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IIL. — LE MENSONGE ET LA SCIENCE

De même qu’à propos du mensonge par embellissement, nous avons dû considérer la parenté du mensonge et de l’art, nous devons, à l’occasion du mensonge utilitaire, montrer celle du mensonge et de la science. Assurément, la recherche scientifique paraît s'identifier avec la véracité en tant qu’elle se propose la découverte de lois objectives. Il ne s’ensuit pas que la science soit l’objectivité même, car cette réalité dont elle cherche les lois n’est saisie par l’analyse scientifique qu’à la condition d’être morcelée. Ce morcellement sera d’autant plus apparent que l'esprit, au lieu de se rapprocher des principes de la science, tirera la science vers un expérimentalisme plus utilitaire. Il y a une opposition nette entre une concéption métaphysique

du savoir, qui sacrifie la préoccupation de l’utilité concrète au besoin d'expliquer, et une conception technique, qui se soucie plus d'efficacité pratique que de systématisation théorique. Suivant cette seconde conception, la science se présente comme un ensemble sporadique de lois, qui doivent trouver leur relation avec la réalité dans l’action qu’elles permettent d’exercer sur elle, puisque l’esprit leur refuse Pobjectivité, qui viendrait de leur réduction à des principes fondamentaux. La primarité doit favoriser le morcellement du savoir, la subordination de l’émotivité à l’activité, son orientation vers la technique. Si par suite, la loi n’apparaît plus comme une condition universelle à laquelle le monde doit obéir, elle devient une recette dont toute la valeur consiste dans l’utilité, et comme la vérité est l’ensemble des lois, la subordination de la vérité aux tendances dont elle permettra la satisfaction, en résulte. Le pragmatisme sera l’œuvre, soit d’émotifs qui subordonneront la vérité abstraite à des exigences affectives, soit d’utilitaires, qui en feront l’instrument de préoccupations industrielles.

Parmi eux, nous n’avons à considérer ici que les sanguins. Si la valeur des lois ne consiste pas dans leur objectivité, mais dans leur vérification pratique, 1l en résultera, par une généralisation facile, que toute idée semblera pour l'esprit un instrument qu'il dépend de lui d'adapter à sa fin. J’ai entendu une nEAP, très primaire, apprendre à un enfant qu'il «faut toujours dire ce qui fait plaisir aux gens ». N'est-ce pas faire comme un industriel, qui ne considère les résultats de la science théorique qu’à la manière de règles techniques, auxquelles il faut d’abord donner l’expression la plus commode, dont ensuite le rendement économique seulement justifie l’emploi ? Il y a en effet des lois de la nature humaine comme il y a des lois de la nature matérielle. Qui veut obtenir des hommes un sentiment et un acte est amené à employer les moyens sans lesquels ils ne peuvent se réaliser. Cet emploi conduira bientôt à négliger la conformité des idées avec la réalité pour n’en estimer que les effets psychoogiques et pratiques. Combien de parents mentent sans scrupule à leurs fils ou à leurs filles quand les idées qu’ils expriment à leurs enfants leur paraissent à eux-mêmes inspirées par le seul désir de leur être utiles ?

Il va de soï que les tendances, qui se subordonnent les idées, peuvent être, la véracité à part, de toute espèce. Il y a un pragmatisme altruiste comme un pragmatisme égoïste. D’après tout ce qui précède, c’est celui-ci qui doit prédominer chez les sanguins, mais 1l suffira que le succès personnel d’un sanguin soit subordonné à celui d’un autre homme ou d’un groupe social, pour qu'il mette son machiavélisme au service d’un autre intérêt que son intérêt organique ou pécumiaire. De là à passer à la doctrine du machiavélisme politique, quand les circonstances extérieures l’enlèveront à l’action pour le condamner à la réflexion, la transition est aisée.

$ IV. — L’HyPOCRISIE DES AMORPHES

Par l'identité du groupement nAP, les amorphes s’apparentent aux nerveux, par celle du groupement nEP, aux sanguins. Ils subissent par rapport aux uns et aux autres les avantages et les inconvénients attachés à la réduction de lémotivité et de l’activité. Il en suit immédiatement trois conséquences :

a) D’abord {a paresse :ils perdent à la fois le goût de l’action et les stimulants affectifs. L'activité assure aux sanguins le sens pratique : celui des amorphes (question 29 : 49) tombe presque au niveau de celui des nerveux (41,9). Ils ajournent au maximum ce qu'ils ont à faire ; possèdent le maximum d’entétement ;

b) Ensuite l’asservissement aux besoins organiques. Le maximum de sexualité leur appartient nettement (mener 46 ; 21,4 ; moyenne 8,2) ;

c) Enfin La suppression des sentiments sociaux (indifférence politique au maximum (44,9) ; patriotisme presque nul (12,2) ; religion presque nulle (4,1); minimum d’honorabilité (52).

Comme la véracité, d’après la loi indiquée, dépend plus de l’'émotivité que de l’activité, 1l est logique que la réduction de l’émotivité la favorise plus que la réduction de l’activité ne la dessert. La moyenne’de la véracité est, pour les émotifs-

primaires, de 37; celle des sanguins, de 55,75 (1); la véracité des amorphes les situe au-dessus de la ligne médiane de 46,375, à 49, c’est-à-dire plus près des sanguins que des EP. C’est à la même conclusion qu’on parvient par l’observation qualitative. Si je recherche parmi les sujets, dont j’ai eu une expérience directe et assez longue, sept étaient, de l’aveu de tous ceux qui les connaissaient, ordinairement menteurs. Ces sept comprenaient :

1 colérique, penchant vers les nerveux, et 1 autre ;

4 amorphes, dont 1 penchant vers les sanguins ;

1 nerveux. *

Il est indiscutable d’abord que, de ces sujets de très basse véracité, ceux, à qui généralement le nom d’hypocrites était, le plus fréquemment donné, étaient les amorphes. La raison en est dans leur froideur. La vivacité affective des colériques et des nerveux prévient contre eux ; mais en même temps elle fournit leur excuse, parce qu’elle convainc rapidement de la domination passionnelle qu’ils subissent. Au contraire, les amorphes mentent calmement, pour des motifs médiocres, et ils créent insensiblement autour d’eux une méfiance d’autant plus grande qu’ils mentent pour des objets moins importants. Suivant la théorie qui a été proposée, le mensonge a son principe dans un déséquilibre suivant lequel, à un moment donné, une tendance l’emporterait de beaucoup sur les autres, de manière à substituer le mensonge à une action plus synthétique. Mais ce déséquilibre peut se réaliser de deux manières, par une intensification extraordinaire de la tendance dominante ou par l’affaiblissement ordinaire de toutes; 25 est dans le même rapport avec 10 que 2,5 avec 1. Le mensonge des émotifs est du premier type; celui des amorphes, plus encore que celui des sanguins, est du second. Le mensonge est pour eux le recours ordinaire, par lequel leur nature, à peu près hostile à toute sollicitation pratique, qui dépasse la satisfaction immédiate des besoins organiques, se débarrasse de tous les modes de pression exercés par autrui. J’ai pu observer un sanguin très

(1)Si, au lieu de prendre, pour les sanguins, la moyenne théorique de 55,75, on préfère: se référer à la moyenne empirique de 53,7, l'observation reste vraie.

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