‹ Le mémorial de Saint-BreladeChapitre 52 sur 139 · I . aux premiers, aux plus sincères et plus ardents adhé · texte numérisé non relu

I . aux premiers, aux plus sincères et plus ardents adhé

rents du boulangisme.

Vos collègues et peut-être vous-même vous avez cru que le peuple français était un troupeau d'imbéciles prêts à perdre la raison, à oublier ses convictions et ses intérêts en voyant un portrait de militaire, comme si nous étions une nation de pédérastes. Vous avez eu le tort de croire que les citoyens étaient si bêtes qu'il n'y avait pas à se gêner avec eux, qu'ils allaient prendre MM. Arthur Meyer, Gassagnac et Dugué de la Fauconnerie pour les modèles des républicains «honnêtes,» qu'ils allaient renoncer à toutes leurs revendications pour avoir le bonheur de porter en triomphe le sac révisionniste où Ton avait fourré le chat réactionnaire sans qu'ils demandassent à voir ce qu'il y avait dedans. C'est là un genre d'injure que la Démocratie ne pardonne pas.

Alors qu'un parti nouveau doit être indulgent, tolérant, charitable, le boulangisme s'est fait provocateur, insulteur, proscripteur en expectative, exclusif et avide, compromettant les gens en les abandonnant ensuite en s'imaginant qu'ils seraient trop heureux d'être sacrifiés aux fantaisies de rastaquouères improvisés personnages politiques et aux prétentions d'un état-major de courtisans. Tout cela devait avoir une fin. La fin vient avant l'avènement.

Je n'ai pas de responsabilité dans l'aventure puisque j'ai toujours donné des avis dififérents des vôtres et de ceux qui ont été suivis et puisque je n'ai rien à renier près des républicains et des socialistes de ce

que j'ai écrit publiquement ou confidentiellement. Mais vous, mon cher Naquet, qui, à raison de votre situation, portez une part de responsabilité dans cette entreprise et dans sa ruine, votre vie politique est finie si vous ne parvenez pas à faire cesser toutes les illusions et toutes les équivoques, à rompre avec la politique qui produit de tels résultats.

Que vos collègues, politiciens de province, dissidents du radicalisme dans lequel ils n*ont pu se faire une célébrité et auxquels se sont joints quelques intrigants et quelques toqués aient pu croire qu'ils allaient escamoter le pouvoir comme une muscade, en exploitant une popularité à laquelle ils n'ont rien su comprendre, il n'y a pas à s'en étonner, quand on sait qn'il n'y a rien de plus bête qu*un député.

Mais vous qui avez vingt ans de vie politique, qui devez connaître les choses parlementaires et leur vanité, qui avez vu tant d'événements et pu suivre le développement de l'opinion démocratique en France, comment avez-vous pu croire que la bourgeoisie et les masses populaires, pour les deux tiers républicains autant par intérêt que par idée, allaient se livrer d'enthousiasme aux réactionnaires du 16 mai, objets de la haine et du mépris du pays?

Gomment n'avez- vous pas compris que la Démocratie jalouse n'acclamait le général que parce qu'elle voyait en lui l'instrument de sa vindicte et de ses volontés, mais qu'elle l'abandonnerait et le lapiderait même dès qu'il deviendrait l'instrument de domination de ses ennemis? Gomment un homme de science tel que vous, qui devez savoir qu'il n'y a pas un fait dans le domaine historique aussi bien que dans le domaine scientifique qui ne soit dominé par la logique implacable de lois rigoureuses, avez-vous pu croire aux miracles de l'absurde et du hasard?

L'heure est grave, on peut dire décisive. La partie

est perdue comme les faits vous en convaincront avant

•peu. J'ai fait prés de vous le suprême effort. Vous

écouterez ou vous n'écouterez pas le vieux pilote qui

a déjà vu tant de naufrages et qui vous avertit que

VOUS allez au gouffre.»

Il serait intéressant de joindre à cette lettre la réponse qu'y fit M. Naquet. Mais M. Naquet n'y a pas répondu.

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