LA RÉVÉLATION DU VERBE-CORPS
Evincé du trône et de l'autel par Hérode, entraîné par les doctrines d'un certain Joshua ben Peraia, dont on ne
— lésait rien sinon qu'il était versé dans toutes sortes de kabbales (1), Jehoudda chercha le sens secret des Ecritures juives, le sens de derrière la lettre, celui qui échappait aux Saducéens ou que les Saducéens ne voulaient pas voir.
A côté de la Loi, des Prophètes et de quelques livres historiques, comme les Rois, il y avait des livres hermétiques, joaLTiniqueSj des livres d'initiation à certains mystères des Écritures. Ce sont les Livres d'Ieou ou Jad(2), c'est-à-dire les Révélations d'Iaô à ses laô-annès — d'où est venu le nom de Joannès — depuis le commencement du monde, avant et après le déluge. Ces livres avaient été faits à l'imitation des livres chaldéens de même nature, avec cette différence que toutes les Révélations d'Iaôannès étaient à l'avantage des Juifs, et on ne les conçoit point autrement. Jamblique parle de vingt mille discours placés sous le nom d'Hermès ! Les Juifs n'en avaient mis que deux ou trois sous le nom d'Iaô-annès. C'était peu, mais grâce à leur industrie, tout le christianisme en est sorti.
Dans tous ces Livres même définition de leou, la lumière universelle, qui deviendra laou, lahvé, laoua, Jehovah ; même définition de son Fils, le Théanthrope solaire, qui deviendra le Fils de l'homme de TApoca-
(1) L'influence de ce Joshua sur l'idée christienne est constatée par les écritures talmudiqucs. Elle a été niée par Strauss, dans sa Vie de Jésus, pour des raisons de chronologie qui ne sont pas applicables à Jehoudda le Gaulonite.
(2) Valentin, Juif de la fin du second siècle, les nomme dans ses SagesseSf que nous citerons souvent d'après la traduction de M. Amélilineau. La Pistis Sophia est incompréhensible à première vue, mais la vérité doit beaucoup à Vîdentin : aussi a-t-il, de bonne heure, été traité d'hérétique ainsi que tous ses disciples, la plus nombreuse et la plus honnête de toutes les sectes christiennes.
lypse et le Jésus de TEvangile. Tout ce que le Verbe dira dans VApocailypse : « Je suis le commencement, le milieu et la fin ; je suis celui qui est, qui a été, qui sera; je suis l'Aleph et le Thav » (l'Alpha et l'Oméga des traductions grecques), vient des Livres de Iko. Le Joannès de Y Apocalypse n'a fait que transcrire sur le papyrus ce que les ouvriers égyptiens stylés par les prêtres avaient partout gravé dans la pierre. Les variations du Quatrième Évangile sur le Verbe procèdent de ces formules éternelles (1).
Sur les stèles, le Soleil est le Premier-né, le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu. Sur une muraille du temple de Philœ, sur la porte du Temple de Medinet-Abou, on lit, tracée quinze siècles avant Jehoudda, la définition du Verbe par le Quatrième Évangile : « C'est lui qui a fait tout ce qui est, et rien n'a été fait sans lui jamais » (2).
Quoi de plus clair que cette définition, et comment ne pas voir immédiatement dans Jésus la personnification allégorique du Théanthrope solaire ? A qui les scribes essaient-ils de faire croire que Jésus « est la véritable lumière qui éclaire tout homme venant au monde, que ce monde même a été créé par lui », s'il n'est lui-même le Verbe incarné ? Je m'adresse aux gens de sens rassis et je leur demande s'ils pensent qu'un Juif ait paru sous Tibère, disant de lui-même : « Je suis la lumière et la vie », sans que les autres Juifs engagés dans cette so-
(1) Quatrième Évangile, i, 1, 2. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu. C'est lui qui, au commencement, était en Dieu. »
(2) « Tout a été fait par lui et rien de ce qui a été fait n*a été fait sans lui ». {Quatrième Évangile, i, 3.) Sur les sources archéologiques, voyez VHei-mès Trismégiste de M. Louis Ménard. (Paris, 18C7, in-12.)
lënnelle proposition n'aient immédiatement compris que <ie personnage était descendu tout exprès du ciel pour la démontrer par des miracles allégoriques.
Appuyé sur la vieille cosmogonie chaldéenne, sur l'astrologie et sur les Ecritures, Jehoudda codifia en quelque sorte la superstition du Christ céleste.
