LE MENSONGE FÉMININ
On pourrait exprimer le même résultat en disant que la femme moyenne est plus proche de l’émotif-actif moyen que l’homme moyen. Sa véracité ne devrait-elle donc pas être inférieure à celle de l’homme moyen ?
G. Heymans cherche la raison de la supériorité des femmes en véracité dans « la fidélité de la femme au devoir ». Mais le terme me paraît ambigu. Il y a, me semble-t-il, deux manières d’être fidèle au devoir. La première, qui est la seule objective, est la fidélité à la loi : même sans supposer que la loi ait été analytiquement dégagée, cette forme de fidélité ne me paraît pas particulièrement féminine et l’émotivité n’est pas faite pour la favoriser. Mais le devoir est, dans une société, généralement défini de manière à servir l’altruisme. Par exemple, la loi est dirigée contre l’homicide plutôt qu’elle ne l’est contre le suicide ; elle condamne le vol plutôt que le gaspillage d’une propriété par le propriétaire, et ainsi de suite. Il doit donc arriver qu'un altruisme tout affectif coïncide fréquemment avec le devoir et particulièrement avec le devoir abstrait de véracité.
On peut ainsi comprendre que la femme moyenne soit plus vérace que l’homme moyen. Dans la mesure où elle est EA, elle possède déjà cet altruisme qui se confond avec l’intensité d'action. Mais, comme en outre elle serait E> A, cet altruisme objectif se grossirait, suivant l'hypothèse faite précédemment, de ce qui a été appelé altruisme par destination. Cet altruisme composé serait assez fort, quand elle mentirait, pour rendre ses mensonges altruistes, mais le plus souvent pour la détourner du mensonge, plus généralement employé dans l’intérêt du menteur que dans celui d'autrui. Enfin, l’égoïsme pur de la femme doit être plus faible que celui de l’homme, à cause de la réduction ordinaire des tendances vitales, dans le sexe féminin par rapport au sexe masculin.
En faveur de cette hypothèse, plaide le fait tout à fait caractéristique fourni par l'enquête scolaire, d’après lequel les jeunes filles mentent plus souvent dans l'intérêt d’une camarade, les garçons dans le leur : les fraudes, dans les leçons et les devoirs, sont faites par elles pour aider autrui; par eux, pour en tirer
profit.
Cet altruisme peut s’expliquer assez facilement : sans tomber dans les exagérations du pansexualisme, on peut observer que . J’amour sexuel, dans lequel la femme se donne, tant d’âme que de corps, et l’amour maternel, qui semble la spécification d’un amour général pour les enfants et même pour les faibles, enveloppent tous les deux de l’altruisme, de sorte que le principe de cet altruisme résiderait au plus profond de la nature biologique de la femme. On comprendrait ainsi sans peine, qu’il fût assez fort pour corriger ou atténuer certains des effets de lémotivité, comme la mendacité. Il doit l’être, pour compenser la différence positive d’émotivité, même tempérée par une différence négative d'activité, au point, non seulement de ramener la véracité féminine au taux de la véracité. des hommes moins émotifs, mais même de l’élever à un niveau de 4,1 % au-dessus de ce taux.
Il va de soi que cette double affirmation générale que les femmes sont en moyenne plus véraces que les hommes, et que l’altruisme doit intervenir plus souvent dans leurs mensonges, n’empêche pas que les formes du mensonge que nous avons déjà rencontrées ne se retrouvent dans la vie féminine, Le danger de l’émotivité est ici à nouveau vérifié. Si beaucoup de théoriciens masculins ont été à tort plus sévères pour la véracité des femmes, c’est sans doute qu’ils ont généralisé à partir de cas où l’émotivité leur inspirait visiblement un mensonge.