LES « COULISSES DU BOULANGISME
Puisque le général ne voulait pas abdiquer, il fallait Ty contraindre; et dans ce but il s'organisa une campagne de prétendues révélations et de calomnies, dont M. Laguerre fut l'inspirateur, celui qu'on appelait « Tenfant de chœur » l'agent, le Figaro Torgane, et ayant pour complices les royalistes déconfits.
L'affaire fut traitée à Maisons- Laffilte chez M. Laguerre entre les deux premiers et M. Périvier, familier de la maison, représentant le journal. Elle devait avoir un triple résultat, dont aucun ne fut atteint : ruiner à jamais la popularité du général, pour permettre aux chefs de Tancien Comité de prendre ou de se partager sa succession ; satisfaire la vengeance des royalistes déçus et s'en assurer ainsi le concours; et, enfin, forcer le comte de Paris, par peur du scandale, à rembourser les sommes versées à la caisse de M. Dillon ou des deux Comités.
L'opération était trop grosse et trop belle ; elle ne réussit pas.
Ne doutant de rien, les meneurs avaient songé à
se faire donner Tapprobation du général lui-même au début, afln qu'il fût dans Timpossibilité de démentir ensuite toutes les calomnies dont il serait l'objet. C'était assez machiavélitiue.
Ayant obtenu des conQdences de M. Naquet sur les exhortations au coup d'Etat qu'il avait faites au général, et que celui-ci avait toujours repoussées, et les ayant publiées dans le Figaro, soaa le titre les Couli'ssesdu Boulangisme, l'auteur, jusque-là anonyme, écrivit au général la lettre suivante :
CHAMBRE
DES DÉPUTÉS « Paris, 19 août 1890.
» Mon général,
» Quoique vous ayez laissé sans réponse la lettre * que j'ai eu l'honneur de vous écrire au mois de mai dernier, j'estime qu'il est de mon devoir de porter à votre connaissance que je suis l'auteur des articles publiés par le Figaro sur le boulangisme.
» Mon sentiment est que je rends service à la cause que nous avons défendue à vos côtés, en publiant cette histoire absolument impartiale.
>: Il s'ea dégagera l'impression, — fet vous devez le désirer ^] que vous n'avez jamais travaillé contre la République, à laquelle tous nos amis sont inébranlablement attachés. Mon livre aura pour effet certain de rendre plus définitive encore la rupture des républicains démocrates et des royalistes.
» Veuillez agréer, mon général, l'assurance de mes sentiments toujours bien dévoués.
» Mermeix, » 60, rue de Clichy. »