Que le Christ fût un Verbe-corps, on n'en saurait douter quand on le voit converser dans le Paradis terrestre avec Adam et Eve, avec Caïn, avant, pendant, après le déluge, avec Noé, avec Abraham, avec Moïse et avec tous les prophètes. Que l'homme fût à sa ressemblance, on en pouvait douter quand on regardait un païen, mais on en était sûr quand on regardait un Juif.
Moïse a vu quelqu'un et qui lui a parlé. Le Père ? Non. Qui eût commandé au monde pendant que le Père parlait à Moïse ? Mais le Verbe du Père. Et le Verbe est de chair puisque le Père est vivant. Sa chair est de feu, comme celle du Père. A la fois corps et feu, Homme de feu en un mot. Jehoudda le vit assez distinctement pour décrire sa forme, sa figure, ses vêtements, ses outils et ses armes (1).
Entre Juifs on l'appelait le Fils de Vhomme comme s'il était de la famille, et en effet il en était le chef. Ces
(1) Dans l'Apocalypse, On a trùs bien vu que V Apocalypse était une allégorie astrologique et un livre d'initiation, mais on s'est trompé en l'attribuant aux phrygiens (Dupuis, Origine de tous les cultes). C'est par excellence le livre d'initiation judéo-christienne. C'est par lui que les apôtres ont été initiés au grand mystère du Christ, Roi des Rois et Seigneur des Seigneurs.
V Apocalypse du canon, dont vous avez tous entendu parler, n'est autre que celle de Jehoudda, exploitée par ses fils et remaniée par ses neveux, appliquée d'abord à Auguste et à Tibère, puis étendue à Antonin.
idées nous étonnent, nous avons peine à croire qu'il se soit trouvé des mortels pour les professer. S'ils pouvaient revivre, c'est nous qui les étonnerions. « Dieu est chair ab dBterno! » s'écrie Apollinaris, au quatrième siècle. Et : a Rien n'est uni à Dieu comme la chair du Christ (1) ! »
Il est distinct du Père, puisqu'il est son Fils, et bisexuel, puisqu'Adam, formé à son image, était mâle et femelle (2). Sans doute Adam n'était pas de la même substance, puisqu'il y a en lui de la terre et de Peau, mais il avait été créé immortel et il vivrait encore, s'il n'avait point écouté Satan. Le Christ peut refaire ce qu'ont défait Adam-Eve et Satan. Le Père n'a qu'à le lui commander, et il rendra l'immortalité aux Juifs.
LE MILLÉNARISME
A l'instar des Mages Jehoudda estimait que Dieu avait divisé son Œuvre en Douze Cycles millénaires
(1) Irénée le millénariste a dit que Dieu est un feu, Tertullien, un corps. A la fois Corps et Feu, Homme de feu, seul capable de purifier la Terre, tel est le Christ de Jehoudda.
Tertullien, en attribuant un corçs à Dieu, suit à la lettre la doctrine dont Jésus est la figure dans les Evangiles. Pour savoir à quel point de théanthropie les premiers christiens en étaient venus, il n'y a qu'à voir par la suite des temps la fortune de l'Homme-Dieu Jésus, de la Consubstantialité, de la Présence réelle, de la Transsubstantiation : ces dogmes sont dans le sang de l'idée première, on les a crus nouveaux, c'est une erreur, ils sont à l'état d'infusoires dans le christianisme primitif.
(2j L'hermaphrodite juif.
Dans la théologie païenne, pour les uns. Hermaphrodite était fils do
divisés eux-mêmes en deux groupes de six mille ans, — Tun avant, l'autre après la création de Thomme, — de manière que la consommation de TŒuvre, l'homme compris, fût renfermée dans les Douze Cycles.
Jehoudda n'inventait rien. Il empruntait ses grandes lignes aux Genèses chaldéennes. Celle des Hébreux n'en est qu'une version plus ou moins fidèle. Ces thèmes de Création et de Consom^m^ation admettent que la Genèse a pris six jours, et que dans ce calcul maille ans sont comme un jour et un jour comme mille ans. Ayant été créé le sixième jour, Adam représentait à lui seul le septième Mille, et il aurait vécu éternellement si sa moitié féminine, séparée de lui par Dieu, n'avait pas cédé au Serpent : faute irréparable qui avait amené Dieu d'abord à chasser le couple du Ciel-sur-terre ou Paradis terrestre, et ensuite à noyer ce Paradis dans le déluge.
