Beaucoup meurent de : faim et de privations
Aspect sordide (Dupré, op.
cit, pp. 432-433. R. de Fursac, op. cit., p. 97).
Isolés, sans parents ni amis (les voisins ne savent jamais d’où ils viennent). (R. de F., p. 66, cf. obs. I.)
Austérité générale des sentimentaux : la secondarité atténue le goût pour les plaisirs de la table (q. 44%, 20), les besoins sexuels (q- 46, 29).
Le souci d’apparence est minimum chez les secondaires (q. 48, (19 et 20).
Goût de la solitude (q. 71, 30) max. chez les apathiques et les sentim.
L’entêtement (q. 6, 30) est max.
chez les EnAS.
Max. chez les EnA (q. 13, 10).
Homme d’habitudes (q. 22, 20), max. chez les sentim.
Vie régulière.
Méfiance.
Tendance à la collection.
{Dupré, p. 441. R. de F., obs. V, ES DR
Répugnance au travail, remplacé par la mendicité.
Évidemment en liaison avec l’inactivité.
Ces observations rendent compte de la thésaurisation. Il faut expliquer maintenant la mendacité. On le peut aisément, à condition de ne pas séparer ce trait de conduite du caractère total. Cet exemple montre nettement la supériorité de l’éthologie qui, en reliant un trait psychologique à la personnalité . complète, empêche de le méconnaître. Dupré (op. cit., p. 443), veut expliquer les mendiants thésauriseurs par la contradiction inhérente à leur nature de deux instincts opposés, l’instinct nomade et l'instinct d'épargne. Cela implique que l'instinct nomade sortirait comme une conséquence nécessaire de leur éthologie d’EnAS. Cette théorie peut être rectifiée, avec ce que l’éthologie nous permet déjà d'affirmer. Le vagabondage endogène, c’est-à-dire celui qui a sa raison dans la nature organique et éthologique du vagabond, est, comme l’ont montré Heymans et Pannenborg, caractéristique des émotifs-inactifs à fonction primaire. Sans doute trouverait-on beaucoup de ceux-ci parmi ces « hobos »- qui forment des troupes d’ouvriers migrateurs aux U. S. A. (cf. À. Philip. Le problème ouvrier aux États-Unis, p. 527 : parmi eux, des anarchistes et des poètes). Tout autre est le cas des mendiants thésauriseurs. Ce sont des hommes d’habitudes, des sédentaires. Ils mendient par incapacité de vivre en
travaillant, à cause de l’inactivité qui leur est commune avec les EnAP, à cause aussi du manque de sens pratique, qui est d'autant plus redoutable pour des sentimentaux qu’ils sont moins intelligents. Ils vagabondent, parce qu'ils ont été chassés de leur logement qu’ils ne payaient pas. Mais ce n’est aucunement par goût du vagabondage. La vérification, c’est que tous restent dans le local qu’ils transforment en taudis par leur manière d'y vivre, quand par pitié on les y laisse (Dupré, observ. I, IL III, V, VI, (depuis vingt-sept ans dans le même. appartement), VII, VITE IX, X, XI, XIT.
La caractérologie, en décelant les raisons profondes qui font sortir une conduite d’un caractère, pourra servir à en empêcher la corruption. Dans sa préface (1), Rogues de Fursac écrit :
« Il ne manque qu’un chapitre, le chapitre du traitement. Je ne l’ai pas écrit, pour la raison que l’on devine. L’avarice est une affection incurable, fatale dans son évolution, rebelle à toutes les suggestions. Je ne partage même pas l'illusion des moralistes qui, en montrant aux hommes les dangers des passions, espèrent leur en inspirer l'horreur et les en détacher. »
Ce pessimisme me paraît justifié dans la condition du psychiâtre, qui ne connaît l’avarice, passion de vieillard, qu’au moment où elle est si profondément sclérosée qu'il n’y a plus qu’à la constater. Il n’est pas sûr qu’une méthode, prête à prendre le mal à son début parce qu’elle l’attend comme le produit d’un caractère donné, ne pourrait pas, avec la collaboration du sujet menacé, en enrayer le développement. Ce serait le bienfait d’une morale qui, éclairée par une éthologie, ne se contenterait pas de prêcher contre les passions, mais spécifierait ses conseils, de manière à les adapter à la nature profonde de chacun. Ce serait aussi la meilleure manière de servir la véracité : la science, école de vérité, deviendrait ainsi école de véracité.
