‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 54 sur 170 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

De douze choses auxquelles le serviteur de Dieu doit s'appliquer.

Comme je n'ignore pas que certaines personnes sont bien aises qu'on leur rappelle les points les plus importants de la vie spirituelle, je vais tâcher dans ces deux derniers chapitres de leur dresser un tableau sommaire des choses qu'il leur importe le plus de pratiquer ou d'éviter, afin que d'un seul coup d'œil elles puissent saisir toute l'étendue de leurs obligations.

La première chose que nous devons faire, c'est de nous tenir constamment en la présence de Dieu, ou du moins le jour, comme la nuit lorsque nous nous éveillerons, d'élever fréquemment notre cœur vers lui par d'humbles et courtes prières, par de ferventes et saintes aspirations, lui demandaut sa grâce et son amour, et reconnaissant que de nousmêmes nous ne pouvons rien.

Il faut aussi que de tout ce que nous voyons, lisons et entendons, nous sachions, comme l'abeille, extraire quelque miel, c'est-à-dire quelque pieuse et sainte considération qui nous serve à entretenir l'amour divin dans notre âme ; de telle sorte que, semblable au feu qui change et con-

vertit en sa propre nature les objets qu'on lui jette, serait-ce de l'eau ou du fer, notre cœur profite de toutes les occasions pour s'échauffer et s'embraser davantage.

Lorsqu'il nous arrivera de tomber dans quelque faute, ou que notre esprit éprouvera de la peine à se recueillir, gardons-nous de perdre courage et de nous laisser abattre; tournons -nous, au contraire, vers le Seigneur, approchons- nous de lui avec humilité et amour, reconnaissons notre extrême misère et son infinie bonté, faisons tous nos efforts pour nous remettre dans l'état où nous étions auparavant, et continuons courageusement ce que nous avions commencé.

Soyons toujours animés d'une très -grande pureté d'intention, veillons attentivement sur toutes nos paroles, nos actions et nos pensées, sachons exactement à quoi elles tendent, rectifions ce que nous pourrions y remarquer de défectueux, et rapportons - les à la gloire de Dieu, non pas seulement une fois le jour, mais chaque fois que nous mettrons la main à quelque œuvre nouvelle.

Alors même que tout est en paix autour de nous, tenons-nous sur nos gardes et préparonsnous à recevoir avec humilité et douceur les orages qui pourraient venir fondre subitement sur notre tète. La colère n'est pas toujours un pécfaé, niais il est rare qu'elle produise de bons

résultats, et le plus souvent elle remplit la conscience de scrupules, parce qu'on ne sait jamais au juste si elle n'a rien eu d'excessif. C'est une passion dont le serviteur de Dieu n'a que faire, et celui qui en triomphe passe sa vie dans le calme le plus parfait.

Si nous n'avons pas à veiller sur les autres en qualité de supérieur ou de chef de famille, ayons soin de détourner nos yeux de leurs défauts en les arrêtant sur les nôtres; vouloir s'occuper d'autrui, alors qu'on n'y est point ohligé, c'est ouvrir la porte à la colère, à l'orgueil, aux jugements téméraires, au zèle indiscret, en un mot, à tout ce qui trouble le cœur ; au contraire , s'occuper de soi-même , c'est se confondre à la vue de ses péchés, c'est s'affermir dans la crainte de Dieu, dans l'humilité, dans le recueillement.

Eloignons-nous des objets périssables , nonseulement en esprit , mais même corporellement , et approchons-nous de Dieu avec un cœur sincère ; à mesure que l'élément humain disparaîtra de notre conduite , l'élément divin s'y fera sentir davantage. Celui qui s'attache aux choses passagères passe en même temps qu'elles; celui qui, par contre, met en Dieu toutes ses affections, tient en quelque sorte de la stabilité et de l'immutabilité de Dieu même. Ne nous engageons pas dans une multitude d'affaires ; car, en les supposant bonnes, les souris qu'elles engendrent nous jettent dans

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des distractions continuelles, et nous empêchent de trouver en Dieu le repos parfait.

Ayons toujours devant les yeux la vie de Jésus- Christ, sa passion, ses discours, sa doctrine, et efforçons-nous, autant que possible , d'imiter les exemples admirables qu'il nous a laissés , son humilité, sa charité, sa miséricorde, son obéissance, sa pauvreté , ses austérités, son mépris du monde, son zèle pour notre salut, en un mot, toutes ses vertus, ainsi que nous l'avons dit au commencement de ce livre.

Travaillons à nous renoncer nous - mêmes , abandonnons -nous entièrement entre les mains de Dieu ; de telle sorte que, mourant à notre volonté propre, nous n'ayons plus d'autre volonté que la sienne , que nous ne régnions plus en nous , mais qu'il y règne à notre place , et cela dans l'adversité comme dans la prospérité, au temps de la tristesse comme au temps de la joie, au milieu des douceurs comme au sein de l'amertume.

Dans toutes nos tribulations, nos peines, nos affaires, recourons à Dieu avec une humilité et une confiance sans bornes, allons à lui avec l'esprit ♦ t lé cœur d'un enfant qui connaît la miséricorde et la puissance infinies de son Père. Comptons sur sa providence, acceptons tous les événements comme nous venant de sa main, bannissons les vains soucis, les inquiétudes exagé-

rées, et confions - nous entièrement en sa bonté.

Remercions Dieu de tous ses bienfaits, grands et petits ; sacbons les reconnaître, et rendons-luien de continuelles actions de grâces. Ne nous arrêtons pas à considérer le don en lui-même, mais considérons et notre indignité, et la dignité de Celui qui nous l'accorde, et l'amour avec lequel il nous l'accorde , puisque cet amour se manifeste aussi bien dans les petites choses que dans les grandes.

Coupons, retranchons tout ce qui, eu égard à notre corps ou à notre esprit, serait de nature à arrêter nos progrès dans la vertu ; et, pour peu que telle affection, telle étude, telle lecture , telle conversation, tel exercice, telle familiarité nous cause de trouble , ne prétextons pas que le but que nous nous y proposons est purement spirituel , mais hâtons-nous d'en faire un généreux sacrifice.

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