L'Arbre de TEden était éternel, et c'est pour avoir mangé de son fruit qu'Adam n'avait pas atteint mille ans. d Le jour où tu en mangeras, tu mourras », lui avait dit Dieu. Ainsi l'entend Isaïe lorsqu'il prédit un ciel nouveau, une terre nouvelle et le retour des jours de l'Arbre : « les jours de mon peuple seront comme ceux de l'Arbre », des jours de mille ans (1). La Juive que, moins d'un siècle après la mort de Jehoudda, Juvénal décrira lisant dans les lignes de la main, « interprète de l'Arbre », dit-il, c'est la millénariste du pavé de
Vénus et de Mercure, pour d'autres, le premier type formé par Prométhée, le dieu pétrisseur d'hommes. Pour les Juifs, c'est Adam, fils de Dieu, dit l'Évangile {Généalogie de Jésus), c'est-à-dire le premier après le Fils de l'homme ou Christ céleste. *
(1) Ainsi l'entend l'auteur millénariste du Dialogue avec Tryphon^ faussement attribué au philosophe Justin.
Rome sous Domitien. Certains Psaumes de David s'inspirent de la même théorie (1), point de départ de tout le christianisme. L'Eglise a rejeté du canon la Lettre de Barnabe d'où il résulte que le millénarisme était la doctrine dominante des temps apostoliques, mais nous avons mieux que la lettre de Barnabe; dans VApocalypse nous avons le manifeste des apôtres, et la Lettre de Pierre est d'un millénariste imbu de la tradition jehouddique.
Sur les six premiers Mille correspondant aux six premiers jours, tous étaient d'accord, même ceux qui assignaient treize, quatorze ou quinze mille ans à la durée du monde. En restant avec les Chaldéens et les Sabéens, Jeboudda s'enferme dans le cadre duodécimal qui lui est imparti par le cours du soleil à travers le Zodiaque : douze signes, douze mois, douze cycles.
Ces six mille ans avaient été des temps de lumière, gouvernés par les bons principes, et ils étaient représentés sur le Zodiaque par les signes du printemps et de l'été. Ils étaient dits Mille d*Ieou^ ayant commencé avec VAgneaUy signe du passage^ pesach ou pâque du Soleil dans notre hémisphère, et fini avec la Vierge j en englobant le Taureau^ les Gémeaux^ le Cancer et le Lion.
C'est entre le sixième signe et le septième que le Monde avait commencé. Or les six Millenia assignés à ce Monde étaient en cours, gouvernés par les mauvais principes, ceux de l'automne et de Thiver, et représentés sur le Zodiaque parla Balance^ le Scorpiony
(1) Particulièrement le psaume lxxxix, 4 et 5.
le Sagittaire^ le Capricorne^ le Zachû (Verseau) et le Zib {Poissons). Ils étaient dits Mille du Serpent ou de Satan. En effet, c'est entre la Vi'erge et la Balance que se trouve placé sur les sphères le vilain Serpent céleste, père des ténèbres, qui chaque année recommence ses méfaits et, chaque année aussi, s'enfuit vaincu quand le soleil passe sous V Agneau, signe du Christ réparateur du mal du monde. Ce Serpent était fort chaldéen, car les Juifs ne se sont pas bornés à dépouiller leurs voisins de leur Dieu, ils les ontdépouil> lés de leur Diable . C'est Satan qui a tenté Eve, et qui momentanément a battu Dieu. Le ciel a eu avec la terre des relations directes qu'Adam a connues, mais que sa faute a interrompues et le déluge brisées définitivement. Dieu renouera-t-il jamais?
Ce monde a déjà eu bien des aventures. De premiers cieux ont existé, et une première terre « tirée de Teau et se tenant par Teau, grâce au Christ » (1). Ils ont fait naufrage sous Teffort de la cataracte diluvienne, et ils ont été remplacés parles cieux et la terre dont on jouit sous Hérode : Dieu se propose de purifier cette terre par le feu et de la replacer dans la lumière originelle. Il n'a pas pu faire durable une Œuvre sur laquelle les Juifs ne régnent pas définitivement. C'est à recommencer.
Ainsi ce qu'attendait Jehoudda, c'est un troisième Monde, une troisième terre surmontée d'un autre cieU celui d'alors étant visiblement raté, puisque la lumière propre à Dieu ne le traversait pas d'une manière régu-
(1) Pseudo-seconde lettre de PieiTe,
lière et continue. On vivait sous un ciel qui gardait encore les traces des épreuves passées et portait la marque de puissances hostiles. Ce ciel, lui aussi, empêchait le Christ de revenir, c'était plus qu'un voile, c'était un obstacle.
Car toute la voûte, c'est-à-dire la couche la plus rapprochée de la terre, était aux mains de Satan et de ses^ anges qui faisaient un véritable abus de cette mitoyen* neté contre les Juifs.
