‹ Le mémorial des vicissitudes et des progrès de la langue française en Canada [microforme]Chapitre 10 sur 12 · FE EN · texte numérisé non relu

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, m'en semble pas moins qu’il aurait mérité: le même éloge, à peu près.

"Généralertent parlant, continue l'éditeur de l'Encyclopédie, les Français de Paris et des Provinces ne prononcent pas exactement et en tout comme les Canadiens qui n'ont pas séjourné en France : ,et c’est ce qu'on à dû remarquer particulièrement à Montréal, en entendant les sermons prononcés à l’église paroissiale ou au collège ; c'est cé qu’on a pu remarquer encore aux représentations d’aurateurs données par dés Français et

des Canadiens, , Les goûts sont différents : quant à nous, la

prononciation des Français, en général, qu'ils soient Belges, Bretons, Limousins, Lyonnais, Boureuignons OU. autres, NOUS semblé plus agréable que la tôtre, pourvu ‘'e 'élle ne diffère pas trop de celle de Paris.

Et pourquoi cette réserve ? ?.: c'est qu’il cite de l'abbé D'Olivet ce qu’on a produit deux fois plus haut, et qu'il fallait bien omettre ici pour éviter une rifournélle fastidieuse ;— passage d’ailleurs qui deviendrait moins ‘flatteur pour nous, Canadiens, s’il est vrai, comme le disait Mde. de Girardin en 1837, que le fameux chanteur Duprez * prononçait : “ ma pâtrie ; #’ Mde. Paradol : ou'êles eu au ieux.—Vous êtes de faux dieux — supprimant toutes les consonnes; Mlle. Nôblet : K7chè mu juha”—chez moi! et "Mile: Ida: Ah baban, je suis bien budheureuse?. Frédéric Le Maitre, enfin :—Æul la marr, montdäât lojors — Et la mer montait toujours!... Le

© Bibaud reprend ses observations :

.: Cependant il doit y avoir en Frauçe des praytagen où l'on

it Sous qui, l'Albaui, nôtre Divs, a depuis étudié ROTATE

prononce généralement comine en Canada; la prononciation de feu M. Chicoisneau ne différait pas de celle des Canadiens instruits, comme se le peuvent rappeler encore ceux qui ont entendu ses discours en chaire ou ses exhortations. Nous en pouvons dire autant de M. Hoûdèt, et à peu près de même de M. Rivière, bieu qu’il fût’ lyonnuis ; de ‘M. Thavenet, qui passait pour parler ic français avec la plus grande pureté, et pour le prouoncer de la mauière la plus correcte et la plus conforme au bel usage.

Assurément, toutefois, aucun Français n’a ‘jamais prononcé le mot neige comme si l’on devait écrire nége; ni placé: l’accent circonfiexe | sur es mots beurre et peur, ainsi que le font les Canadiens instraits les plus sur leurs gardes. Tous, aussi, nous doublons la lettre ! dans je l'ai, nous l’avons—prononçant je [l’ai, nous {l’avons, |

D’après ma propre observation, du reste, il en est du P. Martin, des supérieurs Granet et Baile, de feu M: Rambeau, du Dr. Picault et de J.-Bte. Desplaces, comme de MM. Chicoisneau et Houdet, au dire de mon père. La prononciation du professeur Sery, rhéteur et puriste ; du supérieur Quiblier,—du Procureur Larue, encore, ne différait ou ne diffère que bien peu de la nôtre; mais celle dé MM. Fay et Larrey, —de l’avocat Taiïllades et de M. F. de la Ponterie, beaucoup. Henri Emile Chevalier parlait comme les Canadiens, à peu près, et pour n’avoir eu qu'une fois le plaisir de rencontrer le professeur D’Anglars, j'ai noté une différence s

peu perceptible que je croirais que c'est moins à la prononciation en général, qu'il a à faite la guérre, qu'à certaines: locutions particulières. Le révérend James Roy, déjà cité, et qui paraît avoir étudié les Français chez eux, écrit cependant :

Tout le pays se sert l'de termes que la France d'aujourd'hui trouve incorrects.” ” “H protive par des citations que les Canadiens n’ont guère créé ces termes, mais les ont importés de la Nortnandie *, et continue :

La linge que l'on parle en Carada possède une littérature et-ane prononciation qui lui sont propres ; mais cette deruière ne se fait sentir dans là littérature de ce pays par aucun signe d'épellation, de sorte qu'elle ne, s'accorde pas avec la RARE D du mot dialecte, Üette prononciation est bien différente celle que l’on trouve à Lyon ou à Orléans; mais persôtine lisant au loin une œuvre de littérature du pays ne soupçonneraît l’étistende d'une prononciation différénte de céllé qui prévaut dans là meilleure société de France.

