AU LECTEUR
CD
Le masque tombe, rien n'en reste,.
L'homme même s'évanouit.
Au commencement du quatorzième siècle de l'ère* romaine, un Scythe, né plus près de Saïtapharnès qued'Anacharsis, eut une idée sublime. Ce Scythe était moine au service de Tévêque de Rome et s'appelait Denys.
Ce Denys fît une chose à quoi on reconnaît lesgrandes âmes : il sauta sur la clepsydre qui marquait les jours depuis la fondation de Rome, la cassa, jetales morceaux dans le Tibre, la remplaça par le sablier de l'Église, effaçant d'un coup cinq cents ans de l'histoire dont plus des deux tiers appartenaient en propre
a^ paganisme, et déclara qu'il fallait compter le temps à partir de la Nativité de Jésus. On en conclut que Jésus était né. Ce Scythe fît, à lui seul, plus que n'avaient fait tous les Pères. 11 n'y eut bientôt plus qu'une ère au monde, celle de la Naissance de Jésus. Après quoi d'autres moines pourvurent à l'histoire comme Denys venait de pourvoir à la chronologie. D'autres Denys comblèrent ces cinq cents ans par d'autres faux!
On avait déjà refait cinq ou six fois les Evangiles pour donner un corps à Jésus, les refaire de nouveau était difficile. Suivre le comput des Eglises juives qui fixaient la Nativité du crucifié de Pilate à 739, c'est précisément ce qu'il s'agissait d'éviter à cause des conséquences. Suivre celui d'Ethiopie qui proposait 746, c'était se rapprocher encore trop de ce qu'on voulait fuir. Adopter la date de 760 qu'on avait glissée par fraude dans Luc, c'était afficher sur toutes les murailles une imposture qui n'y aurait pas tenu, tant elle était percée à jour. Denys prit Dieu à témoin qu'on devait choisir l'an de Rome 754 comme point de départ de l'Incarnation, et, l'ignorance aidant, on ne douta plus que Jésus n'eût existé, — surtout lorsqu'on risqua sa vie à soutenir le contraire. La date de 754 n'était pas moins fausse que celle de 746, mais elle était moins décriée que celle de 760. On a dit pour excuser Denys qu'il s'était trompé de quatre ou cinq ans ; Denys ne s'est pas trompé, il a menti par ordre et encore plus par intérêt.
L*inveiition de Denys — qu'on a bien tort d'appeler le Petit, car c'est le plus grand de tous ses homonymes — introduisit la Nativité dans les faits acquis à la science, mieux que cela certifiés par une tradition ininterrompue. Gomment nier Texistence d'un homme dont le premier acte avait été pour ainsi dire de donner son nom à une Ere ?
Nous venons ici, avec les moyens malheureusement faibles dont la vérité dispose, jeter bas dans l'esprit des honnêtes gens ce long édifice de fourberie et de duplicité. Le nom réel de TEre chrétienne, c'est l'Erreur christienne, et on pourrait le lui conserver dans l'avenir, car s'il faut détruire le mensonge, il ne faut jamais en effacer les preuves : elles servent à en éviter de nouveaux. Le mensonge dans les mots, le mensonge dans les faits, le mensonge dans les sentiments, nous allons en avoir d'innombrables exemples. Mais le mensonge installé dans le temps ! Avais-tu prévu cela, ô Créateur ?
Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus moyen de faire autrement, je date ici d'après l'ère de la fondation de Rome, en bon Occidental, en bon Latin, en bon Français. Et toutes les fois que, vaincu par l'usage, j'en suis réduit à employer l'ère vulgaire, je l'appelle Erreur christienne. C'est le nom qu'elle devrait porter dans l'enseignement, et il est scandaleux qu'un moine scythe du sixième siècle de l'Erreur christienne soit encore aujourd'hui l'arbitre de la chronologie appliquée à l'histoire :
faire usage de faux, c'est s^associer au faussaire. La date de Denys n^est pas seulement fausse par ellemême, elle est contraire aux Ecritures canoniques : il n'y a qu'une seule indication de date dans TEvang^le, elle est selon la chronologie consulaire.
