CHAPITRE XXYII
Prière que l'on doit réciter pendant la messe, afin d'offrir à Dieu le Père la mort de son Fils Jésus -Christ.
Dieu de clémence , Créateur souverain du ciel et de la terre, moi, le plus vil et le plus misérable de tous les pécheurs, en union avec l'Église, en expiation de mes péchés et de ceux du monde entier, je vous offre ce précieux sacrifice, qui /l'est pas autre que celui de votre Fils unique luiméme. 0 Roi très-clément ! jetez les yeux sur Celui qui s'immole, et dans votre miséricorde souvenez-
vous de celui pour lequel il s'immole. N'est-ce pas là , Seigneur, le Fils que vous avez livré à la mort, afin de racheter l'esclave qui avait encouru votre disgrâce? N'est-ce pas là l'Auteur de la vie, qui a été conduit comme un agneau à la boucherie , et qui n'a rien fait pour se soustraire à la mort la plus cruelle? Seigneur, mon Dieu, abaissez les regards de votre Majesté sur cette œuvre d'ineffable miséricorde. Contemplez votre doux Fils étendu sur l'arbre de la croix. Voyez ses mains innocentes toutes ruisselantes de sang, et pardonnez les iniquités que les miennes ont commises. Voyez sa poitrine nue, percée d'une lance, et purifiez mon âme dans l'eau et le sang qui s'en échappent. Voyez ses pieds sacrés, qui ne sont jamais entrés dans la voie des pécheurs, percés de clous cruels , et dirigez mes pas dans la voie de vos commandements. 0 Roi des rois, je vous en conjure au nom de ce Saint des saints, au nom de ce Rédempteur qui est le mien, faites que je m'unisse à lui en esprit, comme il s'est uni à moi dans la chair. 0 Père compatissant , ne détournez pas les yeux de la tête défaillante de votre Fils bien-aimé, et ayez pitié de l'esclave dont il a payé la rançon. Sa poitrine est plus blanche que le marbre , son côté est rougi par le sang; ses entrailles sont desséchées; ses yeux, autrefois si brillants, ont perdu leur éclat; son visage divin est couvert d'une pâleur mortelle;
ses bras étendus sont roidis violemment; ses genoux <&t&r.tw» s'affaissent sur eux-mêmes; ses pieds, percés de clous, disparaissent sous des flots de sang. Père glorieux, contemplez les membres disloqués de votre cher Fils, et souvenezvous des misères de votre pauvre créature ; acceptez les souffrances du Rédempteur, et pardonnez au coupable qu'il est venu racheter.
Il est cet Avocat fidèle qui ne cesse pas d'intercéder en notre faveur auprès de vous , ô Père tout-puissant. Il est ce Grand-Prêtre qui n'a pas besoin d'être purifié dans le sang des victimes, mais qui est lui-même arrosé de son propre sang. Il est ce Sacrifice saint, agréable et parfait, offert et accepté comme un parfum de suave odeur. Il est cet Agneau sans tache qui s'est tu devant celui qui le tondait , et qui , frappé de verges , couvert de crachats, et traité de la manière la plus ignominieuse, n'a pas même ouvert la bouche pour se plaindre. Il est enfin Celui qui, n'ayant point commis le péché, a souffert pour nos péchés, et s'est proposé de guérir nos plaies avec ses propres plaies.
Mais, mon très-doux Sauveur, qu'avez-vous fait pour être jugé de la sorte? Très -innocent Agneau, quelle faute avez-vous commise pour mériter un pareil traitement? Quelle est la nature du crime que l'on vous reproche, et quelle est la cause de votre condamnation? En vérité, o* mon
Dieu, c'est moi qui suis le sujet de votre douleur, la cause de votre condamnation et de votre mort. 0 profondeur admirable des conseils divins! le méchant pèche, et le juste est châtié; le coupable commet la faute, et l'innocent reçoit le châtiment; le serviteur contracte la dette, et le maître s'en rend responsable. Fils du Dieu vivant, jusqu'à quel degré d'humilité vous êtes-vous abaissé? Où vit-on jamais tant d'amour, tant de charité, tant de miséricorde? J'ai violé la loi, et vous en portez la peine ; j'ai été infidèle à mes obligations, et vous en subissez les conséquences ; je me suis enorgueilli, et vous vous humiliez; j'ai été désobéissant, et par obéissance vous vous soumettez à la mort, afin d'expier mon péché. Telle a été la miséricorde dont vous avez usé envers un misérable, telle est la justice que vous avez exercée sur un pécheur chargé de crimes.
Et maintenant que je vous ai offert ce qu'il y a de plus précieux, ayez pitié de moi, Père éternel. Je vous ai offert votre Fils bien-aimé, je l'ai placé entre vous et moi comme un fidèle avocat. Oh ! de grâce , tendez les bras au bon Pasteur, et regardez favorablement la brebis égarée qu'il porte sur ses épaules. Je vous en supplie , ô Roi des rois, faites que je sois digne d'avoir pour soutien Celui que, dans votre miséricorde, et sans aucun mérite de ma part, vous m'avez donné pour Rédempteur.