‹ Le mendiant noirChapitre 12 sur 12 · AU CLAIR DE LA LUNE · texte numérisé non relu

AU CLAIR DE LA LUNE

{Suite.)

— Madame de Rumbrye ! dit Xavier stiipe'fait.

Celle-ci tourna vers Xavier son œil hagard, puis elle se pencha sur Carrai.

Quand elle se releva, son regard tomba sur le mendiant noir, qui, debout, immobile et les bras croises, se tenait devant elle.

Elle voulut s'enfuir.

— Restez , dit-il, restez, veuve du capitaine Lefebvre j nous avons ensemble un long compte à régler.

— La veuve de mon père ! s'écria Xavier ; — ma mère ! . . .

Il se frotta les yeux, chercbant à rappeler ses esprits.

La présence du mendiant, cet homme qui gisait près de son lit, cette femme qu'on appelait sa mère, tout cela le rendait fou.

— Au nom de Dieu ! reprit-il, que s'est-il passe' ?

La marquise , faisant sur ellemême un effort désespéré , avait réussi à reprendre quelque sangfroid.

— Que s'est-il passé, en effet? ditelle. Je viens ici attirée par le bruit, et je trouve un cadavre chez un de mes ho tes!

— Le cadavre d^un homme que j'ai tue', madame , interrompit Neptune, parce que, en exe'cution de vos ordres, il venait assassiner votre fils.

— Est-il possible ! murmura Xavier.

— Mon fils ! re'péta la marquise.

Je n'ai d'autre fils qu'Alfred Lefebvre des Valle'es.

— Vous le croyez bien perdu, n'est-ce pas?., reprit le mendiant.

Tout cela est si loin de nous , et si bien recouvert par rou])li que vous pensez qu'un de'menti suffira pour vous sauver! Vous vous trompez, madame, j'ai là, — il frappa sur sa

poitrine, — de quoi vous convaincre.

Vous avez deux fils, dont l'un est légitime, et le voici ! . . . tandis que l'autre est un bâtard !

— Nègre ! dit la marquise, comme si elle n'eût pu trouver dans son vocabulaire cre'ole de plus sanglante injure, —tu paieras clier ton audace ! . . . Tu es chez moi, je suis maîtresse ici, tout ce que tu dis est mensonge et infamie ! ...

Le cadavre du mulâtre parut se galvaniser; il fit un le'ger mouvement.

— Re'veille-toi pour me défendre.

Carrai! reprit la marquise dont la

rage contractait hideusement les traits... Parie... Parle donc!

Carrai se souleva lentement.

Après plusieurs efforts inutiles, il parvint à se faire entendre.

— Cet homme a dit vrai, mur^ mura-t-il en fixant sur son ancienne maîtrel^se ses yeux mourants mais pleins de haine. — Votre vie fut

un long mensonge puisse Dieu

vous punir, madame !

Il retomba.

Tout son corps s'agitait sous l'effort de mortelles convulsions.

La marquise, hors d'elle-même, le poussa du pied.

— Meurs donc, esclave ! dit-elle avec violence.

Puis se retournant vers Xavier :

-— Et vous, monsieur, ajouta-telle, tremblez ainsi que votre complice ! Un meurtre a e'té commis chez moi... ce meurtre sera puni...

Oh! je ne sais pas bien sur quoi

s'appuient vos ténébreuses machinations, mais je connais leur but, monsieur!... Je sais que vous osez, vous, enfant sans père, soutenu que vous êtes dans la vie par une myste'rieuse et périodique aumône; je sais que vous osez porter vos regards jusqu'à madame de Rum-

brye Il vous faut une mère,

monsieur! il vous faut un nom!...

et vous m'avez choisie ! et vous avez voulu voler le nom de mon fils!... Vous êtes un odieux imposteur, monsieur! *

Xavier, pris à l'improviste, et

ignorant d'ailleurs sa propre cause, ne trouvait point de paroles pour répondre à cette furieuse at taque.

— Madame ! . . . balbutia-t-il.

— Silence! dit impérieusement le mendiant; — c'est à moi de parler... Cet enfant ne vous a point choisie, madame, car votre con-« duite passée lui faisait horreur et pitié. Cesi moi... moi qui ne suis que l'aveugle instrument de la vo* îonté de votre époux! Vous niez en vain? j'ai des preuves* —» Quant

au meurtre, ce n'est pas à nous de trembler!...

Il tira de son sein les papiers du capitaine et alluma la bougie.

— Lisez ! poursuivit-il en les lui remettant.

La marquise parcourut d'un rapide coup - d'œil l'acte de naissance.

— Il ne manque qu'une seule chose, dit-elle avec force. — Où est mon nom en tout ceci!

Carrai réussit à se-^lever une seconde fois, et regarda le papier.

• — Mon nom, à moi, dit-il ; — voilà mon nom ! . . , Jonquille. . . Cet enfant est le tien. . . parricide ! . . .

— Cet homme a le délire, repartit madame de Riimbrye luttant contre l'e'vidence avec le courage du désespoir ; — et d'ailleurs qu'importe son témoignage... il va mourir!

Carrai s'affaissa sur le lit.

— Quelques heures encore, mon Dieu ! murmura-t-il , afin que je puisse la confondre et me venger ! . .

Ses yeux se fermèrent.

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