‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 59 sur 109 · A monsieur Clemenceau · texte numérisé non relu

A monsieur Clemenceau

« Monsieur, J'ai Thoimeur de vous envoyer un exemplaire de ma brochure : Léon Bloy devant les Cochons. Ce libelle qui ne pourra sembler excessif qu'à quelques fantoches désignés par leurs

misérables noms, va tomber, infailliblement, dans mi abîme de silence. Le promoteur d'absolu et de justice qu'on déteste en moi, ne doit attendre des eunuques de la réclame que Tétouffement ou l'étranglement.

« Pourquoi donc, alors, n'en appellerais-je pas, simplement et virilement, à vous, qui eûtes l'honneur, une fois, d'être à peu près seul conù^e tous, d'être outragé, vilipendé, maudit par la multitude, — laquelle, je présume, devait exécrer en vous quelque chose qui la dépassait?

» Pourquoi ne prendriez-vous pas la défense d'un homme dont la Destinée, par un certain point, ressemble si parfaitement à la vôtre, — d'un écrivain solitaire et redouté, qui aurait pu se prostituer comme un autre, mais qui, fièrement, épousa d'amour, il y a quinze ans, la plus terrible misère ?

» Pourquoi, enfin, no parleriez-vous pas, votesmême, dans la plénière indépendance de votre plus crâne mépris, à la stupeur énorme dos sileniiaires du Bas-Empire, qui se croient si sûrs, n'est-ce pas? qu'aucun mâle n'oserait élever la voix pour un tel proscrit ?

» Veuillez trouver ici. Monsieur, l'expression de ma très-profonde sympathie.

» LÉON Bloy. n (1)

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