‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 68 sur 109 · Après une nuit de souffrance physique · texte numérisé non relu

Après une nuit de souffrance physique

Les malades sont plus tourmentés la nuit que le jour, pour que s'accomplisse en eux la parole de David : « In die mandavit Dominus misericordiam suam, et nocte ganticum ejus. »

A un très-jeune homme :

M Mon cher ami, Je suis parfaitement heureux de vous avoir donné le plaisir dont vous me remerciez avec tant d'enthousiasme et j'aurais, sur le champ, répondu à votre lettre, si je n'avais pas été entièrement submergé par la dernière crotte de Zola, dont j'avais promis de rendre un compte fidèle au Mercure. Tâchez de Ure ça, vers la fin du mois.

» En surplus de cette besogne d'égoutier, il me fal-

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lait veiller à rexécution typographique des Histoires désobligeantes f qui panutront le mois prochain et dont une vous est dédiée.. .

n Je méprise, il est vrai, beaucoup la jeunesse contemporaine que les universitaires et les esclaves de toute espèce nous confectionnent, mais je sais que tout ne tombe pas dans leurs filets et qu'il n'est pas en leur pouvoir de tuer tout à fait la France.

n Cela n'est au pouvoir de personne, croyez-le. La France n'est pas une nation comme les autres. C'est la seule dont Dieu ait besoin, a dit de Maistre, qui fut quelquefois prophète. Il y aura toigours en elle, quoi qu'on lasse, un principe de vie souveraine que rien ne saurait détruire.

f» Votre lettre, datée de Lescar, m'a surpris. Je vous croyais captif dans une de ces nourrisseries de jeunes pourceaux qu'on nomme lycées de Paris, et j'espérais vous revoir bientôt. J'y renonce avec déplaisir. Vous m'aviez plu, et j'aurais pu vous dire des choses profitables, car je vous assure que Marchenoir est autre chose qu'un littérateur. Vous avez bien compris que le Désespéré est une autobiographie, mais vous ne pouvez savoir combien c'est une autobiographie I Les chapitres 39, 64, 65 et 68, par exemple, ont dû vous avertir que l'auteur n'a pas encore livré toutes ses pensées.

M En réalité, j'ai beaucoup reçu, ayant épouvantablement enduré, et il me reste beaucoup à donner à mes tristes contemporains. Je suis donc inébranlable-

ment persuadé que Dieu m'accordera de ne pas périr avant d'avoir achevé ma tâche.

» On a fait ce qu'on a pu pour me tuer, cependant. Mes plus bêtes ennemis, devinant, d'instinct, une force qui les menace, ont tout tenté pour me réduire véritablement au désespoir. Circumdederunt me canes multi ; concilium malignantium obsedit me. Ils m'ont réduit à ne pouvoir vivre de ma plume et à chercher, tous les jours, ma subsistance. Dieu sait à quel prix I

» Ils ont surtout obtenu ce résultat de me rendre ainsi le travail infiniment difficile, de retarder, comme des démons, autant que Dieu le leur a permis, l'accomplissement de mon œuvre. Et le même instinct diabolique a écarté de moi ceux qui avaient le devoir de me secourir, de me relever, de m'exalter.

n Les haines les plus ferventes, les plus implacables, les plus perfldes,me sont venues de mes très-chers frères les catholiques, dont j'ai conspué, en toute occasion, la lâcheté indicible. Nul d'entre ces pharisiens, même parmi ceux qui se déclaraient mes admirateurs, n'est venu vers moi, les mains tendues, n'a cherché à savoir si je n'étais pas sur le point de succomber au chagrin, au froid ou à la famine...

» Etant plus jeune de quelques années, je m'étonnais de cette chiennerie merveilleuse de certains personnages, comblés des biens de ce monde, qui eussent pu si facilement aider de leur superflu le seul écrivain qui ait quelque chose à dire pour la gloire de leur Seigneur Dieu, abominablement outragé.

« J'ai fini par comprendre que ce Dieu me voulait dans sa Main, uniquement dans son adorable Main, et voilà comment mon existence quotidienne est une sorte de miracle.

» Donc, une fois encore, j'irai jusqu'au bout, n'en doutez pas, et l'indigent Marchenoir donnera peut-être du pain à ceux même qui n*ont pas eu de pitié pour ses douleurs.

» Que la Sainte Mère, que l'Eglise, aujourd'hui, salue dans sa gloire, vous bénisse vous-même, cher enfant, comme vous me bénissez.

f Votre ami Léon Bloy. i»

18. — Un collectionneur vient d'acquérir, chez un marchand d'autographes, une vieille lettre, dont voici la teneur exacte :

« Paris, 26 avril 1889.

« Monsieur Edmond Lepelletier, » J'ai lu, avec satisfaction, votre chronique ignoble, en revenant du cimetière, aussitôt après l'enterrement de Barbey d'Aurevilly. Vous étiez évidemment désigné pour cette besogne, et quelque chose eût manqué à la gloire du grand Ecrivain, si le plus notable goig^^ ^^ plume n'avait pas déposé cette ordure sur son cercueil.

19. — Epître du jour : « Si spiritu ducimini, non estis sub lege ». Qu'est-ce donc que l'obéissance? — C'est r accomplissement de la Loi, dans

le même sens que le « non veni solvere, sed adimplere », de TEvangile. Celui qui obéit dépasse la Loi, puisqu'il Taccomplit.

Quant à ceux qui « crucifient leur chair », selon le précepte du même saint Paul, ne recommencent-ils pas, en une manière inexprimablement sainte, les salutaires bourreaux de Jésus crucifiant le Verbe fait Chair, pour la Rédemption du monde?

J*allume facilement un pauvre homme, en lui disant qu'une pensée parfaitement vraie, exprimée en fort bons termes, peut satisfaire la raison, sans donner l'impression du Beau ; mais qu'alors, certainement, il y a quelque chose de faux dans l'exposé. // est indispensable que la Vérité soit dans la Gloire. La splendeur du style n'est pas un luxe, c'est une nécessité.

20. — Le cimetière, c'est le Paradis terrestre... — Il y a donc une lampe allumée pour nous qui

ne brûle pas pour les autres, murmure Jeanne.

21. — Dieu a dit : Vous ferez honneur à vos affaires et vous contenterez vos clients.

Réponse d'un usurier aveugle^ à qui j'ai l'enfantillage d'objecter Dieu.

23. — Les prêtres ne font presque jamais usage de leur pouvoir d'exorcistes, parce qu'ils man-

quent de foi et qu*au fond, ils ont peur de désobliger le Diable.

Nous voulons habituer nos enfants à vivre dans la pensée de la mort, à aimer le voisinage des morts. Il convient à des gens tels que nous d'aller contre le préjugé impie qui veut que la mort et les images de la mort soient désolantes.

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