L'Erreur christienne est de croire qu'il a paru un Juif consubstantiel à Dieu, pour quoi il fat crucifié par ses coreligionnaires ; qu'il a formé douze autres Juifs sur son modèle, lesquels, après avoir acheté au marché des auréoles, des nimbes et des palmes de martyre, ont parcouru le monde en stupéfiant les empereurs et les proconsuls, les rois et les tétrarques, les suffètes et les archontes, et surtout en quinauldant les philosophes ; que devant ce phénomène vraiment céleste les Dieux païens ont immédiatement plié bagage, reconnaissant l'inutilité de leurs efforts, et sans qu'on puisse savoir ce qu'ils sont devenus, l'Olympe lui-même étant un lieu peu sur; que les cent années qui se sont écoulées depuis la naissance putative de ce Juif, qui de son vivant se serait nommé Jésus-Christ, constituent le premier siècle d'une ère nouvelle qui se serait appelée c/ires^ tie7i7ie ; que les cent années qui ont succédé à celleslà constituent le siècle second, et ainsi de suite par tranches de cent ans, jusqu'à nos jours.
La vérité est que Jésus-Christ n'a jamais existé en tant qu'homme ; que les douze apôtres n'ont jamais existé en tant que disciples et successeurs de cet homme ; qu'au prétendu premier siècle du prétendu Jésus, les Dieux d'Orient et d'Occident restèrent très fermes sur leurs positions ; qu'il n'y a point d'ère christienne en deçà de Denys; qu'il n'y a point de premier siècle de l'Eglise avant le quatrième; qu'il n'y a point de second siècle avant le cinquième, ni de troisième avant le sixième.
Après avoir fait mentir le temps et levé toute une armée de faux témoins, l'Eglise a fait mentir les mots. Elle a bâti Jésus de Nazareth sur un jeu de mots, jumeau du calembour évangélique : Tu es PetruSj qui lui sert de base à elle-même.
11 est un autre genre d'Erreur christienne, c'est de croire que l'Evangile est le testament de cet hommedieu. Mais lorsque nous aurons rendu à Jésus Ben Sirach et à Schammaï ce qui leur appartient, lorsque Hillel, plagiant Gonfucius, aura repris ce qui est à lui, c'est-à-dire la seule maxime de l'Evangile qui ait un caractère d'éternité : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît», lorsque les chrestiens auront enlevé ce qui leur revient dans le Sermon sur la Montagne et les christiens d'Alexandrie ce qu'ils ont apporté de correction au fanatisme juif, il ne restera rien dans l'Evangile qu'une suite de discours incohérents, de paraboles contradictoires, dont quel-
ques-unes sont franchement criminelles, de prophéties inspirées par l'esprit démoniaque et d'images déjà surannées au temps de leur emploi, pour avoir traîné partout depuis Platon jusqu'à Horace. Et s'il le faut, nous choisirons des exemples parmi les peuples les plus diffamés, pour vous montrer à quel point Tidéal païen était plus près de Dieu que celui de cet infernal rébus. Pour le reste, personne ne nie qu'il n'y ait du bon dans TEvangile : les principes queTEglise a abandonnés sont excellents.
Il est encore un autre genre d'Erreur christienne, c'est de croire que le prétendu testament de Jésus a été recueilli par quatre Evangélistes. La vérité est qu'il n'y en a jamais eu plus de trois, lesquels attestent tous les trois l'inexistence de Jésus et n'ont pas écrit un traître mot des quatre Evangiles.
Fixons d'abord, sans discuter, l'état du préjugé christien tel que l'Église l'a insinué par la ruse et imposé par la force.
Le dieu qui a été crucifié par Pontius Pilatus s'appelait Jésus, il avait revêtu la forme d'un Juif, comme en témoigne sa circoncision au huitième jour. Il est né à Betléhem, sous Auguste, le 25 décembre 754. Sa mère s'appelait Marie, mais son père réel était Dieu lui-
même. Joseph n'est que son père adoptif, et Marie est demeurée vierge. Dieu pour préparer le monde à la venue de son Fils a envoyé sur la terre un précurseur nommé Jean dont le père s'appelait Zacharie et la mère Elisabeth. Jean est né environ cinq mois avant Jésus, ils étaient cousins.
