‹ Le MenteurChapitre 1 sur 103 · Le menteur; comédie en cinq actes · texte numérisé non relu

Le menteur; comédie en cinq actes

Mon père a consenti que je suive mon choix Et j’ai fait banqueroute à ce fatras de lois.

Mais puisque nous voici dedans les Tuileries,

Le pays du beau monde et des galanteries,

Dis-moi, me trouves- tu bien fait en cavalier?

Ne vois-tu rien en moi qui sente l’écolier?

Comme il est malaisé qu’aux royaumes du coda On apprenne à se faire un visage à la mode,

J’ai Ûeu d’appréhender....

CLITON

Ne craignez rien pour vous ; Vous ferez en une heure ici mille jaloux.

Ce visage et ce port n’ont point l’air de l’école,

Et jamais comme vous on ne peignit Barthole :

Je prévois du malheur pour beaucoup de maris.

Mais que vous semble encor maintenant de Paris? DORANTE.

J’en trouve l’air bien doux, et cette loi bien rude Qui m’en avoit banni sous prétexte d’étude.

Toi, qui sais les moyens de s’y bien divertir,

Ayant eu le bonheur de n’en jamais sortir,

Dis-moi comme en ce lieu l’on gouverne les dames.

(Test là le plus beau soin qui vienne aux belles âmes Disent les beaux esprits. Mais, sans faire le fin,

Vous avez l’appétit ouvert de bon matin !

D’hier au soir seulement vous etes dans la ville,

Et vous vous ennuyez déjà d’être inutile I

Votre humeur sans emploi ne peut passer un jourl

Et déjà vous cherchez à pratiquer l’amour!

Je suis auprès de vous en fort bonne posture De passer pour un homme à donner tablature;

J’ai la taille d’un maître en ce noble métier,

Et je suis, tout au moins, l’intendant du quartier.

DORANTE

Ne t’effarouche point : je ne cherche, à vrai dire,

Que quelque connoissance où l’on se plaise à rire, Qu’on puisse visiter par divertissement,

Où l’on puisse en douceur couler quelque moment. Pour me connoître mal, tu prends mon sens à gauche. cliton.

J’entends, vous n’êtes pas un homme de débaucae,

Et tenez celles-là trop indignes de vous Que le son d’un écu rend traitables à tous :

Aussi que vous cherchiez de ces sages coquettes Où peuvent tous venans (débiter leurs fleurettes,

Mais qui ne font l’amour que de babil et d’yeux,

Vous êtes d’encolure à vouloir un peu mieux.

Loin de passer son temps, chacun le perd chez elles; Et le jeu, comme on dit, n’en vaut pas les chandelles. Mais ce seroit pour vous un bonheur sans égal Que ces femmes de bien qui se gouverner^ mal,

Et de qui la vertu, quand on leur fait service,

N’est pas incompatible avec un peu de vice.

Vous en verrez ici de toutes les façons.

Ne me demandez point cependant de leçons;

Ou je me connois mal à voir votre visage,

Ou vous n’en êtes pas à votre apprentissage :

Vos lois ne régloient pas si bien tous vos desseins Que vous eussiez toujours un portefeuille aux mains.

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