Et il s'arrêta sur le sable de la mer
L'oiseau qui emporte au désert la femme etPenfant n'est point un aigle ordinaire, c'est le Grand Aigle, précurseur de la Grande Année, c'est proprement Taigle Phénix, annonciateur-né du Renouvellement des Cycles. Il date, lui aussi, la Nativité ; comme l'enfant, il est jubilaire et si on pouvait retrouver ses ailes dans quelque hypogée on y verrait marquée comme sur celles des pigeons- voyageurs la date du départ avec le nom et l'adresse de l'envoyeur.
Cette Nativité, qui commence au ciel pour finir sur la terre, vaut qu'on s'y arrête. C'est l'archétype de la Nativité selon Mathieu : une mère, qui était vierge quand elle a été épousée, l'enfant jésus et point de père. Car cet enfant a ceci de commun avec l'enfant de Maria qu'on ne lui voit point de père. Au milieu des Mages qui marchent au signe dans Mathieu, nous retrouvons la vierge davidique sous le nom de Maria, l'enfant sous le nom de Jésus^ le père charnel sous le nom de Joseph, le Serpent rouge sous le nom d'IIérode, et la retraite au désert sous le nom de fuite en Egypte. Malgré tout, le Joannès a eu un père et très en vue, puisque nous assistons plus loin (2) à son Ascension en pleine place publique. é
Pour dessiner l'horoscope de son fils, Jehoudda n'avait eu besoin de personne. Il est vrai qu'on envoyait
(1) Le rivage de Phénicie, nommément Ccsarce de la mer, où, après la déposition d'Archélaûs en 760, la Bélc roiriaino débarqua et s'installa. Ce fut la résidence de tous les procurateurs de Judée, Pontius Pila tus compris. Grâce à Satan, Jupiter et Auguste y eurent des temples. D'autres dieux que lahvé, quelle ignominie !
(2) Apocalypse, xi, et, dans le présent volume, Apothéose de Jehoudda.
chercher l'astrologue un peu comme on envoyait chercher la sage-femme ; l'astrologue consultait ses tables et sans sudation divinatoire, sans fatigue pour ses méninges, il apportait à la famille, qui le communiquait aux voisins, l'horoscope du nouveau-né. S'agissait-il d'une ville assiégée ou d'une nation en transes? Même procédure, avec cette nuance qu'on sonnait de la trompe afin d'impressionner la nation ou la ville dans le sens et dans le but qu'on poursuivait. Quand l'astrologue était en même temps mathématicien, médecin, et qu'il s'y connaissait en métaux ou en pierres, il était à lui seul toute l'Académie des sciences juives. On citerait cent cas dans lesquels l'astrologie a décidé du sort de tout un pays, et fait sortir de ses chiffres la paix ou la guerre. Et même on faisait des thèmes de géniture pour un peuple, des horoscopes pour une ville plus facilement encore que pour un individu, car c'est des généralités de l'histoire que la plupart du temps on tirait les particularités de l'avenir.
Le thème de géniture de Bar-Jehoudda escompte son immortalité. (Les Juifs ne détestent pas l'escompte et on leur attribue l'invention de la lettre de change.) En mariant le thème de conception annuelle du Christ solaire dans le sein de ia Vierge avec la conception de Bar-Jehoudda dans le sein de Salomé, on trouvait le moyen de dire que le Précurseur incarnait le Verbe Jésus.
Dès 739 ce thème eut la forme qu'il a dans TApocalypsey et il repose sur un calcul astrologique établi d'après les règles du genre. De VApocalypse il a passé dans l'Évangile où il s'est conservé intact pendant deux siècles, et sous Septime-Sévère il n'y a
eneore d'autre Joannès, d'autre jésus, d'autre christ^ que Bar-Jehoudda, né sans père charnel apparent, sous Hérode, au Jubilé de 739.
Toutefois, entre les mains de l'Eglise, la Nativité selon V Apocalypse a subi de profondes modifications dont le texte actuel porte la marque. Dans l'ancien le Précurseur y disait lui-même (1) en quelle année, dans quelles circonstances il était né sous Hérode. Il ne cachait pas que lahvé ne fût son père mais à la mode de Judée seulement, comme il l'était de tous les Juifs. lahvé ne s'en cachait pas non plus^ et il envoyait « deux anges » sur la terre pour préparer la naissance de son fils. Ces deux anges ont disparu pendant la translation de la Nativité apocalyptique dans l'Evangile de Mathieu. Mais on retrouve le premier dans la Généalogie du jésus par son père et le second dans la Généalogie par sa mère.
RENVERSEMENT DES SORTS GHâLDÉENS ET CONVERSION DU ZIB EN SIGNE FAVORABLE
Il n'y avait point de Mages autour de son berceau, mais des Chaldéens, grands experts en astrologie, et c'est guidés par le signe y qu'ils venaient l'adorer comme un dieu. Le jésus ajoutait que les Ghaldéens
(1) Cela est constaté dans la Réplique d'un rabbin aux premiers Évangiles, écrit cité par Gelse. {Anticelse, i, 58, dans les œuvresd'Origène. Patrologie grecque de Fabbé Migne.)
avaient averti le tétrarque Hérode (1) à la demande de qui on avait fait égorger tous les nouveau-nés , tant sa peur était grande d'être renversé un jour par TEn^ faut du ciel.
