‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 23 sur 170 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Avis généraux pour distinguer le péché mortel du péché véniel.

Dans la longue énumération de péchés que nous venons de faire , il aurait été expédient d'indiquer quels sont les péchés mortels et quels sont les péchés véniels , attendu que si nous sommes obligés de confesser les premiers, il dépend absolument

de nous de confesser ou de ne pas confesser les seconds ; mais comme cela nous eût entraîné dans de trop longs détails , nous allons donner maintenant quelques avis généraux, nous en remettant pour le reste à la sagesse du confesseur.

Deux règles nous aideront à établir la différence qui existe entre le péché mortel et le péché véniel. La première, c'est que tout ce qui est directement opposé à la charité , c'est-à-dire à Famour de Dieu et à l'amour du prochain , est péché mortel. Or, d'après cette règle, tout ce qui se fait contre l'honneur de Dieu ou le bien du prochain , en matière grave, comme ôter la réputation à quelqu'un, lui causer du dommage, etc., est péché mortel. Il suffit, en effet, d'un acte semblable pour éteindre la charité , qui est la vie de l'âme , et le péché n'est appelé mortel que parce qu'il détruit cette vie. On regarde, au contraire, comme péché véniel , tout ce qui se fait , non pas contre la charité, mais en dehors de la charité : telles sont les paroles oiseuses, la vaine gloire, la colère, la paresse, la gourmandise qui n'est pas poussée jusqu'à l'excès, et autres fautes de ce genre.

La seconde règle , plus précise encore , c'est que tout ce qui est directement opposé aux commandements de Dieu et de l'Eglise est péché mortel. Ainsi donc, quiconque pèche contre l'un de ces commandements : — Le bien d'autrui tu ne prendras ni retiendras en le sachant ; — Luxurieux

point ne seras de corps ni de consentement, etc. ; — Tous tes péchés confesseras à tout le moins une fois l'an ; — Ton Créateur tu recevras au moins à Pâques humblement, etc., — pèche mortellement.

Mais ici il faut remarquer qu'un acte qui, de sa nature, est péché mortel, peut devenir véniel de deux manières : 1° quand il y a légèreté de matière, comme par exemple si quelqu'un a dérobé une simple grappe de raisin ou tout autre objet de peu de valeur; 2° quand il y a défaut d'advertance ou défaut de consentement, comme par exemple si quelqu'un a eu de mauvaises pensées, et que sans s'y être arrêté volontairement, il ne les a pas repoussées avec assez d'énergie. Dans ce cas , le péché, qui de sa nature était mortel , n'est plus que véniel à cause de l'imperfection de l'acte.

11 faut remarquer aussi qu'il y a trois sortes de préceptes : les uns négatifs , comme celui de ne pas tuer, lesquels obligent toujours et en tout temps; les autres affirmatifs, comme le précepte de faire l'aumône , de se repentir de ses péchés , d'aimer Dieu, qui obligent toujours, mais non pas en tout temps, c'est-à-dire qui n'obligent que lorsqu'il y a nécessité. Enfin, il y en a d'autres, négatifs et affirmatifs tout à la fois, comme le précepte de ne pas retenir le bien d'autrui, de h restituer, qui aussi obligent toujours et en tout temps. D'où il suit que ce n'est point assez pour le débiteur

d'avoir l'intention de restituer plus tard, mais qu'il est tenu de restituer immédiatement et dès qu'il le peut.

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