DE L ALTÉRATION A LA DUPLICITÉ ET AU MENSONGE
à un très fort degré. Il est inaccessible à toute considération impliquant la collaboration de plusieurs variables ; lune ne peut s’introduire dans le champ de son attention sans en expulser autre. Après un moment d’embarras, il en sort en exprimant l’idée que la complication empêche la solution des questions et qu'il faut chercher « le simple, la ligne droite ». Une fois la simplification faite, sa conscience adhère fortement à l’opinion qui en résulte, de même que celle du menteur au mensonge, quand sa conscience est étroite. L’amplitude de la conscience doit entraîner l'effet inverse : la mystification, et plus grave qu’elle, le machiavélisme en suivent.
À mesure que la tendance inspiratrice du mensonge s’attépuera, l'intérêt de mentir décroîtra ; mais, si la secondarité est faible, cet intérêt restera fort par rapport aux tendances qui pourraient s’opposer à lui du sein de la subconscience. Comme son affaiblissement propre permet dans la conscience l’apparition de la réflexion, la décroissance de la mendacité, qui, d’après la théorie proposée, doit résulter de l’affaiblissement de l'émotivité, sera en partie compensée ou plutôt corrigée par des : considérations de calcul, où les avantages indirects du mensonge remplaceront l’avantage direct, puisque, d’après l’hypothèse, la secondarité à son tour ne vient pas accroître l’importance des considérations lointaines sur les considérations prochaines. Insensiblement, le mensonge changera de caractère : l’altération affective de la vérité se muera en duplicité.
Admettons maintenant que la secondarité croisse et supposons qu’une tendance forte, individuelle ou sociale, intervienne encore pour inspirer un mensonge. Ce sera moins fréquemment, puisque cette tendance se heurtera à des tendances actuelles ou secondaires. Mais quand le mensonge se produira, la considération des intérêts directs ou des intérêts indirects, mais encore à courte portée, sera remplacée par la considération des intérêts lointains. Le mensonge ne dominera plus la conscience, mais s’y isolera comme un instrument s’isole dans la représentation du sujet qui l'utilise. De passion, il s’est fait réaction intellectuelle; de réaction intellectuelle, 11 se fera instrument. Il deviendra une technique, à emploi spécialisé, localisé, moralement beaucoup plus grave d’être clairement
connu de son auteur ; non plus réaction improvisée de défense, mais moyen de guerre, à fin de protection préventive chez les EnAS, à fin d'agression tyrannique chez les EAS. Nous allons suivre cette transformation ne esquissant la morphologie éthologique du mensonge. Au cours de cette esquisse, le mensonge improvisé deviendra le mensonge préparé, puis le mensonge prémédité, de même qu'il arrive à l'escrime qu’on riposte à une attaque, qu’on en prépare une par une feinte, enfin qu’on combine une série de coups, pour achever l’adversaire en lui poussant une botte secrète.