‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 1 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Tout grelottant dans le crépuscule de ce froid matin d'avril, M. Naudié déposa sa petite valise sur la banquette d'un coupé de deuxième classe; puis il se mit à marcher, à grands pas sur le quai de départ, en tapant des pieds pour se réchauffer. Comme il faisait cette remarque, que la gare de La Rochelle, incommode, trop petite, toujours noire, aurait grand besoin d'être reconstruite, il s'entendit appeler par son nom.

— Ah! monsieur Defos! répondit-il en saluant.

Les deux hommes se serrèrent la main. M. Naudié, grand, plutôt mince, les -épaules étroites, frissonnait dans un pardessus assez chaud pour le doux climat

charentais, mais non pour une nuit de chemin de fer. L'autre, haut en couleurs, les joues épaisses, avec une carrure imposante, du ventre, des favoris, un profil volontaire au nez fort et busqué, s'épanouissait dans une fourrure somptueuse et posait sur le trottoir de larges pieds possessifs, des pieds sûrs d'être partout chez eux.

— Vous allez donc en voyage, monsieur le pasteur? demanda-t-il.

— Oui, répondit M. Naudié, je vais à Montauban. Il ajouta tout de suite, en se redressant avec un

geste d'involontaire fierté :

— La Faculté célèbre demain le cinquantième anniversaire de l'entrée de mon père dans l'enseignement !

— Ah! oui, dit M. Defos, j'ai lu cela dans le Signal. Ce sera un beau jour pour votre famille, monsieur Naudié; pour nous aussi, pour nous tous, car votre père est une de nos gloires. Sans doute, vous resterez quelques jours avec lui?

— Bien peu; il faut que je sois rentré dimanche, pour mon sermon.

— Je me proposais justement, monsieur le pasteur, de vous écrire pour vous demander de venir dîner un de ces jours chez nous, sans cérémonie, en famille. Est-ce que mardi vous conviendrait, par exemple?

Cettte invitation surprit M. Naudié, car, en douze ans de séjour à La Rodielle, il n'avait pas dîné plus

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