Au-dessus du ciel de Satan il y en avait deux autres, stratifiés. L'un était occupé par Tarmée de Dieu à laquelle commandait en chef le Christ- Verbe, entouré des Douze Cycles de Mille ans ou Apôtres (1), ayant sou& leurs ordres Trente-six Chefs ou Décans (2), avec douze légions de douze mille anges chacune, formant ensemble Cent quarante-quatre mille puissances qui participaient de la divinité. L'autre, le troisième ciel, était plus spécialement affecté à Dieu, qui y avait son trône et son sanctuaire, et vivait là. Père de toute lumière, au milieu de Vingt-quatre Vieillards ou Presbytres qui représentaient les Vingt-quatre Heures de rheureux temps où le jour était sans nuit. C'est là sa famille éternelle et son éternel ministère.
Les Hébreux se rattachèrent à cette organisation par les douze tribus auxquelles président d'en haut les Douze Apôtres. Les Juifs de bon jugement reconnaissent volontiers qu'il n'y a jamais eu douze tribus (3),
(1) Les Juifs hellènes désignent les Douze Apôtres sous le nom. d'Èons, mais c'est une même chose, il n'y a que des mots de plus.
(2) Les divisions de Tannée en trente-six décades.
(3) De ce nombre est M. L. Germain Lévy, rabbin de Dijon : La Famille dans Vantiquiié israélUe (Paris, 1805, in-8», p. 10). « C'est le Zodiaque, dit-il, et le cours de la lune qui ont communiqué une
mais un certain nombre de clans placés sous la protection des douze signes. Le Père des Juifs, c'est lahvé, père du Christ, Sujets de lahvé, enfants du Verbe, par conséquent supérieurs par essence à toutes les nations, tels sont les Juifs dans la pensée créatrice, donc telle est la Loi.
Qu'était-ce donc que l'Apocalypse de Jehoudda? Celle de Jacob et de ses douze fils, celle de Joseph chez Pharaon. Joseph, cet accapareur de grâce et de grains, avait vu, dans une zodiacale vision, le Soleil, la Lune et onze étoiles qui l'adoraient, lui douzième. Qu'est-ce à dire, sinon que le ciel ne s'allumait que pour éclairer la marche des Juifs à travers le monde? C'est de Joseph que Moïse et Aaron tiennent tout ce qu'ils savent. Toute leur Apocalypse, ce sont les Juifs sauvés sous V Agneau, les païens détruits.
Lisez VExode avec quelque attention (1), et si dépourvu que vous soyez de sens critique, vous verrez que la pàque juive n'est nullement une institution mosaïque, mais un signe de la prédestination. Au milieu des Égyptiens, les Israélites oubliaient leur vieille religion de Mésopotamie, et le sacrifice annuel de l'agneau, Bymbole du pacte d'éternité que lahvé avait fait avec eux. La pâque est un rappel de V Agneau, le signe astrologique sous lequel le Christ a donné le monde aux Hébreux. L'année ne commence le 15 nisan que par application de ce principe (2). Ce jour-là le Seigneur
valeur sacrée au chiffre Douze. » Et il renvoie au a songe de Joseph j>» Voilà qui est bien vu,
(1) Le chapitre xii.
(2) Nisan est le mois de Téquinoxe du printemps.
passôj et ainsi repassera-t-il jusqu'à ce qu'il ne passe plus. C'est le passage du Seigneur et nullement celui de la Mer Rouge, on n'en est pas encore là. Le Seigneur passe la nuit du 14 au 15, et on la passe avec lui, bâton en main, comme des passants. L'agneau est blanc, les pains sont sans levain à cause de la pureté originelle ; la pàque dure sept jours parce que la Création en a pris sept.
Ce n'est pas une fête de circonstance, c'est la fête du passé engageant l'avenir. Le mot pesach est chaldéen, comme nisan et les autres mois, comme Zachû (Verseau), Zib (Poissons) et les autres signes, et comme est chaldéenne l'économie des Douze Cycles millénaires.