L'an quinzième de Tibère, soit 782, Pontius Pilatus étant gouverneur en Judée et Kaïaphas, grand prêtre à Jérusalem, Jean commença de baptiser au Jourdain, annonçant Jésus de Nazareth ainsi nommé du bourg qu'habitaient ses parents. Cette année-là, Jésus, âgé d'environ trente ans, s'est présenté à Jean qui l'a baptisé après l'avoir reconnu pour le Messie de ses rêves. Le Saint-Esprit lui-même s'est mêlé de la chose sous la forme d'une colombe, et on a entendu la voix de Dieu crier du haut des cieux : « Celui-ci est mon Fils aimé en qui je mets mon bon plaisir. » Cet événement considérable, quoiqu'il n'ait eu d'autres témoins que Jésus, Jean et la colombe, a été constaté par Mathieu l'Évangéliste (1). 11 ne saurait faire doute, car en dépit de quelques contradictions qui n'emportent point le fond, il est mentionné par Marc, par Luc et par Jean, fils de Zébédée, dit-on. Selon quelques-uns, Jean le Baptiste aurait quelque peu tergiversé après le témoignage de la colombe, mais devant les miracles accomplis par Jésus, il s'est rendu à l'évidence : Jésus était bien le
(1) Nous ne l'appellerons jamais que Mathieu pour le distinguer de Mathias, sous le nom de qui les scribes ont placé leur éiucubration. Mathias est un personnage réel, neveu du crucifié de Pilatus. Quant à Mathieu, vous pouvez l'appeler Ernest sans aucun inconvénient.
Christ promis par Dieu lui-même non seulement aux Juifs mais à tous les hommes pour les sauver de la mort et du péché. Pendant que Jésus prêchait son admirable doctrine et prouvait sa divinité par ses miracles et résurrections, Jean est mort, décapité par ordre d'Hérodiade, si officiellement, si publiquement, si définitivement décapité que toute la Cour d'Hérode Antipas a vu sa tête dans un plat, après quoi ses disciples Tont enterré.
Jésus, poursuivant sa carrière après la décollation de Jean, a prédit qu'à son tour les Juifs le crucifieraient, mais qu'il ressusciterait le troisième jour; il a donné librement, spontanément sa vie pour le salut du genre humain et, après avoir célébré au milieu de ses Douze Apôtres la pâque dans laquelle il a institué le sacrement de t Eucharistie par où chacun de nous participe de son corps et de son sang, il est mort de la façon que Ton sait, livré par Judas et victime d'un effroyable malentendu dont les Juifs portent seuls la responsabilité, car Pilatus inclinait à hi clémence. Gomme il ne pouvait pas, étant le Fils de Dieu, rester au sein de la terre, il en est sorti le troisième jour à l'instar de Jonas sortant de son poisson, et il est monté au ciel d'où, assis à la droite du Père, il reviendra pour juger les vivants et les morts. L'enfer attend ceux qui pendant leur vie ne se seront pas incorporé sa divine chair et son précieux sang. Toutes ces choses ont été comme disent les Evangélistes, qui relatent des faits constatés par douze témoins appelés apôtres auxquels s'est joint un phari-
sien d'abord ennemi de ceux-ci sous le nom de Saûl, mais tellement ami de la vérité sous le nom de Paul qu'il s'est converti à Jésus et a porté en tous lieux la nouvelle de sa résurrection. Aucune supercherie n'a donc été possible.
Voilà résumé aussi succinctement que possible Tétat du préjugé christien. Vous observez comme moi que toute la religion repose sur ce postulat que le Christ annoncé par Jean serait venu en chair, qu'il aurait survécu à Jean et laissé l'Eucharistie comme preuve testamentaire de sa vie corporelle.
Eh bien, malgré l'intérêt manifeste que j'aurais à être sauvé par ce moyen à la portée de toutes les bourses, la vérité m'oblige impérieusement à déclarer qu'il y a là une suite d'impostures, de fourberies, de supercheries, telles que le soleil n'en a jamais éclairé de semblables depuis la création de la terre, Testimât-on, comme les savants actuels, à cent millions d'années !
Afin que le public sache immédiatement où je veux le conduire, j'inscris en tête de cet ouvrage les conclusions auxquelles je suis arrivé par l'étude et la comparaison de tous les documents relatifs à la matière. Je les formule le plus catégoriquement possible afin que