$ IV. — La vÉRACITÉ DES PASSIONNÉS
De tous les caractères, le plus puissant, celui qui s’exprime par les actions les plus objectives et par les œuvres les plus pro-
(1) Rogues de Fursac, L'Aparice .p. nr, bas.
fondes et les plus vastes, est le caractère des passionnés. On le comprend immédiatement. C’est la seule formule à trois puissances. L’activité oriente les passionnés vers la lutte contre les obstacles et la réalisation ; l’émotivité lui confère son énergie ; la secondarité, en mettant à la disposition de l’action l'influence et le souvenir de beaucoup d’expériences antérieures, la rendra méthodique, en tant que des principes la dirigeront, organisatrice, en tant qu’elle tiendra compte d’une multiplicité de conditions. À partir de ce caractère, on ne peut que descendre. La réduction de l’activité entraînera vers la dégradation émotive : la contemplation et la jouissance des émotions remplaceront le dynamisme des tendances. La réduction de l’émotivité entraînera vers la dégradation abstraite, la schématisation : la construction intellectuelle se substituera à la construction réelle, c’est-à-dire perceptive et sociale. La réduction des deux livrera l’homme à la passivité envers les exigences organiques et envers l’automatisme.
De ce que la formule est la plus riche, il résulte qu’elle est la plus hétérogène. Suivant l’ordre dans lequel les propriétés principales se hiérarchisent, des modalités, ayant toujours pour caractères communs la puissance et l’ambition, mais différant entre elles par la manière dont elles les orientent, varient le caractère des passionnés presque à l’égal de la variation du caractère en général. Le groupe des passionnés est un microcosme, où le reste des variétés spécifiques est comme grandi et idéalisé. Mais cette circonstance qui devrait, semble-t-il, compliquer notre étude puisqu'elle paraît en multiplier les objets, aboutit au contraire à la simplifier, parce qu’en rapprochant les variétés d’EAS des caractères que nous avons déjà examinés, elle nous permettra d’y renvoyer, en ce que la mendacité des émotifs-actifs à fonction secondaire aura de commun avec celle des autres.
On peut polariser les passionnés en montrant qu’ils tendent vers les nerveux, quand l’émotivité domine le caractère, et notamment se subordonne l’activité vers les flegmatiques quand au contraire le groupement AS est prédominant. Il en résulte une modification correspondante des propriétés du
caractère, que montre avec netteté un tableau de G. Heymans (1) accompagnant l’enquête statistique et que je complète par les chiffres correspondants des nerveux (2) :
e. Passionnés & e $ > Ë $ Ë 2 = £ 3 Ë cu qu. 7, tmpulsifis1. 4 ais 36,1 667 778,9 89, patient...... Sue ne ee DIS A 48,9 29,2 22,4 mpañenti ah SO 6 21,8 45,8 40,2 A1 exenblen teen 21,4 47,1 75,0 68,4 46; 'tolérant;Qis Re REeuUnx SA 84,1 75,0 69,5 45 sombre for areulen 5,2 5,8 12,5 {9,7 (sent) 52% autoritaire... seal LOL 20,6 37,5 --|:35,01(8)
- Il est même remarquable que, pour quelques qualités, les nombres relatifs aux passionnés les plus émotifs dépassent ceux des nerveux, comme si la concentration des EAS aboutissait à grossir l’émotivité.
On comprendra par suite à la fois que la véracité moyenne des passionnés s’approche de celle des flegmatiques et qu'il y en ait parmi eux dont la véracité soit sujette à caution. Parmi les tourmentés (4), elle sera sujette à toutes les violences d’une émotivité agitée. Quoi d'étonnant qu'un Saint-Simon nous
(4) Art. cit., tableau VIII, p. 67 (cf., p. 38).
(2) S'il est difficile de distinguer entre certains nerveux et certains passionnés, on le peut assez bien en observant la capacité de travail. L’émotif-primaire est agité ; V’'EAS est toujours remarquable par sa puissance de travail. Les grands EAS surmènent leurs secrétaires. Ils ont d'ordinaire besoin de peu de sommeil, par opposition aux EnAS qui, souvent, dorment beaucoup. Cette puissance de travail s'exprime par l'ampleur de leur œuvre sociale ou écrite, généralement par leur rendement. Si différents qu’aient été ou que soient Napoléon, R. Poincaré, Flaubert, Bossuet, Zola, ce même caractère se retrouve.
