‹ Le mémorial des vicissitudes et des progrès de la langue française en Canada [microforme]Chapitre 11 sur 12 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

canadien lance un décret d’érection civile d’une paroisse ; l’évêque lance un Mandement; le juge une sentence; l'archevêque Taschereau a lancé* une lettre pastorale contre la création d’une cour de divorce ; l'administration lance un Bref, sinon un Writ d'élection; le Courrier des E. U. du 10 octobre 1876 nous apprend que Lord Dufferin a tenu une réception à Philadelphie quoiqu'il n’eût pas été lancé d’invitations ; enfin on lance tous les jours je ne sais que de choses. Toutefois, si l’on veut se remettre à parler gravement, on peut lancer un javelot—un navire même, On se lance dans une carrière. encore ; mais on décoche une flèche, un trait. Il ne doit pas non- plus être interdit à un médecin d’user de sa lancette !..

—Mais depuis que s’agite ma plume pour tracer les lignes de ce livret, qu'y aura-t-on lu, que disputes philologiques ?.. Or sus, ces polémiques, ce choc devaient se produire avant que le Canada pût avoir une littérature. . “ Nous avons une littérature à nous, des auteurs à nous dont nous sommes fiers; ils sont les gardiens de notre langue et de notre histoire ; rien ne prouve notre existence comme peuple autant que notre littérature,” a dit dans l’enceinte du Parlement d'Ottawa, le premier ministre actuel

* Je n’accuse point l’archevêque d’avoir dit lui-même qu’il lançait sa Lettre, qu’il a émise en temps utile.

+ “Peuple... dont le génie à la fois délicat et puissant a déjà créé une littérature qui lui est propre,” lit-on dans la Réponse du délégat DEPE à l’Adresse du Cercle Catholique de Québec.

de la Province de Québec, M. Joly, Canadien, né et instruit à Paris, dans une harangue qu’il a su polir on ne pouvait davantage, contre le dernier remaniement politique de la Confédération. Et le Maire Hingston ne nous disait-il pas à la St. Jean-Baptiste de 1875, que nous n'avions pas de Logan, mais qu’en histoire et en littérature, les Anglo-Canadiens n’avaient à faire que de traduire nos ouvrages—we are coutent to translate your own works.

Le Journal de lInstruction Publique pour 1857, version anglaise, accorde à Michel Bibaud le titre de pionnier de cette littérature * pour laquelle, à son berceau, Etienne Parent a beaucoup fait après lui. On ne saurait nier que des jeunes hommes, parfois isolément, mais surtout le comité vulgairement appelé “les Treize de l'Avenir” n'aient fait faire un pas de plus aux lettres canadiennes. Toutefois, ce sont eux qui n’ont que trop consacré ces locutions aZresser un auditoire, opposer un parti, marier une fille *. Conservatisme, exclavagiste, politicien, statutaire, libertaire, montréalais, sont des néologismes qui ont surgi avec eux. Ils ont encore introduit somme toute et ce pas n'est besoin qui leur sont communs avec tous les écrivains populaires du jour, mais où je cherche en vain l’euphonie

* À man who may be called the pioneer of our literature.

* Italianisme qui ne s’est pas établi dans la langue dit Honoré de Balzac, sur la phrase : “ Et les espousa Nostre Sainct-Père.” On disait alors en France comme en Italie: Un tel a marié la une telle.

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qu'on s’imagine y trouver. Je puis biea dire trifluvien, sorelois, parce que c'est joli, mais non pas montréalais, parce que, c’est si choquant que de rimer fort bien avec laid, du moins pour l’oreille; le mot est d’un usage très-fréquent chez M. Chauveau, Mais les Treize n'étaient pas, en apparence, de mon avis; aussi n’eurent-ils qu'un cri d’admiration quand l'Histoire de F. X. Garneau vit le jour, et cette admiration fut loin d’être circonscrite dans le cerele étroit du comité : c’est au point que M. Chauveau osa bien dire que cette Histoire ne le cédait à aucune œuvre transatlantique pour la beauté du style et l’élévation des idées, On doit-être, alors, bien surpris d'entendre M. Napoléon Legendré nous dire* que Garneau a écrit. sans aucune prétention littéraire. A vrai dire, ce travail a obtenu, même en France, des éloges glorieux pour la mémoire de l’auteur. Son écrit séparé,—Une Conclusion de l'Histoire, a même attiré l’attention de M. de Montalembert.

. M. Marmier, aujourd’hui académiçien, si ce n’est pas plutôt M, Ampère, qui l'était dès lors —a seulement désiré, au milieu de l’éloge, que le livre de notre compatriote fût purgé dans une nouvelle édition, de quelques légères fautes de langage ; et M. Moreau, du Correspondant de Paris, croit découvrir en cet ouvrage “ l’ar-

* Dans un Essai sur notre littér e-superficiel et pas bien ordonné, et dans tent gré Pechuté de non GuBre Où UE Rois AN De à image à pour

si OÙ

chaïsme du style, qui, sans déplaire, lui Ôte en grâce ce qu’il gagne en concision : c’est, dit-il, le français du XVIIe siècle.”

Si ces appréciations ne répondent pas toutà-fait aux aspirations des Treize, de MM. Chauveau et Barthe aîné *, la popularité qu’a possédée le livre n’en est pas moins un fait constant, en dépit d’un nombre de critiques même en Canada.

Ni le comité de l'Avenir, ni M. Garneau n'ont souci que quoique ou soit que gouvernent le subjonctif ; mais Jean-Jacques a écrit dans ses Confessions :

Par exemple, je fus corrigé d’une faute d'orthographe que je faisais avec tous nos Genévois, par ces deux vers de la Henriade :

Soit qu’un ancien respect pour le sang de leur maîtres “ Pariât ” encore pour iui dans le cœur de ces traîtres.

Ce mot parlât, qui me frappa, m’apprit qu’il fallait un £ à là troisième personue du subjonctif, au lieu que, auparavant, je l’écrivai, et prononçais para, conime le parfait de l’indicatif.

Les fautes de l’œuvre de Garneau n’ont été corrigées ni dans la deuxième, ni dans la troisième éditions, et en cela il a mal fait quand Francis Wey a bien fait.

Francis Wey avait écrit La Marquise de Ganges, qui servit de type à beaucoup d’autres romans et, toutefois, sous la

* En dernière analyse, MM. Chauveau et Barthe en ont exalté le style, Napoléon Legendre dit que Garneau u’y a eu aucune prétention, et M. Ernest Tremblay trouve qu’il n’a pas su sa langue. Son traducteur Bell, prétend, parfois, s’en apercevoir. .

tunique du triomphateur, un anonyme avait glissé le renard, en notant toutes les fautes contre la langue dont fourmillaient les Enfans de la Marquise.—"* Wey se remit à l'étude de la grammaire ” dit Eugène de Mirecourt.

