‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 122 sur 126 · QUATRIÈME PARTIE 29J · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE 29J

une apologie : ce fut une simple et directe leçon de vie, telle qu'on peut la donner en sortant, brisé et renouvelé, d'une douloureuse expérience. H dit la vaine attente de bonheur qui parfois égare dans les sentiers du monde les âmes les plus tendues vers Dieu, celles-là surtout dont le devoir serait de s'absorber sans réserve en Lui, Terreur qu'elles commettent en cherchant un partage impossible, les cuisantes blessures que ménage celte erreur. Pénétrant ainsi jusqu'au fond des consciences étrangères, il y poursuivit l'hypocrite et constant compromis qui permet à la plupart des hommes de vivre entre le ciel et la terre — combien plus près de la terre! — jusqu'à l'heure où quelque éclair tragique, pareil à celui qui frappa Saul, les blesse et les illumine à la fois. Dans cet éclair d'où jaillit le salut avec la douleur, il se plut à montrer un signe de rélernelle bonté; car telle est la foi, qu'elle finit toujours par bénir l'invisible Main qui nous frappe, par transformer en baume salutaire le venin caché dans les pires blessures.

« ,.. Et c'est ainsi, dit-il, en revenant à la fois à son texte et à son cas, qu'il ne faut point se donner à demi au Maître que Ton veut servir. Pendant longtemps, sa voix m'a parlé sans que je veuille l'entendre, et, pour que mes oreilles s'ouvrent, il a fallu que sa main s'appesantisse sur moi. Et ce n'est ((u'après avoir traversé une vallée toute froide de l'Ombre de la Mort, que j'ai pu lui répondre enfin :

300 LE MÉNAGE DU PAbTtUll iNAlDIÉ

« Maîlrc, voici, ton serviteur est prêt ! » Mais quelle délivrance, mes frères, que de pouvoir prononcer du fond de son cœur une telle parole ! Quel soulagement que d'êlre délivré de soi-même et de savoir qu'on lui appartient tout entier, qu'on n'a plus qu'en lui seul toutes ses espérances, et qu'après avoir crié avec le Psalmisle : « Éternel, aie pitié de moi, car je suis sans aucune force; guéns-moiy Éternel, car mes os sont épouvantés ! » Ton peut encore répéter ces autres paroles : « Je me suis couché, et je me suis endormi, et je me suis réveillé : car r Eternel me soutient. » Ayant parcouru tout le chemin qui va de ce cri de désespoir à ce cri d'espérance, je remets maintenant entre les mains du Père, avec une entière confiance, le reste dB raa vie et ceux qui me sont mille fois plus chers que la vie. Et je vais porter son nom à ceux qui rignorent,je vais leur apprendre qu'il est la source de louie consolation, qu'il est la seule vérité. Joignez-vous à moi, mes frères, pour implorer la bénédiction sur l'œuvre immense et sur l'humble ouvrier. »

Pas un instant, sa voix n'avait tremblé. Elle resta ferme, en terminant par une ardente prière. Quand il se rassit, après avoir indiqué le dernier cantique, l'assemblée, immobile jusque-là, tressaillit d'émotion. L'orgue préluda gravement, et l'on se montrait la petite Zélie qui sanglotait en tendant les bras vers son père, tandis qu'Esther et Angélique se

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