A Forain
« Mon cher Forain, Je me suis présenté, hier, chez vous, en votre absence, muni d'un exemplaire de ma récente brochure : Léon Bloy devant les Cochons. II mesemblait que ce persiflage sérieux pouvait amuser, quelques instants, un sagittaire, et je savais que Tavo^on Lepelletier avait essayé de vous mordre. Imprudence qui m'a confondu.
» Je dois à ce punais d'avoir été privé de mon pain, compte qui sera réglé jusqu'au dernier sou, je vous prie de le croire. En attendant, on fait ce qu'on peut, et voici, bonnement, la proposition assez noble que je vous apportais, hier, en même temps que mon sympathique visage.
» Ne pensez-vous pas qu'il serait honorable^ pour vous autant que pour moi-même, de vous déployer en faveur d'un artiste que tout le monde abandonne, pour son châtiment d'avoir paru d'ordre supérieur et de refuser, depuis dix ans, tout compagnonnage avec les maquereaux imbéciles qui détiennent la publicité ?
» Une série de dessins hors texte, illustrant mes pauvres Cochons, assurerait à la brochure un succès très-grand. Du même coup, vous seriez utile à un écrivain opprimé, dont vous vous déclarâtes, naguère.
l'admirateur, et vous feriez avorter la fameuse conspiration du silence, Tunique ressource, contre moi, d'un tas de crapules dont Tignominie vous est connue.
f» Voilà, mon cher Forain, tout ce que j'avais à vous dire. De votre âme, que je connais peu, dépend Taccueil favorable ou défavorable à cette proposition qui me séduirait furieusement, je vous le jure, si j'étais à votre place et que vous fussiez à la mienne.
y* Cordialement.
r LÉON Bloy. » (1)
Relu MorganCy l'un des premiers drames de Villiers.Plus qu'en aucune autre de ses œuvres, je remarque cet attrait, ce goût violent pour les ténèbres et pour l'empire des ténèbres, signalé
(1) Cette lettre, accompagnôe de la brochure, l'une et l'autre recommandées, n'a jamais obtenu de réponse. Forain a dû craindre de perdre l'estime de Scholl et l'ôtreinte voluptueuse des gitons de Y Américain.
On m'a raconté, d'ailleurs, peu de temps après cette lettre si vaine, que Forain, ayant voix délibérative dans je ne sais quel milieu de cyclistes ou de bookmakers, dont il est, sans contredit, le décor, culbuta, certain Jour, une motion cJiaritable, par ce simple et généreux cri : — Des panés ! I' n'en faut plus !!!
Pour sentir l'éloquence de cette parole, il faut avoir connu le passé de misère de Thorrible chien qui, soudainement, la gueula.
« Doux pays » ! Quel délice de coucher à l'écurie et de manger à la cuisine, quand les domestiques prennent la place des maîtres !
par Hello comme la caractéristique même de Shakespeare.
26. — Plus de chemise, plus de souliers, plus de chapeau, plus de vêtement. La détresse augmente chaque jour et nul expédient n*apparait.
Pourquoi Dieu ne montre-t-il pas sa Main à ceux qui Taiment? Sa Main de bonté, sa Main de gloire?
27. — Pourquoi FOr est-il si précieux? Parce qu'il vaut beaucoup d'argent. Le mot précieux est inséparable de l'idée d'argent.
30. — Reçu lettre recommandée, hier, au bureau de l'avenue d'Italie. L'expéditeur, qui signe P. D., supposant que je me trouve dans ce une situation pénible », m'envoie 25 fr. Cette lettre est d'une extrême simplicité. Le mandat est au nom de Duponty pseudonyme évident (1).
Mercure de France. Article très-amical de Julien Leclercq, sur les Cochons. On ne peut pas me défendre avec plus de générosité. Ce sera vraisemblablement l'unique.