Mais le trait le plus remarquable de cette auto-biographie, c'était le voyage des Ghaldéens à Jérusalem. Ce voyage qui n'a jamais eu lieu, sinon dans l'esprit détraqué du Joannès, est une véritable abdication de la Ghaldée. C'est le renversement de toutes les prédictions que les Joannès de Babylone et de Ninive avaient faites en faveur des Assyriens et des Perses. Effrontément dépouillés, mobilisés à contre-cœur, le Messie davidique les embrigade, les immatricule dans cette armée qui doit subjuguer toutes les nations, y compris la leur. L'empire du monde va passer des Assyriens aux Juifs, et les Chaldéens capitulent devant cette inéluc* table destinée.
C'était le décret des Apocalypses perses que le* Juifs disparussent à jamais en un même jour, sous lemême signe, le Zib ou les Poissons, la veille du premier jour du douzième mois dit Adar, afin qu'ils ne vissent plus la pâque, la lumière de l'Agneau, souslequel avait commencé et devait être renouvelé le
(1) n s'agit ici d'Hérode Antipas, que son père, dans son premier testament, désignait pour lui succéder au trône de Judée. Par unretour de dispositions fréquent chez les vieillards, Hérode ne lui laissa plus qu'une simple tétrarchie, la Galilée, sous l'ethnarchat d'Archélaûs. L'Evangile de Mathieu a fait disparaître Antipas pour lui substituer son père, comme si la rivalité avait été entre le vieux roi et le petit enfant, alors qu'elle était entre celui-ci et l'héritier présomptif. Un ange descendait du ciel opportunément et ordonnait aux parents d'emmener Tenfant en Egypte pour le mettre à l'abri de cette jalousie meurtrière.
monde (1). Consultés par les Mages, les sorts en avaient décidé ainsi pour toutes les provinces soumises à l'empire de Darius jusqu'à l'Ethiopie (2). Mais, dans les deux journées plus imaginaires qu'historiques des 14 et 15 adar, les Juifs avaient renversé les sorts et, prenant les devants, massacré leurs ennemis : d'où leur était venue cette fête des Phurim, par laquelle ils préludaient à la pâque annuelle (3).
Pas plus que la pâque elle-même, cette fête n'est une fête commémorative, les Phurim ne tiennent pas plus à un massacre de Perses dans Suse que la pâque au passage de la Mer Rouge : de toute évidence ce sont des fêtes cycliques, celle de l'Agneau dans laquelle les Juifs affirment leur privilège d'éternité, l'autre par laquelle ils convertissent en signe favorable cette funeste étoile du Zib ou Poissons sous laquelle devait s'achever, au sens chaldéen, leur misérable vie. Qu'est-ce donc que le songe de Mardochée ? C'est en son genre le songe de Joseph avec quelque chose de plus qui vient de la Genèse et que nous retrouvons dans l'Eden millénariste ; cette petite fontaine qui devient un grand fleuve aux eaux abondantes, cette lumière qui envahit tout, la bassesse des justes qui s'élève au sommet et dévore ceux qui sont dans l'éclat (4). Est-ce que Zacharie n'a pas vu cette fontaine de vie que lahvé fera sourdre, lors de l'embrasement final, pour le salut des Juifs de la Loi ? A leur retour de captivité, ils baptisent du nom de Poissons la porte qu'ils ouvrent dans la nou-
(1) Le livre d'£5//ier n'est que raffabulation anecdotique de cette Apocalypse.
(•2) Esiher, m, 7, 8, 13.
(3) Phur, en hébreu, le sort. (Esther, ix, 21-23.)
(4) Esther^ xi, 5-12. Apocalypse^ xxii.
velle muraille de Jérusalem, en face de Babylone. D'où le Joannès a-t-il tiré la figure du baptême ? Pourquoi sou père est-il dit dans TEvangile ZibdeoSy le faiseur de poissons ? Pourquoi les Juifs du Temple Tappelaientils Beel-Zib-Beel ? Pourquoi le Zib est-il désormais le signe du Christ Jésus ? C'est que par son horoscope le fils de David a renversé définitivement les sorts. Ces Jannès, ces Mambrès qui jadis traversèrent les destins des Hébreux et s'inscrivirent en faux contre l'Apocalypse de Moïse (1), les voilà confondus ! Balaam, du fond de son tombeau, déchire sa prophétie : l'étoile de Juda ne pâlira point devant celle de Rome, et, si par la complicité de Satan l'Italie semble l'emporter sur la Judée, ce sera bientôt son tour d*être asservie. Dès le moment que le Joannès montrait les Chaldéens marchant au signe, c'est qu'il indiquait la coïncidence de sa Nativité davidique avec le jubilé de 739; les Chaldéens n'avaient marché qu'à cause de cette coïncidence. La date était dans l'Apocalypse. Le Joannès donnait la date, elle était dans les copies que Philippe, Jehoudda dit Thomas et Mathias ont laissées de ses écrits. Elle y était puisque nous allons la retrouver dans l'Evangile, authentique en cela^ qu'on a mis sous le nom de Mathias.