Les deux Tables du témoignage que lahvé donne à Moïse, il ne faut point les confondre avec les tables de la loi. Les deux Tables écrites des deux côtés par le doigt de lahvé sont le Livre des destinées du monde et le Livre de vie. Un côté regarde le ciel, un autre la terre (1). Pourquoi Moïse brise-t-il ces deux Tables devant les Juifs au pied de la montagne ? Parce qu'ils sont indignes de ce qu'on y lit, ayant adoré le veau d'or. « Pardonnez-leur cette faute, dit Moïse à lahvé, ou si vous ne le faites pas, effacez-moi de Votre Livre que vous avez écrit. » Le Seigneur répond : « J'effacerai de mon Livre celui qui aura péché contre moi ; et au Jour de la vengeance je visiterai et punirai ce péché qu'ils ont commis (2). »
(1) On retrouve ce livre avec cette disposition dans V Apocalypse. C'est celui qu'a vu Moïse entre les mains d'Iahvé.
(2) Exode, xxxii, 31-34.
LE RETOUR DE l'aGNEAU
Le Père a décidé que le monde finirait avec le Douzième cycle. Mais il y a une clause secrète pour les Juifs. Les Juifs sont les enfants de Dieu, le Père anéantira-t-il sa famille terrestre? Grosse question, résolue déjà dans les conseils du troisième ciel. De même que Jupiter est dit Stator, Gapitolin, Ammon, Tonnant, selon les cas, le Christ était dit lehoschoua — mot hébreu qui signifie Sauveur, dont les Grecs ont fait lésons, et nous Jésus — lorsque, dédaignant toute autre besogne, il se consacrait spécialement à la défense des Juifs. Tout-puissant pour la destruction, il est toutpuissant pour le salut. C'est celui-là qu'enverra le Père.
Ce que Moïse cache aux profanes, c'est le secret de cette prédestination : secret fort mal gardé que tous les Juifs ont pressenti. Ce qu'Aaron demande à lahvé, quand il lui immole Tagneau du passage, c'est de tenir la promesse qu'il a faite aux Hébreux de les épargner au Jour de la colère et de leur sacrifier les nations. Le costume du Grand Prêtre lorsqu'il se présente devant lahvé, c'est le rational du Jugement, le Jugement confectionné, rédigé d'avance, lisible dans le ciel comme il l'était sur les deux Tables. Ce Mage, car c'en est un, porte, gravé aux épaules sur deux sardoines et répété sur douze pierres précieuses, le nom des Douze fils de Jacob, chefs des douze tribus, car les
deux sardoines représentaient l'une le Soleil et Tautre la Lune, et les Douze pierres les Douze signes du Zodiaque, comme les Douze Pains de proposition représentaient les Douze Cycles de l'Œuvre, et le Chandelier à sept branches les Sept planètes. Ce prospectus astrologique, c'est la vision de Joseph (1). Le Grand Prêtre ainsi vêtu, c'est le Livre des Destinées du mondey côté terre. Le côté ciel, c'est, encore plus juif que le Grand Prêtre, le Christ par lequel a été créé le monde. Il sera de la fin comme il a été du commencement, TAleph et le Thav (2). Chaque année à Pâque on sacrifie l'agneau ; mais V Agneau de lahvéj l'Agneau divin qui est à nos agneaux ce que le Christ est à un Juif, TAgneau astral, en un mot, ne meurt pas- Chaque année à Téquinoxe du printemps, il semble mourir et chaque année il renait. Il est le principe et la somme de tous les agneaux sacrifiés depuis 'la première Pâque. Il est Timage du peuple juif, jusqu'ici la victime des nations, mais viendra l'Agneau de la revanche. Agneau, Pâque, Christ, c'est la même idée d'éter-
(1) L'historien Josèphe dit qu'au moment où il commença son livre, sous Domitien, si l'on veut, il y avait plus de deux cents ans que ces sardoines et ce Rational ne jetaient plus leur éclat légendaire.
(2) Il est à remarquer que la thèse apocalyptique de Jehoudda doit tout à Babylone et rien à l'Egypte. Les thèmes du monde égyptien, il y en a, partaient du solstice d'été.
L'échéance de la Grande Année variait selon les écoles. Elle a été plusieurs fois renouvelée par Dieu. Les Égyptiens, après bien des tâtonnements, l'avaient fixée au lever héliaque du Chien, le premier jour de Thot, premier mois de leur année : phénomène qui n'arrivait que tous les 1461 ans. Quand cette échéance était passée, il y avait comme un renouvellement du Ciel et de la Terre. Les Sabéens connaissaient la Grande Année, mais loin d'être un renouvellement par tacite reconduction, c'était un acte à grand fracas et à grands frais, suivi du « Renouvellement des êtres jo et de la résurrection. C'est cette formelà qu'avait adoptée Jehoudda.
nité. On disait du soleil pascal : « L'Agneau est revenu. » Dans VApocalypsej l'Agneau est représenté sacrifié — c'est-à-dire en croix, tel qu'on le dressait pour la cuisson — au milieu des quatre points cardinaux de la sphère. Il est donc le signe du Christ étendu sur la croix céleste à l'équinoxe du printemps. Dès que ce signe apparaîtra sur la montagne de Sion, les douze tribus, reconnaissant leur marque de fabrique, marcheront à lui et l'environneront, prêtes à le suivre partout. Pour cette raison Jehoudda appelle les christiens disciples de V Agneau.