(3) Paulhan, in Journ. Psy. norm. et path., 1925, p. 204, rapproche et distingue pour l’emportement Napoléon des « présentistes ». Cf. même art., p. 307, une comparaison fine entre l’EnAP Musset et l'EAS tourmenté Dante.
(£) Cf. p. 266.
laisse l'impression d’altérer ordinairement les événements, d’en fausser l'expression dans le sens de ses partialités et de ses haïnes ? Qui s’étonnera que l’honnête Beethoven envoie, à vingt-quatre heures de distance, à Hummel, un billet de reproche et des protestations d’amitié ? Comment être surpris que Michelet confonde parfois l’histoire avec le pamphlet politique ou l’épopée ? Faut-il donc les assimiler aux nerveux ? Non, sans doute, car le caractère qui les produit, ou se donne tout entier dans ces mouvements alternés d'humeur, où la sincérité rachète ce que la véracité ÿ perd, ou subit l’action constante de certains partis pris, qui corrige dans une certaine mesure la mendacité par ce qu’elle a de fidélité à elle-même. Portonsnous au contraire vers les passionnés méthodiques et les passionnés abstraits. Ce ne sont ni des doux, ni des complaisants ; et il sera possible que, sous la pression d’un intérêt prochain, un Newton et un Descartes, surtout un Pascal (1), réfracte la vérité par une déformation encore systématique et passionnelle. Jamais un passionné n’atteint à la véracité naïve et naturelle d’un flegmatique, qui n’a pas en somme d’autre raison d'affirmer que les raisons objectives de l'affirmation. Il n’en sera pas moins vrai que la collaboration de l’activité et de la secondarité assurera un contrôle assez sévère des passions, pour . que la véracité soit estimée à son prix et ordinairement respectée.
Deux causes principales, abstraction faite de ce caractère systématique qui nous a paru distinguer la mendacité secondaire, doivent agir sur les EAS pour les amener à mentir :
19 La première est l'importance des passions sociales, au sens où ces passions attachent à un groupe concret, patrie ou église.
(1) On sait quelle a été pour les trois l'importance de l’orgueil professionnel et scientifique. La puissance de la formule, qui fait l'ambition réalisatrice, y conflue avec le sens de la loi et du droit. Comme la processivité chez les sentimentaux, l'agressivité en résulte chez les passionnés ; mais, tandis que la processivité est une action de défense, l’agressivité prend l'offensive. Elle sera d’autant plus forte que l’émotivité, congénitalement ou occasionnellement, se subordonnera plus nettement la secondarité. Il n’en est pas autrement dans la vie religieuse à laquelle les EAS sont le plus aptes. En vertu de cette loi de réaction qui règle l’émotivité (cf. p. 107, sqq.), l'amour le plus ardent est apte à se renverser dans la haine la plus brutale. Alternativement, on promet aux âmes le bonheur ineffable et on les envoie dans la géhenne. L’EAS veut l’obéissance des autres.
Les émotifs-inactifs primaires risquent d’être détournés de l'attachement au corps social par des passions individuelles qui les conduisent à l’anarchisme quand elles se formulent. Les actifs-primaires sans émotivité tendront à subordonner le corps social à leur intérêt privé. L’inactivité détourne les sentimentaux d’une participation active à la vie publique ; et les flegmatiques seront ramenés souvent par leur froideur vers des objets abstraits. Tendront naturellement à diriger la vie sociale les EA. Les primaires sont des orateurs politiques, les secondaires passent par les institutions où ils peuvent satisfaire leur besoin d'ordre et leur sentiment de la loi. Les EAS recruteront des industriels, des chefs militaires, des orateurs et des administrateurs religieux ; et, quand des circonstances l’empêchent, des doctrinaires politiques (1) et des historiens (2).
