LA VOIX DU PEUPLE
Le général était donc également résolu à attendre patiemment en travaillant à réparer ses fautes, mais aussi à ne pas abdiquer, ou plutôt à ne pas ouvrir son héritage, convoité par les anciens chefs du boulangisme, même par des subalternes.
Si modeste que fût le journal la Voix du Peuple ; quelque discrétion que j'eusse mise dans sa publication, qu'on a qualifiée de «clandestine » presque avec raison, il n'en était pas moins la preuve que le général ne renonçait à aucune espérance, n'abandonnait
pas la partie, et ne céderait à personne Tinfluence morale dont il pouvait encore disposer.
Aussi le journal fut-il des plus mal accueillis par les prétendus boulangistes qui lui faisaient une guerre acharnée. J'avais d'ailleurs prévu qu'il en serait ainsi, et celte publication n'aurait-elJe servi qu'à démontrer ^ihau général, par l'hostilité dont elle était Tobjet, quelles étaient les intentions et les prétentions de Tétatmajor boulangiste, qu'elle aurait encore été utile.
Quoique le général s'en remît à moi du soin de diriger le journal, je le consultais sur toutes choses, lui envoyant à l'avance les notes que je croyais bon de publier pour qu'il me fît connaître son avis, et m'inspirant de ses lettres pour la conduite à tenir. Aussi les attaques ou critiques des meneurs boulangistes dirigées contre le journal ou contre moi s'adressaient-elles en réalité à lui-même. Et j'avoue qu'elles n'étaient pas sans l'irriter.
Des députés lui écrivaient ou lui faisaient écrire par des agents de leur comité pour se plaindre de la Voix du Peuple invoquant sans cesse l'équivoque révisionniste et le programme de Tours, sans se douter que rien n'était plus ni mieux fait pour le dégoûter de l'un et de l'autre, en lui montrant comment on les exploitait contre lui-môme.
Le député solliciteur dont j'ai donné plus haut la demande reprochait au général dans une lettre de ne pas avoir confié la direction de ce journal à des députés qui naturellement ne l'auraient pas consulté et auraient fait servir cette publication à leurs intérêts électoraux et à leurs propres louanges. Des agents de Comité m'envoyaient, en me demandant leur insertion d'une façon comminatoire, des ordres du jour des plus élogieux pour M. Laguerre, M. Déroulède ou quelques autres, mais que d'ailleurs je n'insérais pas.
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Enfin, sachant quelle amitié liait Henri Rochefort au général, et combien ce dernier devait craindre que le rédacteur en chef de ï Intransigeant n'entrât en divergence d'abord et finalement ne rompît avec lui, les uns et les autres se livraient, pour amener ce résultat à d'incessantes démarches ou manœuvres, qui, je dois le dire à l'honneur de M. Henri Rochefort, restèrent toujours sans efl'et, même quand elles furent tentées par M. Laguerre, avec lequel il était très lié, et qui dut à cette liaison amicale déjà ancienne de n*ôtre pas traité sévèrement par le pamphlétaire, lors de sa défection.