C'est le nom qu'on aurait pu donner, nonobstant leur idolâtrie, aux Juifs qui, du temps d'Ezéchiel, avaient représenté l'Apocalypse nationale sur les murailles intérieures du Temple. Car ils avaient peint « toutes sortes de figures et de bétes immondes, et toutes les Idoles de la maison d'Israël (1) », c'est-à-dire les douze signes du Zodiaque et les Douze patriarches célestes, les Douze Apôtres du Christ, prototypes immortels des douze tribus. Et dans le Temple même on avait vu des femmes assises pleurant la Passion de Thammouz — c'est Adonis — comme les bonnes (et aussi les mauvaises) femmes d'à présent pleurent la Passion de Jésus le Vendredi saint (2).
Puisque le Fils de Thomme devait venir des cieux, c'est qu'il y avait un domicile, car s'il est vrai que, dans l'Evangile, il n'a sur terre aucun endroit où reposer sa tête, il habite au ciel un logis magnifique : le Soleil qu'il emporte dans l'espace comme l'escargot en-
(l)Ezéchiel, vm, 10.
(2) Kzéchiel, vm, 14.
traîne avec lui sa coquille. Certes on ne peut pas dire que le Soleil soit proprement le Christ, mais il est sa lumière promenée, son tabernacle mobile (1). Logé dans le Soleil, nourri de sa substance, vêtu de sa lumière, le Christ a douze maisons, douze mansfons plutôt.
Toujours on a comparé la course annuelle du Soleil, croissant et décroissant selon la saison, à la vie d'un homme qui naît et croit, décroit et meurt avec le temps. Il y a, vous le savez, un moment où la comparaison cesse d'être juste : si elle Tétait tout à fait, il n'y aurait plus de terre. Conçu sous la Vierge à l'équinoxe d'automne, enfant au solstice d'hiver, le Soleil est adulte lorsqu'il passe dans les Poissons, vers mars, mais quand, franchissant la ligne équinoxiale, sous VAgneaUy il entre dans notre hémisphère, il apparaît vraiment comme l'image sensible de Dieu, et le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs de la terre lesquels n'ont pu se croire quelque chose qu'en son absence. Je ne veux pas vous atteler avec moi à son char, mais tenez pour certain qu'Hercule, Bacchus, Osiris, Mithra et presque tous les dieux y étaient déjà lorsque les évangélistes y firent monter Jésus. Sous tous les masques qu'il prend on voit étinceler ses regards de feu. Les Egyptiens l'adorent enfant, les Grecs homme, on le célèbre à la moisson, aux vendanges. On le chante dans les jours du printemps et de l'été, on le pleure dans les mélancolies de l'automne, on 1' « es-
(1) Le gnostique Hermogène, en plaçant le tabernacle du Christ dans le soleil, est sur ce point un disciple de Jehoudda qui lui-môme est un disciple de Zoroastre. De même tous ceux qui voyaient plus ou moins distinctement dans le ciel la forme et la figure du Christ.
père », disent les Marseillais, dans les intimités de rhiver. Des siècles et des siècles avant que les Juifs ne rappelassent ou Schilo ou Mcssiah ou leschoua, l'Orient ne connaissait, au-dessous de l'Invisible, d'autre dieu que l'Invaincu, l'éternel tisseur de lumière. Le mystère que les prêtres cachent au fond de leurs tabernacles, c'est ce faux mystère dont tout le monde a la clef. Partout, depuis que l'homme a des yeux pour voir le jeu tournant des nuits et des jours, on tient que le Soleil naît de la substance divine à une date qui correspond à notre 23 décembre. Partout on vénère la céleste Vierge dont les flancs immaculés donnent ce beau fruit. Point de doute nulle part, celuilà est bien né des œuvres de l'Invisible. Le joli enfant ! vit-on jamais de plus beau sourire et des formes plus pures ? Que Timage de cette Vierge féconde se dresse dans les temples et sur les places ! Et que chaque homme en passant s'incline devant la mère immaculée qui presse sur son sein cet Enfant dont on ne nomme le Père qu'avec un tremblement dans la voix !
