LES ARTS INDUSTRIELS ET L ORNEMENTATION
ils font partie du monde réel, ils ne créent certes pas un monde idéal semblable à celui d'une symphonie ou même d'un tableau.
Et cependant ce caractère n'est pas absolu. L'utilité des produits de l'art industriel reste parfois simplement apparente. On n'oserait guère manger un potage, même exquis, dans une faïence de Rhodes, et l'on n'est point dans l'habitude de s'éclairer avec un flambeau en faïence de Saint-Porchaire. Il arrive souvent ainsi que les produits de l'art industriel sortent pour ainsi dire du monde réel. Ils enti'ent eux aussi dans un monde fictif, ils ne sont plus vrais. Le flambeau de la collection Dutuit n'est plus '( vrai » en tant que flambeau. Les plats de Bernard Poiissy ne sont plus réels en tant que plats. Une grande partie des objets qui présentent les qualités que notre goût recherche, cessent ainsi de faire partie du monde réel, ils se mettent à constituer une sorte de monde idéal et fictif, où nous nous réfugions pour échapper encore à la réalité. Et c'est par là qu'ils prennent un caractère tout à fait artistique. L'art s'empare ainsi d'une partie du domaine de l'industrie qu'elle en exile.
Souvent cependant l'art et Tutilité s'accordent plus- ou moins. Tel objet pourra servir à quelque usage, et cependant être considéré comme une œuvre d'art. Son rôle est double, il fait partie à la fois du monde réel et d'un monde idéal.
Le domaine des arts industriels est considérable. Avec eux la contemplation artistique peut se glisser partout et la beauté peut partout provoquer l'attitude
laS LE MENSONGE DE l'aRT
artiste. Mais il estime forme de l'art industriel qui se sépare des autres, un art industriel qui a été universellement rattaché aux Beaux-Arts et qui le mérite à bien des égards. Je veux parler de l'arcbitecture, et son cas est assez singulier et assez significatif pour être examiné tout d'abord et à part. Nous n'aurions pu le comprendre clairement avant d'avoir étudié Tattitude artiste.
Si rarchitecture est un art, en effet, c'est un art, semble-t-il, qui construit non point ui monde fictif, mais un monde bien réel. Un palais n'est point une rêverie, une gare de chemin de fer n'est point un roman. Et sans doute il y a bien toujours quelque réalité dans une œuvre d'art, une symphonie aussi est réelle, et pareillementuntableau. Maisqui ne voit que la réalité d'unédifice est tout autre chose ! 11 est réel, il se mêle à notre vie, il est fait pour être habité, pour qu'on y mange, qu'on y boive, qu'on y dorme, qu'on y travaille, qu'on y prie, pour qu'on y accomplisse les fonctions élevées ou humbles de la vie individuelle et de la vie sociale. Et cependant, l'architecture, cela n'est pas douteux, crée de belles œuvres et des œuvres d'art, du moins les a-i-on toujours considérées ainsi. Et il faut, semble-t-il, montrer que l'on s'est trompé, ou changer notre conception de l'art et reconnaître qu'il n'a point pour caractère essentiel et principal la création d'un monde fictif opposé au monde réel.
Je tâche de poser la difficulté aussi solidement que