C’est ce que vérifient les nombres de l’enquête statistique :
Ils sont familiaux :
Question 71, 20 familiaux P. am. 27,6 nerv. 31,6 sang. 56,8 col. 54,1 S. ap. 53,2 sent. 57,5 lès :74907 pass. 80,7
Leur patriotisme est maximum :
Question 59, 1° patriotisme P. am. 12,2 nerv. 23,6 sang. 25,3 col. 30,0 S. ap. 24,5 sent. 31,9 fleg. 33,7 pass. 40,7
(1) Par exemple., Joseph de Maistre, Aug. Comte, Ch. Maurras.
(2) Par exemple, Michelet, Mommsen, Treïitschke, Taine. — Il nous paraît caractéristique de l’histoire qu’elle n’est pas faite pour donner satisfaction à certains intérêts définis, comme le besoin d’imaginer une réalité, tantôt plus pathétique, tantôt plus harmonieuse, tel que celui qui conduit à l’art, ou. comme le besoin d’analyse réductrice, qui mène à la science; mais au contraire qu’elle donne unesatisfaction limitée à beaucoup d'intérêts divers. Or, au degré près, c’est le propre de la vie même. Cette ressemblance explique que l’histoire s'intéresse à l’historique parce que « c’est arrivé », ce qui est par exemple indifférent à l'artiste. Ces observations, auxquelles on pourrait en ajouter bien d’autres, conduisent à la conclusion qu’en majorité les historiens demandent à l’histoire les mêmes émotions qu'ils auraient obtenues de la participation à la vie sociale, si des circonstances de santé, de milieu, ne les en avaient détournés, de même qu'il arrive souvent aux personnages historiques dans leur vieillesse. Il est donc intelligible que les historiens se recrutent principalement parmi les EAS, ou plus précisément que le centre de diffusion éthologique de l'intérêt pour l’histoire soit parmi les EAS, Si cette hypothèse doit être confirmée, on comprend que le principal danger pour la véracité d’un historien, soucieux de respecter les règles de l’objectivité historique, soit l’un de ces partis pris sociaux (familiaux, politiques, nationaux) qui menacent toujours la véracité des EAS.
Leur sentiment religieux est maximum :
Question 65, 10 Pam. 4,1 nerv. 42,1 sang, 143,7 + :cok 119,1 D: AD. 07,4 sent. 18,6 fleg. 23,2 pass. 34,8
Ces trois maxima nets et concordants expriment très fortement l’aptitude à s'intégrer par la sympathie affective dans un groupe social.
On peut les rapprocher des chiffres vérifiant le respect de la loi :
Question 62, 1° se comportant honorablement
P. am. 56,4 nerv. 63,2 sang. 58,9 col. 66,9 S. ap. 62,8 sent. 73,5 fleg. 72,7 pass. 81,4
encore un maximum où les passionnés l’emportent, même sur les flegmatiques ;
Question 69, 20 constant avec tous P. am. 68,4 nerv. 67,8 sang. 76,8 col. 75.9 S. ap. 73,4 sent. 79,6 fleg. 63,1 pass. 85,8
Ils ne sont battus en ponctualité que par les flegmatiques (question 85, 4° : flegmatiques, 86,6 ; passionnés, 80,6).
Que la véracité puisse rentrer Du l'extension de ces vertus sociales, on le comprend aisément. Certes, il n’est pas légitime de définir le vrai et le bien par l’accord des esprits dans une société déterminée, puisque tous les esprits d’une société, comme il est souvent arrivé, peuvent s’unir sur une erreur ou une faute. Cela n’empêche pas qu’en fait, l'individu trouve d’abord le vrai et le bien comme une représentation collective. Dans tous les cas où, en effet, la croyance collective coïncide avec le vrai et le bien, les raisons sociales, auxquelles V'EAS, est si sensible, s codant en lui avec la véracité, favorisée par son activité et sa secondarité. Mais un groupe social peut errer collectivement et cette erreur être révélée dans l’opposition entre le groupe social et les autres, ou encore ce groupe social et un individu. Dans cette conjoncture, il est à craindre que la véracité abstraite ne le cède à des passions sociales concrètes et que cette répugnance à l’individualisme anarchisant, que l’'EAS
déteste, ne l’entraîne à falsifier la vérité dans l’intérêt du groupe social auquel il appartient. Quand le groupe est confessionnel, cela ne fait qu'aggraver la contagion subie ;
29 En connexion encore avec la société, ce risque de mensonge se transformera dans un autre à mesure que l’égoïsme, servi par une activité dominante, poussera l’'EAS à se subordonner le groupe social auquel il appartient. L’ambition n’est que lenom d’une nature puissante ; contre Freud et l’exclusivisme de la libido, Alfred Adler à eu raison d’insister sur l'importance du sentiment de la personnalité. Mais ce sentiment peut trouver satisfaction dans la direction de toutes les tendances. À mesure que l’activité d’un EAS est plus forte, elle doit l’orienter vers le pouvoir social. Il est donc naturel qu’attaché à la société et commençant par la servir, l'EAS actif finisse par penser que la meilleure manière de la servir, c’est de la commander. Les objets de nos désirs les plus forts finissent par ne plus faire qu’un avec nous-même, pour nous-même et pour les autres. Rogues de Fursac rapporte (1) ce mot d’une avare à l’agonie : « Je voudrais faire fondre tout ce que je possède dans un verre d’eau et l’avaler avant de partir. » Il signifiait peut-être son désir d’en priver des parents détestés; il prouvait aussi qu’elle s’identifiait avec l’objet de sa passion. Pour Napoléon aussi bien, l’armée et la France étaient son corps ; pour Louis XIV, l’État lui-même.
