‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 156 sur 170 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Avis nécessaires à ceux qui ont le désir d'acquérir l'amour divin.

Des bas sentiments que l'on doit avoir de soi-même.

En outre de ce qui a été dit , nous croyons devoir ajouter ici quelques conseils à l'usage de ceux qui veulent entrer dans la voie que nous venons de tracer. Le premier, c'est que, lorsque, à l'exemple du marchand de l'Évangile , on se sera mis à la recherche de la perle précieuse de l'amour divin, avec la résolution de l'achètera n'importe quel prix, on se persuade bien que sans l'assistance de la grâce et de la miséricorde divines, il n'y a ni industrie, ni trésors, ni richesses qui y puissent suffire. « Si Dieu, » dit le Prophète , a ne

« bâtit lui-même une maison , les ouvriers auront « travaillé en vain. Si Dieu ne défend une cité, c( inutilement veillent ses gardiens.» (Ps. cxxvi, 1 , 2.) Mais si cela est vrai des biens que l'on nomme de la fortune, que sera-ce si nous parlons des biens de la grâce, dont Dieu s'est exclusivement réservé la distribution? C'est lui qui en est le Maître absolu et qui en dispose comme il lui plaît; c'est lui qui cache la lumière dans ses mains et qui lui ordonne de reparaître; c'est lui qui nous donne son amour, et par conséquent c'est de lui seul que nous pouvons l'espérer. De même que la clarté de la lune dépend tellement du soleil, que lorsque le soleil vient à lui manquer, elle se change en ténèbres ; ainsi la beauté de notre âme dépend tellement de Dieu , que si Dieu cesse un instant de la regarder, elle s'évanouit comme une ombre. Je n'en veux d'autres preuves que David et son tils Salomon: à peine le Soleil de justice s'est-il dérobé à leurs yeux, que le premier enlève la femme d'Urie, et que le second s'abaisse jusqu'à adorer des idoles.

Pénétrons -nous bien de cette vérité qui est si souvent répétée dans les saintes Écritures * à savoir que nous sommes entre les mains de Dieu comme l'argile est entre les mains du potier. Humilions-nous donc profondément sous sa main toute-puissante, atin quau jour de sa visite il daigne nous relever. Prosternons-nous à ses pieds,

reconnaissons notre misère, souvenons nous que nous avons été conçus dans le péché , que nous sommes incapables de tout bien, que nous sommes les enfants d'un père et d'une mère réduits au plus complet dénûment, et qu'il n'appartient qu'au Seigneur de nous revêtir et de nous enrichir. Cette humble connaissance de nous-mêmes est le principe et le fondement de l'humilité , qui est ellemême le principe et le fondement de toutes les vertus, et en particulier de la charité. Les eaux des montagnes descendent naturellement dans les vallées, et les grâces divines dans les cœurs humbles, «parce que,» selon l'expression de l'Apôtre, « Dieu résiste aux superbes, et que c'est aux « humbles qu'il donne la grâce. » ( I Rom., v, 5.) Méfions-nous de nous-mêmes, tournons tout notre esprit et toutes nos pensées vers Dieu , et mettons en lui toutes nos espérances. Appuyonsnous sur lui, coûtions-nous en lui, ayons recours à lui, reposons-nous en lui, accourons sans cesse auprès de lui, glorifions-nous en lui, et sur lui , comme sur une pierre angulaire, élevons tout notre édifice spirituel. « Qui d'entre vous, » dit le Prophète, « craint le Seigneur et entend la voix de « sou serviteur? Vous qui, privés de la lumière, «c avez marché dans les ténèbres, qui que vous « soyez, si vous désirez eu sortir, espérez au « nom du Seigneur, appuyez -vous sur votre « Dieu.» (1s., l, 10.) Voilà la colonne qui non.

servira de soutien bien mieux que le bâton fragile de Pharaon , c'est - à - dire que la force de la

chair et du sang.

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