LE TALENT LITTÉRAIRE DDR
tine, intermédiaire entre les EnAP et les EAP). De ces colériques, 1l faut rapprocher certains passionnés : sans doute des ESS A, qui apportent dans le roman le labeur des EAS, comme Flaubert et Zola.
Les sanguins le tirent vers l’essai philosophique (Voltaire, A. France).
Mme de Sévigné comptait parmi les sanguins.
Avec ces notations qualitatives concordent les résultats de la question 36, 3° (raconte des histoires inventées par lui) :
le maximum de 148 % appartient aux colériques ; ils
sont suivis par les passionnés (11,9 %) (1). On peut aussi rappeler le fait que le roman est une des aptitudes littéraires les plus accessibles aux femmes que la féminité rapproche des EA (parmi les colériques, G. Sand ; parmi les passionnés, G. Ehot).
Assurément, il est impossible de voir dans ces indications plus que des anticipations, très sommaires et sujettes à révision, de ce qu’une éthologie plus avancée pourra établir. Il faudra que des psychographies précises soient multipliées, que la base numérique des classements soit élargie, pour que des conclusions certaines solent avérées ; mais la meilleure manière
C'est notre petit poète et nous ne voulons pas tuer en lui l'inspiration. » Cet enfant doit être EnAP. Au contraire paraissent des EAP la fillette de deux ans et demi, qui raconte avec détails une promenade aux Buttes-Chaumont qu’elle n’a point faite, et l'enfant, cité par M. Alcan, qui conte « avec précision » un voyage en bateau fictif (Duprat, op. cit., p. 61).
(1) Faute d’une étude éthologique, dont ce n’est pas ici le lieu, nous situerons par hypothèse le centre de diffusion du théâtre, c’est-à-dire de l’aptitude dramaturgique, chez les EA. Il suppose des qualités de composition et une sympathie avec l’action que d’autres formes d’art littéraire ne requièrent pas au même degré. Hugo y satisfait des besoins oratoires, qui l’ont d’ailleurs amené à la politique, Corneille de même. Chez Racine, l’émotivité domine, chez Corneille l’activité. Le théâtre d’Ibsen les subordonne à la secondarité. On pourrait classer les formes dégradées de l’action politique et sociale, en allant du moins au plus réel, on obtiendrait l’ordre suivant: roman, histoire, théâtre. Celui-ci se perd continûment dans l’histoire vécue par toute une série d’actions historiques, dont il est difficile de dire si elles sont plus objectives ou plus subjectives, comme les manifestations, l’agitation politique, les révolutions, certaines guerres, dans lesquelles les acteurs cherchent plus à satisfaire le besoin d’émotion qu’à obtenir une amélioration objective de la condition humaine. Le premier empire français n’a guère été qu’un beau drame ; les révolutions ne sont souvent qu’une représentation théâtrale pour actifs, y participant comme les acteurs ou les chœurs à l’action d’un drame. Les révolutions et les guerres ont en effet ce caractère commun avec le théâtre et généralement l’art, de concentrer dans un court espace de temps une action, que d'ordinaire l’histoire rend insensible par lenteur.
d'orienter le travail scientifique dans le sens le plus profitable est encore, à chaque moment du développement de la science, de chercher quelles vérités s’indiquent, pour ouvrir des voies de recherche (1).
Ce que ces indications ont de meilleur pour elles, c’est qu’elles enveloppent déjà une intelligibilité relative. Après ce que nous avons vu sur l’effet de réduction imprimé par la primarité à l’action des colériques, il n’est pas étonnant que le roman, dans lequel la vie se ramasse et s’intellectualise en même temps, tente leur intérêt. Les drames de la vie sont graves ; ses succès, difficiles et aléatoires ; les uns et les autres se dispersent dans un temps si dilaté, que très souvent notre pouvoir synthétique d’aperception ne peut les relier : le succès se produit quand le désir s’est évanoui ou le désir persiste et nous tourmente sans que la satisfaction vienne le combler. Comme un foyer où des rayons convergent, le roman, en cela semblable au théâtre, réduit toutes les dimensions pour en permettre l’aperception d‘ensemble. La contingence qui, à cause de la complexité de l'univers réel, vient troubler, dissoudre, noyer tous les systèmes organisés par nous, est éliminée par le romancier. Il se fait un monde à sa taille et à celle de son lecteur. Ce n’est qu’un monde fictif, mais on peut déjà y découvrir une finalité objective qui manque à l’œuvre des nerveux.
Pour la reconnaître, il suffit de comparer un poème comme le don Juan de Byron et un roman de Scott. Dans le premier, comme l’exprime déjà le sens commun, il n’y a pas d’action.
.. (1) On mesure aisément l’importance que la caractérologie peut prendre pour l’histoire de la littérature, comme on peut pressentir les services qu’elle en tirera. L'écrivain recoit du milieu physique et social les éléments et les moyens de son œuvre; mais l’œuvre même l’exprime et le révèle. Sans penser qu’il suffit de trois lignes d’un homme pour le faire pendre, on peut croire que le sondage de sa personnalité au moyen de son œuvre sera d’autant plus facile que l’éthologie sera plus pénétrante et plus sûre. Si le mensonge a des lois, mentir, c’est encore être sincère. — Avec cette différence que le document s’intercale entre les actes d’un homme et l’éthologiste, tandis que l’œuvre littéraire et artistique d’un auteur le révèle sans autre intermédiaire, l’histoire devra être également servie par la détermination des caractères. Le fait a toujours besoin de justification ; aucun événement historique n’est probable, ce qui veut dire prouvé jusqu’à un certain point et non au delà, que s’ilestreconstruit au moyen de lois. Puisque les événements humains sont ceux qui intéressent le plus l’historien, c’est l’éthologie, si souvent impliquée par lui quand il confronte un acteavec un caractère, qui doit contribuer le plus efficacement à assurer l’histoire. Comment une bonne éthologie de Robespierre ne servirait-elle pas à éclairer sa conduite ?