Et plus bas il conclut de la sorte, après avoir tnontré comment prononçaient Molière et Louis X1V.

Céi'est donc pus le français du Canada qui a dégénéré ; c'eét 16 français dé Parti qui, preusé par l'influence erbiseunte de: l'accent des basses elasses}, a shaodonné sa vieille prononciatjon pour eu adopter une qui est encore plus éloignée que

: sd ce que nous cof er) nous-mime à la’ léctare dun roman de Barbey PA An TE A a Te Men d'énnar te ape © ge à Donne tel ‘‘ cner - pour savoir. QE Au jour de Pèques ‘en suivant! 1"

.A défaut des traits que n donnefons, le Forge de fie smmoir” é'E- AS Re PA Le nent do V'assértiod: dé M. œ

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celle du Canada, des sources du latin mérovingien et du latin des soldats de César. Les sons du vieux langage étaient devenus étrangers à Versailles ; mais les habitans de Rouen et de Falaise Les avaient conservés. Au point de vue philolovique, le fransais du Canada est done plus pur que celui de Paris. Si l'idiome canadien n’est pas grammatical, c’est plutôt à cause d'un changement d'opinion survenu chez les grammairiens de France, que par suite d’altérations produites en Canada.

Il ajoute ailleurs que le français de Gaspé est, à tout prendre, le même que celui de Manitoba. Tant il y a que nous avons sur les Français l'avantage, au moins, de Puniformité de prononciation et de langage; tandis que Bordeaux, Montpellier, Marseille, Nice, donnent, dans notre métropole littéraire, des disparités plus ou moins choquantes.

S’il est canvenu que notre langage l'emporte sur celui des Français par l’uniformité, tout en le cédant en grâce à la prononciation ‘de Paris et de certaïnes parties de la France, —ce sera le lieu de nommer ici ceux de la génération actuelle que je connais, entre les Canadiens, * comme se distinguent par leur langage dans a conversation : ce sont M. Dessaules, Bartne, aîné, les frères Kuy, J. C. Robillard, P. Magdonel, À. Lévesques, les docteurs Bibaud, Fortin, Leprohon, Trudel*, Gariépy, D'Orsonnens, Coderre,—Ls. Ricard, Îles messieurs Loranger, H.

Fabre, Jos. Royal, E. Piché, Jos. Turgeon, A.

* La Médaille Dufferin et le Prix Maison-Neuve, remportés par M. J. Bouthilier Trude, nous promettent en Jui un écrivain distingué de plus

Turcotte *, B. et A. Globensky—MM. Doutre, Brancheau, Lacoste, Belle, Archambault, Trudel, Perrault, Mercier, de Lorimier et de Bellefeuille—Ouimet, Taillon, N. Bourgoin, E. Bibaud ; quelques juges et magistrats f; M. Campbell, du Greffe; MM. Labadie, Papineau, Jobin, Lamothe, Bourbonnière, Hétu, Descary, du Notariat : autres sans doute.

—Mais voici les locutions que je peux n’avoir pas relevées encore et dont l’on doit se garder dans la conversation autant que dans les ? L2 écrits :

C’est de valeur, pour regrettable, luissez-moi avou', présumer de; c’est un homme bien 4nformé ; il est bon pour quelques mille louis; {a confiance que je repose, faire application, plateforme électorale, issue pour émission, sous ces circonstances, exembplifier, sfock de marchandises, store, state-room (cabinet), ticket, snack, match, smart, shop, bargain, constable, foreman, job, fun, bill, poll, husting, coaxer, slippers (pantoufles), cluirer, settler, acter, factrie, stool (tabouret), plée, closets, steps (faire des), driller, stewmship, buffalo, torpedo (torpille), shaver, gambler, lunch, discompte, chapeau de Zeghorn, superintendant, la rue St. James, mahogany pour

* Actuellement Orateur de l’Assemblée Législative de Québec. + Entre-autres, M. L snoyers, élève distingué du Professeur Gurnot.

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acajou *, ridicule pour réticule, méque pour aussitôt, grouiller, pour remuer, :démancher pour défaire, écolletée pour décolletée, vous êtes correct, si possible, de if possible : on dit en bon, français s'u est; possible ; diplômé est un mot mal dérivé.

