‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 55 sur 170 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De douze défauts que l'on doit soigneusement éviter dans la vie spirituelle.

Parmi les nombreux défauts qui s'opposent à l'avancement spirituel du chrétien et qui font qu'après plusieurs années il se retrouve encore à son point de départ , nous en signalerons douze

dune importance capitale, et auxquels il ne saurait trop faire attention, s'il veut connaître ses fautes et s'en corriger.

Le premier, c'est de se porter avec trop d'empressement aux affaires et aux exercices extérieurs, et comme il est impossible de trouver au dehors ée que l'on doit chercher au dedans de soi , de se priver par là des visites et des consolations intérieures.

Le second , c'est de vouloir paraître bon et affable à tous ceux qui se présentent ; car alors les affaires et les visites se multiplient, on ne sait plus comment s'en débarrasser, on gaspille le temps ; pour ne point contrarier ses amis on néglige ses exercices de piété, et souvent, à mesure que l'on s'avance dans les bonnes grâces des créatures , on perd celles du Créateur.

Le troisième , c'est de n'être pas assez humble devant Dieu et de le traiter avec un sans-façon déplorable. Rien n'est plus contraire à cette retenue spirituelle dont on ne devrait jamais se départir envers lui , et qui est tout à la fois la fille de l'humilité et la mère du progrès dans la vertu .

Le quatrième, c'est de s'engager témérairement dans toutes sortes d'affaires, en se laissant aller à l'impétuosité de son caractère bien plus qu'en consultant la raison : cette ardeur excessive, outre qu'elle nuit à la paix et à la tranquillité du cœur,

compromet souvent le succès des meilleures entreprises, car, dit le Sage : « Celui qui précipite ses « pas, tombera. » (Prov., xix, 2.) Il faut donc apporter en toutes choses ce jugement calme et tranquille qui est l'ami et le compagnon fidèle de la prudence.

Le cinquième, c'est, sans bien se rendre compte de ce que l'on fait , de s'estimer quelque chose et de présumer de soi-même et de ses forces. Comme le Pharisien, on a tant de confiance en ses propres mérites, que l'on en vient à mépriser secrètement les autres, ce qui a pour résultat de détruire l'humilité, ce fondement commun de toutes les vertus.

Le sixième, c'est d'être porté à juger les autres, de mal interpréter, de condamner leurs actions : rien n'est plus propre à refroidir la charité, rien ne sert davantage à aiguiser le couteau qui la tue, puisque la charité naît en grande partie de la bonne opinion que nous avons de notre prochain.

Le septième, c'est de trop s'attacher aux choses passagères , ce qui diminue d'autant l'amour que l'on doit avoir pour Dieu.

Le huitième, c'est d'être tiède et lâche dans l'exercice de l'oraison , de le commencer avec nonchalance, de le poursuivre avec froideur, et de l'achever sans fruit ; toutes choses qui privent l'âme des visites du Seigneur, aussi bien que des secours qu'elle trouverait dans la dévotion.

Le neuvième, c'est de n'apporter aucun soin à se mortifier et à combattre ses passions ; de telle sorte qu'en ne faisant point pénitence, en vivant pour soi, on ne vit point pour Dieu, on ne se transforme point en Dieu.

Le dixième, c'est de manquer de recueillement, de se répandre au dehors , et par conséquent de ne pas se connaître soi-même, de ne pas se mépriser comme on le devrait, de n'exercer aucune vigilance sur sa conduite.

Le onzième, c'est de s'estimer et de s'aimer outre mesure, d'aimer sa volonté et son plaisir, en d'autres termes, de ne point vouloir embrasser la croix de Jésus-Christ, de ne faire aucun cas de la perfection évangélique.

Le douzième, c'est d'être léger et inconstant, d'oublier ses bonnes résolutions à la première occasion qui se présente; car alors, faute de persévérance, on entreprend mille choses, sans en achever aucune, et l'on ressemble de fait à ces treilles qui fleurissent sept fois l'an, mais dont les fruits ne mûrissent jamais.

PIN bl. L1YRE QUATRIÈME ET DU TOME PREMIER

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