Mais je risque de m'éloigner des rédacteurs de l'Avenir ; or, je ne le veux faire sans reconnaître que, malgré leurs fautes, ils décélaient enfin un talent réel,—une aptitude à bien écrire qui se développait à vue d'œil, quoique avec plus d'élégance et de brillant que de pureté, et qui créa Fémulation dans le pays, —émulation que les essais individuels de M. de Gaspé, fils, de M. de Boucherville, n'avaient pu créer tandis que sévissait notre tourmente politique, que l’on voit, cependant, n'avoir pas été un temps d'arrêt absolu pour les lettres canadiennes. Mais après elle, rien tout dabord *: les Canadiens Le a SET. © A ù étaient, par l'Union, relégués dans le néant; mais l’on vit que l’apôtre Jean avait dit le mot profond-—Scribo vobis, juvenes, quia fortes estis !.. et la jeunesse du Canada, généreuse et forte, elle aussi, voulut, au milieu de contentions politiques encore, poser dans les lettres les assises nouvelles de la patrie régénérée...*

Je ne puis que je ne revienne à M. Garneau. S'il s’agit de remonter à la cause des défauts Httéraires de son œuvre, je vois que

* L'année 1840 n'offre rien à la bibliographie.

* Il me seraît Bien permis aussi d'accorder partie du mérite du progrès littéraire à mon professeur Chalbos de La Felgère, qui éut initiative dès académies de collèges. … c’est toutefois au coHêge de ”Assomption que je vois uotre langue cultivée avec le plus d'amour et de succès. :

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l'abbé Casgrain, son biographe, nous en donne bien naivement le secret :

Dès l’âge de quatorze ans, le jeune Garneau sortit de cette école pour entrer au ureffe de M. Perrault, où il se lia d'amitié avec un jeune Dufaut, clerc au même greffe, et que le bon M. Perrault retirait chez lui. Très-souvent, le soir, Frs.- Xaviér allait voir son ami et, durant la veillée, lé digne greffier donnait des leçons de grammaire et de littérature au jeune vroffier,

Mais pour l’abbé Casgrain, Pécrivain si édulcoré et coutumier de concetti italiens, quelle vrammaire, quelle littérature surtout, pouvait enseigner le bon protonotaire à Garneau adolescent ?.. imposer à sa belle et noble imagination, ces imperfections, cette néologie que n’aurait pas eues son style sans cette fuifion malheureuse ! — langage haché, souvent étrange de construction, plein d’anglomanie (si éloignée pourtant du cœur de Garneau!) ce fut le style de M. Perrault, —si l’on pouvait dire que le hon protonotaire eût eu un style! Mais !histcrien en à un, et il a su lui donfier la couleur qui couvre parfois les impertinences grammaticales et d’idiome, de même que le coloris de certains peintres a effacé ou atténué la faiblesse, l’iimperfection de leur dessin. Mais éest bien le lieu de répéter avec Fabbé Maguire :—** Pour ‘*omble de malheur, l’on porte quelquefois cette licence dans des écrits que, d’aifleurs, te génie ne désavouerait pas.”

On reconnaît le maître et l’élève à la construction d’un nombre de phrases.

M. Perrault.—“* L'on vit arriver le général Haldimand, dans le cours de l'été, qui venait le remplacer.”

F. X. Garneau.—"‘ Il trouva, à son retour d’Iberville à Plaisance, qui n'avait pu aller le rejoindre.

‘“ [ls invoquaient Areskoué, si c'était les Hurons, dieu de la guerre.”

Mais voici une phrase de Robert Hyenne, dans son Bandit Californien, dont la construction n’est pas moins fautive :

Chose remarquable, Joaquia ne fit jamais de mal, à moins d’y être poussé par de terribles nécessités, conséquences de sa fâcheuse position, qu'aux Américains.”

La fausse construction est moins sensible dans cette période d’Une Piste de Guerre du capitaine Mayne Reid, — traduction Virgile Boileau :

Un dindon sauvage, tué avant la tombée de la nuit, nous fournit un wWéjeuner copieux joint à des tranches de porc pécari.

Quoi qu’il en soit, depuis qu'ont écrit Bibaud, Bouchette, Parent, Garneau, Chauveau, nous avons eu une pleïade de bons écrivains, tant prosateurs que poëtes, et j'ose le dire,-on écrit moins incorrectement en Canada qu’en France*, quoique MM. Tasché et de Gaspé, père (M. Bourasea aussi, a dit le Journal de l’Ins-

* Nous ne faisons que répéter ici :: :: 1e nous avons dit dès 1876, sans savoir ce que dirait le Rév. Roy,—encore mL: qu'Emile Augier viendrait le recon-

naître de la meilleure grâce du moude, dans ane lettre à notre Fréchette, en date du 14 juillet 1877.

truction Publique), — comme inconscients du décret de Boileau :

Sans la langue en un mot, l’auteur le pluædivin, Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.

laissent leurs écrits déparés par des idiotismes et même des fautes de langage assez grossières. Ce serait surtout regrettable de Napoléon Bourassa, dont la plume est, du reste, si gracieuse et facile, —le style si limpide. Mais nous n’avons remarqué, pour notre part, qu'un endroit fautif, et le typographe peut fort bien y avoir fait des siennes, sans souci de ce que penseraient ou l’auteur, ou le lecteur. je lis donc chez M. Bourassa :

Et Marie s’ussrya sur l'unique deuré.

On ne ht point ce v sorte chez Lamartine ou 1

Elle s’assit sur une chaise au pied de mon lit, et nous causâmes un peu. —Graziella.

Comme la rame devenait inutile, le Tueur de Daims, Chinwachkook et Judith s’assirent.— Œl de Faucon.

Qu'on écrive mieux chez nous qu’à Paris même. je ne m'attends pas certes, à voir notre métropole littéraire faire écho incontinent au jugement que j'énonce, puisque le Journal de l’Instruction Publique de Zutèce a dit d’un livret—la Vie d'Adèle Coulombe, que le style n’en est pas bon, parce qu’on n’écrit pas sur les bords du Saint-Laurent comme sur ceux de la

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Seine : à quoi M. Chauveau a fort bieu répoudu que l’auteur avait vu le jour sur les bords même de cette Seine. Et peut-être, au moins, M. Veuillot (sinon Emile Augier!..) ne nous désavouerait-il point, quand c’est bien lui qui à écrit dans Rome et Lorette :

Parmi ces ruines, il en est u:2 entre toutes, à laquelle il faut que nous nous efforcions de remédier : e’est la ruine du langage. L'improvisation a tué le style et, pour ainsi-dire, la grämmairé. On n'entend, on ne lit plus qu'une langüe nouvelle, où plutôt qu’un jargon défiguré. L'écrivain le plus négligé d'il y a cént ans serait épouvanté s'il pouvait voir ce qui s’imprime partout ; écouter ce qui se dit dans toutes les tribunes et souvent même à l’académie. Nombreuses sont les causes de cette décadence. L’habitude de la presse périodique y compte sans doute pour beaucoup *.

Béranger l’a dit en vers:

Faut-il qu'ainsi l'on te maltraite Ô langue si chère au bon sens !.… Si tu Subis la loi hautaine

De tous nos brillants novateurs, Bientôt Racine et Lafontaine Auront besoin de traducteurs.

Au surplus, le romancier Balzac est bien moins sûr de l’infaillibilité littéraire des Français que le Journal de YInstruction ; il écrit en effet à son éditeur :—“* Mon cher Desnoyers,

juant aux fautes de français qui nous échappent À tous en générai, et qui m'échappent très-sou- * L'auteur atique Picard, ee HET de Napoléon Ier, répondait à qui

lu ochait sès fautes d’orthographe:—" Que voulez-vous; je suis académien, vrai; Mais je ne suis pas En VETPS deaD kan RT,

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vent à moi en particuiier,—car plus on écrit et plus on a de chances pour en faire, 1l ne faut pas avoir de doute sur la nécessité où vous êtes de les enlever.” Et si Balzac ne s’épargne pas luimême, voici comment il juge ses contemporains, —parlant d’abord d’un roman intitulé Leo, par M. de Latouche :

Un professeur trouverait de 2000 à 1500 fautes de frauçais dans les deux volumes. Il y a dans Leo quelques pages qui ne manquent pas de poësi®; mais elles sont toujours gâtées par des fautes de langue inexcusables chez un homme qui n’en est pas à ses premières armes.