Qu'on l'appelle Horus ou Adonis, Atys ou Bacchus, Apollon, Sérapis ou Christ, qu'on le fête au moment de sa naissance ou de sa maturité, c'est toujours le Soleil, .père du temps, qu'on adore, le dieu aux mille noms, dit Orphée. Qu'il meure comme Adonis, blessé par un sanglier, ou comme Apollon, par le serpent Python, ou comme Osiris par Typhon, ce sont des Passions héliaques sur lesquelles on se lamente dans les mystères et d'éclatantes Résurrections qu'on célèbre.
LE ZIB (les poissons) SIGNE DE GRACE
Mais le jour vient où V Agneau ne passera pluSy où il ne sera plus en croix. Il y a trop longtemps qu'il s'immole au salut de la terre I II ne fera plus ce sacrifice annuel, il brisera le thaVj cette croix sur laquelle il passe depuis le commencement du monde. La grosse affaire pour les Juifs, c'est d'être dans les bras du thav, au delà duquel il n'y aura plus rien qui ne soit à lahvé. Dans récriture juive — au propre et au figuré — la lettre suprême, c'est la dernière lettre de Talphabet hébreu, c'es t le Thav et le thav est une croix^ La croix de l'Agneau, ou, si vous préférez^ féquinoxe du printemps, c'est le monde en équilibre périodique. C'est à cet équinoxe que Téquilibre se rompra. Mais cette rupture aura lieu au bénéfice des Juifs.
Le Grand Agneau verra l'Accomplissejnent des temps, la Descente et la Victoire du Christ Jésus.
Il faut donc être en deçà de la ligne, du côté du Zib. Les Poissons passés, il sera trop tard.
Les Poissons étaient donc au premier et au dernier rang des signes du Zodiaque engagés dans le thème christien : au dernier rang, parce qu'ils sont le Mille sous lequel Satan, chef des nations, devait être anéanti par le Christ; au premier rang, parce qu'ils sont le signe précurseur de l'Agneau sous lequel devait commencer le Royaume de Dieu. L'idée du baptême rédempteur était inscrite au ciel dans le Zib. Il convenait que
les Juifs fussent de ces Poissons-là. La première condition du salut pour un poisson, c'est d^être dans Teau. Cette idée, fondement de la pisciculture, est également celui du baptême.
Toute Teau du ciel s'étant épuisée dans le déluge et le monde devant périr par le feu, il n'y avait de remède que dans Teau sourdant de la terre, pour cela nommée eau vive. De là le caractère sauveur des sources comme celles du Jourdain, et des fontaines comme Siloë, iËnon, Kapharnahum.
Contre le Christ la Terre est sans défense, masse énorme, mais immobile et faite pour recevoir ses coups sans pouvoir les rendre. Immobile, je le répète, comme le piédestal de cette croix mouvante qui est le Christ passant par les quatre points cardinaux. Sans la croyance à l'immobilité de la terre, point de croix, et point de Christ (1). Car sur quoi s'appuiera la croix, et où le Christ posera-t-il le pied si la terre est ronde et qu'elle tourne (2) ?
(1) Ce qui caractérise la théorie des millénaristes, c'est rimmobilité de la Terre, mais il ne semble pas qu'ils soient allés jusqu'à nier absolument ime sphéricité relative. Les scribes, à qui on doit Jésus de Nazareth, admettent tout au moins le Zodiaque en forme de plat rond.
(2) Lactance, cosmogoniste absolument orthodoxe, a rendu Torgueilleuse ignorance des christiens en des termes qu'il faut lui emprunter, si on veut égaler ces faux prophètes. (Institutions divines, 1. II, ch. 10 et 1. III, ch. 25.)
