FONCTION SECONDAIRE DES REPRÉSENTATIONS
Il convient de ne pas confondre secondarité et intellectualité. La secondarité favorise l’intellectualité : elle ne la constitue pas ; elle la favorise en proposant, à l’occasion d’expériences actuelles, le retentissement d’expériences passées. Mais on peut subir cette influence sans en prendre analytiquement conscience. Quand l'aptitude à l'analyse, que nous tenons pour une propriété irréductible aux autres, est forte, l'intervention de la secondarité favorise la découverte analytique d’un événement passé. Par elle l'événement, plus ou moins changé en idée, sera tiré au foyer de la conscience claire et y gagnera une efficacité qu’il n’aurait pas eue sans l’analyse. L'intelligence pure, identique à l'esprit analytique, est répartie également entre les divers caractères en ce sens que, pour chaque caractère, il doit y avoir la même fréquence de gens moins ou plus intelligents que la moyenne. Mais cette intelligence sera plus souple ou plus raide, plus superficielle ou plus profonde, plus concrète ou plus abstraite, plus morcelée ou plus systématique, suivant que la primarité, l'étendue du champ de conscience, l’émotivité se composeront avec elle à différents degrés. La même diftérence, qui sépare la véracité pure de la véracité objective, distingue l'intelligence pure de l'intelligence objective.
On pourrait exprimer les mêmes idées en marquant trois degrés dans l’utilisation du passé. D’abord la secondarité : le passé continue d’agir, mais seulement de la subconscience. La réflexion n’isole pas les uns des autres les divers éléments de cette action. Quand cette distinction se fait, elle peut se contenter de distinguer des idées plus ou moins générales, principes ou lois : dans ce cas, elle relève de l’analyse, travaillant sur le passé. Enfin, il est possible que la distinction réflexive soit une discrimination concrète : c’est alors la mémoire proprement dite ou perceptive. C’est sans doute la secondarité, qui détermine les mémoires qui conservent leurs souvenirs par rapport à celles qui fixent vite, mais retiennent mal ; mais il faut évidemment tenir compte, dans la classification des mémoires en primaires et secondaires, de la nature des intérêts du sujet, puisque, toutes choses égales d’ailleurs, une mémoire enregistrera toujours mieux les souvenirs qui se rapportent aux tendances du sujet que les autres.
$ VI. — VérrricaTion (fin). L’INACTIVITÉ
Que l’activité favorise la véracité, on peut le rendre vraisemblable par deux sortes de considérations. La première est une déduction directe ; la seconde tire argument de l'opposition générale de l’activité à l’émotivité.
Nous avons déjà marqué que l’inactivité, en formant obstacle à la satisfaction objective d’une tendance forte, l’amène à réagir sur les conditions, perceptions ou idées, qui en conditionnent le développement ou, comme dit P.Janet, l'activation. Il y a une situation de fait, saisie par perception ou par idée : elle gêne le sujet ; il se retourne contre elle et la nie, l’altère, la déforme par un mouvement de conscience comparable à celui d’un enfant qui se donne des coups par fureur d’être contrarié. C’est comme l’émotion, une dérivation psychologique ; mais tandis que la dérivation purement émotive aboutit, ainsi que l’ont montré des auteurs américains, à une chute dans l’instinct, elle produit chez le menteur un effet imaginatif ou intellectuel qui est la déformation d’une représentation.
Tout ce qui favorise la dérivation doit donc augmenter la mendacité ; or, ce qui favorise la dérivation, ce sont des obstacles. Certains de ces obstacles sont sociaux ou physiques ; les premiers d’ailleurs se ramènent aux seconds, puisque la pression sociale serait sans action sur nous, si elle ne pouvait employer des moyens physiques. Un sujet mentira, parce qu’il ne sait comment sortir d’une situation sans issue, d’une manière compatible avec le respect de la vérité. Maïs tous les obstacles ne nous contrarient qu’en ce qu'ils nous obligent à leffort, car avec du temps et de la peine, nous pouvons espérer les vaincre. L’obstacle général est donc la faiblesse de notre action, dont la raison est toujours dans l’obstacle intérieur que nous appelons Pimactivité. L'activité doit donc favoriser la véracité.
S'il en est ainsi, les effets de l’inactivité doivent varier comme la mendacité. Pour le vérifier, cherchons les effets de l’inactivité, en choisissant ceux qui ne manifestent pas le plus l'influence de Pémotivité et, parmi eux, ceux qui expriment le plus nettement la difficulté d’agir. Nous en retiendrons deux.
Le premier est la facihié au découragement (question 6). Nous rassemblons dans le tableau suivant les chiffres relatifs à la véracité, ces mêmes chiffres corrigés par l'élimination de la secondarité (50 X 0,6), dont l’action sur la véracité est dominante, enfin les chiffres relatifs à l'aptitude au découragement :
Tagzeau IV
Véracité Facilement
Véracité corrigée découragés Flegmatiques (A)....... 85 55 9,1 Apathiques (nA)....... 78,25 48,25 31,9 Passionnés (A)......... 73,4 43,4 28,3 Sentimentaux (nA)..... Gt 1 34,1 52,2 Sanguins (A)... b3,7 53,7 15,8 Amorphes (nA)........ 49,0 49 24,5 Colériques (A)......... 40,5 40,5 31,5 Nerveux (nA).......... 32,8 92,8 52,9
Nous écartons les chiffres des apathiques pour les raisons indiquées précédemment. Le résultat général confirme notre hypothèse : quand la véracité décroît, ou si l’on préfère ici, quand la mendacité croît, croît aussi l'aptitude au découragement. Dans les deux colonnes, 1l y a une correspondance satisfaisante des flegmatiques aux sanguins, des passionnés aux colériques, des sentimentaux aux nerveux.
Passons à la deuxième propriété, la concordance des actes et des paroles (question 26). Comme la secondarité la favorise, ainsi que la véracité, nous ne ferons pas la correction du précédent tableau :
TaBzeaAu V
Concordance des actes
Véracité et des paroles Flegmatiques (A)......... 85 86,3 Apathiques (nA)......... 78,25 72,3 Passionnés fA)...:....... 73,4 83,8 Sentimentaux {nA)....... 61,1 68 ,1 Sanedins{A)s. 5: 53,7 51,6 Amorphes (nA).......... 49 ,0 36,7 Colériques (À) “27.5... 40,5 39,7
Nerveux{(nA)............ 32,8 17,2
La correspondance des deux colonnes est encore satisfaisante. Il est à remarquer que la concordance des actes et des paroles d’une part et de l’autre, la véracité sont opposées sur un fond d'identité : la véracité consiste à parler comme les choses sont ; la concordance, à faire que nos actes et les choses qui en résultent soient comme les paroles sont.
Nous pourrions indiquer d’autres propriétés pour lesquelles, plus ou moins directement, nous pourrions obtenir la même correspondance : comme les deux précédentes, elles appuieraient l’idée que la proportionnalité directe entre l’inactivité et la mendacité n’est pas fictive. Mais il n’est pas nécessaire d’insister plus longuement sur ce contrôle spécial ; car nous arriverons indirectement à la même conclusion en montrant qu’en général l’activité atténue l’émotivité.
Rappelons d’abord que les trois propriétés, d’après lesquelles les interprètes de l'enquête ont distingué les actifs des non actifs, sont les suivantes :
Non ACTIFS ACTIFS