Passant à la Chartreuse de Parme, du pseudonyme Stendhall *, dont il parle élogieusement, 1l ajoute toutefois :

Le côté faible de cette œuvre est le style en tant qu’arrangement de mots; car la pensée, éminemment française, soutient la phrase. Les fautes que commet lauteur sont purement grammaticales : il est négligé, incorrect à la façon des écrivains du XVIIe siècle. Les citations que j'ai faites montrent à quelle scrte de fautes il se laisse aller: tantôt un désaccord de temps dans les verbes, quelquefois absence du verbe; tartôt des c'est et des ce gue, des que qui fatiguent le lecteur et font à l'esprit l'effet d’un voyage dans une vriture mal suspendue sur une route de France. Ces fautes, assez srossières, montrent un défaut de travail. La phrase, longue, est mal construite. Il écrit à peu près dans le genre de Diderot, qui n’était pas un écrivain. Mais la conception est grande et forte; mais la pensée est originale et souvent bien rendue. Si le français est un ernis mis sur la pensée, on doit être aussi indulgent pour ceux chez lesquels il couvre de es tableaux que l’or est sévère pour ceux qui n’ont que e Vernis.

* Beyle.

Mais si Balzac aime ici à pardonner à Beyle, qu’il affectionne et que faucha la mort presque au matin de son existence, —les fautes contre la langue, il dit bien, ailleurs, que si, chez d’autres nations, le fond d’un livre en fait excuser la forme, c’est, en France, le style qui le recommande; et il se montre beaucoup plus sévère à l'égard de l’auteur des Considérations Morales sur la Vie Militaire ‘(le comte de LaTour d’Auvergne) :

Peut-être avez-vous appris la langue dans L’Homond ou quelque autre grammairien : M. le comte parle bien une autre langue, ma foi. ‘ Il est inutile d’une plus longue discussion; si nous avions réussi dans notre but ; il n’est pas nécessaire

d’un long raisonnement ; certainement que, probablement que.

Ne dirait-on pas que le comte est Canadien, et ne croit-on pas lire F. X. Garneau ou M. Edmond Lareau, chez lesquels abondent les phrases ainsi construites ?.. ,

Honoré de Balzac a encore dit :

M. de Musset est un écrivain trop remarquable pour qu’on ne lui dise pas que fut ne se trouve à aucun temps du verbe aller. Si la majeure partie des écrivains du XVIIe siècle on fait cette faute, il est interdit aux écrivains. du XIXe siècle de prendre le verbe être pour le verbe aller *, Il fait aussi la faute de aussi pour si: aussi veut une comparaison. Ces deux fautes et quelques autres sout d'autant plus choquantes que M. de Musset écrit bien, varie la forme et n’a

+ Du temps de Barthélémy, cn disait: “ J’ai été à ia campagze.” Voir Cours de Villemain, 105.—Volney dit que le dernier ro1 de Babylone, contemporain de Cyrus, ‘‘ avait ”” monté sur le trône...

par cette monotonie dans les tems des verbes que je viens de reprocher à M. Ourliac (dans la Confession de Mazonille).

M. Ourliac peut devenir un écrivain, mais il n’a pas encore étudié le travail que demande la langue française et dont les succès sont surtout dans l’admirable prose de Charles Nodier.. il entasse imparfait sur imparfait pendant trois ou quatre pages, ce qui fatigue et l'œil et l'oreille et l’entendement: quand il a trop de l’imparfait, il se sert du verbe au prétérit ; il ne sait pas encore varier la forme et'la' phrase, et il ignore les cisdures patientes que veulent les phrases incidentes et la manière de les grouper. Il y a l’écueil de la monotonie des tems du verbe, que M. Ourliac n’a.pas même soupçonnée.

Il est encore, à bon droit, mécontent de ce style de Ste. Beuve :

Je ne puis m'ôter de la pensée que le spirituel académicien* n'avait accepté cette place que pour avoir occasion, avec ce bon goût qui ne l’abandonne jamais, et avec ce courage d’esprit...

C’est pourtant un académicien, et ce que Ini reproche ici Balzac n’est rien, comparé aux défauts que décèle son style, sinon ses idées, et comme poëte et comme prosateur!…. Ne lit-on pas dans Les Pensées :

Dans ce cabriolet de place, j'examine

L'homme qui me conduit, qui n’est plus que machine, Hideux, à barbe épaisse, à longs cheveux collés :

Vice et vin, et sommeîl chargent ses yeux soûlés. Comnent l’homme peut-il ainsi tomber ?.. pensais-je ; Et je me reculais à l’autre coin du siège.

Mais toi qui vois si bien le mal à son dehors,

La crapule poussée à l’abaadon du corps,

* Villemain.

Comment tiens-tu ton âme au dedans ? souvent pleine Et chargée ; es-tu prompt à la mettre en haleine ?

Le matin, plus soigneux que l’homme d’à côté,

La laves-tu du songe épais ? et dégoûté,

Le soir, la laves-tu du jour gros de poussière ?

Ne la laisses-tu pas sans baptême et prière S’engourdir et croupir comme ce conducteur

Dont l’immonde sourcil ne sent pas sa moiteur ?

Après la poësie, la prose, dans l'Histoire du Palais-Royal :

La grâce cristallise l’âme qui, auparavant, était vague, diverse et coulante. Oui, cette âme qui coulait et tombait comme un fuve de Babylone, réfléchissant au hasard ses bords, s'arrête, se fixe d’un coup, —prend. Elle se redresse en cristal pur, en diamant, et devient une citadelle de Sion, brillante, inexpugnable. Tous les contraires s’y associent. Ce qui était coulant jusque alors, y devient fixe et solide; ce qui était dur et opaque y devient jaillissant et lumineux ; l'eau devient cristal, le rocher devient source, tout devient lumière. (C’est, en un mot, la cristallisation, uon pas seulement fixe, mais vive; non pas de glace, mais de feu; une cristallisation active, lumineuse, enflammée.

Cet académicien a encore pieds tranquillisés, sentiments grondants, cheveux maigris, zéphirs mürissants, côteaux modérés, âme modique, pentes bienveillantes, incubations infertiles, don inoccupé, homme étroitement casé et non rétréci, incubation de piété mürissante.

Alexandre Dumas n’a-t-1l pas dans Christine :

Comme au haut d'un grand mont, le voyageur lnssé, Part tout brûlant d’en bas, puis arrive glacé

Sans qu’un éclair de joie un seul instant y brille. User à le rider son front de jeune fille, Sentir une couronne en or, en diament Prendre place à ce front, d’une bouche d'amart.

M. de Lomenie a dit plus que malicieusement :

Un voyageur qui, du haut d’un grand mont part tout brûlant d'en bas ; une couronne qui prend place à un front d'une bouche d’amant, voilà, certes, un atroce jargon : il y a dans Christine une douzaine de tirades aussi barbares.