« Dieu, dit Lactance, a créé le ciel avant toutes choses, et il Ta suspendu dans la partie la plus élevée de Tunivers, pour y établir le trône de sa gloire. Il a rempli le lieu de sa demeure de lumière en y attachant le soleil. Il a placé les ténèbres sur la terre, car cette masse grossière n'a d'autre jour que celui qu'elle reçoit du soleil : elle est le lieu de la nuit, de la mort et du tombeau. Ceux qui tiennent qu'il y a des antipodes ont-ils un sentiment raisonnable ? Comment y a-t-il quelqu'un assez extravagant pour se persuader qu'il existe des
lahvé négligea d'avertir Jehoudda que la terre était ronde et mobile. Quelle déception en effet si le Fils de l'Homme, au lieu de mettre pied à terre en Judée, allait descendre aux antipodes de Jérusalem, en un lieu où des hommes incirconcis auraient eu les pieds en haut et la tète en bas ! Jehoudda ne se demanda point par où les astres auraient accompli leur révolution si la terre eût été infinie, et il fut convenu que, devant les
hommes ayant les pieds en haut et la tête en bas ; que tout ce qui est couché en ce pays-ci soit suspendu en celui-là; que les herbes et les arbres y croissent en descendant, et que hi pluie et la fj^rôle y tombent «n montant? Telle est pourtant Terreur des philosophes! Si nous en cherchons la source, nous trouverons qu'elle procède de la même cause que les autres. Quand trompés par l'ombre de la vraisemblance, les philosophes ont admis un faux principe, conséquents avec ce principe ils tombent de faussetés en faussetés et embrassent indiscrètement la première venue au lieu d'examiner la seconde qui se présente. Comment donc se sont-ils engagés à soutenir qu'il y a des antipodes ? En observant le mouvement et le cours des astres, ils ont remarqué que le soleil et la lune se couchent toujours du môme côté, s'étant levés toujours du môme. Mais ne pouvant découvrir Tordre de leur marche, ni comment ils passaient de Toccident à l'orient, ils se sont imaginé que le ciel était rond, tel que sa vaste étendue le fait paraître, et que le monde môme était rond comme une boule! C'est ce qui les a portés à faire des globes d'airain sur lesquels ils ont gravé des figures monstrueuses auxquelles ils donnent le nom d'astres. Le ciel étant rond, il fallait que la terre, qui est renfermée dans son étendue, fût ronde aussi! Que si elle est ronde, elle regarde le ciel de tous côtés de la même manière, et lui oppose, sur toutes faces, des mers, des plaines et des montagnes. Il suit encore de là qu'il n'y a aucune partie qui ne soit habitée. Et voilà comment la rondeur qu'on a attribuée au ciel a donné occasion d'inventer les antipodes I Quand on demande à ceux qui défendent ces opinions monstrueuses comment il se peut faire que ce qui est sur la terre ne tombe pas vers le ciel, ils répondent que c'est parce que les corps pesants tombent toujours vers le milieu comme les rayons d'une roue, et <iue les corps légers, comme l'air, les nuées, la fumée, le feu, tendent à s'élever. J'avoue ne savoir que dire de ces personnes qui s'opiniàtrent dans leurs erreurs, sinon que, quand elles disputent, elles n'ont d'autre dessein que de divertir ou de faire de l'esprit. » Et brandissant sa massue : c II me serait aisé de prouver par des arguments invincibles qu'il est impossible que le ciel soit en dessous de la terre. »
Révélations positives de lahvé, on mépriserait profondément les sciences naturelles et physiques, source de tous les maux qui affligeaient les Juifs.
On ne saurait en vouloir aux christiens d'avoir ignoré les formes du monde et les lois créées par Dieu. Beaucoup de savants païens et fort honnêtes pensaient là-dessus comme les Juifs. Lucrèce a soutenu qu'il n'y avait point d'antipodes et que le soleil n'était pas plus grand au ciel qu'il ne paraissait à l'œil.
Cette thèse n'a rien de scandaleux dans la bouche d'un homme qui n'y mêle pas Dieu. Mais c'est un blasphème chez des gens qui disent : « Le dieu qui nous a révélé ces belles choses est le vrai Dieu », et qui ne tarderont pas à ajouter : « Si vous ne le croyez pas, nous vous tuerons de sa part. » Le dieu qui a créé les lois de la pesanteur, de la gravitation et de l'attraction, et qui, semble-t-il, est le vrai Dieu, ne leur avait rien révélé du tout. S'il inspira des hommes sous Auguste, ce sont les païens sectateurs de Pythagore et d'où sont issus les Strabon et les Ampélius, que Jehoudda exclut du salut.
La science antique nous a été volée pendant l'invasion christienne ; les paroles de Dieu à ses vrais enfants, les philosophes, ont été submergées par le flot des paraboles juives. Mais ils sont nombreux ceux à qui il avait dit à l'oreille : « Attention I Je vous emporte à votre insu dans un mouvement rapide. La terre n'est point immobile dans le monde, ni le monde autour de la terre. Vous tournez autour de corps qui tournent autour de vous (1). N'allez pas vous figurer que je des-
(1) Comme le dit Sénèque, résumant ces opinions. {Questions natu-^ relies, livre VII, 2.)
cendrai un jour pour faire votre connaissance, et surtout ne m'insultez pas au point de croire que j'enverrai pour juger les hommes un petit Juif de Gaulanitide qu'on va crucifier sous Tibère pour crimes de droit commun. »