Les mots délivrer, référer, qualifier, marier, payer, délivrer, appointer, rappeler, démettre, renverser, témoigner, contempler, entretenir, décourager, capacité, caractère, mesure, information, évidence, considération, nouvelle, prémisses, précepteur, pupille, qualification, calculé, impropriété, sont tous des mots français ; mais nous nous donnons le tort de les employer trop souvent dans une acception tout anglaise f. £n français on ne présume pas de faire quoi que ce soit : on se présume; on ne réfère pas à une autorité légale; on s’y réfère ou on y refère le magistrat ; être satisfait ou positif que, déccurager tel ou tel projet, contempler pour précoir, pour «ttendre ou projeter une occurrence, une action ou un résultat quelconque, décliner, comme étant invariablement synonime de refuser, délivrer un discours, payer une visite, renverser pour, canceller une sentence ; rappeler pour abroger, gualifier pour rendre habile à telle np au meilleur de ma connaissance, tra-

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+ Peut-être Théophile Ganthier, asus à la notice bi bicgrapuique d de te Made, de G Gi rardin, est-il trop conscient de l’anglicisme qu’il commet pour qu'on le lui rep et d'autant moins qu’il parle des Angiais.—‘ Elle recevait ses amis dans À À Li à à coucher; que la p'ideur pe s’effarouche et ne crie pas à l’improp AU

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duction assez gauche de to the best ; pour valable considération sont des anglicismes de même que séparer avéc. On Hit dans “ Rosalba :” Episode de l’ “ Insurrection de 1837, dans lOpinion Publique : “La zône étroite des Cantons ide l'Est, qui la sépare avec les Etats-Unis.” Ce-sont encore des angli ,smes que l’on commet quand l’on dit le 10 ultimo, vi& Boston, junior, senior, Gill vice Loranger, parce que ces latinisries ne ‘sont pas en ‘usage en Frarce, non plusique tous nos DD; DCE, LLD., MD, FRS, FR.GS.

MP. MPP, AD.G., et généralement les ini- ‘tiales par lesquelles les Anglais et les Américains désignent les titres ou qualifications de personnés ; car, en français, qualifier ne veut point dire rendre habile(vulgairement capable); ‘mais on doit qualifier de comtesse celle qui est comtesse, et de dame la femime d’un gentilhomme. Le précepteur anglais n’est pas précisémeñnt nôtre instituteur; le mot prpille ne signifie pas qu'un minéur, en anglais, mais plutôt un élève. Disqualifié, quoique d’un usage général pari nous, n’est pas français du tout, n0n plus que l'adjectif irrélevant,et lever (levee) pour réception. ‘On dit bien tenir une maison, mais point {enir une assemblée; entretenir des idées n’est pas bon français. /nférence est du français douteux, encore -qu’inférer à l’infinitif soit-devénu sÿnonime d’induire, de conclure : le mot uous Vient sans doute du barreau. Alie-

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giance est un mot anglais*. Célèbre pour est encure un anglicisme. Nous devons avoir une salutaire frayeur des mots :éénstuter, transt:ter, si M. Oscar Dunn ne nous en impose point en donnait à entendre qu'on s’en serait servi; mais si les traducteurs de la Chambre en sont enpables, il est encore plus surprenant, sans doute, de lire chez A. Grémier,—Les Joyeusétés du Quartier Latin, Paris, 1875 :-—“< Un pédant ferré sur les racines grecques, s’est flatté de rendre:ces sortes de filles intéressantes en ‘trunslatant à la lettre, en frariçais, leurs noms grecs” —On a parlé de mots détournés de leur sens; on peut leur joindre publication et papier ; read à paper se dit très-blen en anglais; mais, en français, on lit un Essai, un‘ écrit. Toute publication n’est pas une production, qui est toujours, en:français, un écrit original : on ne doit donner, dans notre langue le nom de publications qu'aux ‘journaux périodiques, compilations, dictionnaires: Victor Hugo lui-même a donc tort, dans son jugement sur Voltaire, d'appeler une publication le Temple du Goût! Mais le mot le plus ridicule qui coure les gazettes non seulement du ‘Canada, mais de l’Union américaine,—<c'est le mot lancer... Le Président lance son Message (mot en français, encore impropre): le Gouvernement

* Je srspecte l’origine de notre mot allégéance, parceque. je lis, page 8 de la Vie du -saréchal de Bouflers : —“ Après la bataille de Nancy,.le roi de France voulut exiger un nouvéau serment ‘‘ d’alléage ” des chevaliers picards qui avaient servi 14 Bourgogne.’!

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