Et Victor Hugo, donc! je reculerais devant la tâche d’analyser les trivialités et les smphigouris dont son style abonde, tout en reconnaissant qu’il est un des grands génies qu’ait eus la France. M. Chauveau, au Cabinet de Lecture, nous lisait de lui des vers bien étrangement construits, pour ne pas dire rhythmés ; et dans Ruy Blas, ie poëte a fait plus qu’aggraver ses nombreux défis aux classiques, par ces vers :

AERREEE, FAN RRRES ..horrible corupagnonne

Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne.

AS. MN, ARE ie .....je suis émerveillé Comment l’eau qu'il secoue aveugle un chien mouillé.

Scribe, à son tour, a dit dans Michel et Christine :

Un soldat doit souffrir et se taire Sans murmurer..............…

L’académicien Viennet, qui entendait cela, voulait qu’on mît le feu au Théâtre...

Si cette langue transfigurée, reprend Louis Veuillot.— après avoir eu pour types Rabelais et Marot, avait pu montrer avec un légitime orgueil, comme ses maîtres et ses docteurs, Bossuet et Racine ; et derrière ces noms si splendides, une suite si belle de noms fameux,—aujourd’hui déchue, n'offre plus, ni la majesté du grand siècle, ni même la grâce, la prestesse et la fraîcheur dont l’école gauloise, d’ailleurs détestable, l’avait cependant parée ; si elle n’est plus qn'obscure et fade, chez les uns ; dévergondée, bâtarde et sans loi chez la plupart*; si ce grand et beau fleuve, à la fois profond et limpide, —répandu maintenant sur les terres, n’est plus qu’un marais pestilentiel ; s’il nous faudra bientôt étudier le. français de Rossuet comme une langue morte, et celui de nos journaux comme on étudie l’Allemand,—plus ce malheur est déplorable, plus nous devons chercher à nous rapprocher du beau langage de notre ancienne France. Comme nous devons nous appliquer à bien savoir, il nous faut s appliquer à bien dire. .Cherchons le style ; je, m'attache à cette idée. Avant l'invasion des. philosophes matérialistes, des orateurs poli tiques, des journalistes, des traducteurs, qui l'ont trouhlée entièrement, la majestueuse littérature française coulait dans son lit comme un fleuve... Quand la pensée n’est pas digne, elle se débarrasse d'une noble forme qui la gêne et qui ferait ressortir son absissement : elle prend le manteau vulgaire et l'allure des rues; elle s’y fait, et bientôt, elle ne sait plus se revêtir de l’insigne illustre de sa primitive majesté,

Ainsi le peuple—le menu peuple de Paris avait une bien singulière expression—comme de juste ; eh bien ! la voici s'imposer aux littérateurs mêmes, par exemple Louis Reybaud, qui la met dans la bouche, non d’un journalier, nctez-le bien, mais de son Néponucène f,—un ar-

* Je ne vois pas que malgré le progrès des lumières, les prôneurs de l’indépen-

dance absolue aient fait autre chose que créer des fautes, entortiller des phrases et dénaturer les constructions—Guihle, Périodes de la Littérature.

+ Néponucène Le Mercier, peut-être.

è à. 15:f HÉrE ft « LIÉE V

bitre en littérature! Chs. Hyenne, dans son Bandit Californien, écrit : “ Il se préparait à tirer pour de vrai” Les locutions d'uucuns*, tout de même, un tuntinet, patate, pas mal, mon ou, que sais-je, mt judiciaire, chaque après un autre motf, mises, sur les lèvres des classes instruites, sont encore dérobées à la populace. Le Courrier des Etats-Unis, en novembre 1875, parle à son aise de spéculations véreuses : Mais Balzac, qui adopte pour son propre compte les locutions enmanchèr et démancher une affaire, rfistoler, simplesse, hébétude, notaresse, victimer, peu ou prou, bestiote,—dit bien, cette fois, “ nommées véreuse en argot de palais” Mais M.

Chauveau revenant de France, me disait qu'à Paris il était de mode de parler mal, et celà doit êtr; car outre ce que dit Mde. de Girardin, que pour comprendre l’élégent argot de Paris; il faut l'avoir parlé la veille f; voiéi dés phrases que Balzac met dans la bouche de nobles titrés, d'hommes en place, et d’hommes spéciaux dans quelque étude ou connaissance : : Q

Le notaire revint chez Jui et soumit r énigme d. sa notaresse*.

* Le chevalier Marcel de. Serres ,(Cosmog,. de Moïse), dit ‘‘ certains”. Le peuple de Bässe-Normandie dit ‘‘ d’aucumes fois.”

f Volney dit: ‘“ une durée moyènne de 44 ans pour ‘ chaque 17 et Balzac : “le prix de “chaque ”’ serait de six francs.”

Dans l'inivocation à son ‘pôre dont Dumas fils vient de faite précéder ‘“ Le

Naturel,” il nous dit, parlant de l’insuccès de “Charles VEI ”’;—"°Ce fut un “ four,”’ comme on dirait aujourd’hui dans cet argot parisien qui remplacera peu à peu, "ei sie n’y prenons garde, la vieille langue française.”

+ Ii ditque Victoria n’est qu’une dbgärèssé, voulatit donnet à entetidre;!par ce Métaténen «qe le souverain d'Angleterre n’est qu'une espèce de Doge.

ri BA):

Fe

. . L . 14 LA Îls veulent renverser, dit-on, une vieille école de peintnre.. ah ouin! dit le notaire Perquin.

Le monde, ma chérie, (dit la duchesse de Maufrigneuse), on se comproret autant et plus par des recherches pour le dérouter, que par la liberté qu'on prend à la bonne franquette.. j'ai finement curotté sa coufiance.

Quien, que qu'ça nous fait, dit le duc.

Môsieu, dit Phellion (un archéologue) embarrassé, j'ai fait mon devoar, voilà toute.

M. Picot—un savant, dit :—“ Il vaut autant que la scène qui doit se passer entre mon élève et moi ait lieu entre quatre-z-yeux.

De ne jamais en ouvrir la bouche à qui qu'ee saye, dit le maire Thuillier.

Ces chers bonifuces de Province; tout bonifucement gilets mirifiques, malheureux triste-à.patte….

Si nous retournons du langage parlé à celui des livres, en commençant par ceux d’Eugène Sue, ouvrons Les Filles de Famille :

Je veux bien que l'innocence de Jeanne l’imposât à ce point. —Résumons le fait, et recordons-nous :—avec un accent eogilatif et ne songeant plus à vitupérer contre les San-Privato.— Mon insanité d'esprit me laisse heureusement assez du judieaire pour reconnaître—quelque peu imposé, il faut le dire, par la livrée du messager.—(M. Lambert va aussi reconduire sa belle-sœur quand elle embarque dans la voiture pour s’en retourner)—qu'au fond de l’âme, elle ne pouvait encore désaimer.—J'eanne, par fierté hésitera, répugnera peut-être de croire.—Les exemples sont plus probants que tous les raisonnements possibles.—Celle-ci envoyait quérir cette espèce de chaperon pour n’être pas esseulée lorsqu'elle allait se promener. —L'affectuosité dont il témoignait ordinairement. —Oseriezvous, monsieur, questionner l'intérêt que je porte à ma famille ?

(Dans Secrets de l'Oreiller), Antoine Jourdan, encore plus ému, si possible—Je m'attendais à le voir s'épater de sur-

prise—Mais Cri-Cri avait, en découvrant quel était réellement M. de Francheville, subodoré vaguement la vérité. — Afin d'hériter le titre.

