CONSEILS INUTILES
Je repris GOtûme autrefois renvoi des notes que le général m'avait demandées, confiées à des courriers sûrs. Pourtant Tune d'elles fut portée chez M. Dillon qui était un modèle d'inexactitude et dont les bureaux étaient un modèle de désordre. Elle a été publiée dans un volume diffamatoire édité par la maison Savine, à mon insu, je n'ai pas besoin de le dire, ainsi qu'une lettre adressée à un député boulangiste qui, lui, l'avait reçue puisque j'ai sa réponse. Cette lettre avait été vendue quinze francs, m'a-t-on assuré. Pour compléter le renseignement, je dois dire que le ' destinataire était M. Laisant.
Les notes semblables à celle qui a été par hasard publiée auraient bien formé trois volumes si elles avaient été réunies ; elles contenaient outre les appréciations et conseils le récit des incidents quotidiens . Il en est dont je regrette la destruction telle que celle contenant le récit du banquet de la salle Wagram décorée de drapeaux français et russes, embellie par la présence de dames parmi lesquelles se distinguait la séduisante Marie Queue-de-Vache, et où M.. Dé-
LE HËHOnUL DE SAINT-BRELADË roulède monlë sur la table, emporté par l'ardeur oratoire, renversait les bouteilles et marchait dans les plats.
On ne manquera pas de se demander comment en recevant ces notes, le général n'en tenait pas compte. Un se l'expliquera si l'on songe que leur auteur était un artiste, journaliste par occasion, sans réputation et sans litre, seul à tenir ce langage, alors que des députés plus ou moins renommés ou populaires et des directeurs de Journaux importants en tenaient un tout contraire. Avec le doute inspiré par le bon sens, le général disait h ce moment à quelqu'un cette phrase qu'il m'a répétée depuis à moi-même.
— Je ne puis pourtant croire que Denis a raison contre tout le monde.
Tout autre homme dans sa situation aurait pensé de môme.
Mais si MM. Henri Rochefort, Laguerre, Naquet, Laisant et les autres lui avaient parll ainsi, comme il les aurait écoutés! Et ce qui le prouve c'est l'étroite intimité, qui, depuis, nous a unis.
Le conseil que je donnais alors au général était de sn désintéresse!- absolument sinon des élections, du moins de toutes les candidatures, de ne mettre ce qu'il lui restait de popularité au service de personne, et (l'ordonner au Comité de cesser toute agitation irritante, même de se séparer aDn de ne pas provoquer les adversaires à prendre des mesures de prévoyance électorale.
Kn laissant la démocratie boulang^sle libre de soq initiative, je supposais qu'on trouverait dans les urnes des suffrages au nom de Boulanger en quantité assez considérable non pas pour lui donner le pouvoir mais pour faire cesser la proscription.
Il est inutile de dire que le conseil ne pouvait être du goût de l'élat-major formé de députés et de candi-
date qui auraient perdu en cette affaire les subventions et des voix. Ils n'eurent pas d'ailleurs à faire de résistance. Le général gardait pour lui seul les con ■ seils que je pouvais donner et ne proposait rien au Comité, lui laissant Tinitiative et la direction d'une action dont il portait pourtant la responsabilité. Plus que personne, si militaire qu*il fût, il justifia le mot fameux : « J*étais leur chef, il fallait bien que je les suive ». C'est môme pour qu'il le suivît que Tétatmajor l'avait pris pour « chef ».