‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 40 sur 170 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Continuation du même sujet.

0 Roi de gloire, je connais mon indignité ; mais je connais aussi votre excessive miséricorde. C'est elle qui m'encourage à m'approcher de vous dans l'état où je suis : plus je suis indigne, plus vous serez glorifié en ne pas rejetant, en ne pas méprisant une créature si misérable. Yous ne rejetez point les pécheurs ; vous les appelez, au contraire, et vous les attirez à vous. « Venez à moi, » ditesvous, « vous tous qui êtes fatigués et qui êtes « chargés, et je vous soulagerai.» (Matth., xi, 28.) « Ceux qui se portent bien n'ont pas besoin de mé- « decin; mais ceux qui sont malades. Je ne suis « point venu pour appeler les justes à la péni- « tence; mais les pécheurs. » (Luc, v, 31, 32.) On disait aussi publiquement de vous que vous receviez les pécheurs et que vous mangiez avec eux. Yous n'avez point changé, Seigneur, vous êtes toujours le même, et j'ai la conviction que, du haut du ciel, vous continuez d'appeler ceux que vous aviez coutume d'appeler sur la terre. Touché par vos pressantes invitations, je viens à vous tout chargé de péchés, afin que vous me dé-

chargiez ; je viens à vous chancelant sous le poids de mes tentations et de nies misères, afin que vous me soulagiez. Je viens comme un malade à son médecin , afin que vous me guérissiez ; comme un pécheur au Juste, à la fontaine de toute justice, afin que vous me rendiez votre grâce.

On dit que vous recevez les pécheurs, que vous vous asseyez à leur table , et que votre nourriture est de converser avec eux. Oh ! s'il est vrai que vous ayez tant de plaisir à prendre cette nourriture, voici un pécheur qui vous satisfera de tout point. Vous vous êtes assis jadis au banquet du Pharisien orgueilleux; mais combien fùtes-vous plus touché des larmes de Madeleine ! Vous ne méprisâtes point ses larmes, vous n'eûtes aucune parole dure pour la pécheresse ; au contraire, vous la reçûtes avec bonté, vous lui annonçâtes son pardon, vous la défendîtes devant ses ennemis, et pour quelques pleurs versés, vous lui pardonnâtes les péchés sans nombre dont elle s'était rendue coupable. Voici pour vous, Seigneur, une plus belle occasion d'acquérir de la gloire. C'est un pécheur chargé de bien plus de péchés, et dont les larmes sont bien moins abondantes, qui se jette à vos pieds. Ce que vous fites pour Madeleine ne fut ni la première ni la dernière de vos miséricordes. Déjà vous aviez donné des preuves nombreuses de votre charité ; mais vous en teniez en réserve de plus nombreuses encore.

Que chacun maintenant puisse s'en convaincre. Pardonnez au pécheur qui vous a le plus grièvement offensé, et qui pleure le moins ses offenses. Il n'a pas assez de larmes pour laver vos pieds sacrés ; mais le sang que vous avez versé vousmême n'est-il pas suffisant pour laver les péchés du monde entier?

Ne vous irritez pas contre moi, Seigneur, si, tel que je suis, j'ose paraître devant vous ; souvenez-vous que bien loin de blâmer la femme affligée d'une perte de sang qui avait espéré sa guérison en touchant la frange de votre vêtement, vous la consolâtes, au contraire, et vous l'encourageâtes en lui disant : « Ma fille, ayez confiance, votre foi « vous a sauvée. » (Matth., ix, 22.) Hélas ! l'infirmité dont je souffre est bien autrement grave, bien autrement dangereuse : à qui aurai-je recours, si ce n'est à vous, ô mon Sauveur? Vous êtes dans le ciel tel que vous étiez sur la terre, avec la même puissance, avec les mêmes sentiments de compassion et d'amour. S'il en était autrement, nous aurions besoin d'un nouvel Évangile, qui vînt éclairer nos doutes et dissiper notre

ignorance.

Je lis dans l'histoire de votre vie que la multitude des malades et des affligés cherchait à vous toucher, parce « qu'une vertu sortait de vous et « les guérissait. » (Luc, vi, 19. ) Les lépreux venaient à vous, et à peine aviez-vous étendu sur

eux votre main bénie, que toute trace de mal disparaissait : les aveugles, les sourds , les paralytiques, les possédés eux mêmes, les malades, les malheureux de toute espèce se pressaient autour de vous, et vous n'aviez de refus pour personne. En vous seul est le salut, en vous seul la vie, en vous seul le remède qui guérit tous les maux ; vous avez autant de désir de nous rendre heureux que de puissance pour arriver à vos fins. Au milieu de notre détresse en est-il un autre, en dehors de vous, auprès duquel nous puissions trouver un refuge?

Je confesse, Seigneur, que votre divin Sacrement n'est pas seulement une nourriture pour ceux qui se portent bien , mais qu'il est aussi un remède pour ceux qui sont malades. Il n'est pas seulement la force des vivanis, il est encore la résurrection des morts. Non-seulement il remplit les justes de joie et d'amour, mais il guérit encore les pécheurs et leur rend la justice qu'ils avaient perdue. Que chacun donc s'en approche, que chacun en prenne la part qui lui revient. Que les justes s'asseyent à ce Banquet, qu'ils s'y rassasient, qu'ils y fassent entendre leurs cris d'allégresse et leurs cantiques de joie ; pour moi qui ne suis qu'un pécheur, un pauvre malade, je me contenterai d'approcher mes lèvres du Calice de mon salut ; mais je ne puis me passer de ce Mystère, el pour rien au monde je ne voudrais m'en

priver. Si je suis infirme, j'y trouverai mon remède ; si je jouis d'une bonne santé, ma santé n'en deviendra que meilleure ; si je suis vivant, mes forces s'accroîtront ; si je suis mort, je reviendrai à la vie ; si je brûle de l'amour divin, je ne tarderai pas à en être embrasé ; et si je suis tiède, je serai réchauffé.

Le Seigneur éclaire les aveugles et relève ceux qui sont tombés : qu'ai -je à craindre de mes chutes ou de mon aveuglement? Je ne fuirai point devant lui comme Adam quand il se vit nu, parce qu'il est assez puissant pour couvrir ma nudité. Je ne rougirai point de mes péchés, parce qu'il est miséricordieux; ni de ma pauvreté, parce qu'il est le Maître de l'univers. Et en cela je ne veux pas lui manquer de respect, je veux seulement lui fournir l'occasion de montrer sa bonté envers la plus misérable de toutes ses créatures. Les ténèbres où était plongé l'Aveugle-né de l'Évangile ne servirent qu'à mieux faire ressortir la gloire de Dieu ; il en sera de même de ma bassesse. En voyant de quelle manière un Dieu si grand et si sublime se conduit à l'égard d'un ver de terre, on comprendra son infinie bonté ; d'autant plus que si le Père éternel m'adopte pour son enfant, ce sera bien moins à cause de mes mérites qu'en vue des mérites de son Fils Jésus- Christ.

Je vous en supplie, ô Seigneur très-clément, de

même que David ne craignit pas d'admettre à sa table un homme difforme et perclus de ses membres , par cela seul qu'il était fils de l'ami de son cœur, voulant ainsi honorer dans lui les mérites de Jonathas son père, daignez, vous aussi, permettre à un pauvre et misérable pécheur de s'asseoir à votre table ; non pas certes qu'il le mérite , mais par égard pour votre bien-aimé Fils Jésus-Christ, notre second Adam , et notre véritable Père , qui vit et règne avec vous dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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