M. Veuillot a bien dit que les traducteurs

ont gâté la langue; m&is passons à Balzac, — d’abord dans Vieille Fille :

Tant elle craignait de laisser apercevoir dans son regard le sentiment qui la poigrait "—(car si dans la littérature du vrand siècle, on parlait, parfois, de poignantes douleurs, dans la littérature du jour, on est poigné à tout instant par je ne sais combien de sensations, de sentiments et de ressentiments !)" —J'abbé de Sponde avait sourdement moyenné ce mariage.— Cette pensée qui lui becgueta bien le cœur.—Consulte done uvec lui sur ce qu’il faut faire—car les terres appartenant à l'abbé jouxtuient celle du Prébaudet.— Mademoiselle Gormon, occupée à euiséner le café de son prétendu prétendu.—Dubousquet, ce grossier républicain, animé par une volonté drue. —{(Dans La Fille d'Eve)—jamais une des femmes qui souhaitait quelque malheur à Vandenesse, ne fuillait à lui répondre —sa robe de voyage en stoff commun.

M. de Lamothe écrit dans Le Faucheurs de la Mort :

Superbe, en vérité, surperbe ! fit César, un peu attrapé de ce que sa cousine ne songeait qu’à lui montrer son nourrisson. —César fut un peu attrapé que dans la lettre, il fût si peu question de Thadea.—I[l y avait pus mal d'enfans.

Si nous prenons Les Aventures de Mauresert, nous ÿ lisons :

Eh bien, cette gentille Diane est si plaisante ; —avec cette

rare ingéniostté qui le distingue—Quelle triste et piètre opi-

+ Le Courrier des Etats-Unis dit que La Demoiselle en Or, par Catulle Mendès, est un roman amusant et poignant.

+ Pour ‘‘ agréable.”

nion avez-vous de ma* judiciaire.—Une barrière infranchissable entre les assiégeants et ceux restés dans le château.— Ah s’il ne s'agit que de sentémentalerie ;—dans l'espérance qu'il la marierait.

On continue en France, à faire des pärenthèses, et de longues parenthèses, mais à les indiquer, non. Veut-on des phrases coulantes, en voici de beaux ruodèles.

Dumas, fils, académicien après son père, commence de la sorte un alinéa et une phrase interminable :

A celui-là un regard presque imperceptible qui glisse entre les paupières comme un r yon de soleil et auquel il répond par un sourir qu'il s'efforce de laisser voir a ses voisins, pour que ceux-ci devinent son intimité avec l'actrice

Contre son ordinaire, Lamartine n’est pas plus limpide, et, peut-être, est-il moins correct dans ces vers de la pièce intitulée Le Rhin :

Allons comme Joseph, comme ses onze frères, Vers les limons du Nil que labourait Apis, Trouvant de leurs siilons les moissons trop légères, S'en allèrent jadis aux terres étrangères

Et revinrent courbés d'épis.

Nous allons retourner à Balzac pour les parenthèses :

* Aïnsi nous voyons ‘* mon ” et “ ma ” judiciaire, et on lit tant il. y a et taut y a, tous les effluves, toutes les effluves.—Châteaubriand dit coûte ‘ qui ” coûte, et Lamartine coûte ‘* que *’ coûte; les uns passivité et d’autres passiveté, féru de féru ‘“a.”’—Bénard. dans son Dictionnaire Classique, dit que “féru’’ est un terme vétérinaire qui signifie ‘ frappé d’un coup,” et, au , épris, féru ‘‘ d’une ” chose. Toutefois Châteaubrisnd dit que Louis XVIII ‘était féru “à” l'esprit d’antipathie des classiques contre les rowantiques.”

Depuis que Rogron aimait, ne profanons pas ce mot, désirait mademoiselle Chassebœuf (Les Célibataires).

“ À vingt-deux ans, une fois reçu docteur en droit, mon vieil oncle, l’abbé Lauraux, alois âgé de 72 ans, sentit la nécessité de me donner un protecteur et de me lancer dans une carrière gueomque- qui ne croit que c’est l'oncle qui a été reçu

octeur ?.… :

Ces arbres, victimes des ouragans, venus malgré vents ct marées, pour eux le mot est juste, préparent l’âme au spectacle triste et bizarre des marais salants et des dunes, qui ressemblent tant à une mer figée *.—{Beatrix).

Baizac n’a avoué une paranthèse que dans une phrase où il y en a, pour ainsi dire, deux :

Dans le paroxysme de la passion où sa duchesse l'avait plongé de deux heures à quatre (il donnait ce nom à madame de Marneffe pour compléter ses illusions}, car Valérie s'était surpassée, rue Dauphin, il crut devoir encourager la fidélité promise en offrant la perspective d’un joli hôtel.

Nous avons un reliquat de compte avec Honoré de Balzac, sans pour cela oublier qu’il donne à autrui de fort bons préceptes ; mais les locutions qui suivent sont encore siennes.

“ Maxime les a blousés ; il intrigaille à la chamb.e ; des convictions immarcessibles, l’histoire de France waiterscottée.— Aussi risqué-je de m'entendre taxer d’aristocratie, de carlisme et de bordelisme.”’—pour dire partisan du duc de Bordetiux : on a dit henriguinquiste, et c’est moins mal, quoique aussi peu gracieux que le mot montréalais de M. Chauveau, qui a adopté aussi d'aucuns Ÿ, m'est avis : (m'est d'avis, chez M. Lareau.

. + C’est sans doute ce style qu Aube: de Gaspé, fils, aura voulu imiter, quand il a dit dans “L'influence d'un Livre * :—‘ Un tapis élégant, un sopha, quelques chaises, une table, une bibliothèque en acajou, un grand fauteuil, un lit de camp, un feu de grille, car un étudiant n'aime pas le poêle, et une armoire, voilà de quoi rendre heureux.’

+ “D'aucuns ” n'est à su place que dans cette phrase de la femme Cipot de Balzac :—* D'aucuns disent que ceuze qui font la ptite bouche, font des façons

pour manger cräinte qu'y en aye pas assez pour ‘ deusse.’ ”

Dumas, père, écrit dans La Reine Murgot :

Avez-vous, ou non, proposé à mon beau-frère, là, tout-àl'heure, le duc étendit la main dans la chambre du Béharnois, votre secours et celui des vôtres pour le réinstaler dans sa royauté de Navarre ?

Dumas, qui semble avoir énormément produit, fut convaincu par Eugène de Mirecourt, non-seulement de travailler en collaboration, mais d'acheter et de signer de son nom des manuscrits qu'il livrait à l’impression parfois sans les lire. Aussi Auguste Macquet, qui était bien le père des 7rois Mousquetrires, étant bien-aise de prouver au public, ou du moins à la société des hommes de lettres, que son chef de manufacture n’ajoutait pas une syllabe et ne retranchait pas un iota du travail acheté au rabais, composait, séance tenante, sous les yeux d’une demi-douzaine d’intimes, une phrase de cinq lignes dans laquelle était répêté seize fois le mot que, cet éternel désespoir de l’écrivain,—ce caillou qu’une langue ingrate fait rouler constamment sous la plume, dit le critique, qui continue : “ jugez de l'harmonie de la période! les intimes s’écriaient: Dumas en biffera bien deux ou trois... Je parie pour sept; 1l en restera neuf, c’est fort raisor table... M. Dumas ne biffa rien ; le jour suivant, cu put Wir toute cette fourmillère de que grouiller * dans le feuilleton du Siècle.

