ce que c'est que de se recueillir; ils sont, selon l'expression de saint Paul, ce amis de leur ventre et ennemis de la a croix de Jésus - Christ » (Philip., m, 18, 19); enfin rien ne leur pèse comme le silence la lecture, et surtout l'oraison. Eh bien! je vous le demande , avec de telles dispositions comment peuvent -ils se livrer aux exercices de l'amour de Dieu , de cette vertu qui n'est pas le partage des âmes lâches et efféminées, mais bien des cœurs grands et généreux? La Femme forte, dont Saloraon fait un si bel éloge dans ses Proverbes, « met- « tait la main aux grandes choses : elle ceignait a ses reins de force, et affermissait son bras » (Prov., xxxi, 19, 17); mais ceux-ci, par contre, vont jusqu'à refuser de se revêtir de leurs armes, d'embrasser le bouclier et de marcher au-devant de l'ennemi. Il n'y a rien au monde qui soit plus opposé l'un à l'autre que l'amour du plaisir et l'amour du travail ; or, puisque ce n'est qu'à force de travail que l'on acquiert l'amour de Dieu, comment parviendront-ils jamais à l'acquérir en passant leur vie au milieu des délices ?

Le serviteur de Dieu, pénétré de la vérité de celte philosophie, fait aussitôt ses dispositions : il prend hardiment les armes contre lui-même, et ne craint

pas de se ranger sous letendard royal de Celui qui a dit : « Si quelqu'un veut venir après moi, « qu'il renonce à lui-même, qu'il porte sa croix « et me suive.» (Matth., xvi, 24.) Porter sa croix, c'est, comme dit saint Paul, «crucifier sa chair « avec ses vices et ses convoitises »( Galat., v, 24), et renoncer à soi-même; c'est résister à toutes ses affections, à toutes ses inclinations, à toutes ses volontés, chaque fois qu'elles sont contraires à la volonté de Dieu; c'est, en un mot, n'avoir point d'autre loi que la loi de Dieu.

De la mortification de la volonté propre.

Le second obstacle à la charité , celui que l'on peut appeler l'obstacle principal, consiste dans la volonté propre, ou la volonté sensuelle, qui est, comme dit saint Bernard , la source de tous les péchés, ces ennemis éternels de l'amour de Dieu. Or, si nous voulons que la volonté de Dieu s'accomplisse , il faut nécessairement que nous renoncions à cette volonté dont les mouvements sont en contradiction avec la sienne. Yoilà pourquoi celui qui aime Dieu tient à devenir un vrai Nazaréen, c'est-à-dire un homme entièrement dévoué au service de Dieu, non pas pendant quelques jours, pendant un certain nombre d'années, mais pour tout le temps de sa vie; de telle sorte que, ne vivant plus

pour lui-même, il ne vive plus que pour Dieu, et ne s'occupant plus de lui-même, il ne s'occupe plus que de Dieu. C'est là la mort spirituelle que nous recommande l'Apôtre, lorsqu'il nous exhorte à mourir au monde, à vivre pour Dieu seul, et dont nous retrouvons une figure dans les sacrifices de l'ancienne Loi appelés holocaustes , parce qu'on y brûlait la victime tout entière en l'honneur de Dieu. C'est là le but que se proposent ceux qui ont consacré à Dieu leur corps, leur âme, leur volonté propre , qui , en un mot , se sont offerts à leur Créateur sans stipuler la moindre réserve. Leur unique désir est non-seulement d'être employés à son service, mais de n'être jamais plus employés à autre chose, comme ces vases ou ces linges sacrés dont il est défendu de faire usage ailleurs qu'à l'autel. Leur unique ambition est de n'être plus à eux ni à personne , mais à Dieu seul ; de ne plus se chercher, de ne plus se mettre en avant, mais de chercher Dieu seul; de ne plus tenir compte ni de leur volonté, ni de leurs penchants, ni de leur satisfaction, ni du dire du monde, niais simplement du bon plaisir et de la volonté de Dieu : persuadés qu'après avoir renoncé à tout pour se consacrer à lui, ils se rendraient coupables d'une sorte de larcin spirituel en s'appliquanl à quoi que ce soit qui lui fût étranger.

un dous reprochera peut-être d'être trop exigeant, • •! d'exposer uni' philosophie qui n'es! pa:,

à la portée de tout le inonde; mais <jue loti veuille se souvenir que nous touchons au ternie du voyage, qu'il s'agit de la perfection de la vie chrétienne et que, certes, la perfection peut hien aller jusque-là; on aurait d'ailleurs d'autant plus tort de se plaindre, que nous nous contentons de montrer le chemin, sans contraindre personne à s'y engager.

