CHAPITRE XI
Des péchés capitaux.
De l'orgueil.
L'orgueil , qui consiste dans l'estime exagérée de sa propre excellence, engendre une foule d'autres péchés, tels que la vaine gloire, l'ambition, la présomption, l'ostentation et l'hypocrisie.
En conséquence, en s' examinant sur la vaine gloire, on se demandera :
Si l'on ne s'est pas prévalu d'une action mauvaise, comme de s'être vengé, d'avoir donné des coups à quelqu'un, de l'avoir diffamé.
Si l'on ne s'est pas glorifié d'une chose vaine, comme de la beauté de son visage, de la bonne grâce de son corps, de la richesse de ses vêtements, du nombre de ses serviteurs, de l'étendue de ses terres, de la noblesse de sa famille , et autres avantages semblables qui , après tout , n'ont pas grande importance.
Si l'on ne s'est pas prévalu d'une chose bonne et cligne de louanges, comme de sa vertu, de sa sagesse , de sa prudence , oubliant d'en rapporter à Dieu toute la gloire.
Si l'on n'a pas recherché avec trop d'empressement les flatteries et les louanges des hommes, s'attribuant à soi-même ce qui n'appartient qu'à Dieu.
Pour ce qui est de l'ambition , on se demandera si l'on est ambitieux, si l'on a couru après les honneurs et les dignités en sacrifiant son devoir.
Si Ton redoute les affronts et les ignominies, ou simplementle mauvais vouloir des autres, au point d'agir contre sa conscience afin de s'y soustraire.
Si, par crainte du qu'en dira-t-on, l'on s'abstient de bien faire, comme de communier, d'entendre la messe, de fréquenter les personnes pieuses, etc.
Pour ce qui regarde la présomption, on se demandera si l'on n'a pas conçu une idée exagérée de soi-même ; si Ton ne s'estime pas plus vertueux, plus savant , plus sage et plus noble qu'on ne l'est en réalité.
Si Ton ne présume pas tellement de soi-même, que l'on se croie dispensé de toute reconnaissance envers Dieu.
Si l'on n'a pas trop de confiance en son propre jugement, en son propre savoir, en sa propre vertu.
Si , à cause de cette confiance, Tonne s'imagine pas être en droit de repousser les avis , les conseils et les réprimandes des autres.
Si Ton n'a pas pris la défense de ses fautes les plus manifestes, cherchant, comme dit le Prophète, « des excuses à ses péchés. » (Ps. cxl, 4.)
Si, pour ne pas s'avouer vaincu, Ton a continué de disputer en dépit de la vérité et de la raison.
Si Ton a peu fait cas de son prochain ; si on lui a adressé des paroles de mépris.
Si l'on a ri, si l'on s'est moqué de son ignorance ou de ses faiblesses.
Pour ce qui concerne l'hypocrisie, on examinera si, en vue de jouir de l'estime des hommes, l'on n'a pas cherché à donner le change et à paraître plus saint que l'on n'était en effet.
Enfin, pour ce qui concerne l'ostentation, on examinera si par vanité on a parlé de soi avec avantage ; si l'on a fait Y éloge de sa personne , de ses actions , de sa fortune , etc.
Si l'on s'est vanté d'avoir commis quelque péché, comme d'avoir déshonoré une femme, d'avoir injurié ou maltraité quelqu'un.
Si , pour paraître vaillant , pour s'élever dans l'opinion des autres, l'on s'est vanté d'une action que l'on n'avait point faite , surtout dans le cas où cette action serait criminelle.
De l'avarice.
Le pénitent dira si sans raison légitime il est avare, parcimonieux, avide d'entasser des trésors.
S'il est, au contraire , dissipateur et prodigue.
Si, par suite de ses dépenses excessives, il s'est mis dans le cas de ne plus pouvoir fournir à l'entretien de sa maison , de retenir le salaire de ses serviteurs, et de forcer ses filles à entrer en religion.
S il aime l'argent, au point d'oublier Dieu et son âme afin de satisfaire sa cupidité.
Si pour entrer en possession d'un héritage , ou pour tout autre motif d'intérêt, il a souhaité la mort à quelqu'un.
De l'impureté.
Voyez ce qui a été marqué au paragraphe septième du chapitre précédent.
§ IV
De la colère.
Le pénitent examinera s'il ne s'est pas irrité contre lui-même au point de se souhaiter la mort.
Si dans un accès de colère il n'a point attenté à ses jours.
S'il ne s'est pas donné au démon, en se maudissant ou en se faisant de dangereuses blessures.
Si , sans motif légitime , il ne s'est pas laissé aller contre son prochain à des mouvements d'indignation et de colère.
S'il n'a pas usé à son égard de paroles outrageantes.
Si, dans sa colère, et n'ayant sur lui aucune espèce d'autorité, il ne l'a pas traité de voleur, d'ivrogne, d'imbécile, etc.; car c'est là un péché grave.
Si pour le diffamer il ne lui a pas reproché les fautes dans lesquelles il était tombé précédemment.
Si en son absence il n'a pas proféré contre lui les mêmes injures, et révélé les mêmes fautes.
S'il n'a pas maudit et donné au démon les créatures de Dieu. S'il n'a pas appelé sur leur tête ou sur la tête de ses serviteurs les vengeances du ciel; car dans l'un et l'autre cas, bien qu'à des degrés différents, il y a toujours matière à péché mortel.
S'il n'est pas têtu , colère , querelleur, emporté dans ses paroles, incapable de supporter la moindre contradiction.
Si de la colère il n'en est pas venu aux coups.
De la gourmandise.
Le pénitent examinera s'il a observé les jeûnes de l'Église.
Si sans raison aucune il a mangé de la viande les jours défendus.
Si faute de s'observer sur la qualité et la quantité des aliments il a mis sa santé en danger.
S'il mange et s'il boit fréquemment avec trop d'avidité et trop d'appétit.
Si pour se procurer des mets rares et somptueux il se livre à de folles dépenses.
§ vi.
De l'envie.
Si volontairement il s'afflige du bien et de la félicité des autres; s'il supporte avec peine de les voir au-dessus de lui; si, à la cour, par exemple, il s'indigne de ce qu'un autre a plus de part aux faveurs du souverain , de ce qu'il occupe un rang plus élevé, de ce que ses affaires sont en meilleure voie, etc.
S'il se réjouit du mal de son prochain , et des disgrâces qui lui arrivent.
S'il en parle mal , afin d'établir sa réputation sur les ruines de la sienne.
S'il lui est arrivé de découvrir quelqu'une de ses fautes, afin de le perdre dans l'esprit des autres.
Si, pour le même motif, il a éprouvé du chagrin de ce que l'on parlait à sa louange.
§ Vil.
De la paresse.
Si par paresse il a omis de faire une bonne œuvre , comme d'entendre la messe , de prier, surtout lorsqu'il y était obligé.
S'il fait l'œuvre de Dieu froidement , avec tiédeur et négligence.
S'il est inconstant dans ses bonnes résolutions , et si pour le moindre motif il laisse là ses exercices de piété.
S'il diffère de jour en jour de se donner entièrement à Dieu.
S'il dort plus longtemps qu'il ne faut.
S'il perd le temps en pensées vaines , en paroles oiseuses ou en actions inutiles.
S'il s'attriste outre mesure des maux et des calamités que Dieu lui envoie.
Si par contre il se laisse enfler parla prospérité, Ja faveur, le succès , oubliant que Dieu est le souverain dispensateur de toutes choses.