+ “ Grouiller ”’ passe ici, mais non dans cette phrase du “Comte de Montestruc” qui se publie dans la Minerve: ‘.... ou parmi les GA po de laquais ‘“ grouil-

lant”’ autour des portes et dans les vestibules.”— aussi, fait grouiller les humains.

La Tour de Nesle, publiée sous le nom de Dumas, était, en réalité, de Frédéric Gaillardet, qui fonda le Courrier des Etats-Unis.—M. Gaillardet se moquait parfois du français d’Octave Le Tourneux dans le premier A/bum de la Minerve: M. Le Tourneux, mort jeune homme, eut une fois sa revanche; il surprit son aristarque se passant l'expression & {a pointe de la victoire !… Balzac fait, à son tour, son notaire Bordin dire:—à lu pointe de ma mémoire !...

voilà qui nous donne des victoires et des imémoires pointues !—Tout récemment, Léon Chapron, voyant se marier à 80 ans, à une belle jeune fille de 65 ans, Emile Marco de St. Hilaire, qu'il croyait bien mort, s’écrie :—%* Marco de St. Hilaire était un sincère; je lui souhaîte du plus sincèrement de moi...”

. On n'aurait jamais fait en relevant les fautes des romanciers. Si nous fesons une excursion au vol dans les œuvres des écrivains plus graves, Alexandre Thurot, traducteur de Heeren, dit que Darius commença son règne par faire périr Bagoas, et que les Satrapes se faisaient la guerre les uns contre les autres. Il dit encore d’où il sex suit. Desmarais ( Tubleau de la Civilisation) écrit :—“ Nous avons pensé que ce ne serait pas avoir inutilement médité, ex offrant quelques observations...” M Thiers, l’un des meilleurs écrivains de France, n’a pas évité la suivante redondance, en parlant de la bataille

de Talavera:—“ [leût fallu avoir à soï six Jours de plus. De plus en débouchant..... Thiers, Volney, Marcel de Serres calquent les Anglais quand ils écrivent, le premier : “ ]a masse était impossible à entamer :’ le philosophe, “ le manusérit du Vatican, modèle de nos imprimés, lit deux ans, comme lhébreu ;” et l’auteur de la Cosmogonie : “ Les résultats de cette comparaison prennent une nouvelle importance lorsque nous les trouvons d'accord avec ceux consignés…..” M. de Valcourt écrit “ cela va de soi ;” mais, réflexion faite, le soi ne se peut appliquer aux choses,—rion pas même convenablement à tous les animaux ; maïs à l’homme ! Il en est de même de soi-disant, quand l’expression ne se peut appliquer à une personne. On ne peut plus est encore s'exprimer incorrectement quand, dans la phrase, il n’est question de personne : évidemment 1l faudrait dire alors, il ne se peut plus. Ces trois manières vicieuses dé parler se

rencontrent dans la Revue de Montréul, mais “oi communes à ses rédacteurs et aux écrivains français du jour. M. Amédée Pichot et beaucoup d’autres disent à ce qui pour à ce qu'il me semble.

Après avoir avoué une digression un peu longue, je me permettrai encore, pourtant, de citer ce qu’a pensé le professeur Guihle des productions des romantiques :

La littérature romantique est sans vie réelle, comme bouffe

dans les mots, mais étique dans les idées. Si vous avez encore une littérature, ce sera la continuation de la littérature classique, chose, du reste, difficile et douteuse ; car lorsque en tout, les premières places sont prises, les chances sont bien défavorables aux génies nouveaux-venus. Les sciences avancent toujours, parce que la nature est inépuisable dans ses secrets; mais les littératures s'arrêtent enfin, parce que, bon gré, mal gré, toute imitation raisonnable a son terme *.

Pour nous, Canadiens, nous ne sommes pas si usés.

Tout est neuf, en Canada, dit un écrivain qui est bien français — Isidore Lebrun, — nature, climat, histoire ; et ce vaste pays est si mal connu de l’Europe; les voyageurs ont tant calomnié ses habitants ; même les belles Canadiennes, dont M. Bibaud se fait avec justite le champion. C’est une tradition qu’un de nos pionniers rencontra proche du Mont- Royal de Jacques-Cartier où des ruines de la bourgüde d'Hochelaga, un vieillard qui avait survécu au massacre de sa nation ; on trouverait dans leur entretien le sujet d’une épopée. Îl existe encore des peuplades d’aborigènes, restes de tribus belliqueuses, aimantes, féroces. Leurs énergiques harangucs, leurs assemblées, leurs chasses et leurs amours n’ont pas encore été traitées par la poésie. N'’a-t-on plus de souvenir pour les grands chefs des Iroquois-—Ourehouaré, orateur et si habile diplouiate; Adharata, brayé comme Bayard; Ponthiac. le Spartacus modera1e; Tecumséh, qui, dans notre siècle, s’est montré un autre Guillaume Tell !… le beau talent de M. Fenimore Cooper aurait-il épuisé la peinture du caractère et des mœurs de ces tribus ?... Pokahoukas est une héroïne plus digne qu’ Atala, immortalisée par le génie.

I} n'est que trop vrai que nos poëtes,--que nos romanciers surtout, n'ont pas encore embrassé les grands sujets—le passé de nos abori-

M. Guille s’est exprimé sur la littérature romantique à la façon un a À gen

matique des professeurs ; pour ma part, le discours récent de Victor congrès littéraire, me paraît digne de l'admiration du monde entier.

LOL

‘ gènes; inals, si nous n'avons pas encore de Coooper canadien, il en surgira sans doute; car madame Manoël de Grandfort a dit, au milieu d’une charmante description du Canada, faite à vol d'oiseau :

Là davantage qu'en Ecosse, les lacs sen.slent enveloppés de mystère et de silence ; il est impossible que sous leur onde

calme et pure, il ne se cache des fées puissantes ou gracieuses, prêtes à répondre à l'appel naïf du génie.

Notre nature est neuve :

A nous ses champs d’azur et ses fraîches retraites, Les ilots couronnés de mouvantes aigrettes, Les monts audaçieux ; Les arômes piquants que la wer y dépose, Et son grand horizon où votre œil se repose Comme l'étoile aux cieux.

a rhythmé M. Fiset.

Cependant deux siècles durant, à dater de l'établissement du Canada par les Français ; cette grande nature, dont la contemplation rendait éloquent l’homme sauvage *, n’a inspiré ni un poëte, ni un orateur ; bien peu s’en sont inspirés naguère encore : ce qui accuse chez nos écrivains plus de simple talent que de génie. N. Bourassa est encore, jusque à présent, celui qui a choisi le plus grand sujet. Jeaw Rivard, par Gérin-Lajoie, n’est point un roman du tout, encore bien que M. Hector Fabre nous dise que

+ The language of these tribes is poetry ; the imagery of nature amid which

er 4 live has imprinted a majestic character to their thoughts.—Sir Archibald son.

l'ouvrage, avec les Anciens Cunadiens d’Aubert de Gaspé, est propre à fixer le genre du roman canadien : il n’y a là aucune fiction, nulle intrigue, non plus que dans la Fileuse de M. Beaugrand *; je pourrais en appeler à M. Gérin luimême dans la Préface de son œuvre éditée en volume. Quant aux Anciens Cunadiens, je ne me persuade guère plus que ce soit là un roman : ce qui importe davantage, du reste, ces deux œuvres sont des joyaux de notre littérature.