Du soin avec lequel on doit éviter toute espèce de péchés.

L'amour- propre et la volonté propre ne sont pas mauvais en eux-mêmes, et si nous les avons condamnés, ce n'a été qu'entant qu'ils sont la source et la racine de tous les péchés, qui ^proprement parler, méritent seuls notre haine. Que celui qui veut acquérir l'amour de Dieu, n'oublie donc jamais ces paroles : « Vous qui aimez le « Seigneur, haïssez le péché» (Ps. xcvi, 10), parce qu'il n'y a rien de plus contraire à la charité que le péché. Si le péché est mortel, il l'éteint tout à fait; s'il est véniel, il en diminue la flamme, et la dispose peu à peu à s'éteindre. Le péché mortel est comme la mort, et le péché véniel comme la maladie qui conduit à la mort. Le péché mortel est comme celui qui mettrait le feu à un arbre ; le péché véniel , comme celui qui en dé-

tournerait Teau , de façon aie rendre sec, aride, et à peu près incapable de porter des fruits.

Que celui qui veut acquérir l'amour de Dieu se persuade bien que cela équivaut à vouloir faire de son âme la maison et le trône de Dieu, mais que « la sainteté, » comme dit le Prophète, « convient « à la maison du Seigneur » (Ps. xcn, 5), « et que a la justice et le jugement sont le fonde- « ment de son trône. » (Ps. lxxxviii, 15.) Or, qu'est-ce que la sainteté , sinon la pureté de conscience; et qu'est-ce que le jugement et la justice, sinon le soin que l'on met à examiner sa conduite et à veiller sur son âme, pour l'empêcher de contrevenir en rien aux lois de la justice? Tels doivent être, mon frère, le trône et la maison de Dieu ; car, dit saint Augustin, « à un Seigneur si pur, il faut une demeure éclatante de pureté , » et c'est pourquoi nous ne saurions trop apporter d'attention pour en faire disparaître jusqu'aux moindres taches qui la déparent. A ce sujet, nous lisons dans la vie d'une Sainte , qu'elle répétait fréquemment cette parole : « pureté, pureté, » ayant toujours présent à l'esprit ce passage du sermon sur la montagne : « Bienheureux ceux qui ont le cœur « pur, parce qu'ils verront Dieu. » (Matth., v, 8.) Si nous voulons nous conserver purs, il faut que nous exercions une vigilance continuelle sur nous-mêmes, afin de ne pas poser les pieds de notre âme là où ils courraient le risque de se salir :

je dis une vigilance continuelle , et non pas une vigilance de quelques instants, parce que je sais , par expérience, que plusieurs, après avoir fait preuve de retenue pendant un certain nombre de jours, se relâchent et retombent dans leur première apathie. Que Ton ne s'y trompe pas, il s'agit ici d'une affaire sérieuse et difficile, qui demande beaucoup d'étude et de résolution.

Aussi n'est-ce point assez d'avoir l'œil ouvert sur vous, de vous tenir sur vos gardes, et de vous avancer avec une sainte fraveur et une sainte inquiétude, comme vous feriez en pays ennemi ; il devient, au contraire, indispensable que vous veilliez d'une manière toute particulière sur votre cœur et sur votre langue, c'est-à-dire sur vos pensées et sur vos paroles, parce que ce sont là les sources de tous les péchés, et que quiconque saura se garantir de ce côté, n'aura aucune peine à se conserver pur. « Veille attentivement sur ton cœur, » dit Salomon , « parce que c'est de là que procède « la vie » (Prov. iv, 23.) — « Celui qui garde sa « bouche et sa langue, » dit-il encore, « préserve « son âme des angoisses. » (Prov., xxi, 23.)

§ iv.

Récapitulation de ce qni précède.

