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LE TALENT LITTÉRAIRE À

indication ne me, paraît pas sans intérêt, car les analyses biographiques semblent la confirmer en la spécifiant.

Si on étudie la répartition des hommes qui, à quelque titre, comptent comme écrivains, des lois s’indiquent :

19 Dans la mesure où la littérature se rapproche de la poésie ou se confond avec elle, le maximum d’aptitude revient aux nerveux. Ceux-ci comptent :

a) Des poètes : on peut comprendre dans leur liste: Byron (extrème vanité, besoin de jouer un rôle historique, vagabondage, goût des voyages, goût du défendu, alternance des sympathies) ; A. de Musset (vanité, désordre dans la vie, forte émotivité, tendance aux troubles mentaux, besoin d’excitants, sexualité, caprices d’enfant gâté allant jusqu’à la méchanceté) ; La Fontaine (bohème, très égoïste, forte sexualité, ironie : tous caractères qui le rapprochent des amorphes) ; Verlaine (désordre extrême de la vie, sexualité, bohème, dyscolisme, aptitude à la ferveur religieuse) ; Thomson (l’auteur de la Cuty of dreadful night) (désordonné, goût du cauchemar, émotivité puissante); H. Heine (émotivité puissante, dyscolisme extrême) ; Laforgue (caractères voisins du précédent, dyscolisme capable de tourner au pessimisme, aggravé par la maladie) ;

b) Des prosateurs, par exemple des romanciers, mais diminuant l'importance de l’action pour demander au roman des impressions comparables à celles de la poésie. Ils ont l’instabilité des poëtes nerveux, leur goût du violent ; voire du pervers (E. Poe, Hoffmann, Dostoïewski leur sont sympathiques, par exemple Poe à Baudelaire).

Des nerveux, il faut rapprocher ceux des EAS que l’émotivité dominante tire vers l'instabilité affective des primaires ;

20 Dans la mesure où la littérature tend vers la philosophie, c’est le minimum de l’aptitude qui appartient aux nerveux. L’affaiblissement de l’émotivité favorise l’abstraction et par conséquent l'esprit analytique ; la secondarité agit dans le même sens : elle sert la systématisation qui suppose que les expériences passées contribuent à fournir la multiplicité déale sans laquelle elle serait sans contenu. En s'inspirant des résultats biographiques, on peut répartir l’aptitude à la philosophie de la manière suivante :

P EAP = intérêt pour la morale, méfiance envers la systématisation, optimisme (Diderot) ; \ pu fur nEAP — pensée morcelée, opposition à la systématicité, curiosité de l’homme, tirent la philosophie vers la science, intérêt pour la technique, sens pratique (Bacon, Voltaire, Montesquieu) ;

S nEAS — abtraction pure, intérêt pour les principes, systématiques (Leibniz, Kant, les deux Mill, Hamelin) ; EAS (1) ASE — systématisation tournée vers la science (Descartes); AS = E — effort pour fonder rationrellement la religion, problème du bonheur (Spinoza) ; AS<E — le caractère moral et religieux s’accentue (Pascal, Jos. de Maistre, A. Comte) ; Quand $S diminue, la philosophie se rapproche de la littérature (Carlyle, Nietzsche, Tolstoi) ; EnAS — importance du problème religieux, goût de l’analyse intérieure {Malebranche, Biran) ; à forte inactivité { Amiel) ;

30 Entre ces deux groupes, dont le premier a son centre de diffusion chez les nerveux, l’autre, chez les flegmatiques, se situe la littérature, au sens le plus restreint, qui me paraît favorisée par le groupe AP. (2)

L’aptitude au roman d’action paraît au maximum chez les colériques (Dickens, W. Scott, Diderot, V. Hugo, même Lamar-

(1) Le caractère religieux se retrouve parmi les savants : Newton et Ampère se sont occupés de philosophie religieuse ; Pasteur était catholique.

(2) On n’a pas fait précisément encore l’étude éihologique de l'imagination. Si.on admet la thèse générale appuyée par tant de faits que la connaissance est une moindre action ; qu’elle participe au caractère pratique de toute la vie, dont elle ne serait que la réduction, il doit y avoir parallélisme entre la connaissance imaginative et la vie. Comme celle-ci atteint à son maxima dans l’action, l’imagination doit envelopper la double détermination de EA. Quand E l’emporte, elle doit être plus concrète, mais moins originale. Quand A s’accroît, elle doit perdre de son éclat, mais gagner en facilité. Elle est maxima chez les femmes, puisque celles-ci sont supérieures aux hommes à la fois par l’émotivité et par l’activité. Quand E s’affaiblit, elle devient intellectuelle. Enfin, elle doit être plus mobile chez les primaires, plus systématique chez les secondaires. La prodigieuse imagination d’un Hugo ou d’un Napoléon illustre l'influence du groupement EA. ee

De l’action de ce groupement, c’est surtout l’action de E que le psychologue a jusqu’à maintenant mise en évidence. Les deux sens d’imagination que distingue G. Heymans (Psychologie des Femmes, p. 94), correspondent à la prédominance de E ou à celle de À.

À ces deux sens correspondent sans doute deux espèces de faits dans la littérature du mensonge. «Un enfant de cinqans, de Dinard (Ille-et-Vilaine), rapporte Duprat (op. cüt., p. 60), raconte fréquemment, avec une extraordinaire animation, des faits invraisemblables. « Il croit ce qu’il dit, écrit son instituteur, il voit ce qu’il dépeint ; il parle avec chaleur, ne rit jamais. Aussi l’écoutons-nous sans le démentir, sans le détromper.

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