Pour ce qui est de nos romanciers véritables, ils ont manqué d’haleine. MM. Chauveau et de Boucherville, qui ont commencé aussi bien qu’on fait en Europe, n’ont pu venir à bout d’un roman sans interrompre leur travail, et tous deux ont une seconde partie beaucoup moins soignée et digne de lecture que leur première. M. Marmette, plus fécond, a du mérite, quoique nous ne voyions pas, avec Raoul Frary, qu'il marche sur les traces de Walter Scott et de Fenimore Cooper qui, eux-mêmes, diffèrent beaucoup l’un de l’autre.

Nous avons cité un poëte canadien —Fiset ; parlant d’un autre versificateur, —L. H. Fréchette, Théodore Vibert lui-même, un des poëtes parisiens, a dit dans la Tribune Lyrique :

Ce qui constitue la grandeur de la littérature française, c'est sa vertu d'expansion, d'où naît sa variété. Ce n’est pas

* Ce dernier ouvrage a obtenu l’éloge du Courrier des E.-U.

seulement Paris qui est la patrie des grands noms qui lui font honneur. (Chambéry n'’a-t-elle pas produit les deux De Maistre?. Genève Jean-Jacques Rousseau ; Constantinople, Chénie:, et l’1sle Maurice, Parny ?... C'est done sans surprisé que nous voyons le Canada, demeuré si français en dépit d’une domination étrangère, donnant le jour à des écrivalns dignes, à tous égard, de l’ancienne métropole. , Je ferai choix d’un entre cent à cause de sa jeunesse autant que de sa gloire, dont il répand un rayon sur le pays de ses ancêtres.

. —Ne terminons pas cet opuscule sans dire un mot de nos orateurs. Je ne parle point de Papineau : H. Fabre, dans un écrit que l’on vient de citer, n’a pu, encore qu’il porte un culte au nom de cette figure de notre histoire, qu’il n’abondât dans notre sens: il ne s'éloigne pas du moins du jagement que nous-même avons cru pouvoir porter de L. J. Papineau, comme orateur au Punthéon canadien. Son éloquence populaire a eu, néanmoins, le succès du moment et orné’ son front “d’une auréole d’orateur à laquelle l'examen ne peut que nuire ;” telle qu’elle fut, elle lui a valu une mention gloriense dans une œuvre littéraire de Chs. Trolopp :

Whighs et Torys, par un tacite accord, laissent de côté le dédale d’embarras et d'obstacles où, ce qu’ils appèlent la fatalité a poussé l’Angleterre. Ils ne disent pas que Papireau, l'illustre agitateur de l’Amérique du Nord, préside la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada, et combat victorieusement leur domination sur une contrée aussi grande que l’Europe.

Nos Canadiens qui parlent le plus facilement en public sont, entre les citoyens, MM.

Gugy, Laberge (décédés), Loranger, Chapleau,

Wilfrid Laurier ; il en fut ainsi de Louis-Siméon Morin, « ui Vient de quitter ce monde, quand brillait fe jéunesse.—Dans les rangs du clergé, Re jer Rd des Ha} Max) A ms

Le de 0 de ann A pt ‘qui, rêussit lé Mieux. À son service atiniversaire, Îe 4 détobre 1826, il pronon à sou € élo oge nus 4Vec üné Force et un talent distingués, … e plus juste tribut dé Vélération et dé Ho fat rendu en cette, circonstance à, la, mémoire du grand homme, qui n’est plus...” I\ aurait ainsi remporté la p pale : sur ui éuropéén; tel qu était l'abbé Raul. L'éx-abbé Chiniqüÿ: à cp fort populaire comme: Sata à de la témpé

rance ; Le ue Chs, L FR ue a RTE © S Fe Nes ac uels des ToIs- Hivièn S “is 1er e À PEMent de 1ios jours, dans se gel ae rage M. Ampère, a parlé avec éloge du langage et de Rcnte Ÿ Re dé: M: AS DRE :

IC fondateur Diücharnié ÿ rEnss Sail ‘bien;

; nm, 1€ non MOIS notre. ancien évêque, dans, ses 61 . de; Denis-Benjamin...Vi iger,; de. Louwis-Hyppolite LaFontaïne et de Ths, D’Arcÿ sh cette victime d’un assassinat.

A l'égard du don naturel dont nous parlons, —l'improvisation, M. Chauveau ne vient peutêtre qu'après nos orateurs profanes que nous avons nommés; mais ils n’ont pas comme lui, à la gloire des preux de 1760, un chef-d'œuvre édité d’éloquence, reproduit, presque en entier, dans l’Annuaire des Deux Mondes. Je dois ajouter qu’il n’a pas été moins heuxeux sur la tombe de F. X. Garneau. Si l’éloquence improvisée semble plus digne d’env'e—si enviable, qu'Hérode Atticus, dont on a découvert depuis peu la statue, dédiée: par Regilla, son épouse, prisait plus haut que l’honneur d’avoir été consul, le don d’être disert; si l’éloquence improvisée semble briller davantage devant nos contemporains, suivant le mot d’Ovide :

Eloquio tantum nobilitatis inest,

elle ne dit rien à la postérité, hormis quelques souvenirs qu'elle est impuissante à apprécier avec entière connaissance de cause.

—Enfin je laisse la plume à Henri-Emile Chevalier qui, durant neuf années, résida parmi NOUS :

Longtemps maladif, timide et honteux, pour ainsi-dire, notre idiome prend maintenant santé et vigueur sur le contivent d'Amérique. Il prête ses forces à la nationalité canadienne. Dé splendides horizons se déroulent devant tous deux. . La dernière va de pair avec le premier ; et l’heure n’est peutêtre pas éloignée où Ja famille franco-americaine rayonnera

es

autour d’un foyer lumineux dont la nationalité littéraire canadienne sera le centre. C’est cette nationalité qui a dieté de si belles pages à M. Chauveau dans son Charles Guérin : - c'est celle qui, bien certainement, inspira M. J. G. Barthe, quand il écrivit le Canada Reconguis par la France. C'est celle qui anima M. Bibaud, père, —qui anime M. Maximilien Bibaud ; qui accorde tantôt la harpe patriotique d'Octave Crémazie * et tantôt la lyre harmonieuse de M. Joseph Lenoir; c'est elle qui jaillit de la bouche de tant d'orateurs éloquents, enflamme tant d'écrivains distingués, —elle qui conseille la brillante jeunesse des Instituts du Bas-Canada.

Et le suffrage précité du poëte Vibert réalise pour nous, sans doute, ce prochain avenir littéraire que pressentait, en nous quittant, H. E. Chevalier. Le Canada, à la vérité, n’a point encore de Théâtre (les jolies pièces que l’on a de Joseph Quesnel, Pierre Petitclair, l'abbé T. B. Pelletier, Gérin Lajoie, L. H. Fréchette, Gabriel Marchand, E. Labelle, ne sont en nombre, ni assez considérables en elles-mêmes pour nous en constituer un); mais peut-on dire que les Etats-Unis en soient plus que nous dotés ?..