Mais le danger, c’est alors que l’ambitieux ne se sente plus de devoir envers le groupe social qui n’est plus qu’un objet. Cette action d’objectivation, que la pensée réflexive exerce, le transforme en un matériel humain, dont les âmes sont oubliées. La personne deviendra moyen, et les lois psychologiques, par lesquelles on gouverne les personnes, s’imposeront à l'actif soucieux de réussir, comme les lois physiques, par lesquelles on gouverne la matière. Comme l’émotivité dominante tire l'EAS vers le nerveux, la suractivité le tire vers le sanguin, avec cette différence que le sanguin cherche à réussir en s’adaptant à la société, tandis que le passionné cherchera à se la subordonner. Napoléon savait mentir par des colères affectées, dont il graduait
(1) R. de Fursac, L'Avarice, p. 91.
l'intensité suivant l’efficacité désirée. C’est le même résultat que se propose le bluff. Il devient la Machtprobe quand ül s’exerce sociologiquement. C’est un mensonge par exagération, mais qui, au lieu de se proposer une fin subjective en celui qui ment, comme celui des colériques, se propose une fin subjective en celui ou ceux qui l’entendent. On pourrait l’appeler un mensonge de gouvernement.
Il deviendra un mensonge d'entraînement quand il sera transporté dans le domaine de la religion. Le propre de toute religion est de créer une confiance par la contagion d’une confiance plus forte. L’apôtre, le prêtre s’intercalent entre l’élan divin et la faiblesse du fidèle pour lui assurer, par la médiation de leur foi, une participation à l’Acte éternellement créateur. Mais d’abord, jusqu'où va la foi de l’entraîneur ? N’arrive-t-il pas que les paroles dépassent ce que le cœur avoue ? En outre, l'opposition essentielle de la tendance et de l’émotion fait qu’un sentiment s’exprimera d'autant mieux qu'il sera moins actif. Les modifications organiques de l’expression des émotions sont en raison inverse des effets moteurs du sentiment fait tendance. Avoir du courage et se battre, ou conseiller le courage de se battre font deux. Quel danger qu’une technique, se substituant insensiblement à l'inspiration, cherche à obtenir par un mécanisme intellectuel, un rituel pratique, ce qui n’est sincère qu’à la condition d’envelopper la participation de l’âme entière! Quand cette corruption, cette mendacité intime se produira, le passionné imitera le mensonge instrumental du sanguin, avec cette aggravation que l’émotion même sera utilisée par la volonté comme un moyen de tromper.
Ces remarques doivent nécessairement s’appliquer moins bien, soit aux passionnés les plus secondaires, soit surtout à des flegmatiques. Quand une crise sociale ou une passion religieuse emporte les passionnés émotifs et à leur suite, par contagion ou par intérêt réfléchi, le reste de la société, il faut s’attendre à ce que l’un d’eux défende la vérité contre un parti pris affectif. À l'inverse du sceptique qui ne tire jamais d’une trahison de la vérité qu’un argument contre la vérité, c’est elle qu'il tâchera de sauver contre les usurpations de l’erreur et contre la négation du vrai.