II. — L’ALTÉRATION AFFECTIVE
Nous devons prendre pour point de départ de cette étude monographique l’altération affective. Il y a altération affective de la vérité, toutes les fois que le mensonge résulte principalement de lintensité d’une tendance et qu'il n’a d’autre fin que de lui donner une satisfaction directe. Une perception, un souvenir, une idée font souffrir un sujet ; il en souhaite la modification ; ce désir la produit au détriment de la vérité. À la place du réel, le réel met un rêve qui refoule la représentation du réel. C’est à l’altération affective que convient le mot de Pascal : « Quoique les personnes n’aient point d'intérêt à ce qu’elles disent, il ne faut pas conclure de là absolument qu'ils ne mentent point ; car il y a des gens qui mentent simplement pour mentir (1). » Ce n’est pas à dire évidemment que, dans ce . mensonge prétendûment sans intérêt, 1l n’y en ait aucun. Il s’y trouve à proprement parler l'intérêt de mentir ; mais la pensée de Pascal en exclut tout autre et, par conséquent, ce que nous avons appelé l’intérêt indirect. On peut par exemple mentir pour mentir et savoir qu’on en tirera profit : le texte de Pascal exclut cette seconde fin.
On pourrait allonger indéfiniment une liste de faits relevant de l’altération affective. En voici deux :
OgservaTion XI. — Une enfant de quatre ans, assistant au départ du bateau de Royan à Bordeaux, se met à conter en détail, avec
(1) Pascal, Pensées et opuscules, Paris, Hachette, 59 éd, p. 108, p. 382.