Quelque progrès et rapide progrès que nous ayons fait pour tout le reste, on r’écrit pas, toutefois, l’histoire d’une littérature qui ne compte ses œuvres que depuis quelques lustres ; œuvres dont les auteurs sont, la plupart, nos contemporains, L'enfant de l'abbé Casgrain,—l’histoire. seulement commencée dé notre littérature, n’est

* La traduction d’Evangeline fait pour nous de Pamphile Le May, le pne”

de nos parce que c’est là une œuvre, ce que ne sont pas des poësies déta chées quand même on les imprime à la ribambelle. ,

NS

pas né-viable, et M. Edmond Lareau a eu l’heur et malheur d'entreprendre un hors-d’œuvre ; si c'était à faire que d'écrire cette histoire, ce grand:œuvre Se devrait de tomber au:lot d’un écrivain plus mûr'et mieux doté, sinon en fait dé talétit, du moins pour ce qui est de l’orthologie et de la méthode. Ce qu'il,a Es ne répond.à rien moins qu’à son titre ambitieux : c'est un catalogue, une-:monenclatüure, il ne se peut plus confhse—anglaise comme française, de reproductions, de publications, de livrets rudimentaires de toute sorte; comme: si: jamais la France avait rangé Barême, Landais et: Noël entre ses littérateurs; que des traités de médecine vétérinaire, de procédure judiciaire, d’arithmétique,—voire même nos barbares statuts provinciaux et leur /ndex—étaient du domaine de la littérature et fussent susceptibles d’êtré élevés jusques à elle !..! Le jeune aspirant omet nos orateurs, no. publicistes, mais, en revanche, il qualifie tel tout journaliste, même le plus imberbe. A vrai dire, d’autres que lui tombent dans ce ridicule, puisque on lit chez Balzac ( Monographie de. lu Presse Purisienne) :—“(Ce nom de publiciste, jadis attribué aux grands écrivains, comme Grotius, Puffendorff, Bodin, Montesquiet, Blacktoné, Bentham, Mably, Rousseau, Adam Smith, est devenu celui de tous les écrivässièrs qui font de la politique.”

Pour fevenir à M. Lareau, l'orthologie, en

partitulier, ou la correction du disqours, parait lui être étrangère, et. porte malheur, alors, à certaines pages brillantes qu'on peut eroire glanées de-ci. et. delà: M. Lareau, en un. mot, est. loin de, pouvoir être.admis de primessaut. au droit de cité dans. la république des lettres pour son style, à À défaut de maturité. Il ne fut pas du nombre de.ces s jeunes: écrivains--les Buies, Faucher de St. aurice,, Marmette*, Sulte, qui, . apuère ont surgi tout armés tels que. «Minerve. M. ne peut, pourtant, ‘ui refuser l'amour. des. lettres et, dans ses. Mélanges de. Littérature et d Histoire, les fautes foisonnent beaucoup:moins que. dans, son premier, ouvrage. M. Napoléon Legendre aspixerait, sans présomption, à prendre rang dans cette pleïade si, chez lui, l’étude.était au niveau du talent; mais outre que, dans son: € Albani,” il nous, dit. que Paris est; le berceau des arts, son Essai précité offre des défectuosités par. trop. apparentest, Prendre pour: point de départ le Répertoire de Huston est.une singularité que n'eût.point commise le compilateur, avait, promis dans sa, Préface, le. catalogue

de livres et. brochures publiés, en Canada: avant 1848 j. Après avoir failli à dire ce qu” entend.

* On > SES se Pen de M. Marmette, qu’il sur ait dû, à MR de are Le ia or note) dit Balzats EST ST DURE ui dégénite Be 16 ba romancier

M Ronan Hnot lui reproche la légèreté de ses appréciations. de ue. et de! on

t Il n’a donné que celui des journaux.

par littérature, il ne donne l'exclusion au genre historique que pour faire une exception en faveur de F. X. Garneau, dont il nous dit, toutefois, qu'il a écrit sans aucune prétention litiéraire. Encore ignore-t-il M Aubin comme littérateur, et le remplace par l’abbé Verreau, . dont la spécialité est précisément une branche secondaire du genre historique. . Il parlé de nos poètes sans montrer le moins du monde qu’il possède le discernement des genres divers de la poëtique, et il faut bien dire que sa pièce Les Morts, dans la Revue de Montréal, accuse une grande inexpérience : il y a surtout d’ineffable ce refrain continuel,—— Qui sait si ce n’est pas une me en peine !.. Il admire beaucoup moins notre littérature que les européens; toutefois il terminé son Essai comme l’on fait un sermon : 1l rassure ses auditeurs én disant qu’il ‘s’est décélé un progrès depuis dix ans, et bénit ses amis à droite et à gauche. malheureusement, au point de vue de la critique, c’est précisément depuis douze ou treize ans que les Canadiens nouveaux-venus qui écrivent, le font sans s'imposer aucune règle quelconque et absolumentcomme il leur plait d’écrire, sans le moins qu’il soit possible, regarder au langage. Pour rester juste, je dirai néanmoins que chez MM. Monpetit, Faucher et lui-même, M. Legendre, la forme est rarement fautive * ; cependant, le

* Dans les rangs du clergé. les abbés Raymond, Pilote, Barret, Tassé, Nantel Baudet écrivent notre langue avec une pureté trèe-remarquable. s à 3

premier a clinquanté plus que de raison la Préface et la biographie qu’il a mises en tête des poëêsies de l’intéressant Elzéar Labelle.

On entend bien que nous-même, d’après le principe ci-haut émis, ne prétendrions pas écrire’ l’histoire de notre littérature, si tant est que le temps en fût venu,—trop heureux si cet opuscule et nos travaux bibliographiques —inédits pour ce qui est postérieur à 1857, pouvaient être comptés un jour au nombre des bases d’une pareïlle histoire abandonnée à la postérité: M. Benjamin Sulte a dit. du moins :

L'on ne pourra écrire son histoire qu'avec peine et misère tant qu'une élaboration lente et courageuse n’en aura pas préparé les matériaux. (Cela peut surprendre, mais c'est ainsi. Remercions donc Bibaud, Morgan et M. Edmond Lareau, qui Ont entrepris successivement cette tâche ardue.

Que M. Sulte n’a-t-il nommé le regretté G.

B. Faribault!… c’est sans doute parce que cet érudit, quand il a écrit son Catalogue, qui a attiré l’attention de Trûbner*, ne pouvait guère avoir encore pour Champ que les travaux européens ayant plus ou moins trait, non-seulement au Canada—ce qui, alors, eût été trop peu ; mais à notre Amérique en général. La bibliographie proprement canadienne, ‘sans qu’elle eût l’exclusion, ne fut—ne pouvait être son thème ; et toutefois, son œuvre est loin de ne pouvoir être utile à notre but. L'auteur a jeté sous les titres

* Guide to American Literature.

des ouvrages de Ducalvet, Bouchétte, Berthelot, l’abbé Foïmes des nloticés non moins judicieuses qu’elles sont à leur éloge; et le Commandeur de Püfbisque hi écrivait dé Paris:

.. J'aïlu d'un ‘bout à l’autre yotre catalogue raisonné ét an- ! noté d'onvriges sur l’histoire d'Arhérique et particulièrement

du Oiinada. ‘Ce travail d'un bibHophile ‘constiencièux ‘m'en a. plûs appris en qüelques pages que certaines histoires en ‘ trois ou quatre gros volumes, et sa place, ést déjà narquée daris ma bibliothèque, à côté de mon ami Ternaux-Compans,. le'prértier Pibfographe américain de Paris. ” L

Ce n’est pas tout, l’auteur a aussi répandu

quantité de notes précieuses dans les publications de li Société Littéraire ét Historique de notre vieille capitale, de laquelle il a été le secrétaire à vie. On voit assez cé qu’à perdu ce corps, savant en perdant George Barthélémi

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