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CHAPITRE XV

De la troisième partie du sacrement de Pénitence qui est la Satisfaction.

Après avoir parlé de la Contrition et de la Confession, il est temps que nous nous occupions de la Satisfaction, qui est la troisième partie du sacrement de Pénitence, celle qui a pour objet de faire réparation à Dieu en punissant d'une manière convenable le pécheur qui l'a outragé. Bien que nous ayons traité ailleurs ce sujet à propos du jeûne, nous croyons devoir y revenir dans cette circonstance. Posons d'abord en principe que les violateurs de la loi divine , comme les violateurs de la loi humaine, sont soumis à certaines peines.

Ces peines établies par la justice divine, il faut nécessairement qu'ils les subissent ou dans cette vie ou dans l'autre , c'est-à-dire ou dans l'enfer, ou dans le purgatoire , ou pendant qu'ils sont encore sur la terre. Dans l'enfer, ce sont des peines éternelles ; dans le purgatoire ces peines ne sont pas éternelles; mais, au dire de saint Augustin,

elles sont si intenses et si terribles , qu'aucune de celles que nous souffrons ici-bas, pas même celles qu'ont endurées les martyrs, ne peuvent leur être comparées. Il existe pourtant un moyen de s'y soustraire, c'est de jeûner et de nous imposer des pénitences corporelles. Faible compensation, me direz-vous ; mais compensation que Dieu accepte , parce qu'il a bien plus d'égard à notre bonne volonté qu'à la valeur de nos œuvres. Il est certain, d'ailleurs, que l'acte libre étant plus méritoire que celui qui est imposé de vive force , une peine légère supportée librement ici -bas l'emporte de beaucoup sur la plupart de celles que nous subirons forcément dans le purgatoire.

Vous me demanderez peut-être : Comment se fait-il qu'il n'en soit pas du sacrement de Pénitence comme du sacrement de Baptême, lequel remet tout à la fois le pécbé et la peine qui est due au pécbé? A cela je réponds qu'il y a une grande différence entre les deux sacrements. Qu'est-ce, en effet, que le Baptême? C'est la régénération spirituelle, la renaissance, pour ainsi dire, de l'homme intérieur. Or, de même qu'une chose qui naît de nouveau cesse d'être ce qu'elle était , et reçoit une nouvelle vie qui n'a plus rien de commun avec la première (ainsi qu'on peut s'en convaincre en examinant ce qui se passe , lorsque d'une graine il se forme un arbre), de même celui qui naît spirituellement cesse d'être ce vieil homme , c'est-à-

dire cet enfant de perdition et de colère qu'il était auparavant, et devient un homme nouveau , c'està- dire un enfant de bénédiction et de grâce , libre de tout péché et par conséquent exempt de toute peine. Mais le sacrement de Pénitence n'opère pas de la même manière , il ne régénère pas , il est simplement un remède; tantôt il guérit radicalement, tantôt il laisse subsister des restes de maladie qui ne cèdent qu'à la longue et grâce à un régime sévère. En d'autres termes, si la contrition du pécheur est parfaite (comme dans le cas de Madeleine et d'une foule d'autres), il lui obtient tout à la fois la rémission de la peine et la rémission de la coulpe ; si elle est imparfaite , il ne lui obtient que la rémission de la coulpe, ou tout au plus d'une partie de la peine , à tel point qu'il lui reste encore à compléter celle-ci ou dans cette vie ou dans l'autre. Un exemple va nous rendre ceci plus clair. Il peut se faire qu'après avoir mérité la mort pour crime de haute trahison, un homme rende ensuite de tels services à son roi, que celui-ci lui accorde rémission pleine et entière de sa peine ; mais il peut se faire aussi que ses services n'ayant pas la même importance , le roi se contente de commuer la sentence de mort en celle d'un bannissement temporaire. C'est ainsi qu'en usa David avec son fils Àbsalon. Absalon avait fait périr son frère Amon, et le roi, indigné, l'avait chassé de son royaume ; après trois

ans, néanmoins, il lui pardonna son crime, mais à la condition qu'il ne viendrait pas à la cour et qu'il ne paraîtrait pas en sa présence. Dans le sacrement de Pénitence, Dieu n'agit pas autrement : quand la contrition du pénitent laisse quelque chose à désirer, il lui fait remise de sa faute, de la peine éternelle, et même d'une partie de la peine temporelle ; mais jusqu'à ce qu'il se soit entièrement purifié ou en ce monde ou dans l'autre, il lui refuse l'entrée de son palais et ne lui permet pas de voir sa face. En voulez-vous des exemples? Voyez David, il se repent de l'adultère qu'il a commis, il le confesse ; Dieu le lui pardonne , Dieu lui rend sa grâce et son amitié ; mais cela n'empêche pas que plus tard il ne lui envoie des maux et des calamités de tout genre. Voyez Moïse et Aaron : quel péché fut jamais plus certainement pardonné que celui dont ils se rendirent coupables aux Eaux de contradiction? Et cependant, la justice de Dieu ne se relâcha en rien de sa rigueur. La sentence qu'elle avait portée reçut son exécution : ni l'un ni l'autre ne mit le pied dans la terre promise.

C'est ce qui arrive le plus souvent dans le sacrement de Pénitence : le pécheur reçoit le pardon de ses fautes, il est rétabli dans la grâce, et cela en vertu de la Passion de Jésus- Christ, qui opère d'une manière divine ; mais , parce que sa douleur n'est point parfaite, il demeure soumis à certaines peines qui varient au gré de la justice divine, et

dont il ne peut s'exempter qu'en faisant de bonnes œuvres. Or, parmi toutes ces œuvres, il est certain que les plus pénibles, les plus laborieuses, celles qui répugnent le plus à nos sens, étant les plus méritoires, sont aussi celles qu il doit préférer. « En effet, dit saint Grégoire , puisque c'est la chair qui, pour satisfaire ses penchants, nous a jetés dans le vice, c'est à elle de nous en retirer, en prenant une voie contraire, c'est-à-dire en s affligeant et en se mortifiant. Pour contenter la chair ^nous n'avons pas craint de déplaire à Dieu : eh bien! atin d'apaiser Dieu et de nous le rendre propice, ne craignons pas de déplaire à la chair, et de la fouler aux pieds. »

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