‹ Le mensonge chrétienChapitre 7 sur 55 · LA GRANDE ANNEE, LE GRAND JOUR · texte numérisé non relu

LA GRANDE ANNEE, LE GRAND JOUR

Lt^ Apocalypse de Jehoudda résultait et d'une tradition exaltée par le zèle religieux et d'un plagiat astrologique corroboré par quelques observations.

Outre les Douze signes, les Sept planètes jouaient un rôle éminent à raison de la situation qu'elles occupaient au début du monde. Lorsque l'état du ciel les^ ramènerait à leur point de départ, le Christ prendrait lui-même la direction des Douze Apôtres, et cette Année-là c'en serait fait de Satan qui gouvernait l& monde contre les Juifs (1).

Quand viendrait la Grande Année, le Mille du Zib, comme disait Jehoudda ? En Tan de Rome 739, il estimait qu'environ cinq cycles s'étaient écoulés depuis Adam, et que le Mille en cours ou Mille du Sachû (le Verseau) finirait avec le 14 nisan 788 (2). Le Douzième mille ou Mille du Zib commencerait le soir même

(1) Nous aurons Toccasion de voir le Christ Jésus, héros des Sagesses valentiniennes, rectifier lui-même, de sa pleine science et autorité, les calculs erronés de Jehoudda.

(2) Nisan répond à notre mois d'avril par une convention qui n'a rien de mathématique.

et le Christ viendrait avec V Agneau de la pâque.

Toutefois il ne fallait pas que les Juifs s'imaginassent éluder le Jugement. Les Douze Apôtres jugeraient les douze tribus.

Sur le Jugement de Dieu, toutes les Écritures s'accordaient. L'idée pouvait effrayer, elle ne pouvait pas surprendre. Moïse et les prophètes annonçaient tous cette terrible « journée d'Iahvé », mais tous ne promettaient pas aux Juifs l'empire d'un monde créé exprès pour eux. Beaucoup croyaient qu'en ce jour il y aurait Fin du monde et Jugement sans appel. Il fut révélé à Jehoudda qu'avant cette solution le Christ viendrait renouveler la terre par un Jugement d'attente et pour une période de mille ans après laquelle le Père lui-même prononcerait l'arrêt définitif. Il dépendait des Juifs d'échapper à la destruction partielle en même temps qu'aux conséquences du Premier jugement, lesquelles n'étaient pas minces. En observant la Loi avec autant de rigueur contre les Juifs adultères que contre les païens, ils gagneraient le salut et régneraient mille ans avec le Christ, jusqu'à ce que vînt à son tour le Royaume éternel du Père.

Ceux qui auraient abandonné cette Loi, révélée àMoïse par le Verbe, ceux-là iraient en enfer confondus avec les autres hommes — la plus dure de toutes les punitions !

Ceux qui l'auraient servie sans défaillance iraient dans l'Eden millénaire, et là ils jouiraient d'un bonheur dont ils ne pouvaient se faire qu'une faible idée, étant donné la pauvreté de l'imagination humaine.

Mille ans, cela pouvait sembler long pour des esprits superficiels. Mais quoi ! le Verbe avait, au gré de sa puissance, fait vivre des hommes sept cents, huit cents,

neuf cents ans, il avait modelé de ses mains Hénoch et Élie qu'il avait soustraits à la mort et transporté» dans le ciel. A quoi bon pleurer le Paradis terrestre ? lahvé pouvait le rendre à ceux qui croyaient en son Christ. Qu'était-ce, pour lui, de faire qu'on vécût en ce séjour une seconde vie égale à celle qu'avaient vécue les patriarches ? Mille ans, qu'était-ce pour celui qui avait créé le temps ?

Les Juifs se plaignaient du raccourcissement de la vie, l'attribuant non au premier péché mais à ceux des générations nouvelles. Le premier péché, on l'expiait par la mort, mais celui des générations, par une diminution de longévité. Ah ! le bon temps que celui où les hommes atteignaient dix-neuf jubilés, près de mille ans ! Mais comme il a passé vite ! Quand on pensait qu'Abraham avait eu de la peine à vivre jusqu'à cent soixante-quinze ans ! Aujourd'hui on s'estimait vieux quand on arrivait à quatre-vingts ! Quelle misère ! Mais patience, voilà que lahvé va faire périr cette terre souillée par l'existence des incirconcis, il la refera pour les Juifs seuls et leurs jours s'allongeront sans fin.

Pendant tout le Mille du Zib c'est le Christ Jésus qui régnait (1). Il coupait l'Arbre de la science du bien et du mal dont le fruit avait perdu Adam, le jetait au feu et replantait l'Arbre de vie dont le fruit était éternel. A la fin du Douzième mille, le « songe de Joseph » était accompli, et lahvé se réunissait à son peuple sur les derniers débris du monde païen.

(1) Quelques-uns, ceux qui donnaient plus de douze mille ans à rCEuvre de Dieu, faisaient de deux mille ans le règne du Christ. Mais ce sont des gens qui n'y entendaient rien.

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