Après ce que nous avons dit, il devient évident que les deux choses qui contribuent le plus

à nous unir à Dieu, sont l'oraison et la mortification, la mortification en ôtant de nous tout ce qui lui est opposé, et l'oraison en nous rapprochant de lui et en nous rendant semblables à lui; car comme le moyen le plus simple de transformer le fer en feu est de le jeter dans le feu, le moyen le plus simple de nous transformer en Dieu par la participation à son esprit, est de tenir notre cœur constamment uni au sien. Admirable dignité à laquelle ces deux vertus élèvent notre àme, et qui fait que dans le Cantique des cantiques les anges se demandent , à son occasion , « Quelle est celle qui s'élève du désert, comme « une colonne de vapeur exhalant la myrrhe, « l'encens et tous les parfums?... » (Cant., m, 6.) Or, par « tous les parfums », il faut entendre toutes les vertus qui sont nécessaires pour obtenir une si grande faveur, et par « l'encens et la myrrhe » la mortification et l'oraison, qui, comme nous l'avons dit, nous unissent à Dieu, la première en ôtant de nous tout ce qui lui est opposé, et la seconde en nous rapprochant de lui et en nous faisant un même esprit avec lui. EtForçons-nous donc d'acquérir ces deux vertus, travaillons et prions; car la prière sans le travail est inutile, et le travail sans la prière ne peut durer longtemps.

Ici je crois pouvoir résumer en peu de mots tout ce que j'ai dit de la perfection de la charité, en la comparant à un arbre qui est parvenu à son

dernier degré de croissance. La racine, c'est l'a vant-goùt et la connaissance expérimentale de la beauté et de la douceur ineffables, tant de l'amour de Dieu que de Dieu lui-même , car sans cette lumière il n'y a rien de possible. Le tronc qui sort de cette racine , c'est le désir ardent que l'on a de posséder un si grand bien , et le soin que l'on met à se le procurer. Les branches sont toutes les vertus et tous les exercices qui naissent de ce désir. Enfin, le fruit, c'est la perfection de la charité, et l'union avec Dieu qui est la fin principale à laquelle on doit tendre. Toute cette marche nous est clairement tracée dans le livre de la Sagesse , en admettant toutefois que la sagesse et la charité puissent se prendre l'une pour l'autre, et non certes sans quelque raison, puisque la charité, qui est un acte de la volonté, suppose un acte de l'intelligence, et que la sagesse, qui est un acte de l'intelligence, ne va guère sans le concours de la charité.

Dans le sixième et le septième chapitre de son livre, le Sage commence par faire l'éloge de la sagesse, afin de nous apprendre à la connaître el d'exciter en nous un vif désir de la posséder. Il nous dit lui-même avec quelle ardeur il l'a désirée. «Je l'ai aimée, » dit-il, «je l'ai recherchée <( dès ma jeunesse, et j'ai demandé à l'avoir pour « épouse, et j'ai été épris de sa beauté. » (Sag., vm, 2.) « Je l'ai aimée, « dit-il encore, « par-d*Will

« la santé et la beauté : je me suis résolu à la « prendre pour mon guide et ma lumière.» (Sag.f vu, 10.) Quoi de plus expressif que ce langage! mais il ne s'en tient point là : désirant d'entrer en possession d'un si riche trésor, il se met à le chercher et à user de tous les moyens pour le découvrir : « J'allais partout, » dit- il, « la cherchant, « afin de la posséder.» (Ibid.,vm, 18.) Remarquez ces mots, a j'allais partout », qui indiquent tout à la fois sa sollicitude, sa diligence, et les divers moyens auxquels il avait recours. De même, semble-t-il dire, que ceux qui assiègent une forteresse en font plusieurs fois le tour, afin de voir par quel côté ils pourront y pénétrer ; ainsi l'âme qui veut arriver à l'amour de Dieu va et vient, et use de toutes sortes de diligences pour savoir quel sera le moyen qui lui réussira le mieux.

Et comme parmi tous les moyens l'un des plus efficaces est la prière, qui, étant un don du Seigneur, ne nous dispose que mieux à traiter avec lui, il n'a rien de plus pressé que de se livrer à ce saint exercice. « Dieu de mes pères,» s'écrie-t-il, « donnez-moi votre sagesse qui est debout devant « votre trône » ( Ibid., ix, 1 , 4), parce que sans elle le plus parfait d'entre les enfants des hommes ne mérite aucune considération. Parlant ensuite du désir et de la prière tout ensemble, il ajoute : « J'ai désiré, et le sentiment m'a été donné; j'ai « prié, et l'esprit de Sagesse est venu en moi. »

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