LE MENSONGE PAR EXAGÉRATION
Pour Embellissement Coefficient Exagération A 66:60 0%,129 0 d08 LT ù AFS T0 21,6 2,04 44,06 Au (75 21,0 2,06 43,2
et que, par conséquent, le maximum de l'aptitude à l'exagération distingue les colériques les moins actifs.
Puisque dans le mensonge sans spécification, les nerveux sont au-dessus des colériques, il faut que l’exagération représente une fraction sensiblement grande des mensonges des colériques pour qu'ils arrivent à dépasser les nerveux. Les menteurs du caractère des nerveux sont, aux menteurs du caractère des colériques, à peu près dans le rapport de 5 à 4. Sile rapport des nerveux qui exagèrent (41,4), aux colériques, ayant le même défaut, était identique au précédent, ces colériques ne devraient atteimdre qu'à 33,2; ils arrivent à 43,2, soit à 130 % du taux prévu.
L'examen des chiffres prouve donc qu’il y a dans l’exagération un facteur d’activité qui manque à l’embellissement. Il suffit, pour comprendre comment les colériques se laissent entraîner à l’exagération, soit sous une forme assez grave pour être jugée un mensonge, soit sous une forme plus bénigne, d'observer leur motricité. Chez les enfants, où elle est le moins inhibée, son allure est caractéristique. Les gestes sont souvent un peu trop longs, dépassent leur but; ils paraissent, à un point de leur développement, comme échapper à leurs auteurs. En comparaison surtout avec ceux de certains sentimentaux, qui ne font que des gestes trop courts, des gestes avares, ceux des colériques, surtout les plus primaires (et sans doute, d’après ce qui vient d’être dit, les moins actifs) sont fréquemment exubérants (1).
(1) Il y a parenté entre cette observation qui rapproche le mensonge par exagératiôn et un certain excès moteur avec les analyses où E. Dupré (Path. de l’imasg. et de l’émotiv., déjà cité), montre la mythomanie se prolongeant dans la fabulation pratique (p. 9, 15). Pour rester dans l’expérience normale, cet excès de motricité est très apparent chez le sujet Paul P... (observ. I,V). Très tôt il a manifesté de l’impulsivité motrice, non pour écarter, mais pour prendre. Il aime jouer avec les bâtons; jeter, en visant, des pierres, des boulettes, même des objets qui ne peuvent avoir cette destination. Goût des pistolets et des tirs. En liaison sans doute avec une extrême curiosité concrète et de la vantardise (je sais que). Paulhan rapporte, in Journ. Psy. norm. et paih., 4925, p. 207 : « Delacroix, qui pourtant avait le sens des ensembles, un jour, animé, excité, se mit, en peignant un cavalier arabe, à lui agrandir la main à coups de pinceaux rapides, hors de toute proportion raisonnable. »
Ce fait se traduit dans l’enquête : leur parole est criarde comme celle des nerveux (question 87, 20 nerveux : 20,1, colériques 17,1, moyenne 8,2) ; mais ceux-ci rétrocèdent derrière les colériques, quand il s’agit, non plus de paroles, mais d’actes : tandis que pour la démonstrativité (question 61, 19), les nerveux n’atteignent qu’au niveau déjà élevé, il est vrai, de 56,9 qui leur assigne le deuxième rang, avant les passionnés, les colériques occupent nettement le premier, avec 73,9 %. L’exagération est de la démonstrativité intellectuelle.
Il est curieux de remarquer d’après l’enquête et en connexion avec la démonstrativité que, pour le talent dramatique dans lequel (question 33, 60) les amorphes viennent en tête (12,2), le second rang appartient aux colériques (7,0).
En s’unissant à la vanité, elle produit la vantardise (1). Parlent d'eux-mêmes au maximum (question 72, 30), les nerveux (29,9), et les colériques (25,7): je n’ai jamais remarqué, en écoutant certains d’entre eux, que ce fût pour se déprécier, car, même lorsqu'ils se blâment, il apparaît, aux circonstances de ce blâme de soi, que la supériorité est encore indirectement cherchée.
$ IV. — LE MENSONGE AGRESSIF En vertu du rapport qui unit les contraires, chaque aptitude,
dans des circonstances opposées, doit se changer dans l'aptitude opposée. Il se produit, pour ainsi dire, un renversement de signe.
(1) Plus d’un mensonge, pris pour un mensonge par vantardise, est certainement un mensonge par émpaltence abrévialive. J'appelle de ce nom le fait, fréquent chez les colériques les plus émotifs et par suite les plus impatients, que leur impatience les amène à brusquer l’exécution d’un acte pour sauter à son terme. Par exemple, la première fois que le sujet Paul, P... (obs. I, V) est allé au cirque, iln’a regardé presque aucun des numéros de la représentation parce qu'il était occupé à chercher sur le programme celui qui le suivrait et à interroger sur sa nature. En lisant, il saute fréquemment des pages ; en parlant, élimine des mots (dit par ex.: «Comment s’appelle ? » pour «Comment cet objet s’appelle-t-il ? »). Un autre EAP très émotif se plaint de sauter des mots dans ses lettres d’affaires. Dans le langage, cette disposition entraîne à présenter comme faits, achevés et arrivés, des événements qui ne le sont pas encore ; et quand cette exagération est en faveur de celui qui parle, les assistants l’accusent, soit de se vanter, soit de prétendre savoir ce qu’il ne sait pas. Il y a parenté entre ce trait de caractère et la résignation présomptive (cf. p. 271, n. 1) : elle provient de l’action de l’émotivité ; mais les effets sont différents à cause des autres propriétés du caractère.